CONFÉRENCES AVEC LE P. GAL'LTIER ET AVEC LE P. COTON
mis en évidence par la publication de ce dernier que par celle du minisire lui-même. On va en juger. Au début de la cinquième séance (30 septembre), Charnier s'exprime ainsi :
'. Je me plains que ny le désir de l'assemblée, ny les prières de MM. les modérateurs de l'action, n'ont pu tant gagner sur M. Coton qu'il ail voulu restraindre ses discours à une modérée briefveté, à laquelle mesme il sembloit dès le commencement qu'il mevoulust obliger. Que m'estant jusquesà maintenant contenu moy-mesme, je suis contraint de me laisser emporter enfui à une si grande rudesse, encore que j'aimasse infiniment mieux me contenir dans les termes de briefveté, pour faire du Dialecticien, qui frappe du poing, pendant que le Rhétoricien ne faict que flatter de la main. Je me plains encore plus des grandes et importunes digressions, èsquelles il se jeté à la moindre occasion qui s'en peut présenter, du moindre mot qui se rencontre à ses pieds, qui est la coutume de ceux qui veulent se sauver par les marets, ne se sentans assez forts pour prester le collet... Sur quoy je persévère en ma première résolution portée dans les <Actes, que me tenant rie à rie en rnon accusation, je ne m'esgareray point après tant de questions, lesquelles il ambarrasse, luy offrant d'y entrer au tant avant qu'il voudra, si une fois il s'est suffisamment vérifié, ce que je pense bien devoir estre au jamais, comme il disoit. Que ce n'a pas esté avec beaucoup d'honneur qu'il m'a reproché et mes tablettes et mes papiers, par lesquels je soulage ma mémoire ; que s'il en faisoit autant de son costé je n'aurois pas occasion de luy reprocher qu'il laisse une partie de mes arguments et falsifie les autres, en quoy il me donne occasion de juger mal, ou de sa mémoire qui laisse escliapper ce qu'on luy oppose, ou de son jugement qui ne le comprend point, ou de sa volonté qui le dissimule... u
Le P. Coton répond, à la séance suivante, qu'il ne redoute pas « de se colleter avec M. Chamier. » Il ajoute que « son intention n'a jamais esté de luy rien reprocher, hors la croyance et sa foy qu'il impugne, et qu'il sçait assez combien il l'honore d'ailleurs... » En un mot, on voit qu'il baisse un peu pavillon; mais bientôt il n'en reprend pas moins ses digressions, qui obligent Chamier à le rappeler de nouveau à la question.
Dans ces mêmes Actes nous voyons le P. Coton se ménager lout d'abord, et à deux reprises, une sorte de retraite en annonçant l'éventualité d'une interruption : « S'il n'est, dit-il, empesché par la venue de Sa Majesté en « Avignon, ou autre inconvénient...» Et ailleurs: «Que s'il advient par • l'arrivée de Sa Majesté, ou autrement, que la conférence se rompe...» Sur « quoi Chamier dit que « ces menaces d'interruption ne l'émeuvent nulle- « ment, qu'il trouve seulement estrange que n'ayant dès le commencement
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« parlé que de la venue du roy en Avignon, il adjoute une autre pierre d'at- «t tente par son ou autrement, qui se peut pour cette heure voirement «exposer à plaisir... « Nous trouvons encore citée et confirmée par le P. Coton cette proposition de Costerus [De Celibatu sacerdotum. Cologne, 4586, p. 455) : " Ores que le prestre pèche griefvement et commette « grande offense lorsqu'il tombe en fornication ou tient en sa maison une « femme concubine; si est-ce qu'il pèche encore plus griefvement lorsqu'il « contracte mariage.» Ce qui nous montre bien que Charnier n'avait pas pris cette proposition sous son bonnet, lorsqu'il l'objecta si carrément à ses adversaires à la dispute d'Embrun, en 1603 (ci-dessus, p. 275).
La vérification oculaire des passages calomnieusement impugnés des faux, etc., etc. commence à la page 159. Elle est sous forme de lettre, en ces termes : « Monsieur Charnier, j'ay enfin receu vostre dernière lettre « encyclique, datée du 15^ de juin, laquelle m'a donné subject de paroistre (' tout autre que vous me charbonnez au frontispice d'icelle, et que vous « figurez les Jésuites autant amis de vostre personne, qu'ennemis de vos " opinions... » Il s'agit évidemment ici de la lettre mentionnée plus haut par Chamier (p. 231), lettre écrite par lui au père Coton dès l'apparition du livre de celui-ci sur la messe, et première origine de la conférence de Nîmes. Elle avait piqué au vif le père Coton, qui, on le voit, y répondit avec dépit. Il est à regretter que nous n'ayons pas le texte de cette lettre de Chamier, qui paraît avoir été rédigée de main de maître. En voici du moins quelques phrases que nous relevons dans la vérification oculaire :
« Venons au jugement qu'il vous plaist de faire des discours sur la Messe. Que pourrait avoir fait un homme de lettre de plus malfagotté? Ce
sont vos grands mots, grand Aristarque et incomparable Critique —
Vous parliez du R. P. Loys Richeome et de son œuvre, qui comprend le discours des saints, des images et des miracles, en l'épistre que j'ay receue de vous et que depuis vous avez divulguée : voicy la sentence que vous en prononciez, plus, crois-je, pour faire paroistre que vous sçaviez esternuer quelque période de bon latin, que pour envie que vous eussiez d'y asseoir un jugement solide : Liber autem est ineptus (dit vostre page 29), laciniosus, absque ullo consarcinatus judicio, everriculi instar omnia coUigit, et qux ad rem, et quae extra rem, dicas, id tantum autorem élaborasse, ut volumen excresceret in ingentem molem; nihil habet solid i, nervos nulles, serpit humi, nusquam attollit se ; non putes in eadem nutritum schola, unde prodiit Bellarminus , Turrianus, Falentianus, Costerus, Cotonus , qui in eadem causa nobis ingenium probaverant, utinam ftiam pietaiem : denique dignus erat, qui et vere dignus erat, qui ido-