IÉNA
de cent cinquante-neuf millions ; il pressure, il épuise la Prusse ('); il confisque pour l'armée toutes les marchandises anglaises qui se trouvent dans les villes du Nord; il envoie à Paris l'épée du g-rand Frédéric; il outrag-e la reine de Prusse (2).
Les débris de l'armée vaincue à Iéna s'étaient retirés dans la Pologne prussienne pour s'y joindre aux Russes. Là commença une nouvelle campagne sig'nalée par deux graudes batailles : celle d'Eylau (8 février 1807), qui fut indécise, et celle de Priedland (14 juin), qui fut décisive.
Cette dernière victoire de Napoléon amena la paix de Tilsitt. Deux traités furent conclus, l'un avec la Russie, le 7 juillet; l'autre avec la Prusse, le 9. Les conditions imposées à la Prusse furent d'une dureté excessive.
Elle dut céder : à l'empire français, toutes ses possessions entre l'Elbe et le Rhin; à la Saxe, toutes les acquisitions qu'elle avait faites en Pologne depuis 1772. La Prusse perdait ainsi plus de quatre millions d'habitants sur neuf. Ce ne fut pas tout : les principales villes restaient occupées
(') Le comte Daru, intendant général de la grande armée, rappelait à Napoléon, le 28 novembre, qu'il n'avait passé le Rhin qu'avec 24,000 francs ; que, cependant, 200,000 hommes avaient été nourris, soldés, habillés même, et tout cela aux frais de la Prusse.
(*) On lisait dans lesxviu0 et xix- bulletins de la grande armée : « Tous les Prussiens accusent le voyage de l'empereur Alexandre des malheurs de la Prusse. Le changement qui dès lors s'est opéré dans l'esprit de la reine qui, de femme timide et modeste, est devenue turbulente et guerrière, a été une révolution subite. Tout le monde avoue que la reine est l'auteur des maux que souffre la nation prussienne. On entend dire partout : « Combien elle a changé depuis cette fatale entrevue avec l'empereur » Alexandre ! •< — On a trouvé dans l'appartement qu'habitait la reine, à Potsdam, le portrait de l'empereur de Russie, dont ce prince lui avait fait présent. « Le xvue bulletin était encore plus injurieux.
par les Français; et, quant à l'armée nationale, elle ne pouvait plus dépasser 4:2,000 hommes au maximum.
Ces clauses humiliantes et désastreuses étaient acceptées lorsqu'arriva un représentant de l'empereur François II pour offrir la médiation armée de l'Autriche. Il était trop tard.