‹ 1757-1871Chapitre 11 sur 31 · IL.ES i^ÉOÉnSTÉn^^TETJIlS · texte numérisé non relu

IL.ES i^ÉOÉnSTÉn^^TETJIlS

Napoléon, au faîte de la puissance, préside, en octobre 1808, le congrès d'Erfurt, où se rendent l'empereur de Russie et les quatre rois de la confédération du Rhin. Napoléon garantit au czar la possession de la Moldavie, de la Valachie et de la Finlande; de son côté, Alexandre permet à Napoléon de s'emparer de l'Espagne. La paix doit être proposée à l'Angleterre sur ces bases.

Mais, au lieu d'accepter cette paix humiliante, la Grande- Bretagne forme contre la France une cinquième coalition avec l'Espagne insurgée et avec l'Autriche qui cherche une revanche de la campagne d'Austerlitz.

La Prusse se recueillait, ou plutôt elle guérissait ses blessures sous la direction de quelques patriotes d'élite. Le principal était alors le baron de Stein. Il avait déjà fait partie du ministère, de 1804 à 1807. Rappelé après la paix de Tilsitt, il ne s'efforçait pas seulement de régénérer

l'administration, de créer par les plus hardies réformes une Prusse nouvelle, il exhortait Frédéric-Guillaume III à réparer les fautes passées en combattant avec l'Autriche. Le 8 septembre, il lui avait adressé un mémoire où il s'exprimait en ces termes :

// L'Allemagne est assez forte pour résister à la France; sa désunion seule est la cause de sa chute et de son esclavage... L'attitude tiède et équivoque de la Prusse en 1794« força l'Autriche d'abandonner les Pays-Bas jusqu'à la Meuse, sans nécessité et sans avoir perdu réellement une seule bataille. La malheureuse paix de Bâle, acceptée par Frédéric-Guillaume II, sur les conseils déraisonnables de ses ministres, a pour la première fois sanctionné la fatale division de la patrie : l'Allemagne du Nord assista tranquillement à la dévastation de l'Allemagne du Sud sans prévoir qu'un jour celle-ci pourrait se venger de cette conduite déloyale. Une des suites de l'indifférence de la Prusse pour le maintien de l'indépendance et de la liberté de l'Allemagne, fut l'emploi par la France des forces du Midi pour l'asservissement du Nord. Le même principe d'apathie appliqué à l'Autriche aura pour la Prusse les mêmes conséquences : sa complète dissolution et la chute de sa dynastie. Si l'Autriche est subjuguée, la France trouvera dans ses ruines, dans l'obéissance passive des misérables princes allemands préoccupés uniquement de leur existence personnelle, dans l'esprit révolutionnaire de douze millions de Polonais, les moyens de diminuer encore la Russie... Après la chute de l'Autriche, la Russie sera incapable de résister sérieusement à la France, qui a le projet de détruire la Prusse, L'Allemagne ne peut être sauvée que par l'Allemagne ; voilà pourquoi il s'agit de

LES RÉGÉNÉRATEURS. 2 y

mettre eu mouvement toutes les forces nationales »

Mais, du fond de l'Espagne, Napoléon surveillait la Prusse. Dans les bulletins qu'il envoyait au delà des Pyrénées, il dénonça celui qu'il appelait « le nommé Stein » ; il l'accusait de vouloir exciter des troubles en Allemagne et le déclarait ennemi de la France et de la confédération du Rhin. Il prononçait la confiscation des biens que Stein posséderait en France ou dans les pays de la confédération ; il ordonnait de le saisir partout où il pourrait être atteint par les troupes françaises ou celles des alliés de l'empire (*).

Frédéric-Guillaume, qui avait dû congédier pour la seconde fois Hardenberg, dut également, sur les injonctions de Napoléon, renvoyer de ses conseils le baron de Stein, proscrit et menacé par le conquérant de la Prusse (2). ' Pendant la guerre de 1809, les patriotes prussiens auraient voulu, comme le demandait Stein, s'associer à l'Autriche. Le major Schill quitta Berlin, à la tête d'un régiment de hussards qu'il avait formé, et se joignit aux Autrichiens. Frédéric-Guillaume, duc de Brunswick (fils de l'ancien généralissime, mortellement blessé à Auerstàdt) avait, de son côté, levé en Bohême un corps de volontaires, que le peuple appela les noirs et qui s'appelaient euxmêmes la légion vengeresse.

Tous les chefs militaires, Blùcher, Scharnhorst, Gneisenau, suppliaient le roi de suivre l'élan de son peuple (3). Mais, avec les 50,000 hommes qui lui restaient, privé

i>) Décret de Madrid, 16 décembre 1808.

(-) Hardenberg avait repris le portefeuille des affaires étrangères après léna ; il le quitta de nouveau après Tilsitt. En 1810, il fut nommé chancelier d'État.

(:i) Le comte Beugnot, qui était alors administrateur du grand-duclié de

de l'alliance russe, il reculait. Puis, l'Autriche vaincue, il s'efforce de prévenir les défiances de Napoléon. Il séquestre les biens du duc de Brunswick et met Schill au ban de l'armée. Ce valeureux patriote se fit tuer en combattant contre les Français. Le duc de Brunswick essaye de continuer la lutte; menacé de toutes parts, traqué, il échappe à la vengeance de Xapoléon en s'ernbarquant pour l'Angleterre. 11 devait mourir glorieusement aux Quatre-Bras.

L'Autriche abattue à "Wagram, la Prusse saignant encore du terrible coup qui lui avait été porté à Iéna, Napoléon croit qu'il pourra également terrasser la Eussie. Pour la vaincre et la subjuguer, il ne veut pas seulement employer les forces de la France, il exige en outre la coopération de l'Autriche et de la Prusse. Le maréchal Davoust, qui était à Dantzig, reçoit l'ordre de se tenir prêt à s'emparer subitement de toute la Prusse et de son roi, si ce monarque, huit jours après la réception de cet ordre, n'a point conclu l'alliance offensive que la France lui impose. Frédéric-Guillaume se résigne; il signe le traité du 24 février 1812. Il entre dans la coalition contre la Russie ; sur les 42,000 hommes que Napoléon lui a laissés, 20,000 doivent marcher avec les Français.

Un désastre sans exemple dans les annales de l'Europe détruisit le prestige que Napoléon devait à ses succès militaires. Alors les nations asservies se comptèrent et les souverains furent entraînés par leurs peuples dans une

Berg, a écrit : « L'armée avait été abîmée, la monarchie démembrée, le roi humilié ; mais une puissance nouvelle avait surgi de ce malheur extrême : c'était celle de la nation, qui ne consentait pas à sa ruine et se précipitait aveuglément dans toutes les voies de la résistance. » Mémoires du comte Beugnot, t. L", p. 330.

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