CHANT
PRE.MIERS SUJETS
M"« Levasseur. — A serv'i avec succès pendant l'espace de quatre ans ; ne fait presque plus rien depuis plusieurs années et se trouve dans le cas de ne plus rien faire désormais : ses moyens paroissent insuffisans au genre moderne.
On ne peut dissimuler qu'elle n'ait beaucoup de mauvaise volonté et qu'elle ne coûte même fort chère à l'Opéra, ayant toutes sortes de prétentions pour ses habits qui ne sont jamais assés chers ni assés riches ; le traitement particulier de 9,000 livres qu'elle a obtenu a non-sealement dégoûté tous ses camarades, voyant .qu'elle ne les gagnoit pas, mais encore a fait élever les mêmes prétentions de la part des autres sujets, ce qui est nécessairement à charge à l'administration. Il y a neuf mois qu'elle n'a paru sur le théâtre, elle est depuis 18 années à l'Opéra, mais seulement depuis la retraite de M"« Arnoult et M"^ Beaumesnil en chef. Si l'on lui accordoit la pension de 2,000 1. qui n'est dû qu'au bout de 20 ans, ce seroit lui faire grâce, car il ne lui est dû que i,5oo 1. ; mais c'est faire encore un bon marché pour l'Opéra que de lui donner même les 2,000 1.
36 l'opéra secret au xviii' siècle
M"e Saint-Huberty. — Grande musicienne, pleine de talent, essentielle à l'Académie : si la nature ne lui a pas prodigué tous les moyens nécessaires, l'art a fait un prodige en sa faveur.
Cette artiste sent trop combien elle est nécessaire à l'Opéra faute de sujets qui puissent encore la remplacer avec avantage ; elle a beaucoup de prétentions, elle a de l'esprit, mais une mauvaise tête, il faut la ménager, mais ne pas la gâter, car bientôt elle se rendroit pour ainsi dire souveraine arbitre de l'Opéra ; il a fallu, à l'exemple de M'*° Levasseur, lui accorder un traitement particulier qui a produit un mauvais effet vis-àvis de ses camarades ; mais toutes ces distinctions humiliantes pour les autres et ruineuses pour l'Opéra peuvent cesser, si le ministre adopte le nouveau projet proposé pour Pasques prochain.
M"" DuPLANT. — Sujet plein de zèle et de bonne volonté, ayant toujours bien rempli sa place ; elle doit beaucoup à son phisique ; elle a vingt-deux ans de service.
Elle est d'un naturel inquiet et jaloux, les traitemens de M"*^^ Levasseur et Saint-Huberty lui font tourner la tête, ce qui la met dans le cas de faire souvent beaucoup de violence ; cependant elle ne peut se dissimuler que son genre de talent, qui est celui des mères et des rôles à baguette , est d'un usage moins fréquent à l'Opéra que celui des autres ; au reste, l'exécution du projet proposé arrangeroit les affaires *.
* Le projet pour « Pasques prochain », sur lequel La Ferté revient avec complaisance parce qu'il croit y trouver un remède à toutes les difficultés de la situation, était une révision, une unification de tous les règlements antérieurs sur l'Opéra qui donnaient lieu à mille contestations. Le roi suivit ce conseil et les refondit tous en une seule loi, datée du 15 mars 17S4, loi démesurément longue qui prétendait prévoir et résoudre toutes les difficultés à naitre, mais qui ne remédia à rien.