‹ 1793-1805 (volume 2)Chapitre 20 sur 62 · I. ffénéra · texte numérisé non relu

I. ffénéra

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LE RETARD DE l'eXPÉDITION DE BREST. 141

Deux adjudants généraux, Pemetty et Kirgener, comman* daient l'un l'artillerie, l'autre le génie.

Theobald Wolf Tone, sous le pseudonyme de Smith, servait dans l'état-major du général Hardy.

Pourtant, on ne part toujours pas (1). Hardy n'ayant rien reçu des 150,000 francs qui lui sont alloués, les fait réclamer au Ministre de la guerre. Celui-ci déclare avoir pris les mesures nécessaires.

L'amiral Bruix au général Hardy,

J'ai TU ayec surprise que tous n'étiez pas parti.

10 août (t).

Voici ce que me mande le Ministre de la guerre :

J*ai envoyé un chef de diTÎsion de mes bureaux à la Trésorerie pour s'assurer si Tordonnance de 435,000 francs au profit du général Hardy était expédiée et si Ton était en mesure pour le payement de la solde des troupes, qui doivent s embarquer. Les commissaires de la Trésorerie m'ont répondu affirmativement sur l'un et Tautre point.

Partez, Général, l'Irlande vous attend. Humbert, sous voiles depuis

plusieurs jours, sera votre précurseur. Partez I La gloire de notre pays, le salut d'un million de malheureux et la confiance du Directoire en dépendent.

Le 14 seulement, les difficultés relatives à la solde furent levées. Le général Hardy écrivait en effet ce jour-là :

Le payeur divisionnaire a reçu l'ordre de la Trésorerie nationale de payer aux troupes embarquées la solde qu'on leur a promise. Mais, loin de faire des fonds pour cet objet, elle a retiré de sa caisse 300,000 francs pour les donner à la marine. De sorte que, mes 135,000 francs acquittés, il ne reste pas dans la caisse de quoi solder le prêt prochain à la faible garnison de Brest. J'ai pris sur

(1) Bompard devait partir en même temps que Humbert, les ordres étaient donnés, tontes les mesures étaient prises, les fonds étaient faits, mais Tarrivée de ces fonds n'ayant

pas encore été effectuée le quoiqu'elle dût Tétre le (en blanc), Bompard n'a pu

partir.

Si la remise des fonds qui lui étaient destinés Teût mis à même d'accompagner Humbert, il fftt incontestablement parvenu à sa destination, puisque Humbert a fait sa route et a débarqué sans obstacle. Leurs forces réunies étaient plus que suffisantes pour (Illisible) le projet, et l'Irlande serait anjourd*hui détachée de l'Angleterre. Au reste, il n'est pas des républiques comme des autres États. Un revers y double l'énergie, c'est sans doute

l'effet que produira le malheur de Bompard (Anonyme, sans date).

(Archives de la Marine, BBnr, 12t.)

(î) Archives de la Marine, BB»», Itt.

les fonds mis à sa disposition 70,000 francs, que Ton distribue en ce moment aux troupes pour apaiser leurs murmures.

Tout était prêt à cette époque, mais Humbert était déjà parti depuis dix jours (1 ).

Le Ministre de la guerre au Directoire.

16 août.

J'ai rhonneur de vous adresser Tétat des différents corps de troupes qui Tiennent d'être embarquées à Brest et à la Rochelle pour être employées aux expéditions que vous ayez déterminées.

Le 2* bataillon de la 70* demi-brigade et trois détachements tant d'infanterie que d'artillerie et de cavalerie, formant ensemble 1019 hommes, ont été embarqués à la Rochelle et distribués par tiers sur les frégates Concorde, Médée et Franchise, qui ont mis à la voile le SO pour se rendre à la destination que vous avez prescrite (7 août) ;

Le i*' bataillon de la 81* demi-brigade;

Une compagnie du 4« d'artillerie à pied ;

Une compagnie du 5* d'artillerie à cheval.

Les régiments étrangers de Lee O'Meara, de Perdue, de La Châtre et les chasseurs de Lamoureux, formant ensemble 2,587 hommes, y compris 172 officiers rassemblés à Brest ont été distribués sur 6 frégates et le vaisseau le Hoche. Ces troupes sont remplies d'ardeur et de bonne volonté et ne paraissent nullement intimidées par la présence d'une escadre anglaise en avant du goulet de Brest.

État général des troupes passagères et autres personnes à leur suite embarquées :

2 fhietidor (19 août).

Officiers 291

Sous-officiers et soldats. . 2,550

Domestiques. . 26

Femmes passagères 17

Total 2,884 (Pour mémoire, 7 enfants).

On voit au prix de quelles lenteurs on avait réussi à préparer à Brest une expédition si minime. Aurait-on pu faire davantage?

(1) La division Bompard est prête et n'attend plus pour appareiller qu'un vent favo* rable. (L'ordonnateur de la marine au Ministre.)

Voici quelle était Topinion du général Kilmaine :

Rapport du général Kilmaine,

II y a dans le port de Brest 1i yaisseaux et quelques h*égates auxquels il manque les équipages, les câbles de manceuTres courantes. . . . , mais tous ces objets sont, je puis Taffirmer, sous la main, et je réponds de les trouver sous un mois, pour 20 vaisseaux de ligne et 12 frégates.

La ilifficulté des subsistances disparaîtra quand on saura qu'il en existe

à Brest, Lorient et Port-Malo, pour 32,000 hommes, pour trois mois

Quant aux équipages, il sufCt de donner à chaque vaisseau de ligne 180 bons matelots, 150 canonniers de marine et 150 soldats de terre pour tenir garnison permanente, ce qui fait pour chaque vaisseau 480 hommes, sans y comprendre Tétat-major. A chaque frégate, 120 bons matelots, 80 canonniers de marine et 60 soldats de garnison. Le total serait :

Bons matelots 5,040

Canonniers 3,720

Soldats :<,720

États-majors :«,120

pour lesquels il faut trouver des provisions pour ti*ois mois Il en existe

un bien plus grand nombre : bons matelots disponibles à Tinstant depuis

le Havre jusqu'à Port-Malo, 3,000; depuis ce point jusqu'à Nantes, 4,000. On peut donc faire sortir de Brest 20 vaisseaux ou plutôt 24.

Quoi qu'il en soit, et par une persistance singulière dans la mauvaise fortune, de nouvelles raisons allaient encore différer le départ du petit corps du général Hardy.

Depuis le commencement du mois d'août, le vent avait été défavorable pour la sortie de Brest. A peine changeait-il que l'escadre anglaise devenait plus menaçante que jamais.

Le commandant Bompard au Ministre de la marine.

3 fructidor (10 août).

Depuis hier il vente jolie brise du nord au nord-est à filer de 4 à

6 nœuds. A 6 heures, Tennemi a été signalé de toutes parts, au nord, au sud, par Touest. A 9 heures, Tarmée ennemie au nombre de 20 voiles, a donné dans^ riroise et a croisé à la vue jusqu'à la nuit formée. La tour de Croson a signalé Tennemi au nombre de 22, ce qui fait en tout 42 bâtiments qui nous bloquent.

D'après les dispositions de l'ennemi, est-il possible de sortir? Je ne dis pas non, mais, pour le tenter, il faudrait que je fusse déchargé de toute responsabilité et eusse l'ordre formel de braver tout. Dans ce moment, on signale iO bâti-

ments dans Fouest et i frégate ennemie à Touvert du goulet, qui observe nos mouvements. Le temps est un peu brumeux et il vente jolie brise. Cependant, si ce soir le temps est le même et que le vent ait apparence de se soutenir, je hasarde tout

Le général Hardy au Ministre de la marine.

3 fructidor (tO août).

Tous les éléments paraissent s'entendre pour nous clouer dans la rade

et y enchaîner Tardeur de nos troupes. D'un autre côté, Tescadre anglaise s'augmente à vue d'œil. Hier elle nous a présenté 42 voiles qui, à la chute du jour, étaient encore en ordre de bataille en fac-e du goulet

En relisant ce que vous m*avez écrit, qu'il importe surtout d'envoyer aux Irlandais-Unis un général, il me vient une idée que je prends la liberté de vous soumettre.

Je partirais de Rochefort ou de Nantes avec 15 ou 20 ofGciers, 300 ou 400 hommes, tant d'infanterie, qu'artillerie et hussards et quelques pièces de campagne, le tout monté sur deux bonnes frégates.

Je pense que je pourrais promptement arriver en Irlande sans accident.

Je travaillerais sur les lieux à connaître l'esprit public et à préparer tout ce qui

est nécessaire La division qui est ici pourrait attendre qu'une violente

bourrasque rejetât l'escadre anglaise sur les côtes ou dans la Manche, ce qu'on ne peut guère espérer avant trois semaines, c'est-à-dire à l'équinoxe.

Cependant^ le soir même, et malgré ces conditions tout à fait défavorables, le commandant Bompard tentait Taventure.

Appareillant à la nuit, il filait au nord-ouest, cherchant à raser Ouessant par les Pierres-Noires. Mais bientôt, il voyait l'ennemi en face de lui, lui barrant la route. Pour comble de malheur, les frégates la Fraternité et la Bellone s'abordèrent, et le premier de ces navires éprouva de si graves avaries qu'il fallut reprendre le mouillage et faire entrer la Fraternité au bassin. Prévenus par cette tentative infructueuse, les Anglais poussent l'audace jusqu'à entrer dans riroise et au sud des Saints. Jamais le blocus n'avait été si étroit (i).

Une fois de plus, il fallait attendre, et le ministre Bruix prescrivit, le 26 août, de ne pas risquer un nouvel échec avant qu'une bourrasque eût éloigné les na\ires ennemis.

(1) Lettres de Bompard, Lelarge et Hardy, tS août.

Quant au projet de Hardy, de partir d'un autre point de la côte, il le rejeta.

La proposition que tous me faites de partir de Nantes ayec quelques frégates est une nouyelle preuTe de irotre courage et de Totre déTouement; mais, d*une part, il n'existe pas dans ce port de bâtiments de cette espèce qui soient en état de prendre la mer, et, d'un autre côté, la possibilité de sortir de Brest sans danger peut se présenter d'un moment à Tautre

« Nous obéirons, répondit Hardy le 29, mais je vous « assure que c'est avec une peine bien vivement sentie (1). »

Pendant ce temps, les menaces des Anglais contre la Hollande, allaient obliger, une fois de plus, le gouvernement à modifier la répartition des troupes de l'armée d'Angleterre.

L'Adjudant général chef de l'étaUmajor de l'armée.

An quartier génirtl à Ronen, le 19 fhictidor an vi de la République (rtnçaise

(5 septembre 1898) (2).

ORDRE DU JOUR

EMPLACBMBlfT DB L'aRMÉB DU 19 FEUCTIDOE AN YI.

1"* division, commandée jMxr le général Bonnard, ayant sous ses ordres les généraux de brigade Laurent et Beguinot et les adjudants généraux Simon et Leclerc,

Cette division comprend la 24* division militaire en entier.

51* demi-brigade de bataille, 94* demi-brigade de bataille, 5* régiment de dragons, Divers dépôts de troupes à cheyal, Son quartier général est à Bruges.

2* division, commandée par le général Bessiéres, ayant sous ses ordres les généraux de brigade Desbrulis, Tugnot et Carvi et les adjudants généraux Schenner et Bouchet,

Cette division comprend les !»• et 16* divisions militaires en entier. 16* demi-brigade de bataille,

(1) Ce qui m'inquiète le plus, avtit-ii écrit la veille, c'est que je crois Humbert

arrivé. Je le connais et crains que tout ne soit bouleversé quand j'arriverai.

(Revue des Deux Mondes, 1« septembre 1900).

(2) Armée d'Angleterre, état-mi^or général.

n. iO

Meurthe, qui s'organise à Nancy ; ces deux bataillons seront rendus à leurs destinations le premier jour complémentaire et le 2 yendémiaire prochain.

Les ordres ont été donnés, en même temps, aux généraux commandant les !*•, 2*, 3*, 4*, 45* et 16* dÎTisions militaires, de faire extraire des bataillons auxiliaires de conscrits qui s'organisent dans leurs arrondissements, jusqu'à concurrence de 3,500 hommes et de les faire diriger avec rapidité sur Breda, pour servir au complètement des cadres de troupes françaises à la solde de la République bataTe.

D'après une nouyelle dépêche du général Brune, qui m'annonce que les Anglais sont parvenus à opérer un débarquement sur la pointe du Texel, tandis que les Russes cherchent à pénétrer dans la Frise, j'ai chargé de suite le général Pille, commandant les 1'* et 16* divisions militaires, de faire partir sur-le-champ, de Lille, la 90* demi-brigade, avec 6 pièces de campagne et les canonniers nécessaires pour assurer le service, ainsi que le 10* régiment de dragons.

J'ai informé le général Brune de ces mouvements et j'ai chargé le général de division Boudet, qui se rend k la Haye avec le général de brigade Pacthod, de passer par Lille pour conduire cette colonne jusqu'à Anvers et d'envoyer à l'avance un officier intelligent au général Brune, pour le prévenir de sa marche et lui demander ses ordres pour sa destination ultérieure.

Dans le cas, cependant, où le général Brune ne jugerait pas ce renfort nécessaire, le général Boudet a l'ordre de laisser ces troupes à la disposition du général Tilly, dans les départements réunis, et de se rendre de sa personne à la Haye.

Pour remplacer en partie ces troupes dans les i" et 16* divisions militaires, j'ai donné l'ordre au général commandant la 15* de faire filer avec rapidité sur Montreuil-sur-Mer un bataillon de la 59* demi-brigade, qui se trouve à Dieppe, et de faire partir de suite d'Amiens un escadron du 4* régiment de chasseurs, qui s'y trouvait momentanément stationné, pour se rendre à Lille.

Les trois autres escadrons du 4* régiment de chasseurs, qui étaient restés dans la 14* division militaire et qui y ont été remplacés par le 20* régiment de cavalerie, venant de Paris, ont également reçu l'ordre de se rendre à Lille, où ils arriveront le 26 de ce mois.

Par ce moyen, cette force armée se trouvera à portée de se rendre de suite dans les départements réunis, et de là en Hollande, si les cu*constances l'exigeaient.

Indépendamment de ces renforts, destinés à augmenter l'armée française en Batavie, j'ai chargé le général en chef de l'armée d'Angleterre de faire partir sur-le-champ la 4* demi-brigade, qui se trouve employée dans la 14* division militaire, pour se porter à marche forcée sur Rouen, d'où je la ferai filer sur Anvers.

Pour dérober ce mouvement aux brigands, j'ai chargé le général Michaud de faire exécuter une battue générale sur tous les points de son commandement, tandis que cette demi-brigade filera par Gaen et Lisieux sur Rouen.

Je lui ai recommandé de faire ses dispositions de manière qu'il ait toujoiu^ une colonne mobile de 2,000 à 3,000 hommes disponibles avec de l'artillerie légère, pour se porter sur les points où les brigands chercheraient à se rassembler et les écraser, et de promettre par une proclamation aux habitants de

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ces contrées une récompense de 600 francs et 3 arpents de terre pour ceux qui Hyreront un chef de brigands.

Pour remplacer le plus promptement possible à Tarmée d'Angleterre la demi-brigade qui en est retirée, j'ai chargé le général Leclerc d'activer Tarmement et l'équipement de la garnison de Mantoue, composée d'environ 7,500 hommes, qui vient d'arriver à Lyon, et de la faire filer de suite sur les départements de l'Ouest.

J'ai donné en même temps l'ordre au général commandant la 10* division militaire à Toulouse de faire partir de cette commune, le 26 de ce mois, le 3* bataillon de la W demi-brigade de ligne, et de le faire diriger sur Fontenay-le-Peuple, où il sera rendu le 6 vendémiaire prochain.

J'ai chargé, en outre, le général commandant la 8® division militaire de faire mettre en marche deux bataillons de la 7* demi-brigade légère, provenant de la garnison de Gaêta, et de les faire diriger sur Lyon, d'où je les ferai également filer sur l'armée d'Angleterre.

Ces différents corps de troupes, qui seront rendus dans le courant de Tendémiaire prochain sous le commandement du général Michaud, lui procureront un renfort d'environ i0,000 hommes, indépendamment des garnisons de Gapoue et du fort Saint-Elme, d'environ 4,000 hommes, qui s'organisent à Nismes, et qui seront dirigées ensuite sur l'armée d'Angleterre, ainsi que des autres corps faits prisonniers de guerre en Italie et qui doivent filer sur Lyon pour être envoyés de là sur les points où leur présence sera jugée nécessaire.

J'ai d'ailleurs donné l'ordre au général de la 8* division militaire de faire passer à Nice un bataillon de la 8* demi-brigade légère, qui faisait partie de la garnison de Gaëta et qui, d'après sa capitulation, s'est réservée la faculté de servir dans les armées actives; par ce moyen, ce bataillon rejoindra immédiatement son corps à l'armée d'Italie.

J'ai chargé au surplus le général commandant la 10* division militaire de faire partir le 27 de ce mois, de Carcassonne, les deux escadrons du 14* régiment de chasseurs restés sous son commandement, pour se réunir également à leur corps, employé à l'armée d'Italie.

Tels sont. Citoyens Directeurs, les ordres que j'ai fait exécuter depuis le 9 de ce mois jusqu'à ce jour et que je soumets à votre approbation.

La diversion espérée du fait de la marine hollandaise, quelque minime qu'elle fût, n'avait pas un meilleur succès que l'expédition de Brest.

Hatry, général en chef au Ministre de la marine (de la Haye).

t3 buctidor (Il septembre).

Deux frégates appartenant à la République batave, nommées la SwveiUante

et la Furie, portant 300 hommes de débarquement se trouvent depuis

plus d'un mois à la rade du Texel, d'où elles ne peuvent sortir à cause des bâtiments anglais et russes qui croisent continuellement dans ces parages.

150 PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITBE Vï.

Seul, le brick VAnacréon réussit à sortir de Dunkerque le 4 septembre. Il devait arriver le 16 seulement sur les côtes d'Irlande, trop tard pour secourir Humbert qui avait déjà succombé, et sa singulière odyssée devait le conduire en Norvège.

Journal de l'expédition partie de Dunkerque le 18 fructidor an VI.

4 septembre 1798.

Un Tent du sud-ouest a déterminé notre départ, le 18 fructidor à 4 heures du soir, la mer étant grosse et houleuse, nous ayons perdu notre ancre. C'est un accident que l'on ne pouvait ni prévoir, ni empêcher ; il ne nous a pas arrêté; la marche supérieure du navire et une petite brume nous ont fait échapper aux croiseurs anglais, et à la division stationnée dans les parages que nous quittions ; nous nous sommes trouvé, le lendemain matin, au delà du travers de Yarmouth et avons continué route vers le nord, avec un temps continuellement favorable, accompagné cependant de plusieurs grains ; un de ces grains a même été si subit et si violent, le 19 au soir, qu'un mât de hune et un mât de perroquet ont été rompus ; il a fallu toute l'intelligence du capitaine Blanckmann et de son second, Dénize, pour arrêter la malheureuse impression que pouvait occasionner ce désastre sur des hommes peu accoutumés à la mer et déjà fatigués par le mauvais temps; en peu de temps, les manœuvres ont été réparées et des mâts de rechange ont été guindés; la route a été continuée avec un temps calme jusqu'aux Orcades, sans avoir vu d'autres navires qu'une frégate anglaise escortant sept bâtiments marchands, à basbord ; et par delà le travers d'Edimbourg, des Orcades et de l'isle de Fair, la route a été continuée vers l'ouest avec un temps moins favorable : du calme, de grands vents, une grosse mer; la rencontre et la chasse de différentes frégates ont souvent forcé à changer de route et à l'allonger chaque fois pour arriver à la poste la plus sud des isles Westernes.

Du 26 au 27, la mer étant extrêmement grosse et le vent très fort, on s'est disposé à approcher de la c^te d'Irlande. La rencontre et la chasse de deux frégates ennemies ont déterminé un changement de route. Après avoir perdu ces frégates de vue, le mauvais temps a déterminé à se tenir à la cape. Cependant, la mer étant devenue plus calme, la route a été reprise avec un vent favorable pour la côte d'Irlande ; à 6 lieues de terre, une frégate et une corvette stationnaires ont été aperçues par les travers des lacs Soyle et Swilly, et ont forcé à rechanger de route et à cingler au nord.

Du 27 au 28, à midi, il y avait calme plat et VAnacréon était en panne à 18 lieues de terre; une brise s'étant élevée, la route a été reprise vers l'ouest. Le lendemain, la mer était houleuse et, à 9 heures du matin, on découvrait la pointe la plus nord de l'isle Fory et les montagnes du continent d'Irlande.

Du 28 au 29, à 5 heures du soir, a été aperçu un sloop dans l'est et sur la côte ; il a été couru et pris comme anglais ; il se nommait le Swan, était du port de SO tonneaux, monté par six hommes d'équipage, sur son lest, et allait de Londonnerry à Gallway. Le capitaine a été amené à bord et a annoncé la

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descente des Français dans la baie de Sligo et leur progrès ; on a tiré de lui le plus de renseignements possibles sur la situation du pays et les cartes hydrographiques du nord d'Irlande, dont on manquait totalement. Ce bâtiment appartenant au capitaine, la capture Ten ayait mis dans la désolation ; cependant, comme il était Irlandais, et que, d'après la bonne Tolonté qu'il ayait manifestée, on pouyait présumer qu'il rendrait encore des seryices, le général Napper-Tandy, commandant l'expédition, crut deyoir ordonner que l'équipage et le sloop fussent renyoyés où bon leur semblerait. Le capitaine fut, de gré à gré, gardé comme otage de ses rapports et de la conduite postérieure de son équipage, et en même temps pour seryir de pilote. Il a été aussi conyenu entre le capitaine anglais et le général Napper-Tandy que, pour éviter au retour du bâtiment en Angleterre toutes recherches et questions sur l'absence du capitaine, celui-ci chargerait son second d'une lettre pour Gallway, dans laquelle il annoncerait à son frère qu'il ayait eu le malheur d'être pris, qUe son bâtiment était rançonné à iOO guinées, et que, lui, restait en otage jusqu'au paiement de cette somme. Le général Napper-Tandy se décida à cela, parce que n'ayant aucuns renseignements ni la moindre intelligence sur les côtes, il lui devenait nécessaire de s'en procurer, ainsi que de s'assurer un pilote. Croyant alors les voies de douceur plus convenables, il crut devoir laisser aller ce bâtiment plutôt que de le couler ou d'en embarrasser sa marche : à minuit, le temps était calme et on était en panne à une lieue et demie de la côte. Le lendemain, la route ayant été continuée, on s'est trouvé avec un vent pleinement contraire à portée de fusil de l'isle Tory. On y distinguait quelques habitants sur les rochers, faisant avec leurs bras et leurs chapeaux des signes que l'on n'a pu comprendre. Le vent étant pleinement contraire, on a louvoyé et fait route pour la baie de l'isle d'Aran, au comté de Donégall, où le général Napper-Tandy parut disposé à débarquer. Deux sloops ont été aperçus près de la côte, courant vent en arrière. Ils n'ont pas été arrêtés.

Du 29 au 30, le soir, temps couvert et par grains, ensuite vent épouvantable, mer affreuse, tempête effroyable qui a duré onze heures, et nous a éloigné de l'isle d'Aran. La mer étant devenue plus calme, on s'est rapproché de terre, et, à 4 heures du matin, a été aperçue la pointe du nord de l'isle d'Aran : à 10 heures, nous étions par le travers de cette isle, faisant route pour le mouillage : à iO h. 1/2, avons reçu â bord un pilote sous pavillon anglais; aussitôt il nous a conduit au mouillage : â 11 heures, avons mouillé l'ancre à six brassées d'eau, fond de vase, â portée de pistolet de la côte, étant sous pavillon anglais, et distinguant parfaitement les baraques et les habitants de la côte. Nous avons aussitôt reçu à bord plusieurs paysans venant dans des méchants canots d'osier et de jonc ; ensuite a été aperçu et est arrivé le canot du Customer^ ou autrement pilote du roi, ayant à son bord un officier. Tous ces canots ont été gardés et les matelots ou paysans, au nombre de 15 ou 20, constitués prisonniers. La troupe et l'équipage ont été armés, le général Tandy a interrogé séparément chacun des détenus, pour saToir si la nouvelle reçue du capitaine du Swan était véritable, et si, comme il l'avait annoncé, les Français débarqués à Killala avaient eu des avantages, quelle était leur position et l'état d'insurrection du nord de l'Irlande. Ces prisonniers étaient tous Irlandais-Unis : ils annoncèrent que les Français, après avoir débarqué â Killala, avaient remporté un avantage conséquent, à la suite duquel ils avaient

pris six pièces de canon au général anglais Lake; que postérieurement même, ils avaient toujours eu le dessus dans cinq ou six occasions, et ayaient été joints par un grand nombre d'insurgés, mais que le général Gornwallis, ayant rassemblé euTiron 28,000 hommes de troupes, ayait attaqué les Français, les ayait écrasés et fait prisonniers, et taillé en pièces, sans faire grftce, enyiron 5,000 patriotes : ils ajoutèrent que, tout ce qui était Irlandais-Unis ayait été consterné de cette nouyelle ; que toute la province d'Ulster était attachée à la cause de la liberté et prête à combattre pour elle ; mais qu'elle était désarmée, que rinsurrection était éteinte ; ils offk-irent de prendre les armes et de nous joindre : un d'eux soutint qu'à 7 ou 8 milles dans les terres, il y ayait environ 4,000 hommes en insurrection tacite et décidés à se joindre aux Français ; un second fit connaître que, comme c'était dimanche, il y avait dans une église distante d'une lieue environ, 1000 hommes, presque tous Irlandais-Unis, et qu'ils se joindraient aux Français. Le général Tandy fit alors assembler un conseil de guerre, composé des officiers de terre et de mer et de sous-officiers d'artillerie à cheval ; il leur communiqua les nouvelles désastreuses qu'il venait de recevoir sur les troupes françaises, et les consulta sur le parti qu'il y avait à prendre ; plusieurs opinèrent pour descendre en petit nombre, afin de vérifier si les nouvelles étaient réelles. Le citoyen Ameil ainsi que le capitaine Borie et d'autres officiers furent d'avis d'opérer le débarquement aussitôt. Le citoyen Ameil proposait de débarquer, sans délibérer, sur le continent d'Irlande, parce que le gouvernement français n'avait fait l'expédition que pour jeter en Irlande Napper-Tandy, quelques Irlandais, des officiers de bonne volonté, un petit secours en canons, artilleurs et munitions. Il ajoutait que le départ de cette expédition n'ayant jamais été calculé sur le départ ou l'arrivée de celle de Rochefort, on ne devait pas, pour agir, en calculer le revers ou le succès, mais seulement chercher à rallumer et entretenir l'insurrection. Quand les différentes opinions eurent été émises, il en fut dressé procès-verbal, et chaque membre du conseil le signa; il fut ensuite remis au général Napper- Tandy pour ordonner ce qu'il jugerait à propos. Le général se décida à descendre de sa personne pour vérifier les rapports ; il se fit, à cet effet, accompagner du général de brigade Rey, de l'adjudant général Blacwell, du citoyen Ameil, du capitaine Borie, de l'adjoint Makanna, de 7 volontaires irlandais et d'un détachement d'artillerie légère. Des officiers furent laissés avec le reste du monde, à bord, pour exécuter les ordres postérieurs ; quatre canots furent conséquemment armés et débarquèrent le général et son détachement sur les rochers d'Aran, à l'entrée du village de Rutland. Le citoyen Ameil se porta aussitôt avec une partie du détachement et le capitaine Borie h la pointe des rochers, pour s'emparer des canots et empêcher toute communication du yillage avec le reste du pays. Plusieurs royalistes cherchant à s'évader dans des pirogues, pour aller probablement annoncer l'arrivée d'un parti français, il s'engagea une fusillade ; un seul canot parvint à s'échapper, ayant à son bord 3 hommes dont i royaliste auquel le capitaine Borie avait cassé la cuisse d'un coup de feu. Pendant ce temps, le général Rey et le général Napper-Tandy, accompagnés des volontaires irlandais, assemblèrent le plus de paysans qu'ils purent, leur montrèrent le drapeau aux couleurs irlandaises, leur distribuèrent des cocardes, des proclamations, les interrogèrent sur les opérations des Français débarqués à Killala ; tous les rapports s'accordèrent à confirmer ce qu'on

aTait appris précédemment. Enfin, la poste ayant été arrêtée et les paquets ouirerts, il ne resta plus de doute sur la Térité des nouTelles que les gazettes de Dublin et des lettres particulières annonçaient aussi. Alors le général Tandy et le général Rey crurent que Ton ne pouTait effectuer le débarquement a^ec espoir de se soutenir dans le pays et d'être utile; ils jugèrent qu'ils devaient conserrer à la République et ses bommes et ses munitions, et ordonnèrent, en conséquence, de se préparer au rembarquement. On fit tuer une yache, des cocbons, et le général Tandy en paya le prix aux propriétaires. A 6 heures du soir, et au mécontentement de quelques officiers et des artilleurs qui cependant obéûrent, on se mit en devoir de rembarquer. Les volontaires irlandais Orr et Murphy firent connaître que leurs intentions n'étant pas de se rembarquer, ils se proposaient de se jetter dans les montagnes, d'y porter les signaux, d'y servir la liberté irlandaise, et d*y préparer les esprits à recevoir l'expédition de Brest si elle avait lieu. Le citoyen Ameil, le capitaine Borie et plusieurs artilleurs proposaient de les accompagner, de les suivre, et de les défendre partout ; cela n'ayant cependant pas paru approuvé des généraux, le rembarquement fut effectué. Le général Napper-Tandy fut porté à bras d' bommes et comme en triompbe, jusqu'à son canot, par les paysans irlandais; ils témoignèrent tous la douleur qu'ils ressentaient du départ des Français, la crainte qu'ils avaient alors de la vengeance des Anglais, et la bonne volonté qu'ils avaient de prendre les armes, de se joindre aux Français, et de leur servir de guides. A leur regret et à celui de plusieurs Français et Irlandais, on rejoignit le bord.

Du 30 fructidor au i^' complémentaire la nuit étant fort obscure, on la passa au mouillage, et, à la pointe du jour, sur l'ordre du général Napper-Tandy, on appareilla pour gagner le large ; on renvoya tous les canots avec les matelots et paysans, ainsi que celui du roi. On mit aussi à terre le capitaine du sloop The Gwariy que l'on retenait à bord depuis plusieurs jours. Quand on eut gagné le large, on fit route la cape au nord et pour la Norwège, suivant l'ordre du général Tandy, avec un bon frais et vent de nord-ouest.

Du j«' au 2« jour complémentaire, mer fort grosse, temps favorable, route continuée vers les Orcades. Le général Tandy change l'ordre qu'il avait doiiné d'aller en Norvège et ordonne de faire voile, si les vents le permettent, pour un port de France ou de pays alliés.

Du 2* au 3^ jour, mer fort grosse, temps continuellement favorable. Le soir, le citoyen Ameil propose de faire une descente dans une isle de Shetland qu'il désigne, de surprendre à la pointe du jour les deux forts de Lerwick, d'en enclouer Tartillerie et égorger la garnison ; de faire contribuer la ville de Lerwick pour le compte du gouvernement à une somme équivalente aux frais de l'expédition, et susceptible de la dédommager, de détruire les établissements royaux, brûler ou couler tous les navires mouillés dans la baie et les barques destinées à la pèche du Groenland, de l'Irlande et du Doggerbanck : Tidée de ne pas rentrer en France sans avoir au moins fait un coup de main et causé du tort aux Anglais fait approuver cette expédition de tous les officiers de l'expédition du général Rey. Les officiers de marine y trouvent trop de dangers, trop peu de certitude d'être dédommagés et proposent, si les vents sont contraires pour retourner en France, de descendre dans une petite isle de Ghetland, où est un village et un fort, et de le mettre à^ contribution. La diver-

site d'opinion entre les officiers de terre et de mer fit que cela n'eut pas de suite. A 5 heures du matin, nous vîmes les Orcades, et, à 6 heures, un brick au Tent à nous. Le capitaine Blanckmann le chasse pour le reconnaître. Pendant le dernier quart, on s'aperçut que le petit mât d'hune était forcé par l'accident de deux galhaubans cassés.

Du 3* au 4* complémentaire, mer grosse et houleuse, et étions par le traTers de Fair-isle. A 3 heures du relcTé, avons aperçu un brick et un vaisseau k trois m&ls courant à nous ; à 4 heures, nous étions en présence ; et le brick et le vaisseau ayant hissé et assuré d'un coup de canon le pavillon anglais, nous nous préparâmes au combat, ne doutant plus que ces bâtiments voulussent nous prendre; étant à portée, le vaisseau nous lâche sa bordée et on jugea par sa distance, que son artillerie était d'un calibre supérieur à la nôtre qui n'était que de 4; on fit des manœuvres pour se rapprocher de l'ennemi, mais bientôt, par l'inexpérience des canonniers marins et peut-être la confusion qui régnait sur le pont, plusieurs pièces de notre artillerie furent engagées et notre feu réduit à rien. Les officiers de l'expédition et les artilleurs, honteux d'être exposés au feu des Anglais sans pouvoir y répondre, demandèrent alors l'abor^ dage à grands cris et, au nom mille fois répété de vive la République, la manœuvre s'exécute malgré les volées de mitraille des Anglais, et les troupes d'embarquement font pleuvoir une grêle de balles sur les vaisseaux ennemis. €e feu effraye les Anglais; ils abandonnent le pont, le capitaine y reste seul et met encore le feu aux pièces, la mousqueterie continue et fait amener pavillon au vaisseau. Le brick, s'apercevant qu'on s'attachait à lui amène aussi le sien, et, encore une fois, ces troupes qui avaient précédemment illustré le drapeau français, rendent redoutable le pavillon tricolore. Les navires sont amarinés, les officiers anglais sont conduits à bord et déclarent que la mousqueterie les a effhiyé, que leurs manœuvres et miVts sont criblés de balles; ils ajoutent que, c'est à ce feu seul qu'ils se sont rendus et que probablement, s'ils ne l'eussent essuyé, au lieu de se rendre, ils auraient coulé bas VAnacréon dont le canon, loin de les épouvanter, leur donnait de la confiance. Un vent assez violent s'étant élevé, le capitaine Blanckmann fait connaître au général Tandy qu'il ne peut se rendre en France ; que, s'il se détermine à battre la mer pour attendre le vent favorable, il n'est pas sans danger ; d'autant plus que son mât d'hune est forcé et qu'il ne pourrait, en cas de chasse, forcer de voiles; il reçoit ordre de faire route vers la Norvège, l'exécute et fait suivre les prises; elles venaient de Saint-Pétersbourg, et allaient à Liverpool. Ce brick, chargé de fer, acier, lin et chanvre, est estimé 230,000 liv. st. Le vaisseau, ayant chargement pareil, est estimé 400,000 liv. st., il est commandé par un capitaine plein de bravoure, et les Français lui ont fait voir que le courage et sa défense étaient un titre à leur estime. A 9 heures du matin, avons vu un navire sous le vent à nous. A 10 heures, l'avons reconnu pour un gros vaisseau de guerre anglais: il a été fait signal aux prises de faire fausse route ; loin de l'exécuter, elles sont venues dans notre travers.

Du 4 au 5, la mer un peu grosse. A midi, le bâtiment anglais nous donnait la chasse. Une de nos prises avait fait fausse route, mais le brick manœuvrant mal était sur le point d'être pris, on a fait plusieurs manœuvres pour le remorquer, mais inutilement. Enfin, le bâtiment ennemi nous gagnant par un grain qu'il avait reçu, signal {ut fnit à l'équipage du brick de mettre le canot à la

mer, d'abandonner la prise et de se rendre à bord d^VAnaeréon, ce qu'ils exécutèrent sans songer à mettre le feu au navire pluUH que de le laisser reprendre à Tennemi. Le brick n'ayant personne à bord, la barre étant au vent, il fût à la dérive et repris par les Anglais à 6 heures du soir : l'autre prise étant hors de vue, paraissait hors de danger. Pendant la nuit, la route a été continuée. A 6 heures du matin, on a aperçu la terre; à 7 heures, Tinta bord un pilote, qui nous a fait faire route pour entrer dans les passes des rochers de la Norvège. Le temps était pluvieux. A 8 heures, nous sommes entrés dans les rochers, faisant route pour Berghen, dont nous étions à 10 lieues.

Du 5* complémentaire au 1*' vendémiaire, le temps étant calme, on continuait la route avec tous les avirons, et, à 5 heures du soir, on entra à Berghen. Comme employé pour une mission de TÉtat, le capitaine salua la citadelle de toute sa bordée de tribord et bas-bord. Le fort répondit 5 coups. Le citoyen Ameil fut aussitôt envoyé par le général Rey près le gouverneur pour réclamer le nombre de coups tirés et l'honneur dû au pavillon français. Le gouvernement n'ayant pas fait la moindre difficulté, on le remercia par un coup de canon et l'on mouilla. Le lendemain matin, les généraux et officiers de l'expédition, présentés par le consul français, firent les visites d'usage aux autorités civiles et militaires du pays et aux consuls ou envoyés reconnus des puissances amies de la République française. Les troupes et les officiers furent débarqués par ordre du général Tandy et logés dans des maisons que le consul désigna. 11 fut recommandé à chacun l'observation de la plus exacte neutralité, et de la plus sévère discipline. Le i*' vendémiaire, après-midi, entra dans le port la prise à trois mÀts ; elle avait été chassée par une frégate anglaise et saluée de plusieurs coups de canon à l'entrée des Roches.

Amkil,

Âidc de camp da général De^ardio.

Le Ministre de la guerre au Directoire exécutif.

Paris, le SI brumaire an vu (11 novembre 1798).

Citoyen Directeur,

Le citoyen Ameil, aide de camp du général de division Desjardin, qui avait été autorisé à s'embarquer à Dunkerque avec d'autres officiers et des artilleurs sur le brick V Anacréon^ chargé de transporter en Irlande Nappei^Tandy, plusieurs de ses compatriotes avec des munitions, afin de faciliter aux Irlandais- Unis de se défendre et d'assurer leur indépendance, vient de m'adresser des renseignements sur le résultat de cette expédition, dont Je crois devoir vous rendre compte.

Il me marque, à ce sujet, que VAnacréon, qui était parti de Dunkerque le 18 fructidor (4 septembre), est arrivé heureusement du 29 au 30 (16 septembre) dans la baie d'Arran, située près de l'isle Tory et en avant du village de Rutland, après avoir échappé aux poursuites des croiseurs anglais.

Des habitants de cette contrée vinrent aussitôt à bord de VAnacréon, et on

apprit par eux que les Français, sous les ordres du général Humbert, après aToir débarqué à Killala, aTaient remporté un aTantage conséquent à la suite duquel ils avaient pris six pièces de canon au général anglais Lake et qu'ils aTaient en outre consenré la même supériorité dans cinq ou six occasions différentes où ib âyaient été aidés par un grand nombre d*Irlandais-Unis, mais que le général Gomwalis ayant rassemblé environ 28,000 hommes était parvenu à envelopper les Français, qui étaient au nombre d'environ iOOO hommes, et à les forcer à se rendre prisonniers de guerre, et que 5,000 Irlandais-Unis avaient été impitoyablement massacrés et taillés en pièces à la suite de cette malheureuse affaire ; que cependant les Irlandais étaient encore facilement en état d'insurrection et prêts à faire de nouveaux efforts pour recouvrer leur liberté. Ces bons habitants oflhrirent de prendre les armes et de se joindre à environ 1000 hommes, qui se trouvaient assemblés dans une église à une lieue dans les terres, qui ne manqueraient pas de saisir avec empressement cette nouvelle occasion de se réunir aux Français, et, que ce noyau augmenterait bientôt, parce que toute la province d'Ulster était véritablement attachée à la cause de la liberté.

D'après ces renseignements, Napper-Tandy fit assembler les officiers de terre et de mer ainsi que les sous-officiers du détachement d'artillerie légère, qui se trouvait à bord de VAnacréon, pour examiner ce qu'il était convenable de faire dans cette circonstance. Le citoyen Ameit, le capitaine Borie et d'autres officiers furent d'avis d'opérer de suite le débarquement sur le continent, en appuyant leur opinion en ce que cette expédition n'ayant point été calculée sur le départ ou l'arrivée de celle de Rochefort, elle ne devait point, pour agir, se régler sur les revers et les succès de cette expédition, parce que l'objet de la mission dont ils étaient chargés était de favoriser la rentrée en Irlande de Napper-Tandy et d'autres Irlandais qui l'accompagnaient, de mettre à leur disposition des armes et des munitions de guerre, et de les aider de l'expérience de quelques officiers de bonne volonté, d'artillerie pour alimenter et entretenir parmi les Irlandais, le sentiment- de la liberté et de l'indépendance.

Cependant, Napper-Tandy désirant s'assurer par lui-même de l'état des choses, se fit mettre h terre, accompagné du général de brigade Rey, de l'adjudant général Blacwell, du citoyen Ameil, du capitaine Borie, de l'adjoint Makanna, de 7 volontaires irlandais et d'un détachement d'artillerie légère.

Le drapeau aux couleurs irlandaises fut planté sur le rivage, des cocardes et des proclamations furent distribuées aux habitants qui étaient accourus, et auprès desquels il fut pris des renseignements, qui confirmèrent ce qu'on avait déjà appris à bord.

Napper-Tandy et le général Rey ayant jugé alors qu'il était inutile d'effectuer le débarquement sans espoir de pouvoir se soutenir dans le pays, et qu'il était convenable de conserver à la République et ses hommes et ses munitions, ordonnèrent le rembarquement, au grand regret de quelques officiers et des artilleurs, qui voulaient se répandre dans les montagnes, dans l'intention d'y établir des signaux, d'y servir la liberté irlandaise et d'y préparer les esprits à recevoir et à seconder les secours qui devaient arriver de Brest.

Napper-Tandy fut porté à bras par les habitants jusqu'à son canot. Ces braves insulaires exprimèrent la plus grande douleur en voyant les secours qui leur étaient destinés, s'éloigner de leur territoire.

Cependant, VAnaeréon mit k la voile le !•' jour complémentaire pour gagner les côtes de là Nonrège et se rendre de là en France.

Chemin faisant, on s'empara d'un brick et d'un vaisseau à trois mâts portant pavillon anglais.

Ces bâtiments, qui revenaient de Saint-Pétersbourg, furent rencontrés près des isles Orcades; à peine eurent-ils aperçu VAnaeréon qu'ils coururent sur lui pour le prendre. Le combat s'engagea, mais, comme l'artillerie de Tennemi était plus considérable et d'un calibre supérieur à celle de VAnacréony celle-ci fut bientôt démontée, car il n'avait que des pièces de 4 à opposer à des pièces de 12 et de 14, etc., et se trouvait évidemment en danger d'être pris ou d'être coulé bas, lorsque les officiers et les artilleurs de l'expédition, indignés d'être exposés au feu de l'ennemi sans pouvoir y répondre, demandèrent l'abordage à grands cris, au nom mille fois répété de vive la République.

La manœuvre s'exécute malgré les ?olées de mitraille de l'ennemi, et les Républicains forcent les Anglais à amener le pavillon et à se rendre à VAnaeréon.

Cependant, le même jour, un gros vaisseau de guerre donna la chasse à notre bâtiment, qui fut forcé pour échapper à sa poursuite, d'abandonner le brick, qui marchait lentement, sans songer à y mettre le feu, ainsi que cela devait être exécuté.

Quoi qu'il en soit, le chargement du vaisseau à trois mâts nommé le Tom, de Lancaster, que l'on est parvenu à conserver, est évalué 400,000 francs, ce qui dédommagera les dépenses faites pour l'expédition.

VAnaeréon continua sa route vers la Norvège et arriva le 5* jour complémentaire à Berghen, d'où il se rendit dans les derniers jours du mois de ven-* démiaire à Dunkerque.

Tel est, citoyen Directeur, le résultat de cette expédition.

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