II
repoussent une nombreuse caTaierie anglaise qui fondait sur nous h toute bride. Notre infanterie appuya près des canons, qui barraient la route. L'ennemi aTait fait ayancer aussi son artillerie et Tayait placée également sur la route à Topposé de la nôtre, de manière que la distance qui la séparait était un Taste marais que trayersait la route. Plusieurs grenadiers et yolontaires murmuraient en disant : « Puisque notre second bataillon est prisonnier, il yaudrait autant se rendre tout de suite ». Je leur dis d'une yoix forte : « Camarades, battonsles encore une fois et nous capitulerons ensuite s'il le faut ». « Eh bien, commandez-nous donc, si yous youlez que nous nous battions ». Je leur fis faire : >( Par le flanc droit ! » et « Par file à gauche ! » quoique ce ne fût pas <\ moi de commander, puisque les généraux Ardouin, chef de brigade (I) et Marchand, chef de bataillon, étaient là. Je pris sur moi de le faire et je ne crois pas ayoir manqué aux règles de la subordination ni à mon deyoir. Je me mis à la tête de ma compagnie (2), qui marchait ce jour-là la première, les autres compagnies suiyirent le même mouyement. 11 était de toute impossibilité de passer sur la grande route puisque le feu de nos canons et celui des pièces ennemies s'y croisaient. Le marais qui est sur les côtés avait l'apparence d'un gazon ferme. Je crus donc plus prudent de chercher h le traverser sous la protection de nos deux pièces d'artillerie, qui faisaient un feu très yif. Mais quelle fut notre surprise lorsque nous eûmes fait vingt pas, de nous voir enfoncer jusqu'à la ceinture. Il fallut appuyer à gauche, et, longeant le côté de la route, nous parvînmes enfin à nous trouver en face de l'ennemi. On continua de tirailler en s'abritant derrière de petites murailles à portée de l'armée anglaise, qui remplissait de ses masses d'infanterie et de cavalerie une étendue immense et
dont le déploiement présentait déjà deux à trois régiments en bataille
Bientôt nous sommes assaillis de toutes parts Il n'y a plus moyen de
résister Nous mettons bas les armes et devenons prisonniers.
L'afiaire avait duré deux heures au moins Nous ne perdîmes toutefois
qu'ime cinquantaine d'hommes.
A ce moment, Cornwallis arrivait dans le flanc gauche et menaçait les derrières des Français.
Au moment de sa capture, la petite armée de Humbert (3) ne cons^tiit qu'en 748 soldats et 96 officiers. Ainsi, il parait que depuis son débarquement il avait perdu 236 hommes. Le nombre de ses officiers avait été augmenté par des promotions.
Les prisonniers français furent conduits à Dublin par Longford et le canal. Les soldats furent internés à Liverpool, et les officiers à Lichtfield.
(1) Depuis Castlebar.
(t) La 2* de grenadiers.
(3) Gordon, loc. cil.
Les Anglais traitèrent courtoisement et généreusement (1) les vaincus qui furent bientôt échangés (2). Humbert rentra en France le 26 octobre.
Bien que le soulèvement des Irlandais n'ait été que partiel, bien que, malgré les assurances reçues par le gouvernement français, les milices aient combattu contre nous, assez molr lement, à la vérité, surtout à Castlebar, l'expédition de Humbert avait eu une importance considérable. La prudence extrême de lord Cornwallis montre bien que sa situation serait devenue critique si Humbert avait été soutenu à temps.
La conduite de ce général, comme chef.de partisans, fut tout à fait remarquable, et les eflPorts de ses troupes dignes d'admiration.
On lui a reproché son arrêt de sept jours à Castlebar. Mais sa seule chance de salut était de créer un centre d'insurrection, et le point le meilleur était celui où il avait remporté sa victoire.
Il en est de même de Farrêt à Cloone, que la fatigue de ses soldats suffirait à justifier.
Quant à son détour vers Dublin, une fois à Manor Hill, il s'explique parfaitement par le soulèvement du comté de Westmeath.
Le général Humbert fut donc constamment et très exactement renseigné ; il utilisa toutes ses bonnes chances avec un art et une vigueur que, seule, la pénurie de ses moyens d'action rendit inutiles.
Du côté anglais, il convient de signaler le choix très judicieux de la ligne du Shannon comme base de rassemblement, la précision des ordres et surtout l'emploi remarquable de la cavalerie du lieutenant-colonel Crawford.
(1) Lettres de remerciement de Humbert à lord Cornwallis (citées par OuUlon, p. 402) et à réréque de Kiltala.
(2) Humbert au Directoire.
23 septembre.
Après avoir obtenu les pins grands succès et fait triompher les armes de la République pendant mon séjour en Irlande, j'ai enfin succombé sous une force majeure de 30,000 hommes de troupes commandés par lord Cornwallis.
Je suis prisonnier de guerre sur ma parole d'honneur. Je vous prie, citoyens Directeurs, de me faire rentrer dans ma patrie : des affaires de la plus grande importance exigent mon retour.
Ce dernier fut, du reste, spécialement cité dans le rapport du général Lake (1).
Les efforts et Fhabileté dont la mise en œuvre fut rendue nécessaire par une attaque numériquement aussi faible, sont le plus bel éloge qu'on puisse faire du général Humbert et de ses soldats.
(1) « Of whose real, spirit and abilities, too mneh cannot indeed be said, and whoie exertioni where admirably seconded by the detachment of Hompesch dragoons onder the command of Captain OToole »
Hambert loi rendit d*aUlenn hommage, ainsi qa*à la milice de Umerick, engagée au combat de CoUoonej.
Edward Cook à WilUam Wickhatn.
11 septembre 1798.
U (le général Hnmbert) fait grand éloge da colonel Cravford, pour la manière dont
il Ta constamment harcelé.
Il dit aussi que la milice de Limerick s'est bien conduite à CoUooney, mais qu*elle était mal postée et mal conmiandée.
(Correspondance de Comwallis.)
Le brave et habile Crawford (dénommé Craufurd dans certains ouvrages anglais de l'époque) mourut comme miijor général, en 18 It, des blessures reçues au siège de Giudad Rodrigo. Sa « brigade légère » resta célèbre dans l'histoire de la gnerre péninsulaire.