DUPRÉ
P. -S. Pour la comédie jouée, j'ai déboursé environ 72 livres, ayant dû payer partout ; je compte, monsieur.
LECONGEHUNEDANSEUSK 22 3
que vous voudrez bien me faire rendre cet argent le plutôt possible, et vous m'obligerez infiniment*.
A dater de ce jour la belle fugitive fut surveillée de près, et l'amour fit bonne garde autour d'elle sous la forme de policiers envoye's par La Ferté, qui croyait cependant ne jamais prendre assez de précautions. Le 1 1 septembre, par exemple, il avise le ministre qu'on agit toujours très fort pour enlever la danseuse à l'Opéra, qu'il serait possible que l'ambassadeur de Sardaigne en parlât à la reine et que, tout en pensant que Sa Majesté ne se mêlera pas d'une affaire aussi peu importante, il serait peut-être bon d'en toucher deux mots au ministre des affaires étrangères, car enfin, dit-il pour conclure, le service du roi est préférable à celui de Turin. Ce fut l'avis d'Amelot, qui répondit le jour même en demandant qu'on rédigeât un projet de lettre à M. de Vergennes ; et eff"ectivement quelques jours après, le 14, le ministre des aff"aires étrangères recevait la note suivante de son collègue à la maison du roi :
Leservicedu roy pour les spectacles de Fontainebleau, monseigneur, ayant absolument exigé que je fisse rester la demoiselle Dupré, danseuse de l'Opéra, qui avoit tenté de s'évader pour aller remplir un engagement à Turin, il y a lieu de croire qu'elle pourrait solliciter M. l'ambassadeur de Sardaigne pour vous forcer de lui faire accorder un passe-port; dans ce cas, je vous prierois, monseigneur, de vouloir bien représenter à M. l'ambassadeur que cette danseuse est indispensablement nécessaire, tant pour la sûreté du ser-
* Archives nationales. Ancien régime. O i, 629.
224 I- OPKRA SECRET AU XVIIlf SIECLE
vice de la Cour que pour celui de Paris, dans la circonstance de la maladie de la demoiselle Guimard qui vient d'avoir la petite vérole et qui, conse'quemment est hors d'état de paroître sur le théâtre du roi ; mais je consentirai volontiers, pour ne pas priver Turin de M"° Dupré, de lui accorder un congé pour y aller vers la fin de décembre, qui est le temps où commence le carnaval.
Volte-face subite le lendemain. La lettre précédente n'était pas plutôt expédiée, que La Ferté en écrivait une autre au ministre, où il lui racontait que M^'" Dupré était venue chez lui pleurer toutes les larmes de ses beaux yeux et qu'il n'y avait plus guère moyen de la retenir, car elle était dans un état à fendre l'âme et ne pourrait presque plus rendre de services. Cette scène intime n'est qu'effleurée dans le récit de La Ferté, mais on peut suppléer aisément à ses réticences en se rappelant que si la danseuse refusait obstinément les offres si tentantes de son puissant protecteur, c'est sûrement qu'elle voulait aller retrouver le beau Gallet au pays où fleurit l'oranger.
Ce lundi soir, i5 septembre lySS.
Monseigneur ,
Aussitôt mon arrivée à Paris, je viens d'être assailli par la demoiselle Dupré, qui est venue me trouver, à ce qu'elle m'a dit, d'après le conseil de M. de Vougny*,
■ Ce M. de Vougny était sûrement le protecteur heureux de M"'^ Dorlé, puisque, autant il réclamait pour elle lorsqu'on voulait faire un passe-droit en faveur de M"« Dupré, autant il encourageait celle-ci à partir plutôt que de céder, afin qu'en partant elle laissât le terrain libre à M"'= Dorlé. Cousin-germain d'Amelot, très lié avec le comte et la comtesse de Maurepas (d"où le surnom de
pour que j'aie l'honneur de solliciter près de vous sa liberté pour aller remplir son engagement ; le re'sultat d'une conversation d'une heure et demie a e'té qu'elle se de'siste de la place de premier sujet, et qu'elle promet, si on a besoin d'elle, de revenir, dans le mois de janvier, pour danser même en remplacement pendant un an, après quoi elle demande sa liberté entière ; dans le cas oîi elle seroit refusée, il me paroît qu'on ne peut faire grand fond sur elle pour le voyage de Fontainebleau , car elle m'a dit qu'elle succomberait au chagrin ; et, en effet, elle étoit dans un état que je ne pourrois guère vous représenter. Cependant, j'ai exigé qu'elle dansât demain, ce qu'elle a promis de faire ; d'après le sacrifice qu'elle fait d'une première place et l'offre de revenir faire une année, il faut qu'elle ait de bien fortes raisons pour prendre ce parti ; car j'ai été jusqu'à lui dire que l'on payeroit son dédit, mais rien n'a pu la faire changer. D'après cela, monseigneur, c'est à vous à décider; mais les choses étant à ce point et ne pouvant compter sur son service pour Fontainebleau, je crois que le parti le plus sage seroit de prendre ses précautions d'avance, en la faisant remplacer par M"^ Torlai qui doit danser incessamment, et en se servant le plus que l'on pourra de M"^ Dorival, qui auroit peut-être quitté, si elle eut sçu que M"« Dupré avoit une première place ; je conclurois donc, monsei-
Vougny-Maurepas) , grand coureur de filles, très propre à discuter sur le mérite des figurantes, des « espaliers », très délicat sur le choix des minois, mais ne connaissant rien à la partie des talents. M. de Vougny, un jour qu'il arrivait en retard à l'enterrement de M""' Legendre, belle-mère d'Amelot, ne vit pas la fosse ouverte sur son chemin, tomba dedans et se cassa la jambe : heureusement que le fossoyeur était là, qui le retira du troi:. Ce funeste événement fut bientôt su de tout Paris; les princes du sang envoyèrent chez l'estropié, les ministres y allèrent, et plus de quatre cents personnes s'inscrivirent à sa porte, parmi lesquelles les femmes les plus distinguées de la cour et quantité de Laïs dont il était le protecteur naturel, M"=^ Heynel et Guimard en particulier, qui le vinrent voir en députation de la part des « consœurs » de l'Opéra. {Mémoires secrets, passim. )
220 l'opéra secret AU XVIH'' SIÈCLE
gneur, à laisser partir la demoiselle Dupré, à ne point disposer de la place de premier sujet; je crois que, ne pouvant faire autrement, c'est, monseigneur, le parti le plus sage, et qui évitera même beaucoup de sollicitations.
Amelot, qui avait peine à suivre les évolutions de pensée de son conseiller, mais qui se serait bien gardé déjuger autrement, approuva cette décision avec autant d'empressement qu'il en avait mis, la veille, à signer la lettre à M. de Vergennes pour retenir la danseuse à Paris. 0 Nul doute, écrit-il le i6, à laisser toute liberté à la demoiselle Dupré de partir pour Turin. » Mais en même temps qu'il la libère aux conditions posées par La Ferté, il fait à celui-ci deux recommandations capitales : la première est de se faire rendre ces fameuses doubles lettres qui seraient assez compromettantes pour l'Administration, en restant entre les mains de la danseuse ; la seconde est de « n'oublier pas de faire prévenir M. Lenoir de la liberté qu'on donne à la demoiselle Dupré de s'en aller, afin qu'il ne fasse plus veiller sur elle, et qu'il ne lui refuse pas de passe-port si elle lui en demande. »
Sitôt dit, sitôt fait. Nouvelle scène attendrissante entre la danseuse et l'intendant des Menus, et le lendemain 17, nouvelle lettre de celui-ci au ministre :
Monseigneur,
M"^ Dupré et moi, nous nous sommes rendu lettres et portraits ; elle a signé un engagement pour être rendue à Paris à la fin du carnaval, et pour occuper une place de premier remplacement pendant un an , sur le pied du traitement qui lui a été fait lorsqu'on l'a fait venir; je crois que ce sera très bien fait de ne disposer-
de longtemps de la première place, pour n- la donner qu'à celle que le public avouera et placera lui-même.
Pour le coup La Ferté se trahit bel et bien : le ministre lui recommandait simplement de rattraper ses dangereuses lettres, et lui, dans tout l'émoi d'une séparation tellement soudaine, il parle aussi des portraits, comme si la restitution réciproque de ces images plus ou moins gracieuses avait la moindre importance administrative et qu'elle dût beaucoup préoccuper Amelot. Il espérait bien cependant que la belle reviendrait , et quant à celle que le public devait « avouer et placer luimême », il ne faisait pas doute à ses veux que ce ne fût M"* Dupré. Aussi, autant il montrait de hâte, auparavant, pour la faire passer sur le dos de ses camarades, en lui attribuant la première place, autant il s'empresse, autant il insiste pour qu'on laisse ce poste longtemps vacant, aussi longtemps qu'elle-même sera absente. Il croyait si bien qu'Eléonore reviendrait, qu'adressant, à la fin de cette année 1783, un rapport détaillé sur le personnel de l'Opéra au nouveau ministre de la maison du roi, M. de Breteuil, il portait sur les deux danseuses en concurrence pour la première place un jugement qu'on peut résumer ainsi : « L'une, M"° Dorlé, n'est pas assez forte; l'autre, M^'' Dupré, est absente et doit revenir vers le i5 février; attendons*, y
Elle ne revint pas cependant, et ce ne fut pas M"" Dorlé qui monta au premier rang. Elle était partie dès lafinde septembre, et depuis le mois d'octobre ijSS jus-
Voir les propres termes de ce rapport dans notre premier chapitre : Un Roi aV Coulisses, p. 44.
228 l'opéra secret au XVIII» SIÈCLE
qu'en mars suivant, elle est portée sur les états « pour mémoire », c'est-à-dire sans être payée pour cause de congé, mais comme devant toucher 2,000 fr. par an, comme ses trois camarades du même grade : M"" Dorival, Dorlé et Pérignon. Elle ne revint pas et La Ferté se consola en « papillonnant », elle ne revint pas et on la raya définitivement du personnel aux vacances de Pâques 1784. Au même moment, M"° Pérignon devenait premier sujet dans le genre comique, et les deux danseuses remplaçantes qui restaient, M"" Dorival et Dorlé, voyaient leurs appointements augmentés de plus du double, en touchant, pour l'exercice suivant, 5, 000 livres au lieu de 2,000. La différence valait qu'on réfléchît avant de lâcher pied , mais il était trop tard pour que M"' Dupré rentrât en grâce à Paris. Et d'ailleurs elle ne voulait pas seulement de l'argent, elle briguait aussi l'honneur du premier rang. Et puis n'avait-elle pas retrouvé au pays du soleil, peut-être à Turin, peut-être à Milan, le séduisant Gallet, qui ne lui donnait ni honneur ni fortune, et n'oubliait-elle pas auprès de lui les compétitions de l'Opéra de Paris, les vexations de Morel et la protection intéressée du volage Papillon 'f
URANT la semaine qui suivit ■ / lincendie de l'Opéra en octobre 1873, pas un journal ne manqua de rappeler le de'sastre pareil de 1781 et la rapide ^'"^^ construction du théâtre de la ~" ^' "'-^^ Porte-Saint-Martin par Lenoir, mais nul ne sortit des ge'néralités rebattues et ne donna le moindre renseignement inédit. Il n'y avait pourtant qu'à chercher pour trouver force pièces originales n'offrant pas seulement un intérêt de métier, mais visant l'art, l'administration, la politique, et montrant bien comment le ministre de la maison du roi entendait et remplissait, envers l'Opéra, son double rôle de directeur et de protecteur.
Le ministre avait sur le théâtre et le monde lyrique un pouvoir absolu. S'il n'en usait pas toujours avec
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modération, comme dans le cas de M"'' Théodore, il montrait au moins un rare empressement à faire le bien, quand le bien était possible, à réparer le mal, quand un désastre arrivait. Moins de huit jours après l'incendie qui avait anéanti l'Opéra, le 8 juin 1781, on avait déjà décidé de donner des représentations sur le petit théâtre des Menus-Plaisirs du Roi, en attendant la construction d'une salle provisoire ; le choix de l'emplacement et la désignation de l'architecte étaient choses trop compliquées pour être décidées à la légère, et les trois ministres, Amelot, Maurepas et Joly de Fleury, avaient à ce propos des conférences journalières. Mais comme la salle même des Menus-Plaisirs ' devait être aménagée pour l'Opéra, et qu'on n'y pouvait pas jouer avant les premiers jours d'août, le ministre de la maison du roi voulut organiser jusquelà des concerts, dont le produit aiderait l'État à payer intégralement les appointements de tous les artistes et employés du théâtre.
Amelot se fît alors adresser par M. de Caumartin un état des dépenses et recettes du concert établi provisoirement aux Tuileries après l'incendie de 1763, et il en transmit copie à La Ferté, en lui faisant remarquer que la dépense n'avait monté qu'à 6,274 livres 19 sols 6 deniers, et en le priant de veiller « à ce qu'on y apportât également toute l'économie possible. » Les 28 concerts de 1763 avaient donné une recette de 53,986 livres, ce qui était magnifique, comparé à la dépense rapportée par le ministre. Mais ces 6,274 livres ne représentaient que les frais d'installation, et quand on y ajoute la dépense ordinaire (appointements '
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des directeurs, acteurs et employés) pour les dix mois qu'avait duré l'interruption des spectacles, on arrive au total de 143,000 livres en chiffres ronds, c'est-à-dire à une dépense presque triple de la recette produite par les 28 concerts. On voit par là que les concerts qu'on songeait à organiser ne pouvaient servir qu'à diminuer les débours de l'État, et Amelot s'ingéniait à leur faire rapporter le plus possible. Certain jour enfin, il croyait avoir trouvé un moyen infaillible, et il écrivait, le 16 juin, à La Ferté :
Ne penseriez-vous pas qu'il seroit utile que j'écrivisse dans ce moment à MM. les premiers gentilshommes de la Chambre pour les engager à recommander aux Comédiens français et italiens de ne pas donner leurs meilleures et nouvelles pièces les jours que nous donnerons des concerts aux Tuileries, afin d'augmenter un peu l'affiuence du monde aux dits concerts; c'est, je l'avoue, un petit moyen, mais il n'en faut négliger aucun, et j'ai lieu de croire que les comédiens qui naturellement doivent profiter de la malheureuse circonstance, se prêteront volontiers à cette légère complaisance, et que MM. les gentilshommes de la Chambre y concourront aussi avec plaisir; en ce cas je vous serai obligé de m'envoyer le projet de lettre à leur écrire.
La Ferté répondait le jour même au ministre une lettre où il montre certains scrupules d'employer ces moyens autoritaires, au moins à l'égard de la Comédie-Française, et où il soulève certaines objections contre les concerts projetés.
Je reçois les deux lettres dont vous m'avez honoré ; je crois qu'il pourroit peut-être y avoir de l'inconvé-
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nient de faire recommander aux comédiens français de ne point donner leurs bonnes pièces les mardis et vendredis ; parce qu'indépendamment que cela pourroit indisposer le public, c'est qu'hier même qu'ils ont donné de très bonnes pièces ils n'ont eu absolument personne, et ils sont encore aujourd'hui dans le même cas; d'ailleurs les maladies et autres événements imprévus peuvent forcer de donner même une de leurs meilleures pièces , qu'ils n'auroient pas été dans l'intention de jouer effectivement un mauvais jour; mais il n'en est pas de même des Italiens, ils avoient hier un monde affreux, et je crois que l'on peut les restraindre à ce qui leur est permis de jouer seulement les mardis et vendredis, c'est-à-dire aux pièces vaudevilles ; je joins en conséquence ici un projet de lettre pour M. le maréchal de Richelieu.
L'on fera du mieux possible pour faire en sorte que les concerts payent partie des appointements, mais le goût est si changé que je crains bien que cette ressource soit peu considérable ; vous avez remarque que les 28 concerts de 1763 n'ont produit que 53,986 livres. Les appointements d'alors n'étoient pas la moitié de ce qu'ils sont aujourd'hui, puisque, y compris les traitements particuliers de M"' Le Vasseur, Larrivée et les nouvelles pensions, cette dépense est de près de 28,000 par mois ; ainsi l'on ne peut faire de trop grands efforts pour avoir le plus promptement possible une salle provisoire , ce qui diminuera plutôt la charge du Roi.
A la suite de cette lettre se trouve un projet de lettre pour le maréchal de Richelieu. Le ministre y dit, par la plume de La Ferté, « que le Roi a ordonné de faire donner deux concerts par semaine, les mardis et vendredis, pour diminuer au moins en partie les dépen.ses
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qu'il était forcé de faire pour payer les appointements des sujets ;» et qu'il priait le mare'chal d'ordonner aux comédiens italiens o de se renfermer pour la circonstance, dans les bornes de leur bail avec l'Opéra pour les pièces qu'il leurest permis de jouer ces jours-là et qui doivent se borner aux vaudevilles. Je suis persuadé, disait-il pour finir, qu'ils ne feront aucune difficulté et qu'ils chercheront au contraire tous les movens de contribuer au succès de l'Opéra. » Le ministre et La Ferté avaient trop compté, en cette circonstance, sur la condescendance des gentilhommes de la Chambre , qui se montraient forts jaloux de l'autorité qu'ils exerçaient sur les deux Comédies, comme le ministre sur l'Opéra, et qui défendaient avec zèle les intérêts de ces théâtres. Ils ne se départirent pas cette fois de leur rôle de protecteurs, comme le prouve la note suivante écrite par le ministre en marge de la lettre projetée : (i Cette lettre n'a pas été écrite parce que MM. les premiers gentilhommes que j'ai pressentis n'ont pas paru bien disposés. »
Repoussé de ce côté, le ministre imagina un procédé aussi simple qu'expéditif pour diminuer un peu la dette de rOpera, et il écrivit, le 12 juillet, au lieutenant général de police Lenoir :
Comme il est nécessaire, monsieur, dans la malheureuse circonstance où se trouve l'Académie royale de musique, d'user de toutes les ressources pour tâcher de l'alimenter en ménageant en même temps les finances du Roy, j'ai pensé qu'un des moyens les plus naturels et les plus justes serait d'augmenter les redevances des spectacles forains qui nécessairement pro-
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firent de la suspension de l'Opéra; je vous prie en conséquence de vouloir bien envoyer chercher les différents entrepreneurs, les prévenir que Sa Majesté, sans avoir égard aux traités qui ont pu être passés avec eux et qu'elle casse et annule de sa pleine autorité, a fixé, à commencer du premier de ce mois, la redevance du spectacle du sieur Nicolet à 48 livres pour chaque jour de représentation, celle pour le spectacle du sieur Audinot et pour celui des Variétés amusantes à 36 livres chacun, et celle de la Redoute chinoise à 24 livres ; le tout payable à la fin de chaque semaine et qu'en conséquence ils ayent à signer chacun leur soumission de payer cette redevance, lesquelles soumissions je vous serai obligé de m'envoyer. Si le simple ordre que vous leur donnerés ne suffit pas, ce que j'ai de la peine à présumer, je vous prie de m'indiquer la forme que vous croirez la meilleure à employer.
Cette rupture de traités librement consentis était un abus criant d'autorité. Les entrepreneurs réclamèrent, comme on pense bien, mais Amelot repoussa leurs propositions et écrivit à Lenoir, le 21 juillet, de faire exécuter en toute rigueur les prescriptions de sa première lettre. Les malheureux forains revinrent encore à la charge, et firent observer au ministre que cette nouvelle redevance augmenterait d'un quart leurs charges <» si elle n'était pas prélevée, avant tout, sur la recette qui doit supporter le quart des pauvres». Amelot se laissa fléchir cette fois, et écrivit, le 2 5 juillet, à M. Henry, administrateur général des hôpitaux, une lettre où ifexposait la question et qu'il terminait ainsi : « J'estime qu'il est de la justice de l'administration des hôpitaux de consentir à ce que ces redevances soient prises sur le produit.