LE TRAITE DE PARIS
à la frontière de 1790, la cession ou le démantèlement des forteresses de la première ligne (Flandre et Alsace); la Prusse exigeait l'occupation de la France par 240,000 hommes, une contribution de 1,200 millions, la cession des places fortes des Flandres, de l'Alsace et de la Lorraine (').
» Les Prussiens, écrivait Frédéric de Gentz, insistent pour des conditions pénibles et dures (pas aussi dures pourtant et bien loin de là qu'ils ne pourraient le penser et le désirer). La Russie et l'Angleterre sont à l'extrême opposé ; l'Autriche à peu près au milieu. »
Le vieil antag-onisme de l'Autriche et de la Prusse se réveillait. Le prince de Metternich s'était montré un instant disposé à donner la Lorraine à la Prusse parce que, avouait-il de nouveau, « le grand but del'Autriche devait être de comprometlreYà, Prusse avec la France, en d'autres termes, de les rendre continues, d'opposer leurs intérêts. « Mais comment attribuer la Lorraine à la Prusse lorsque celle-ci ne voulait rien donner à l'Autriche comme compensation?
En admettant que l'Autriche et la Prusse se fussent mises d'accord, il aurait fallu, dans cette hypothèse, triompher encore des répugnances du czar et déjouer les calculs intéressés de ses conseillers. Le czar voulait que l'Allemagne restât dépendante de la Russie et c'est pourquoi il refusait de lui donner « une pleine et entière sécurité du côté de la France. »
L'Angleterre finit par imposer une sorte de projet transactionnel, qui était contenu dans une note du 2 septembre.
« Le gouvernement anglais, disait lord Castlereagh, ne
(') On trouvera tous les détails des laborieuses et pénibles négociations, que nous ne faisons que résumer ici, dans la savante monographie intitulée : Le traité de Paris du 20 novembre 1815, par Albeht Soreu (Paris, 1873, in-8 ).
méconnaît pas la nécessité de protéger les frontières ouest de l'Allemagne ; l'Angleterre n'a rien plus à cœur ; mais ce résultat serait mieux assuré par la construction de forteresses en Allemagne que par la cession de territoires attachés à la France depuis un siècle et dont la perte soulèverait l'indignation dans tous les cœurs français. On doit se borner à faire rentrer la France dans la frontière de 1790, à occuper certaines places fortes, à frapper une contribution de guerre destinée en partie à la construction de forteresses défensives dans les États voisins de la France..." Ces propositions transactionnelles eurent l'appui de la Russie et l'acquiescement de l'Autriche. La Prusse dut se résigner, mais ce fut à contre-cœur. « Elle était isolée, a écrit le chancelier de Hardeuberg, épuisée en ressources d'hommes et d'argent; elle ne pouvait pas décider l'affaire contre toute l'Europe; elle devait sacrifier ses meilleures convictions aux égards supérieurs de l'alliance, de l'unité d'action, de la tranquillité de ses peuples. "
Le 2 octobre, les plénipotentiaires des quatre puissances alliées signèrent, avec le duc de Richelieu, un protocole secret qui fixait définitivement les conditions de la paix : rétablissement des frontières de la France telles qu'elles étaient en 1790; indemnité de 700 millions; occupation du nord et de l'est pendant cinq ans au maximum par une armée de 150,000 hommes.
Ces clauses furent converties en traité définitif le 20 novembre. » Elles étaient dures, dit un historien allemand, bien qu'elles fussent beaucoup trop indulgentes et bienveillantes quand on les compare aux conditions de paix que dictait Napoléon ('). »
(') Gcrvinus ajoute : « On n'avait jamais eu une cause plus légitime