CHAMIEU DEPUTE AU SYNODE NATIONAL DE MONTPELLIER
de ces mallionnestes gens, cependant que Colignon, de la part du roy, vouloit adoucir ces esprits par son bien dire, le gros Charnier, ayant mis son manteau sous ses fesses, avoit le coude gauche avancé jusqu'au milieu de la table, de l'autre main faisoit ses ongles avec des ciseaux ; les copeaux voloient à la moustache et à la bouche de l'orateur; un donna dans l'œil de Rosny; et cette contenance réprouvoit tout ce qu'on pouvoit dire de luy »
On s'est parfois mépris sur le sens de ce passage de d'Aubigné, que l'on a cru opposé à Charnier, tandis qu'il est dirigé contre les agents de corrup lion employés par Henri IV. 11 ne faut point oublier que le chapitre \'1I de la Confession de Sancy est intitulé per ironiam : De l'impudence des huguenots, et que Charnier est ici présenté comme un de ces huguenots assez « impudents " pour résister aux '< honnestelés » du roi, assez « effrontés et desvergognés » pour faire de ces reparties, ou piquantes ou sublimes, que d'Aubigné rapporte de La Valière, du comte de La Rochefoucault, du pauvre potier Bernard Palissy, et enfin de lui-même.
1598 (mai). — Charnier député de Passemblée générale de Châteller^ut au Synode national de Montpellier. — Pages 217,
On a vu que Charnier s'était rendu à Montpellier, en mai 1598, pour y remplir une mission de l'assemblée générale de Châtellerault auprès du synode national. Voici , d'après les manuscrils de la bibliothèque Mazarine (J. 1504, F. in-fol.), les articles des délibérations qui se rapportent à cette mission. On remarquera que l'assemblée décide, le 20 avril, qu'il sera escrit à Chamier pour l'inviter à venir à Châtellerault prendre ses instructions, ce qui confirme le fait de sa présence à Nantes en ce même mois d'avril, pour y terminer, avec ses codélégués, la négociation de l'Edit.
Du 20 avril [159S] : Pour ce qu'il y a plusieurs choses d'importance à remonstrer au synode national assigné au vingt-cinquiesme du mois prochain, a esté advise d'y envoyer le sieur Chamier avec mémoires, et lui sera escrit qu'il se dispose à se trouver ici assez à temps pour aller audit synode
Du 22 avril : Les mémoires pour envoyer au synode national suivant l'article ci-dessus ont esté arrestés et signés.
Suit une pièce qui occupe douze pages in-folio, divisée en 26 paragraphes et intitulée :
Instruction pour Je sieur Charnier, député par V Assemblée générale des Eglises réformées de France estant à présent à Chastellerault tiers le Synode national assigné à Montpellier au 25 du présent mois de way.
1598 (Juin). — llission relative à la conclusiou et réception fie l'Edit de IVantes. — Page 217.
Les requestes, ou délibérations, de l'assemblée générale qui siégea successivement à Loudun, à Vendôme, ù Saumur et à ChAtellerault, ne nouont guère été conservées dans les manuscrits que par fragmenis disséminés, où les recherches sont difficiles et presque toujours incomplètes. Ainsi, nous n'y avons pu trouver les articles qui conférèrent, le 28 février 1598, ;'i Charnier et à trois autres députés la mission de conclure, avec les commissaires du roi, l'affaire de l'Edit de Nantes; mais nous avons rencontré une pièce qui fait mention de leur rapport à l'assemblée et confirme ainsi ce qu'on a vu plus haut à ce sujet. En voici l'intitulé et le premier paragraphe :
« Extrait des instructions pour les sieurs de Cazes et du Coudray, envoyés en cour, de la part de l'Assemblée générale des Eglises réformées du royaume tenant à Chastellerault, sous l'autorité du Roy, le 25jMm'I598.
« Les députés en ladite assemblée ayant vu l'Edit qu'il a plu à Sa Majesté accorder aux Eglises de ce royaume sur leurs humbles requestes, et ouï le rapport des sieurs Constans, de Cazes, La Motte et Charnier, ont estimé de leur devoir d'envoyer vers sadite Majesté les sieurs de Cazes et du Coudray, pour l'assurer qu'ils reçoivent de sa seule bonté et bonne affection envers eux, avec très humbles remerciemens, la loy qu'il a plu leur donner... -
1599. — Charnier est-il l'auteur «le l'Introductio in arteni Jesuiticam, etc. î — Pagps 220, 227.
On rencontre assez souvent, relié avec les Episfolœ jesuiticx de Charnier, un petit ouvrage de 126 pages in-12, intitulé : Introductio in artem
1599. CHAMIER EST-IL l'aUTEUK DE L « INTRODUCTIO IN ARTEM, » ETC.? 449
jesuiticam, in eorum gratiam qui ejus artis mysteriis aut jam initiati, aut propediem initiandi sunt, conscripta a Gabriele Barjaco Lermeo, nobili volca. Jd venerandos patres Turnoni earn artem faclentes. M. D. XCIX. Sans nom de lieu, mais avec le griffon qui servait de marque à l'imprimeur genevois De La Rovière. On trouve, pages 43 à 51, un petit poëme latin intitulé : Locusta, sire Jesuita, et le reste du volume contient une sorte de dissertation sur les jésuites, en forme de lettres qui sont au nombre de sept, sous ce titre : Epîstolarum jesuîtîcarum libellus, et avec le titre courant : Epistolx jesuitîcx.
Est-ce l'analogie de ce dernier titre, ou celle du sujet et du lieu d'impression, qui fait rapprocher accidentellement cet ouvrage de celui de Chamier? ou bien en est-il également l'auteur sous le pseudonyme de Gabriel Barjac de Lerni? L'abbé Joly croit que Chamier en est l'auteur, et ce qui fait qu'il n'en doute point, c'est que cet écrit, qu'il trouve d'ailleurs « très fade, » est, dit-il, «■ à la suite des Epitres jésuitiques de ce ministre, qu'il est de son style, imprimé dans le même temps et le même lieu, » enfin, qu'on remarque dans le petit poëme latin Locnsta une faute de quantité, qui doit être de son fait.
Nous ne voyons pas là de raisons fort plausibles, et la première, qui n'aurait de valeur qu'autant qu'elle serait fondée, tombe d'elle-même, puis que l'écrit dont il s'agit n'est pas, à proprement parler, « à la suite » des Epitres jésuitiques de Chamier, qu'il ne s'y rattache aucunement et n'a rien de commun avec cet ouvrage qu'un titre subsidiaire et un sujet plus apparent que réel.
Le jésuite allemand Gretzer et le père Scribani ont répondu à Gabriel de Lerm, le premier par son Jpologeticus pro societate Jesu contra Gabrielem Lermxum catvinistam, Ingolstadt, lypis Sartorii, 1600, in-8°; le second dans son Amphitheatrum honoris, 2^ édit., 1606, page 229. L'abbé Joly prétend que ces deux auteurs « ne se sont pas aperçus de la supposition. » S'il y avait en effet supposition imputable à Chamier, deux jésuites contemporains s'y seraient-ils ainsi trompés? aurait-on laissé à l'abbé Joly le soin tardif de dévoiler la vérité ?
M. Haag pense que ï'hitroductio ad artem, etc., pourrait bien être d'un Barjac, pasteur du Vigan en 1603. Toujours est-il que l'attribution qui en est faite à Chamier par l'abbé Joly, ne nous paraît pas suffisamment motivée. On ne trouve point cet ouvrage « à la suite » des Epistolx je suiticx réimprimées par les soins d'Adrien Chamier, avec le Corpus theologicum, en 1653.
1600-1601. — Conférences à Allan avec le 1*. Gaultier, et à Luîmes avec le P. Coton. — Pages 224, 229.
Il nous avait été impossible de nous procurer à Paris la relation du P. Coton ou de son prèle-nom le P. Demezat, et nous n'en connaissions l'existence et le titre (tel qu'il est rapporté page 230) que par l'ouvrage de Charnier. Depuis, nous avons pu voir cette relation à la Bibliothèque de Grenoble. En voici le titre tout au long :
Actes de la Conférence tenue à Nîmes entre le R. P. Pierre Coton^ de la Compagnie de Je'sus, et M. Chamietv, ministre, commencée /e 26 septembre \&00 et interrompue le 3 octobre dudict an, — sur cerf ains passages citez par ledict P. Coton en son livre de la Messe, et impugnez de favx par ledict Charnier. — Prins originairement des mains des magistrats de Nimes.
Avec la vérification oculaire des 7nesmes passages faicle par ledict Coton dans le Chapitre de l'église cathédrale de tadicte ville, porte ouverte, en présence desdicts sieurs magistrats et de plusieurs autres personnes de la dicte ville, deile et réitérée sommation préalablement faicte audict Charnier de la veoir faire, et depuis envoyée tant au Consistoire qu'au susdict M. Charnier.
Y sont adjouslez xtn sommaire recueil des arrianismet, contradictions, ignorances et refus de re.spondre du mesme ministre conférant avec le R. P. Gaultier de la mesme Compagnie de Jésus ; en la ville d'Alan en Provence, et une response faicte par ledict Charnier sur un cas de conscience, dont on luy a demandé la résolution. — A Lyon, par Eslienne Tantillon, MDCI, avec approbation et permission. In-8° de 296 pp., sans les prélira.
Ala suite sont dix feuillets non paginés, contenant : I^Une épître du P. Demezat au cardinal de Sourdis, dans laquelle il dit à ce prélat qu'il lui a semblé à propos « d'insérer le sommaire d'une bien plus longue dispute qui s'est tenue à Allan, en Provence, ces jours passés, entre le R. P. Jacques Gaultier et le mesme M. Chamier, ministre; qu'il s'est donc informé du vray de tout ce qui s'est passé et a fait extraict des actes et actions, » le tout en attendant «l'impression des originaux et autographes qui s'en fera, Dieu aydant. » Il a aussi, dit-il, «recouvré une response delphique du mesme sieur ministre sur un cas de conscience qui luy fut proposé, et il l'adjouste comme corollaire au surplus, afiin que le monde une fois puisse recognoistre quels grammairiens, quels philosophes, quels théologiens, quels casuistes, quels Hermes, quels guides, ont ces pauvres âmesesgarées et enfans perdus de nostre siècle. Les oracles desquels sont si ridicules qu'il eût (dit-il) estimé abuser du temps et du loisir de l'illustre prélat, n'estoit le profil que les lecteurs en pourront retirer, recognoissanis et détestants ex uiigue leonem. » Il termine en disant qu'il avoit encore huit ou dix pièces verbales, mais que c'eût été grossir par trop l'ouvrage. (Ce sont celles publiées par Chamier et que nous avons reproduites.)
1600-1601. CONFÉRENCES AVEC LK P. GAULTIER ET LE P. COTON. 45i
Puis vient le sommaire de la conférence d'Allan, avec un intitulé différent de celui qui figure au litre général du volume, et ainsi conçu :
Recueil cCitne partie des fautes commises par le sieur Charnier, ministre calvinien de la R. P. R. à Montelimar, en la conférence quil a eu avec le P. Jacques Gaultier, de la Compagnie de Jésus, touchant les images et traditions^ à Alan, depuis le %' janvier jusque s au mardy 13 février i&^\. (1).
Ce sommaire, fait à la façon de Demezat, est un relevé des « arianismes, contradictions, irrésolutions, ignorances et absurdités puériles » imputés par lui à Charnier. Il occupe cinq feuillets. Au cinquième se trouve la « réponse delphique sur un cas de conscience, qui lui a paru si bonne à invoquer contre son adversaire, et que nous le remercions de nous avoir ainsi conservée. » La voici :
« Cas de conscience proposé à M. Charnier.
« On désire sçavoir de vous, l\Ionsieur, si bailler à huict et tiers son argent, est point usure, et est permis de Dieu, ou bien si estant péché, tel péché peut estre remis en demandant pardon à Dieu, sans faire restitution de telle usure quand on le peul, ou si prenant la Cène, sans volonté de quitter telle usure et restituer, on ne prend sa condamnation ? Vous en donnerez, s'il vous plaît, la résolution, si vous désirez le salut d'une âme qui est en doubte. »
« Réponse de M. Charnier.
« La question n'est pas assez deffinie, et demande des considérations plus particulières. Je demande donc si c'est tout un, le revenu du bien et Vusure (2). Demande encores si l'usure est chose qui fasse une partie de la religion, ou si elle est politique.
« Demande enfin si les ordonnances de l'Estat, en choses qui d'elles mesmes sont civiles, ne portent point titre de justice.
« Si on est d'accord de cela, tout le reste me semble aisé. S'il n'y a point de ditîérence entre revenu et usure, il faudra ou défendre tout revenu, ou permettre l'usure ; s'il y a quelque différence, elle est ou comme du genre à l'espèce, ou comme d'une espèce à l'autre, ou comme des choses du tout contraires. Si c'est le premier, il faudra ou que l'usure soit le genre du revenu, ou au contraire si l'usure est le genre il en reviendra le mesme que j'ai dit. Car si toute usure est detlendue, et le revenu est usure, il faudra
(1) Cet intitulé rectifie ainsi la date approximative de 1600, que nous avions assignée à la Conférence d'AUan, page 224.
(-2) On sait qu'en latin usura signitie simplement intérêt.
qu'il soit deffendu, ce que je m'assure qu'on n'accordera pas. Que si le revenu est genre, encore mieux ; car si le revenu est permis, aussi sera l'usure. Si c'esl le second, et que le revenu et usure soyent deux espèces d'un mesme genre^ ou bien le troisiesme, que ce soyent choses contraires, il faudra premièrement se résoudre des faits particuliers, à quoy ils se doivent rapporter, avant que prononcer en jugement.
« Or, s'il n'y a point de différence, ou si elle est comme du genre à l'espèce, ou comme d'une espèce à l'autre, je dis que tout appartient primo et per ss à la police, et seulement per accidens à la religion, comme tout le reste qui est de la justice commutative , et par conséquent que les loix politiques y peuvent faire le droit sur lequel une bonne conscience se peut reposer.
« Que si ce sont deux choses de tout contraires, la question n'y touche en rien; pour ce que bailler son argent à tel ou tel proffil, sans doute on espère pour le moins du revenu. Et si l'usure est entièrement contraire au revenu, il faudrait que cela mesme ne s'y trouve pas.
« Signé : Chamier. »
Telle est la pièce dont Deraezat triomphe, en s'écriant : « Voylà, amy lecteur, la philosophie, théologie, haut et profond sçavoir de Dive Réformation! " (1)
Après deux autres feuillets de remplissage, le dixième et dernier contient les approbations des docteurs avec cette mention relevée, comme on l'a vu, par l'imprimeur de Chamier : « Achevé d'imprimer, le 24 may 1601, par Pierre Roussin, maistre imprimeur à Lyon. »
En tête du volume est une première épître du P. Demezat au cardinal de Sourdis, datée » de Lyon, après le départ de Leurs Majestés, ce 30 janvier. » Elle est suivie d'une autre épître au lecteur. 11 n'y est question que du refus obstiné que l'on prétend avoir été opposé par Chamier au collationnement. A la page 7 commencent entin les Actes de la Conférence.
Il est remarquable que le caractère de la lutte, la tacti(]ue du P. Coton, et In supériorité de Chamier sur son habile adversaire, sont encore mieux
(1) C'pst éviflemment ce même cas de conscience que nous trouvons cité par le jésuite J. Gaultier, dans sa Tuùle clironograpliique (édit. de )633, p. 8'23) : «Daniel « Charnier, dit-il, estant alors mini>tre de Montéiimar. interrogé par une demoi • « selle desa secte, s'il esloit permis de s'approctier de la Cène sans faire restitution « des usures reçues, il luy respondit qu'ouy, ajoutant aussitôt pour sa raison qi'e « l'usure est un cas de police, non de conscience... De même Calvin, en un de « ses opuœules qu'il appelle tiesponse touchant les usures, dit, eu propres ter- « mes, que l'usure n'est totalement défendue en aucun livre de l'Escriture...»