LES RÉGÉNÉRATEURS
Entraîné par son peuple, Frédéric-Guillaume allait prendre un parti décisif : le 28 février, il s'allie à la Russie contre Napoléon. Par le traité de Kalish les deux puissances contractantes forment une alliance offensive et défensive dont le but final est l'indépendance de l'Europe et le but immédiat la reconstitution de la Prusse dans des conditions qui lui garantissent paix et sécurité; les deux puissances ne feront séparément ni paix ni trêve ni convention quelconque, et s'efforceront, d'un commun accord, de gagner l'Autriche à leur cause.
ILiA. DÉLIVRANCE
Le 17 mars 1813, Frédéric-Guillaume III annonce à son peuple qu'uni au czar il a déclaré la guerre à Napoléon et l'avertit qu'il aura à lui demander des sacrifices proportionnés à la grandeur de son entreprise, aux forces, aux ressources de l'ennemi. « C'est, disait-il, une lutte décisive que nous avons à soutenir pour notre indépendance, notre liberté, notre existence; une lutte qui n'a pour issue qu'une paix honorable ou un trépas glorieux. »
A l'armée, Frédéric-Guillaume promet qu'il ne la quittera pas, qu'il combattra avec elle, et que tous les princes de sa maison seront à ses côtés.
Deux nouveaux édits sont publiés : l'un ordonne l'organisation immédiate de la landwehr dans tout le royaume, l'autre décrète le lanchtvrm ou levée en masse. Tout Prus-
sien de dix-sept à quarante-cinq ans appartient à la landwehr; il doit, selon la devise de celle-ci, combattre : " Avec Dieu, pour le roi et la patrie. //
La Prusse, comme on l'a dit, n'était plus qu'un camp ; avec une population, qui avait été réduite à 4,500,000 âmes, elle allait, en quelques mois, lever, armer, organiser 300,000 combattants (') !
La conduite patriotique de la Prusse était dénoncée comme une trahison par Napoléon. Après les combats qui amenèrent l'armistice conclu à Plesswitz, le 4 juin, l'empereur des Français faisait proposer au Congrès de Prague a d'ôter à la Prusse, pour les attribuer à la Saxe, le Brandebourg-, Berlin, Potsdam, c'est-à-dire son sol natal et sa gloire '/; de » transporter la Prusse entre l'Oder et la Yistule, d'en faire ainsi une puissance polonaise plutôt qu'allemande (2). » Ce projet, qui aurait frappé la Prusse au cœur, n'avait aucune chance d'être accueilli. L'Autriche, dont la coalition et Napoléon se disputaient l'alliance, demandait la reconstruction de la Prusse avec une frontière tenable sur l'Elbe; elle voulait pour la Prusse Dantzig, et elle exigeait la renonciation de Napoléon au protectorat de la confédération du Rhin. Napoléon refusa de céder Dantzig et de renoncer au protectorat de la confédération du Rhin ; en outre, il refusait à l'Autriche la cession complète des provinces illyriennes. Cette obstination détermina la clôture du Congrès, et l'Autriche annonça son adhésion à la coalition. Le 27 juin, à Reichenbach, elle conclut avec la Russie et la Prusse un traité d'alliance éventuelle. Quand cette grave nouvelle parvint
(') Voir Charras, Histoire de la campagne de 1813.
(-) Histoire du Consulat et de l'Empire, par Thiers, livre 49e.