‹ 1757-1871Chapitre 9 sur 31 · IENA · texte numérisé non relu

IENA

Devenu empereur des Français, roi de Lombardie, suzerain de la Hollande et de la Suisse, Napoléon Bonaparte voulait s'élever encore; il aspirait à la domination universelle. La redoutable suprématie, que s'arroge le César français, détermine une troisième coalition entre l'Angleterre, la Russie et l'Autriche. La Prusse garde encore une fois la neutralité ; elle ne se range point parmi les adversaires de Napoléon ; mais, d'un autre côté, elle refuse de combattre avec lui. Pour l'attirer, il avait offert, avec son alliance, la cession du Hanovre, alors occupé par des troupes françaises.

Napoléon, désappointé, ne se fait aucun scrupule de violer la neutralité prussienne. Plus de 100,000 hommes traversent le pays d'Anspach. Humilié, irrité, Frédéric- Guillaume est sur le point de faire cause commune avec l'Autriche et la Russie. Le czar Alexandre accourt à Berlin

et, le 3 novembre 1SU5, le roi signe la convention de Potsdarn. C'est une sorte de sommation respectueuse adressée à la France pour qu'elle remplisse les conditions du traité de Lunéville et renonce aux annexions qu'elle a faites depuis cette époque; si la France refuse, la Prusse doit prendre les armes avant le 15 décembre. Mais, ce jour-là même, Napoléon, qui avait brisé à Austerlitz la troisième coalition, imposa son alliance à la Prusse : il lui donnait le Hanovre; et la Prusse, de son côté, cédait à la France le margraviat d'Anspach, la principauté de Neufchâtel, TVesel, Berg et le duché de Clèves. Napoléon avait menacé de rayer la Prusse de la carte des nations si elle refusait d'entrer franchement dans l'alliance de la France. Le cabinet de Berlin demanda cependant des modifications au traité, tout en acceptant le Hanovre. En effet, par une proclamation du 27 janvier 1806, Frédéric-Guillaume III annonça à la noblesse et au peuple de Hanovre que les Français allaient évacuer l'électorat, et que celui-ci resterait, jusqu'à la paix générale, sous l'administration et la garde de la Prusse.

Depuis la défaite de l'Autriche, la Prusse se sentait menacée. Elle ne pouvait et ne devait avoir aucune confiance dans la loyauté du César français. A peiûc a-t-il cédé le Hanovre à la Prusse que, dans des négociations secrètes, il l'offre à l'Angleterre. Frédéric-Guillaume connaît bientôt, par la diplomatie anglaise elle-même, le marché dont l'électorat a été l'objet. La Prusse s'indigne de la perfidie de Napoléon , et ses plaintes trouvent de l'écho dans l'Allemagne entière dont les provinces méridionales sont encore occupées et pressurées par les troupes françaises.

Poussé, entraîné par le vœu de son peuple, Frédéric-

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Guillaume III ne recule plus devant la guerre. Le 1er octobre 1806, le cabinet de Berlin demande l'évacuation de l'Allemagne par l'armée française, la restitution de l'importante forteresse de "Wesel, et la promesse de ne mettre aucun obstacle à la confédération du Nord qui devait servir de contre-poids à la confédération du Rhin. Napoléon voit dans cet ultimatum une déclaration de guerre. Tous ses préparatifs sont faits; lui-même se trouve déjà à Mayence.

Il écrit à son frère Joseph : » J'ai en Allemagne près de 150,000 hommes, et je puis avec cela soumettre Vienne, Berlin, Saint-Pétersbourg. »

Le roi de Prusse ne pouvait mettre en ligne que 120,000 hommes dont la plupart n'avaient jamais vu un champ de bataille; il avait, à la vérité, formé avec leczar la quatrième coalition dont le but était de chasser les Français de l'Allemagne; mais, avant d'engager une lutte inégale, il eût été prudent d'attendre les troupes russes. Le gouvernement montra une déplorable imprévoyance. » Non-seulement, dit le prince de Hardenberg dans ses mémoires ('), non-seulement on commença la guerre sans avoir conclu la paix avec l'Angleterre et la Suède, sans être certain que la Russie entrerait prochainement en ligne, sans s'être assuré la coopération de l'Électeur de liesse; on n'avait pas même prévu l'éventualité d'une défaite. Les forteresses n'avaient pas été mises en état de défense ni pourvues des approvisionnements nécessaires.

I1) Hardenberg, né a Hanovre en 1750, était ent"é en 1790 au service du roi de Prusse. Devenu ministre des affaires étrangères uprès la retraite île Haugwitz, il dut lui-mèiue se retirer devant les menaces de Napoléon, qui l'appelait traître et parjure et qui lui reprochait dans le Moniteur « de s'être prostitué aux éternels ennemis du continent. »

Les troupes de la Prusse orientale et méridionale n'étaient pas encore sur le pied de guerre. Les bataillons de réserve n'étaient pas organisés. »

Une seule et fatale journée suffit pour anéantir la puissance créée par Frédéric le Grand : vainqueur à léna, le 14 octobre, Napoléon faisait, le 27, une entrée triomphale à Berlin.

Cette terrible défaite est suivie d'un spectacle poignant. L'armée se décourage et se débande; les forteresses ouvrent leurs portes sans résister; tout s'écroule. » Mais, au milieu de l'inexprimable confusion de ces scènes de découragement, dit un historien français ('), de nobles exemples avaient été donnés dont la mémoire ne devait pas périr, et la nation prussienne avait du moins la consolation de pouvoir imputer ses revers à la fortune, à l'inexpérience, à la disproportion des forces plutôt qu'à une défaillance de ses défenseurs. Ses généraux les plus renommés s'étaient fait tuer sur le champ de bataille ; les princes de la famille royale avaient payé de leur personne, ils avaient répandu leur sang avec la plus éclatante bravoure (2)... La Prusse avait été écrasée, elle n'était pas avilie à ses propres yeux. »

Napoléon entreprend de l'écraser et de l'avilir.

Il ne se contente point d'abattre la pierre qui rappelait la victoire de Eosbach et d'enlever lui-même l'épée de Frédéric déposée sur son tombeau, à Potsdam.

Il frappe les pays conquis d'une contribution de guerre

(') Histoire de Napoléon Ier, par P. Lanfrey, t. III, p. 503.

(2) Le duc de Brunswick, le feld-maréchal Mœllendorf et le général Schmettau avaient été mortellement blessés. Le prince Louis -Ferdinand fie Prusse avait été tué.

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