‹ 1564-1621, Daniel ChamierChapitre 74 sur 80 · CONFÉRENCES AVEC LK P. GAULTIER ET AVEC LE P. COTON · texte numérisé non relu

CONFÉRENCES AVEC LK P. GAULTIER ET AVEC LE P. COTON

latrise patrocinlum susciperet.... — Du même Richcome en la page 210 : Qiiem graviter, ut meretur, perstrinxeram, tibi facile negotium transigitur. Non enim censuisti hominem dignum in quo defendendo elaborares , et certe vix memini ineptiorem me hominem vidisse, excepto fortasse Panigarola.... — Toucliant M. d'Evreux, voicy comme vous le griffonnez, en la page 213 : De Perrono, quem dominum d'Erreux appellas, nondum audieram : cave de eo quicquam magni poUiceare ; ostendit ille annis proximis qxàd posset, cum de vocatiove pastorum scriberet libellum, cui ego refutationem opposui, quamis egregie dissimulât.... — Quoy plus ? Sainl Jérosme mesme n'a pu, bagues sauves, eschapper de vos mains. Voicy comme vous le traictez : Je sçay bien que Hiérosme se sert d'un semblable argument, faisant preuve de sa véhémence, plus tost que de son bon jugement »

A ce que dit Bayle de cette conférence de Nîmes d'après « un auteur moderne, bon protestant, » l'abbé Joly oppose la version d'un « auteur contemporain, bon catholique, qui paraît bien instruit. » Bayle avait cité Elie Benoît; l'abbé Joly cite les mémoires manuscrits du père François de la Vie, jésuite, qui étaient conservés à la bibliothèque du collège de Dijon.

Benoît fait observer que chacun des deux champions « s'étoit vanté à l'ordinaire d'avoir eu tout l'avantage, » et ajoute seulement que même d'après ce qu'ont écrit les biographes du père Coton, il est aisé de voir que « Chamier, plus solide et plus scolastique, avoit obligé le jésuite à se sauver par l'artifice des digressions et à parer le coup par des discours éloquents et hors d'œuvre qui ne lui coùtoient rien. »

Le père François de la Vie, après un petit résumé de sa façon, ne balance pas à affirmer que « même au jugement de ceux du parti contraire, la victoire demeura du côté du père Coton. » Mais voici qui nous paraît affaiblir quelque peu le témoignage de ce contemporain si bien instruit, au dire de l'abbé Joly. Il ajoute que « les plus doctes et judicieux huguenots se mirent à penser sérieusement à changer de religion, même le président (Du Fresne Canaye), qui avoit mis le holà et fini la dispute, ayant appris au vrai ce qui s'y étoit passé, et depuis s'étani trouvé en la conférence de Fontainebleau, en qualité de juge pour le parti huguenot, en fut tellement ébranlé, qu'ayant été fait ambassadeur à Venise, et y ayant conféré avec le père Possevin, se fit catholique, et abjura son hérésie, revint en France catholique de huguenot qu'il étoit allé en Italie.... » Or, ces assertions sont autant d'erreurs de fait, car la conférence de Fontainebleau avait (comme on l'a vu

par les actes mêmes, page 238), precede de plusieurs mois celle de Nîmes, et l'abjuration du président Du Fresne Canaye, ayant eu lieu en avril 1601 (comme il a été déjà dit page 237) ne suivit pas, mais précéda son ambassade à Venise, qui en fut la récompense (p. 270). L'abbé Joly aurait pu s'assurer par là de l'exactitude de cet « auteur contemporain, bon catholique, » qu'il opposait à Bayle et à Benoît.

Nous ajouterons ici à ce qui a été rapporté plus haut (pages 248 et 263) deux passages de d'Aubigné, qui n'a eu garde d'oublier le Crac, le voilà! du père Coton. Son baron de Fœneste fait allusion à cette bouffonnerie, lorsqu'il dit plaisamment avec son accent gascon : « A quiconque père « Couton en promet (des pensions), c'est autant de varré (de bâclé)... Et, <t comme il dit en preschant de la transsubstantiation, dès que les paraules « sont dites, c'est Crac! il est dedans! » (Aventures du baron de Fseneste, dans la collection de P. Jannet, p. 83). En un autre endroit (p. 290), il cite de ce même mot une application fort plaisante, lorsqu'il raconte que le pauvre père Coton, ayant été mis en prison à Avignon à la suite de certaine aventure scandaleuse, puis obligé de quitter la ville, « la canaille courait après, criant par les rues : Crac! il est dedans! » C'est là un curieux exemple de ces énigmes qu'on trouve en si grand nombre dans les écrits satiriques de d'Aubigné, et dont un hasard peut seul donner la clef, ainsi que le dit très bien M. Mérimée, dans la préface de cette jolie édition elzévirienne. On voit que ce n'est pas en chaire, comme le pensait Le Duchat, que le père Coton avait employé ce Crac! pour exprimer le prompt et miraculeux effet de la consécration, mais dans sa controverse avec Chamier. Qui se fût avisé de remonter jusqu'à cette source?

1600-1606. — Liettre de Chamier à d.-J. Sealig^er.

— Page 299, 303.

Le recueil des Epitres françoises des personnages illustres et doctes à M. J.-J. de la Scala (Harderwyck, 1624, in-8°) nous fournit une lettre de Chamier à Scaliger, et plusieurs passages le concernant.

Simon Goulart écrit le 15 décembre 1600 : « Je désire qu'ayez receu certain manuscript que vous ay envoyé ceste dernière foire de Francfort de la part de M. Chamier, ministre au Montélimar en Dauphiné, avec ses lettres et les miennes.... » (p. 241.)

1600-1606. LETTRE DE CHAMIER A J.-J. SCALIGKR. A^l

Charnier écrit le 17 mars 1602 (p. 224) :

 Monsieur J.-J. de La S cala.

» Monsieur, soit pour la difficulté des chemins, soit pour quelques voyages qu'il m'a fallu faire pour nos Eglises, j'ay receu vostre pacquet, par le moyen de M. Goulard, fort tard. Geste mienne response ne sera à vous aussi tost qu'elle eust deu, car j'ay esté si peu heureux, qu'un pacquet que je vous envoyai dès le mois de décembre dernier, m'a esté rapporté depuis peu de jours. Vous pouvez aisément penser avec quel contentement je vis ce qui me fust rendu de vosire part : tant pour cognoistre qu'avez eu pour agréable le Leclionaire que je vous ay envoyé, que pour les manuscripts vaudois que j'ay receus de vous, et surtout pour tant d'honneur que vous me faites de me donner lieu en vostre affection, lequel j'essayerai de conserver par tous les moyens que Dieu me donnera. Et à propos des Vaudois, j'ay desjà quelques aultres pièces en leur langage qui peuvent servir à cognoistre leur doctrine, qui est bien à mon avis un poinct qu'il ne fault jà mespriser, puisqu'on les a tant chargés de faux blasmes. Surtout j'estime une de ces pièces, qui commence : -4yço es la causa del despartiment de la Gleijsa Roniana, qui est comme un abrégé de leur théologie. Mais je suis marry que je n'ay pu trouver aucune chose qui m'aide à leur histoire. Cela fait que je pense de publier deux ou trois pièces de leur doctrine en leur langue avec la version latine, pour voir si de quelque coin il pourroit point sortir quelque chose de plus que ce que j'ay. J'ay commencé de solliciter M. Constans de Montauban, suivant vostre avis. On me donne espérance de trouver à Grenoble quelques pièces, mais ce seront des faicts particuliers qui, à mon avis, ayderonl peu au gros de l'histoire- Quoy que ce soit, je ramasserai tout. Je ne pensais pas estre si heureux en mes Epistres jésuitiques qu'elles fussent leues et approuvées de vous. Seulement je voulois clorre la bouche à l'insolence de ces pestes de nostre pays, auxquels depuis ceste première pointe Dieu m'a continuellement opposé à diverses occasions qui ne peuvent faillir de se présenter en grand nombre, veu le voisinage de Tournon. M. de Montigni m'avoit desjà parlé de vostre édition d'Eusèbe, mais de toutes les œuvres, là où vos lettres nomment seulement l'histoire, et sur ses advis j'avois desjà donné charge à mes amis de Paris d'y tenir l'œil pour m'en faire recouvrer. Il y a quelques années que j'achetay ce que Robert Estienne a publié : mais avec cela de bon en mon exemplaire qu'il y a force diverses leçons en la marge, et les lacunes remplies. On m'a asseuré que c'est sur l'exemplaire du Vatican. Toutefois j'ay trouvé qu'il y a peu de différence avec le latin de Christophorson. Donnez-

-i'iS SUPPLÉMENT.

moy ailvis si cela vous peut servir. Cependant je vous supplie de croire que je suis, Monsieur, Vostre très iiumble et affectionné serviteur,

<f Chamier.

« Au Montélimar, ce 17 mars 1602. »

Le 23 août de la même année 160'2, Simon Goulart écrit de Saint-Gervais, paroisse de Genève qu'il desservait : <- Je pense vons avoir assuré que M. Chamier avoit receu voslre pacquet. De présent il est empesché à l'érection d'un collège en Daulpliiné, et m'escrit que cest liiver prochain il travaillera sur l'histoire des Albigeois.... » (/ft/c?., p. 119.)

Entin, on lit dans une autre lettre de Simon Goulart, du 30 août 1606 : « Quant à l'histoire des Albigeois, je pense vous avoir escrit que le synode provincial de Daulphiné avoit donné charge au ministre de Serres, M. Perrin, delà dresser. A cette fin, M. Chamier, fort affairé ailleurs, luy a remis tout ce que luy aviez envoyé. Perrin m'a escrit que l'histoire est dressée. Je l'attends pour vous en donner avis sitôt que je l'aurai vue. Et s'il diffère, je picquerai M. Chamier, afin que nous en puissions voir quelque fin... » (Ibid., p. 267. Voir ci-dessus, p. 302.)

1601-1609. — Charnier érigée en chef d*ane préteudne secte des Métaphoristes. — Page 199.

Bayle a remarqué que le jésuite Jacques Gaultier, l'homme du monde qui s'est fait, dit-il, le moins de scrupule de multiplier les sectes protestantes, a érigé Chamier en chef d'une prétendue secte qu'il désigne sous le nom de Métaphoristes. 11 ajoute que Guy Allard a répété fort gravement, dans sa Bibliothèque du Dauphiné, cette absurdité qui ne mérite pas une réfutation. C'est dans sa Table chronographique de l' Estât du Christianisme, etc., publiée pour la première fois à Lyon, en 1609, in-fol., dédiée à Henri IV, que le père Gaultier a décerné à Charnier le litre de Métaphoriste. Voici le passage que Bayle indique seulement d'après l'édition latine de 1616 ou 1636 :

« Les Métaphoristes soutiennent, pour premier et principal point, que le Fils de Dieu n'est proprement ni Verbe, ni image du Père éternel, mais seulement par métaphore. Ce fut particulièrement en janvier de l'an 1601 que cela fut noté en Daniel Chamier, ministre de Montélimar, lors de notre conférence d'Alan (1), en laquelle non une fois, mais plusieurs, et en pleine

(1) Voir ci-dessiis, pages 451 et 224. '

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