LE TRAITÉ DE TARIS
Pays-Bas, de la Meuse, de la Moselle et de la Sarre —
Pour le bieu de l'Europe, pour le bien de la France, ne laissons pas échapper le moment favorable qui se présente à nous pour statuer une paix solide et durable. Aujourd'hui nous le pouvons, la main de la Providence a visiblement amené cette occasion; si on la laisse échapper, des torrents de sang couleront pour atteindre ce
but »
Le duc de Wellington et lord Castlereagh , résistant aux vœux de la majorité des Anglais, proposaient comme maximum le retour à la frontière de 1790 (*). Hardenberg répondit, le 28 août :
» La France doit céder ses forteresses offensives que notre sûreté exige absolument et impérieusement. — Condé, Valenciennes, Maubeuge, Philippeville, Charlemont, Givet sont indispensables aux Pays-Bas ; — Thionville et Saarlouis à la Prusse; — Bitche, Landen, Huningue à l'Allemagne du Sud; — Fort-Joux et l'Écluse à la Savoie; — Quesnoi, Mézières, Sedan, Montmédy doivent être rasés ; — Strasbourg doit redevenir une ville libre d'empire comme après le traité de Westphalie. »
n La France, disait le général de Knesebek, dans un mémoire confidentiel, la France a provoqué la guerre, elle en doit porter le poids. Au lieu de bâtir des forteresses,
qu'on en prenne Il n'y a pas de garanties morales
possibles avec une génération élevée dans la révolution et
(') « Si la politique des alliés estd'afTaiblir la France, écrivait le duc de Wellington, qu'ils le fassent sérieusement, qu'ils lui enlèvent sa population et sa richesse en même temps que ses places fortes. » — « Les alliés, disait lord Castlereagh, avaient présenté le roi (Louis XVIII) comme un médiateur, un sauveur ; c'était le discréditer a tout jamais que de lui faire signer un traité humiliant et onéreux. »
5 i RIVALITÉ DE LA FRANCE ET DE LA PRUSSE.
qui demeurera révolutionnaire. L'arrogance et la suffisance ont pris chez elle la place de l'énergie et du caractère ; la valeur, celle de l'honneur; la fidélité aux serments n'est qu'un jeu de mots, auquel elle se dit elle-même que les autres nations ne peuvent ajouter aucun prix. Avec une telle nation les garanties morales n'existent pas, et il faut avoir recours à d'autres mesures pour pou voir espérer qu'elle restera tranquille. Si l'on ne prend que des demi-mesures, on se trouvera dans le cas d'avoir tout fait pour éveiller la haine et la vengeance dans les cœurs et rien pour leur ôter l'avantage de porter cette haine chez nous ; donc on pourra être sûr d'avoir à soutenir dans peu d'années une guerre terrible et dans une situation désavantageuse pour avoir voulu éviter le risque d'une guerre sous des chances favorables pour nous. «
Les représentants des États secondaires se montraient plus exigeants encore que les plénipotentiaires de la Prusse ('). Le comte de Munster, ministre hanovrien, voulait donner pour limites à l'Allemagne le Jura, les Vosges et les Ardennes. Le comte de Wintzingerode, ministre de Wurtemberg, disait : « que l'Alsace et la Lorraine' devaient être revendiquées comme indispensables à la sécurité de l'Allemagne. »
En résumé, la Eussie voulait se contenter d'une occupation temporaire et d'une contribution de guerre à fixer d'un commun accord ; l'Angleterre proposait une occupation temporaire, une contribution de guerre et le retour à la frontière de 1790; l'Autriche demandait une occupation par 150,000 hommes, une contribution de guerre, le retour
(') Les plénipotentiaires de la r-russe étaient le prince de Hardcnberg, chancelier d'Étal, et Charles-Guillaume, baron de Humboldt