‹ 1770-1790Chapitre 33 sur 36 · LES PAUVRES ET L OPÉRA 2J · texte numérisé non relu

LES PAUVRES ET L OPÉRA 2J

des recettes avant le partage du surplus qui doit ope'rer la distraction d'un quart au profit des pauvres. »

La demande des forains, appuye'e par le ministre, tendait donc à faire prélever cette redevance exceptionnelle avant même le quart des pauvres^ de façon que l'Administration des hôpitaux supportât avec eux, sur son quart, la diminution résultant de cette aggravation d'impôts. M. Henry fut fort étonné de voir un ministre soutenir une prétention aussi audacieuse , aussi subversive , et il répondit à Amelot, le i" août, qu'il avait communiqué sa lettre à M. Dupont, lieutenant particulier au Châtelet, administrateur de l'Hôtel- Dieu et chargé par son bureau de veiller particulièrement à la rentrée du quart des pauvres. M. Dupont et lui avaient pensé que cette proposition ne pouvait être portée qu'aux bureaux généraux de leurs administrations qui se tenaientàl'Archevèché; mais, commecesbureaux ne devaient se réunir qu'à la fin du mois, ils n'hésitaient pas à soumettre par avance au ministre les observations qu'on ne manquerait pas de lui adresser. Ils avançaient donc la décision à prendre et lui envoyaient un mémoire pour défendre auprès de lui la franchise absolue du quart des pauvres, et le préparer au refus très probable des bureaux. « Nous vous prions. Monseigneur, disaientils pour finir, de nous faire savoir vos dernières instructions à ce sujet, avant la tenue des bureaux généraux , afin que nous puissions leur présenter cette nouvelle demande des entrepreneurs si vous le désirez et s'ils persistent à la faire. » Cette simple phrase en dit long, — comme on verra tout à l'heure.

Suit le Mémoire instructif sur le quart qui se perçoit

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en faveur de l'Hôpital général et de l'Hôtel-Dieu sur le produit de tous les spectacles de Paris. La lecture de cette pièce prouvera que l'administration des hôpitaux, — qui se montre de nos jours si âpre au gain , qui méconnaît l'art pour l'argent, et ruinerait les entreprises qu'elle pressure et dont elle vit, plutôt que de leur accorder la moindre remise, — était déjà, il y a un siècle, aussi avide, aussi rapace. Je regrette de ne pouvoir donner en entier ce long rapport, un chefd'œuvre d'argumentation chicanière, mais j'en veux citer au moins la fin, qui dut bien surprendre Amelot. Après avoir fait l'historique du quart des pauvres., après avoir établi, par des textes et des faits précis, que ce droit devait primer tout autre, et que, par conséquent, la prétention des forains était absolument insoutenable, M. Henry, par une manœuvre très habile, porte la lutte sur le terrain de son adversaire, et fait entendre au ministre qu'au lieu de détendre les entrepreneurs, il ferait mieux de se défendre lui-même, et que les hôpitaux pourraient bien lui réclamer une part dans la redevance exceptionnelle qu'il imposait aux forains.

Le feu de l'Opéra, en mettant l'Académie royale de musique hors d'état de se soutenir, fait perdre aux hôpitaux une somme annuelle de 60,000 livres, pour laquelle ce spectacle est abonné *. Si le ministre a cru juste d'augmenter la redevance des spectacles forains,

■ Henry exagère singulicrement Les hospic;;s perdirent beaucoup moins sur l'Opéra, comme il résulte de cette mention de la Recette extraordinaire de lySi-Si: 11 Porté icy en recette les cinq mois de remises du quart des pauvres qui n'ont iMS été payés pour les mois du juin, juillet, aoust, septembre et octobre lySt, montants à la somme do 24,000 livres. » 'Archives nationales. Ancien régime. 01,634.)

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SOUS le prétexte qu'ils profitent de la suppression de l'Opéra, il semble que l'esprit de justice qui l'a déterminé à autoriser cette augmentation de redevance, ne peut pas lui faire croire que les hôpitaux doivent y entrer pour quelque chose. Et dans le fait, si les entrepreneurs de ces spectacles réussissaient à faire supporter aux hôpitaux une portion de la redevance forcée dont on vient de les grever, il en résulterait que le feu de l'Opéra doublerait la perte des hôpitaux: i° par la privation de 60,000 livres d'abonnement ; 2° et par la contribution dans la redevance exigée par l'Académie royale de musique. Ce qui seroit d'autant plus extraordinaire que le même motif qui sert de prétexte pour l'augmentation de la redevance devroit , par la même raison, opérer une indemnité en faveur des hôpitaux, bien loin de leur occasionner une double perte.

Et sous ce dernier point de vue, cette redevance elle-même devroit-elle peut-être être assujettie au quart des pauvres^ à la charge de l'Académie royale de musique. Elle n'a lieu qu'en raison du privilège exclusif de l'Opéra et sous le motif que les spectacles forains profitent de sa suppression. L'Opéra devant le quart du produit de son spectacle, ne pourrait-on pas dire que quand il cède quelque portion de son privilège, le prix de cette cession doit être regardé comme produit de son spectacle et que, sous cette considération, il doit être sujet au quart des pauvres : on ne pourroit pas anéantir cette prétention en disant que les hôpitaux percevant le quart sur le produit de ces spectacles forains, ne peuvent pas le percevoir sur le prix de la cession, que ce serait percevoir deux droits ; le prix des places de ces petits spectacles n'étant que de 3o sols . n'a aucune proportion avec celles de l'Opéra qui vont à 7 livres 10 sols et même à dix livres ; ainsi le produit du quart des pauvres dans ces petits spectacles ne peut jamais être mis en comparaison avec ce qu'il

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produirait dans les grands, et ne doit pas être regardé comme un dédommagement suffisant de la cession faite par l'Opéra d'une portion de son privilège.

Le raisonnement était habilement déduit , et la phrase citée plus haut prenait, en la rapprochant de ce paragraphe, un sens menaçant. Elle signifiait, pour tout bon entendeur, que si le ministre persistait à soutenir les forains, l'Administration des hôpitaux porterait ses nouvelles prétentions sur l'Opéra devant le Conseil du Roi , où elle avait déjà un procès pendant contre les Comédiens français et italiens; Henry avait pris grand soin de le rappeller au ministre .dans son rapport. Amelot le comprit bien ainsi, car on ne trouve plus rien dans les pièces suivantes sur cette affaire ; il aura sans doute, pour sauvegarder les intérêts de l'Opéra, abandonné les forains à l'avidité des hôpitaux, et l'on peut tenir pour assuré que le quart des pauvres aura été prélevé avant tout autre impôt.

Amelot avait d'autant plus souci de ne pas voir diminuer la redevance extraordinaire payée à l'Opéra, que la situation pécuniaire à la fin de juillet était peu brillante. La recette pour tout le mois avait été :

Recette à la porte. ''^'■" soisden.

8 concerts depuis le 3 jusqu'au 27 juillet. 7,2ir> » »

Redevances.

Opéra-Comique , pour le

mois de juillet 1,666 134) - o,- o

Spectacles forains, id. . . . 4,320 » » j Remise des fournisseurs pour le paiement

au comptant 19 » »

Total 1 3,221 i3 4

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