ROSBACH
sa population et ses richesses naturelles, soit par la contiguïté et l'heureuse correspondance de ses parties. Ses frontières sont hérissées de forteresses et de moyens de défense naturelle ou artificielle. Dans l'ordre actuel des choses, elle n'a que les fautes de son gouvernement à craindre; toute invasion y serait inutile et folle. La maison d'Autriche seule, bien moins encore la Prusse, ni même ces deux maisons réunies ne sauraient lui être redoutables, parce que la guerre de deux ou de plusieurs contre un se fait toujours si mollement, et d'une manière si incohérente que, même à inégalité de puissance, les forces qu'un seul moteur dirige n'en ont rien à craindre. Mais supposez l'Allemagne réunie sous le même sceptre, alors l'événement de ce combat, d'égal à égal, devient au moins trèsdouteux, et c'est au hasard à prononcer. La France aurait même ici des désavantages... ('). //
(') La Monarchie prussienne, par Miiubeau (1788), t. V, pp. 390 etsuiv.
La révolution française de 1789 ébranle l'Europe. Les puissances la surveillent, mais aucune ne tire l'épée. En réalité, elles ne désirent pas la guerre. William Pitt, qui gouvernait l'Angleterre depuis 1783, observait la plus stricte neutralité, et telle était son attitude qu'on lui reprochait dans la chambre des communes d'être un fils dégénéré de lord Chatham ('). Catherine de Russie était absorbée par les troubles de la Pologne. L'empereur Léopold, après avoir vainement demandé l'adhésion de l'Angleterre et de la Prusse pour intimider l'assemblée nationale par une déclaration collective , avait lui-même renoncé à tous desseins agressifs.
Dans l'entrevue qui a lieu à Pilnitz entre Léopold et Frédéric-Guillaume II, les deux monarques repoussent,
(') B Macaulay, Essays, vol. IV.
le 27 août 1791, les demandes contre-révolutionnaires du comte d'Artois et des émigrés; ils ne veulent pas imposer à la France le retour à l'ancien régime. Ils subordonnent leur intervention éventuelle pour le rétablissement de l'ordre au concours de toutes les puissances. Or, le même jour, l'empereur écrit au prince de Kaunitz qu'il s'en était tenu à des généralités et qu'il s'était gardé de faire la moindre promesse de nature à le lier pour l'avenir. On a donc pu affirmer que la première coalition formée contre la révolution française n'a pas pris naissance à Pilnitz (').
L'Autriche et la Prusse ne s'étaient pas encore confédérées, et le cabinet de Londres déclarait que, même en cas de rupture entre l'Autriche et la France, il ne sortirait point de sa neutralité.
Les véritables auteurs de la première guerre de la révolution furent les Girondins. Par la guerre ils voulaient conquérir le pouvoir, ils voulaient affermir la révolution, ils voulaient la propager au dehors. « La guerre, disait Brissot à l'assemblée législative est un bienfait national. La seule calamité qu'il y ait à redouter, c'est de n'avoir pas la g-uerre. » Brissot et Dumouriez soutenaient que la guerre pouvait seule consolider la liberté en France et confondre les ennemis de la constitution. Du reste, ils employaient tous leurs loisirs à étudier la carte des Pays- Bas et à méditer sur des projets d'agrandissement (*).
Un décret du 25 janvier 1792, adopté par l'assemblée législative, sur la proposition de Gensonné, somme l'empereur de renoncer à toute entreprise contre la constitution
(') Voir H. le Svbel, Histoire de l'Europe pendant la révolution française, t. 1".
('-) Voir Dumont, Souvenirs de Mirabeau.