‹ 1564-1621, Daniel ChamierChapitre 75 sur 80 · CHAMIER ÉRIGÉ EN CHEF DE LA SECTE DES MÉTAPHORISTES · texte numérisé non relu

CHAMIER ÉRIGÉ EN CHEF DE LA SECTE DES MÉTAPHORISTES

assemblée, il prononça ce blasphème, le dicta, et soubsigna de sa main, comme je puis faire voir à qui que ce soit, que l'original mesme qui est rière-moy, authentiqué, de surplus, par le témoignage et signatures d'un bon nombre de gens d'honneur de l'une et de l'autre religions, qui y estoient présens Ce qu'on obtint par la puissante force des argumens catholiques,

fut de le faire réfugier à l'asile du silence et user de cette belle protestation : « Quoyque je prévoye les reproches d'ignorance qui me seront faits, « je suis résolu de ne ra'entoncer point dans un si grand abyme »

« Secondement, encore moins faut-il s'esmerseiller de ce que le mesme Chamier, estant interrogé par un avocat catholique, homme d'honneur, en présence d'autres, lesquels sont encore à présent tous pleins de vie, que faisoit Jésus-Christ, pendant son enfance, respondit « qu'il badinoit avec sa « mère; » il ne faut, dis-je, s'esmerveiller que celui qui, ravissant au Fils de Dieu le titre de Verbe, le fait descendre au bas usage des créatures, le fasse par mesme moyen asseoir au rang des badins.

« Tiercement, au faict de l'Eucharistie, il semble pareillement avoir au cœur ses métaphores. Car, en son libelle contre M. l'abbé de Sainct- Antoine (page H 5), après avoir dit que « les vrais fidèles reçoivent vérila- « blement, certainement, réellement la vraie substance du corps de nostre « Seigneur, lequel est né de la Vierge, a esté crucifié, etc., » il adjouste « qu'une telle communion véritable, certaine, réelle, se fait non-seulement « en l'usage de la Cène, mais aussi hors d'icelle. » Paroles qui l'obligent ou à se déclarer Ubiquitaire, ou à dire qu'il ne parle sinon d'une réception impropre et métaphorique : ce qu'il donne assez à entendre par la queue adjointe d'un « par foy et spirituellement »

« Quatrièmement, je trouve un autre traict de métaphoriste en la résolution que donna par escrit, ces années passées, le même ministre Chamier à la question d'une personne de qualité, sçavoir si l'usure est un péché, et s'il est loisible de prendre la Cène sans avoir la volonté de quitter l'usure et restituer [\). Car sa réponse fut cpie « le tout appartient primo el per « se (ce sont ses propres mots) à la police : et seulement per accidens à la « religion, comme tout le reste, qui est de la justice commutative : et, par « conséquent, que les loix politiques y peuvent faire le droit, sur lequel

« une bonne conscience se peut reposer » D'où s'ensuit que l'usure

n'est en soy un péché, ains seulement en apparence extérieure et politique, qui est apertement changer le vrai péché en un péché impropre et métaphorique »

(1) Cfr. ci-dessus, pp. 451 et 452, LOte.

1602-1606. — Deux ouvrages de Charnier de-renui introuvables.

— Pages 224, 271.

L'abbé Joly a cité le premier plusieurs ouvrages de Charnier qui avaient été inconnus à Baillet, à Placcius, à Bayle. Nous-mênie nous en avons découvert que n'avaient connus ni l'abbé Joly, ni les autres biographes plus modernes. Mais il en est de si rares qu'ils ont échappé à nos investigations les plus persévérantes.

Ainsi, dans la Table chronographique de l' Estât du christianisme, etc., déjà citée, du père J. Gaultier (édit. de 1638, in-fol., p. 800), nous avons relevé le passage suivant qui indique un livre de Charnier, publié en 1602, à ce qu'il paraît, contre le R. P. Jacques Suarez, et que nous n'avons pu rencontrer nulle part :

« ... De même pouvons-nous dire de Daniel Charnier, ministre de]\Iontélimar, sçavoir qu'il s'accorde aussi peu en cet endroit avec soi-mesme, que Calvin; car ayant protesté en son libelle, imprimé l'an 1602, contre le R. P. Jacques Suarez, observantin portugais et depuis évesque de Sais (page 12) qu'il « ne veut se tenir à nulle version de la Bible, » mais seulement comme il ajoute, « aux langues originaires, hébraïque pour le Vieux, grecque pour « le Nouveau Testament; » depuis voulant répondre, l'an 1606, à un de mes Dilemmes catholiques, formé particulièrement contre cette erreur, voicy comme il se contredit : « L'Ecriture sainte est le fondement des catholiques (ainsi voudrait-il nommer les siens) en quelque langue que ce soit. » Celte circonstance n'étonnera point ceux qui auront ouy parler de l'irrésolution qu'il montrapubliquement l'an 1 601 , en l'action 32 et 38 de nostre conférence d'Alan. »

D'après un autre passage précité de cette même Table chronographique (voir ci-dessus, p. 459), on vient de voir que Charnier aurait publié un écrit contre le père Tolosani, abbé-général de l'ordre de Saint-Antoine de Vienne, « fléau des calvinistes du Dauphiné, » dit la Biographie universelle. Il nous a été impossible de nous procurer cet opuscule, mais nous avons été mis ainsi sur la voie d'un ouvrage qui nous signale une controverse que Chamier eut en 1606 avec le père Tolosani, et indique par là l'objet et la date de l'écrit indiqué par Gaultier. (Voir ci-après, p. 467.)

Enfin, nous avons vainement encore recherché le titre textuel du compte rendu de la Conférence de Meysse (voir ci-dessus, p. 271 et ci-après 459). Nous en sommes toujours réduit à notre exemplaire mutilé et à nos conjectures.

1606 (join), colloque et dispute de mrtssk. 461

1G04:-1G0G. — Surnom donné au père Coton par i»cali«^er, Casaulion et Gillot. — Page 197.

Nous avons voulu vérifier l'exactitude de cette citation de Quick.

Dans une lettre à Casaubon, du 23 octobre 4 604, J.-J. Scaliger appelle en effet le père Coton : illum scurram, yoacvrtia-j kTz6iWf/.ov. « Ce bouffon, qui porte si bien son nom de Coton. «

Dans une autre lettre au même, du 29 octobre 1605, il écrit: H! storiam twv i-KxoiSw Tou 707(7U7nwvw//ou, non vidi. (Je n'ai pas encore vu l'histoire des exorcismes du père Gossypionyraos.) C'est la curieuse liistoire dont nous avons parlé ci-dessus, page 294. {J.-J. Scaligeri Epist. Lugduni Batav., 1627, in-8°, pages 271, 278).

Casaubon, dans sa lettre à Scaliger, du 1" avril 1606, donne également au père Coton l'épithète de Gossypiepomjmos. {Casauboni Epist. Rotterodami, 1709, in-fol., p. 264.)

Le conseiller Jacques Gillot (voir ci-dessus p. 295), écrivant aussi à Scaliger, le 12, juin [1605?], désigne Coton sous ce même sobriquet : Le père Gossyp. {Epistres franc, à M. J.-J. de la Sca/a. Harderwyck, 1624, in-8°, p. 416.)

160G (juin). — Colloque de Meysse, en Tivarais. Conférences aTec le sieur de «loviac. Dispute avec le Jésuite Brossard. Deux sonnets de Dan. Charnier. — Page 271.

Si nous n'avons pu mettre la main sur un second exemplaire du compte rendu publié par Cliamier de sa conférence avec le jésuite Brossard, nous avons du moins, grâce à l'obligeance d'un bibliophile dauphinois, M. A. de Gallier, de Tain (Drôme), reçu communication d'un petit volume qui nous a appris quelque chose de nouveau et qui fait connaître la date véritable et l'occasion de cette controverse. Il est intitulé : Remonstrance faite au roy très chrétien, pour la réunion des religions à la foy catholique. Par Jacques d'Illaire, sieur de Jovyac e?i rivarez. Avec le discours véritable des propositions par luy du depuis f aides sur ce subject, en plein Colloque des Ministres à Meisse, en septembre dernier. D'où, s'est ensuyvie sa catholization , et de plusieurs autres. (Avec la marque de la Société de Jésus.) A Tournon, par Claude Michel, imprimeur de l'Université, MDCVII. In-12 de 96 pages (1).

(1) Nous avons depuis trouvé une autre édition de ce même opuscule sous la rubrique de Paris, chez Claude Ghappeiet, 1608, in-12 de 148 pages.

Dans une épîire au roy, signée D'Illaire et datée de Jovyac, le 15 février 1607, ledit sieur expose qu'ayant su que Sa Majesté avait appris avec plaisir la nouvelle de sa conversion, il croit devoir lui présenter « une Remonstrance huguenote, qu'il avoit faicte auparavant, tendant à la réunion de l'Eglise chrestienne, qu'il savoit que Sa Majesté souhaite infiniment et à laquelle il désiroit porter les ministres du pays, et parleur moyen les autres de France; mais qu'ayant trouvé leur opiniastreté ennemie de sa charité, il n'a plus songé alors qu'au salut de sa famille, et s'est hardiment converti avec quelques-uns de ses amis. Et comme on a mesprisé son zèle et qu'il s'est vu qualifié d'apostat, de révolté, de mélancolique, il croit devoir présenter au roy sa Remonstrance et le Discours de la procédure, tenue avec les ministres avant sa conversion, afin de le faire juge de son innocence et de sa charité. « Il termine en suppliant le roi d'employer tout son temps, tous ses moyens et toute son autorité a la sainte œuvre de la réunion des religions à la foy catholique, et d'accomplir ce bienfait que tout le monde attend de luy, etc.

La Remonstrance, qui se lit de la page 7 à la page 22 est datée de Jovyac, le 22 juillet 1606. Le royal auteur de l'Edit de Nantes y est exhorté très expressément à s'ériger en concile œcuménique et à trancher enfin le différend des deux religions, en un mot à accomplir lui-même l'œuvre de révocation qui était réservée à son glorieux petit-fils. C'est au nom de la vérité et de la charité, au nom de l'Evangile, qu'on le lui demande, comme on le persuadera un jour à Louis XIV. Parmi les raisons alléguées, nous remarquons celle-ci : « A quoy donc s'aller exposer avec mérite, disent-ils, pour prèscher le salut aux Indes, et cependant le dénier à ses frères, à ses voisins, et à ses propres enfans? »

Après cette Remonstrance vient une Epitre du duc de Ventadour, pair de France et lieutenant général de Sa Majesté au pays de Languedoc, datée du 26 juillet 1607. « S'agissant, est-il dit à ce seigneur, d'une action qui s'est passée dans vostre terre, où j'ay l'honneur d'estre vostre officier depuis longtemps qu'il vous plust me donner la Capitainerie du chasteau et seigneurie de Rochemaure et Meysse, où le devoir de ma charge m'oblige en vostre absence de maintenir l'honneur de Dieu premièrement, en après le service de Sa Majesté, vostre interest particulier et le bien du public )> (1)

Suit une préface d'une page, Au lecteur, et enfin (pages 27 à 96) le Dis-

(1) L'Estoile mentionne en son journal, au 26 avril 1608, un livre nouveau « im- « primé par Rigaud à Lyon, in-S", intitulé : L'heureuse conversion des Hugve- « nots, fait par un nommé M. de Joviac, gouverneur de Rochemore, dans lequel « est la messe en français, que Messieurs les docteurs de Sorbonne improuvent; « et m'a dit un d'entre eux aujourd'hui qu'ils sont prêts pour le défendre. » C'est bien, on le voit, le même personnage, qui en fervent néophyte poursuivait le cours de ses triomphes.

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