CONFÉRENCE DE SAINT-MARCELLIN AVEC LE P. TOLOSANI
« La piété de nostre serviteur de Dieu n'eut pas plutôt appris l'arrivée des ministres dans cette petite ville, qui relève de sa crosse, qu'elle s'y conduit aussitôt, et, sans avoir aucune connoissance de la résolution des ministres, il monta en chaire un jour de dimanche, et, prévenant leurs deffis, les attaqua ouvertement, soutenant en sa prédication qu'ils n'ont aucun texte formel dans l'Escriture qui authorise leurs erreurs.
« Cette proposition jeta un aussi grand trouble dans leur esprit que celui que la résurrection de Lazare causa aux scribes et pharisiens. Ils virent que leur ennemi les avoit prévenus, qu'un seul homme avoit la générosité d'en attaquer plus de soixante, et que celui qu'ils vouloient opprimer par leur multitude leur tenoit l'espée dans les reins.
« Quelle confusion est-ce pour les ministres de l'Eglise réformée, disoient-ils dans leur assemblée, qu'un homme aveugle, qu'un r.bbé qui porte ses habits rapiécés, nous brave si hardiment; il n'est plus temps de remettre, nostre honneur nous oblige de le provoquer au combat, il faut nécessairement tous périr ou l'abattre.
« Daniel Chamier, ministre de Montélimar, fut choisi pour commencer cette attaque, et s'enferma deux jours entiers dans un cabinet pour composer un cartel, qu'il envoya à nostre serviteur de Dieu, par trois ou quatre personnes de son parti. Mais, comme il sçavoit parfaitement toutes les souplesses des ministres, il refusa de le recevoir, et respondit qu'une conférence seroit plus propre que les escrits pour terminer leur différend, et qu'il ne refusoit point d'entrer eh lice avec luy, si le parlement et le gouverneur de la province le vouloient permettre.
« Les ministres, n'estimant pas qu'on obtinst jamais la licence de faire une dispute publique, acceptèrent sa proposition ; mais Dieu, qui vouloit abattre leur orgueil et relever l'humilité de nostre saint abbé, disposa le parlement et M. le maréchal de Lesdiguières, lieutenant du roy en cette province, de consentir à leurs désirs et ordonner que la conférence seroit faicte en présence des magistrats de la ville, et qu'il y auroit des secrétaires de chaque parti, lesquels escriroient les propositions et les choses qui sercient arrestees dans la conférence.
« Le ministre Chamier entra aussi présomplueusement dans ce combat que Goliath lorsqu'il vit qu'il n'avoit que David à desfaire, mais il sortit aussi avec une confusion toute pareille; car, après quinze jours de conférence, dont les premiers furent employés à régler l'ordre et le sujet de leur dispute, il perdit le cœur de telle sorte que, n'ayant plus de force, ni vigueur, ni assurance, il se retira de nuit, supposant à ses compagnons qu'il avoit eu nouvelle que sa femme estoit en danger de mourir et qu'elle le demandoit pour lui rendre les derniers devoirs. « Or, soit que les autres ministres, ses collègues, tirassent de celte
desertion honteuse un argunii'iit vérit.'ible do la capacité du révérend père Antoine de Tolosany, ou qu'ils reconnussent que la défense d'une mauvaise cause n'est jamais avantageuse, ils n'eurent pas le front de soutenir leur erreur dans une assemblée si célèbre, aucun d'eux n'eut assez d'assurance pour entrer en lice et prendre la place de Cliamier, et quelques offres que notre abbé de Saint-Antoine leur fit de payer la dépense qu'ils pourroient faire à Saint-31arccllin, à cause de cette dispute, ils n'eurent point d'oreilles pour y entendre, et alléguèrent pour prétexte de leur retraite que le temps de leur synode estoit tini.
« Ce glorieux succès est si suffisant pour vous découvrir les advantages que ce serviteur de Dieu a remportés en toutes occasions sui* l'hérésie, que je ne m'eslendrai pas plus longtemps sur cette matière. Je vous dirai seulement que le désir d'advancer la gloire de Dieu et de confondre l'hérésie excita nostre abbé à escrire et faire imprimer ce qui s'estoit traité en cette conférence, dans un livre que Henry le Grand reçut, l'an 1608, avec beaucoup de satisfaction. »
Nous avons recherché ce compte rendu de la conférence fait par le père Tolosani et qui motiva peut-être la publication de l'écrit que fit, de son côté, Chamier. 3Iais nous n'avons pas pu découvrir l'un plus que l'autre.
1607. — BPortraît de Daniel Cliamier. — Pages 16, 87, 199.
La toile conservée à la bibliothèque du D»" Williams, à Londres, d'après laquelle nous publions jiour la première fois le portrait de Chamier, ayant été tout récemment nettoyée pour être revernie, on a aperçu, au côté gauche de la figure, les trois lignes que voici :