‹ 1793-1805 (volume 2)Chapitre 25 sur 62 · O >A CO · texte numérisé non relu

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182 PREinÈRE PARTIE. — CHAPITRE VIII.

Le 10 octobre, toutes les troupes étaient embarquées et le 12, par un temps superbe, la division Savary partit pour sa seconde expédition (1).

Elle comprenait les navires suivants :

Les frégates : la Concorde^

— la Franchise^

— la Médée ; La corvette la Vénus;

Le lougre le Renard ; Le corsaire le Ferrailleur ^ venant de Bordeaux.

Au moment du départ, ni Cortez ni Savary ne savaient rien de la destinée du corps de Humbert.

Les rapports ci-dessous rendent compte de ce que fut cette expédition condamnée d'avance à courir des risques inutiles, puisque les instructions du Ministre ne faisaient pas du débarquement un devoir impérieux et indépendant de Tétat des aiffaires.

NoTembre 1798.

La petite expédition, partie d'ici le 21 Tendémiaîre (42 octobre) dernier, est rentrée après atoir été dans la baie de Killala. Le chef de difision Sarary, suivant ses instructions, s'est opposé au débarquement; elles portaient, à ce quHl dit, que si le chef de division Bompard n avait point débarqué ses troupes, il devait lui-^méme ne pas le faire.

Au sortir de la baie, ils rencontrèrent les Anglais, en force supérieure, qui leur donnèrent la chasse pendant longtemps. Us se sont envoyés quelques coups de canon, mais craignant d'être pris, ils ont forcé de voiles pour s^échapper. Dans leur fuite précipitée, ils ont jeté k la mer : canons, bagages, munitions, fusils, etc.; 400,000 francs seulement, qui étaient sur la Concorde, pour les frais de l'expédition, commandée par l'adjudant général Cortez, ont été exceptés

(1) Lettre dn Ministre de U guerre an Directoire, da 18 yendémlaire (Archives natiO" naks, AFm, 149). Lettre dn Tice-amiral Martin, en date da 13 octobre (Archives de la Marine^ BBiv, 123).

MuUer au Ministre,

13 octobre.

Dans la Journée dn 18, les troupes de l'expédition ordonnée le 27 fructidor ont été envoyées à bord de la division Savary. Elles sont encore en rade de la Rochelle, le vent

est debout L'embarquement ne s'est point fait sans quelques rumeurs, qui prenaient

leur source dans d'asses Justes réclamations : elles ont été aplanies

Léonard Muller, général de division, commandant en chef la 12^ division,

au Ministre de la guerre.

An qaartier gtoéral d6 la Rochelle, le 19 bramtire an m de la Répabliqne française, une et indivisible.

Citoyen Ministre,

La diTision Savary, atterrée à Killala le 6 (27 octobre) de ce mois, n'a eu que le temps d'être informée des risques qui la menaçaient et par mer et par terre ; elle a coupé ses câbles et remis sur-le-champ à la Toile, et après aToir essuyé une chasse de 72 heures et un combat, après aToir jeté une grande partie de son artillerie à la mer et perdu aussi une partie de sa mâture, cette division est arrivée, savoir :

La frégate la Concorde, à Tisle d'Aix ; La Fratichùe, échouée â la pointe d'Aiguillon ; La Médée, mouillée à la pointe du Chaix, Et la corvette la VAiia, â Rochefort.

Assuré de ce que je vous mande par des rapports verbaux mais certains, je n^ai encore d'autre pièce officielle que l'avis du commandant de la place de Rochefort, pour la Vénus, et la copie de la lettre ci-jointe du commandant de la 3* division de l'expédition à bord de la Franchise.

J'ai sur-le-champ écrit au vice-amiral Martin, pour me concerter avec lui ; en attendant, j'ai arrêté, avec le sous-chef des classes, de procéder provisoirement au débarquement des troupes de la Franchise, leur position désastreuse ne pouvant souffrir aucun retard.

Les troupes qui débarqueront de ces quatre bâtiments iront tenir garnison :

Le 3* bataillon de la 70*, à l'isle de Ré, où il remplacera les troupes de la 3* demi-brigade légère qui se rendront à Rochefort.

L'artillerie rentrera à la Rochelle.

Les hussards iront à Saintes se réunir au dépôt.

Aussitôt que l'adjudant général Cortez sera libre, je le ferai partir sur-lechamp pour aller vous rendre compte.

Salut et respect.

Léonard Muller.

Romain, capitaine commandant la 3* subdivision de l'expédition d'Irlande, au citoyen Avril, général de brigade à la Rochelle.

A bord de la frégate la Franchise^ en rade de l'Ile de Ré, le 15 bnimairê an vu.

5 novembre 1798»

Général,

Je vous donne avis que nous sommes arrivés ici hier et que les vents paraissent vouloir nous forcer d'y rester quelque temps. Le mauvais temps et la longueur de notre course ont réduit la troupe que je commande dans la nécessité de débarquer le plus tôt possible.

Les militaires ayant constamment été couchés habillés et sur le bois, presque toujours dans Teau, sont remplis de crasse et de termine pour la plupart ; de sorte qu*en les laissant plus longtemps à bord, il en tomberait indubitai>Iement beaucoup de malades.

Nous anÎTàmes dans la baye de Killafa le 6 courant, à 2 heures de l'aprèsmidi; jusque-là (27 octobre) nous n'avions rencontré aucun obstacle; il fut tenu le soir un conseil qui décida notre rétrogradation, s*appuyant de la défaite de nos frères d'armes et des insurgés d'Irlande, sur la prise de la flotte partie de Brest et sur Timpossibilité qu'il y avait d'opérer le débarquement ; les côtes étant gardées par des troupes nombreuses et de l'artillerie. Dans notre retraite nous eûmes un combat vigoureux qui dura deux heures avec deux vaisseaux de ligne anglais ; le feu fut vigoureux de notre part, et nous parvînmes à continuer notre route, mais ces deux vaisseaux nous ayant reconnu moins forts qu'eux, nous poursuivirent avec un acharnement incroyable pendant trois jours et trois nuits, au point que, pour nous échapper, il a fallu jetter à la mer beaucoup d'effets et iO canons. Le commandant de la division ayant fait le signal de gouverner à volonté, nous parvînmes à nous sauver, ayant la marche avantageuse, mais nous ne savons ce que sont devenus les autres frégates; nous pensons très fort que la Médée est prise.

Le temps me presse, je me réserve de vous en dire davantage à la première entrevue, n'oubliez pas que nous avons grand besoin de débarquer et que je suis, avec respect, votre subordonné.

Signé : Romain, Pour copie conforme :

Léonard Muller.

L'adjudAfit général Cortez au Citoyen Ministre de la guerre.

Aa quartier général, à Rochefort, le 20 brumaire an vu de la République h«nçaise, une et indivisible (I).

Citoyen Ministre,

Nommé par le général Muller, d'après les pouvoirs qu'il tenait de vous, pour commander les troupes de débarquement destinées à joindre le général Hardy en Irlande, je me suis rendu à bord de la frégatte la Concorde^ dans la nuit du 19 au'iO vendémiaire (10 octobre), en rade de la Rochelle.

Les vents contraires ne nous ayant permis de lever l'ancre que le 21 suivant, la division fit voile vers les côtes d'Irlande, et après quinze jours d'une navigation assez heureuse elle mouilla dans la baye de Kilkummen (2), sous pavillon anglais, t\ 11 h. 1/2 du matin.

A peine eûmes-nous jeté l'ancre, qu'il vint h bord un canot armé de 8 Irlandais: ils. nous confirmèrent la nouvelle que le général Hum bert avait été obligé de céder à des forces supérieures. Ils nous apprirent également que quelques

(1) Armée d'Irlande, Archives de la Guerre ^ ainsi que les précédents.

(2) Kileummin.

Français étaient réfugiés dans les montagnes avec des Irlandais-Unis et qu'ils Y faisaient bonne contenance.

D'autres nous assuraient qu'il s'était effectué un débarquement de 3,000 bommes dans la partie du nord.

Un instant après, deux canots portant 2 officiers et 8 soldats anglais sont Tenus à bord de nos frégattes. Les prenant pour des bâtiments de leur nation, car il parait par une lettre interceptée à un des officiers, que quatre Taisseaux de guerre anglais étaient attendus dans la baye de Killala.

Après les diverses questions qu'on leur fit, concernant le débarquement opéré par la division Boropard, ils nous assurèrent que depuis cinq jours on avait célébré à Killala la prise du vaisseau le Hoche et de quatre frégates françaises, que le combat avait eu lieu dans la baye de Donnegal.

Vous sentez, Citoyen Ministre, qu'une pareille déposition me mit dans une alternative cruelle, car je devais plus m'en rapporter aux assertions des Irlandais-Unis qu'à celle des Anglais, qui devaient naturellement me taire la vérité.

Je donnais, en conséquence, ordre à la troupe de se tenir prête à débarquer, car si le général Hardy eût effectué sa descente, le renfort que je lui conduisais était dans le cas d'augmenter ses forces d'un tiers. Le citoyen Grandsaigne, mon adjoint, avait ordre de descendre avec les grenadiers pour débusquer l'ennemi posté sur la hauteur avec 6 pièces de canon et 2 obusiers, et prendre position en attendant que je puisse effectuer ma descente avec le reste de la troupe.

Je communiquai mon ordre de débarquenient au chef de division Savary, qui, en me faisant part des inquiétudes que lui occasionnaient la présence de deux bàtimentp ennemis qui nous observaient depuis le matin et dont le premier avait tiré plus de vingt coups de canon, sans doute pour avertir la division ennemie qui croisait aux environs, me dit qu'il allait assembler les capitaines des diverses frégattes et aviser aux mesures qu'exigeait notre position.

Le résultat du Conseil tenu entre lui et ses officiers, fut que nous mettrions à la voile à l'entrée de la nuit pour retourner en France.

Le lendemain, à la pointe du jour, nous eûmes en vue quatre bâtiments ennemis; ils nous suivirent toute la journée et, à 5 heures du soir, une des firégattes de notre division fit signal que nous avions le cap sur une autre division ennemie. Le commandant Savary fit alors virer de bord sur les bâtiments qui nous observaient depuis le matin.

Lorsque nous fûmes à portée de canon, le premier fut reconnu pour un vaisseau de ligne et le combat s'engagea.

Je laisse, Citoyen Ministre, au chef de division Savary, le soin de vous faire le détail de cette affaire et de nos manœuvres jusqu'aux atterrages de France.

Je puis vous assurer, avec vérité, que les officiers et les soldats se sont comportés dans cette circonstance comme des Français doivent le faire.

Je ne puis vous donner des renseignements sur le nombre des morts et des blessés, la division n'étant pas encore rentrée en entier à Rochefort.

Salut et respect.

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