II
Les Tents d'est à Test-sud-est permettront à Fennemi de faire Toile de Brill, Hehoet-Sluis et Fiessingue pour la partie sud de Suffolk et pour la côte d*Essex.
Ils auront i\ parcourir environ .^ lieues.
De rÉcluse, Ostende et Dunkerque, Tennemi pourrait donner dans le QueenVChannel et dans le South-Ghannel.
La distance n'est que de 30 lieues.
La distance entre les ports de la Manche du nord-est n'est que de i8 à 25 lieues.
Entre South-Foreland et Beachy-Head, la flotte des Dunes donne, avec les bancs de Goodwin une telle sécurité que Ton a rien à craindre dans cet espace.
Not(^ de Bonaparte, — Le commodore n'a pas nîflcchi qu'avee des vonts de la partie du sud, la flotte des Duoes et les bancs de Qoodwin ne peuvent empêcher les Français de venir débarquer à la côte depuis Margate jusqu'à Ramsgate.
Un débarquement peut s'effectuer dans la baie d'East-Ware, mais elle est si entourée de falaises que l'ennemi, ne pouvant être soutenu de l'est, ne la tentera pas. Un peu à l'ouest de Folkstone, jusqu'à la muraille qui fait une défense à la mer près de Dvp-Ghurch, il y a une belle baie de 6 milles dans laquelle l'infanterie peut débarquer à toute époque, et le canon et la cavalerie à mi-marée. Dans plusieurs endroits, particulièrement près du château de Sandgate, la côte est si açore que les vaisseaux peuvent mouiller à moins d'un demi-mille.
Note de Bonaparte. — L*opinion du eommodore est ici d'accord avec tons les pratiques de la côte dont j*ai pu tirer des renseignements.
A l'ouest de Dyn-Church, la terre commence à courrir au sud ; par suite, le vent d'est-nord-est, que je regarde comme le plus favorable à une invasion, tendrait la mer si grosse de ce lieu à la pointe de Ness, que toute descente serait impossible. «
Note de Bonaparte. — Il est vrai qu*avec des vents de Tesvnord-est la mer brise sur la côte, mais avec des vents du sud an sud-est, elle longe la côte qui est alors praticable. Dans tous les cas, il est faux qu'il n*y ait que les petits bâtiments qui puissent aborder, à moins que, par petits bâtiments, le eommodore ne veuille désigner les navires de la flottiUc.
De la pointe de Ness jusqu'à l'entrée de Rye's-OId-Harbourg, il y a un l)eau rivage de sable, et la mer n'y brise pas par vent d'est.
De Rye'-Old-Harbourg jusqu'à Hooksledge, il y a une fort belle plage de sable et galets, d'un débarquement facile par vent d'est.
Note de Bonaparte. ^ C'est l'avis de tous les pratiques que j*ai consultés.
Dans cet espace, il y a un port beaucoup plus important qu'on ne pense : c'est Providence-Harbourg, formé par un banc qui s'est élevé naturellement parallèlement à la côte.
Noie d'une main inconnue. — J'ai remis au Premier Consul un dessin de ce port, dans lequel 700 & 800 bâtiments de la flottille pourraient entrer. Si les passes se trouvaient défendues, il serait facile de les prendre à revers.
De Hook-Sledge à Hastings, il nV a que deux passages étroits dans la fi&laise.
De Hastings à Rowpegs-Barracks, le rivage est plein de rochers dangereux.
Note. — Cf» rochers peaTent se tourner en longeant la côte, Us deviennent pour la flot> tille un abri prédenz.
Mais de Rowpegs jusqu'à Bulver-hill, il n'y a probablement pas dans tout le globe de rivage plus commode pour le débarquement de Tinfanterie, de la cavalerie et de rartillerie, et de grands vaisseaux peuvent venir mouiller à moins d'un mille du rivage.
Note. — C'est aussi ropioion de tous les pratiques. Près de Beachy-Head il y a aussi une plage très favorable à un débarqneoient.
De Beachy-Head à Settey-Bill, le rivage est défendu par quelques rochers, mais le vent d'est<nord-est rend la mer si belle sur le rivage qu'à peine pourrait-elle empêcher d'aborder en quelques endroits.
Note, — Cela est encore Trai, mais la distance entre eette côte et les ports de la flottille oonunence à devenir considérable.
Je fais construire à Douvres un grand b&timent à rames, le New-Galles, qui portera un canon de gros calibre. Je pense que l'Amirauté donnera des ordres pour que d'autres de la même espèce soient construits
On était si préoccupé des menaces françaises que, dès l'été de 1796, les ministres anglais, Pitt et Dundas, avaient fait rechercher toutes les mesures qui avaient été prises pour résister à rinvasion à l'époque de TArmada espagnole, et tous les renseignements étaient rassemblés dans un grand travail de John Bruce, intitulé : « Reports on the arrangements which
ivere mode for the defence » (1), publié le 17 mai 1798.
A la vérité, les mesures proposées, caractérisées par la dévastation systématique du pays à l'approche de Tenvahisseur parurent inutiles ou dangereuses, car il ne fut pas question, à cette époque, de s'y préparer, ainsi qu'on devait le faire en 1804. Au mois d'août 1797, Cornwallis avait aussi présenté, sur le sujet, un rapport dont on ne tînt pas compte davantage. Pourtant, ce général ne devait pas être optimiste, si l'on en juge par ce qu'il écrivait, le 23 février 1798, au colonel, puis au major général Wesley (2) .
(1) British Muséum.
(t) Charles /*• marquis of Cornwallis Correspondance,
« Nous voici maintenant dans la situation que j'attendais depuis longtemps : abandonnés par nos alliés et attendant chaque jour une invasion à laquelle les Français se préparent très sérieusement. Je ne doute ni du courage ni de la fidélité de notre milice, mais le système de Dundas et le manque d'infanterie légère pèsent lourdement sur mon esprit. Je vois les avantages que l'activité des Français leur donnera s'ils opèrent dans un pays en majeure partie coupé (1). »
Les idées de Cornwallis au sujet de la défense de l'Angleterre sont dignes d'être étudiées et ressortent de la lettre ci-dessous, écrite à sir William Howe, le 26 mars 1798 :
« J'ai lu avec attention votre rapport adressé au duc d'York et je suis tout à fait d'accord avec vous sur la distribution des troupes à Ipswich, Colchcster et Chelmsford. Comme les casernes ne suffiraient pas à contenir le nombre de troupes nécessaires à la défense de l'Essex, si l'ennemi débarque en forces, il faudra peut-être faire camper une partie des troupes à Danbury et Warley, spécialement en ce dernier point, dont la situation est si favorable pour renforcer le district méridional.
« Comme vous le demandez, je ferai des observations sur les positions que vous décrivez en Essex, contrées très difficiles à défendre avec des troupes inexpérimentées, inaccoutumées à marcher contre l'ennemi le plus actif qui soit et plein de confiance en lui-même depuis ses extraordinaires succès contre les nations les plus puissantes et les plus guerrières.
« Une fois l'armée installée définitivement derrière la rivière Colne, à Colchester, je ne croirais pas prudent de placer un corps considérable à Bexted-Heath.
« Je n'ai aucune idée d'une position pour 30,000 hommes qui soit tenable derrière la Chelmer, avec un corps à Danbury et un autre à Writtle (même avec le secours de tous les ouvrages de campagne qu'on pourrait construire) contre un ennemi supérieur et entreprenant.
« J'avoue que le système de détruire des ouvrages d'art et
(i) Au colonel Wesley, 23 février 1798 (de Whitehall, p. 333).
LA SITUATTON MILITAIRE DE l'aNGLETERRE. 21
d'élever des redoutes intimiderait la population et coûterait un prix énorme sans donner une réelle protection, à moins qu'on se bornât à une position bien choisie pour protéger la capitale, et que la fortification mettrait à Fabri d'un « coup de main » (en français dans le texte).
« On ne peut prévoir la conduite à tenir dans la supposition d'une invasion de TEssex par une armée qu'il serait imprudent de rencontrer en rase campagne. Mais, si une grosse force était concentrée sur les hauteurs de Danbury, il est difficile de penser que Fennemi s'aventurerait à la laisser derrière lui pour marcher sur la capitale.
« Une grosse force d'infanterie, avec un corps considérable d'infanterie légère, est, à mon avis, nécessaire pour la défense d'Essex. La cavalerie, surtout la grosse cavalerie, rendrait peu de services, et, dans ce pays plat et coupé, il ne faudrait pas s'encombrer de beaucoup d'artillerie.
« Comme vous êtes en possession du rapport que j'ai remis, en 1796, au duc d'York, pour la défense des districts de l'Est, je ne vois rien de plus à vous dire sur ce sujet. »
Les deux lettres suivantes donnent une idée des inquiétudes qui régnaient à cette époque dans les conseils du gouvernement anglais :
Corn wal lis au major général Ross,
14 avrU 1798.
Le château de Douvres est en meilleur état que je
ne le pensais, et il reste peu à y faire pour qu'il soit à l'abri d'un assaut. Mais j'ai le regret de dire que je ne vois guère le moyen de tendre des inondations. Je n'ai pas vu non plus une seule position qui ne pût être tournée.
a Je n'entends plus parler de l'infanterie légère. Je voudrais bien qu'ils (les ministres) pensent un peu plus à elle et moins aux canons de 24. »
Au même,
tl avril 1798.
<c J'ai appris avec grand plaisir du duc d'York, ce matin, que son intention n'était pas de fortifier des positions avant
que le pays fût réellement envahi et que tout son désir, pour le présent, était que tout terrain ressemblant à une position soit reconnu, et que la position des ouvrages de campagne soit déterminée à l'avance, afin que le général soit aidé dans ses décisions au moment d'agir.
« J'approuve entièrement ce plan. »
Les craintes subsistèrent bien après que le gouvernement français eût renoncé à toute grande entreprise de la part de Tarmée d'Angleterre, car on prit complètement le change sur le but des préparatifs faits à Toulon.
Au major général Ross.
19 mai 1798 (Whiteball).
« Il ne peut y avoir de doute à mon sens sur le but
des armements à Toulon : c'est le Portugal ou l'Irlande, et, à mon avis, plutôt la seconde que le premier. Je crois que le gouvernement a pris les meilleures mesures pour s'y opposer, mais, quand il s'agit de marine, il y a toujours de grandes incertitudes. »
Bien plus, les menaces parurent si graves qu'on se résolut à entraver les préparatifs au prix d'une expédition offensive et malgré la faiblesse numérique des troupes dont on disposait.
Le but de la descente faite le 19 mai par un petit corps anglais à Ostende, et dont l'issue fut désastreuse, était d'empêcher la jonction des petits bâtiments hollandais avec la flottille de Dunkerque.
L'expédition d'Ostondo (d'après l'ouvrage « British Minor Expéditions, compiled in the intelligence branch of the Quartermaster gênerai Department »).
Au commencement de Tannée 1798, la plus grande partie de Tarmée destinée à une invasion en Angleterre avait été envoyée en Egypte sous les ordres du général Bonaparte, mais il restait sur la côte nord de la France une force suffisante pour causer une grande anxiété en Angleterre. On remarqua, en conséquence, que, puisque un grand nombre de bateaux à faible tirant d*eau étaient construits à Anvers et à Flessingue, les canaux conduisant à Ostende et à Dunkerque devaient ser>ir à permettre leur passage. A Slykens, près d^Ostende, de grandes écluses avaient été construites, mais sans protection par
le moindre ouTrage. Le général commandant la division du Sud (Kent et Sussex), d*après Ta vis du capitaine Popham, de la marine royale, fit observer au gouTemement la facilité avec laquelle ces écluses pourraient être détruites.
L^idée ayant été approuvée, sir Charles Grey reçut Tordre de préparer une expédition formée des troupes sous son commandement. L'agent de la marine à Woiwich reçut aussi Tordre de tenir prêts les moyens nécessaires, et des pétards lurent préparés à bord des vaisseaux ancrés aux Dunes (Downs). Sir Charles Grey choisit le II* régiment et des détachements des 29* et 49*, avec de Tartillerie et mit le tout sous les ordres du major général Eyre Coote. On n'avait pu prendre que des fractions des 29* et 49* régiments, à cause du grand nombre de Hollandais qui servaient dans les rangs du premier et de la forte proportion de recrues du second. Les compagnies d'élite des gardes et une escouade du 17* dragons légers furent ajoutées à la petite armée du général Coote qui s'embarqua à North-Foreland dans l'après-midi du 15 mai : les navires de guerre et les transports étaient sous les ordres du capitaine Popham.
L'expédition fut dirigée sur Ostende avec Tordre de détruire toute embarcation qui pourrait se trouver à Blankenbergue et d'attaquer Flessingue. On jugea en même temps convenable de bloquer le Texel, et, pour le faire, il était nécessaire d'enlever Tile d'Ameland. Les Hollandais devaient s'emparer de Tlle et la remettre aux Anglais qui la feraient occuper par le 11* régiment, détaché à cet effet des forces du général Coote.
La flotte, partie à 4 heures du matin le 16 mai, mouilla devant Ostende à
1 heure du matin le 19. Le temps était si menaçant que les commandants de terre et de mer hésitèrent à débarquer ; mais un pilote fit connaître que les forces qui occupaient Ostende étaient très faibles. Cela décida la question ; le débarquement fut résolu, et beaucoup des troupes étaient à terre avant d'avoir été découvertes.
A 4 heures du matin, le bombardement commença, et, en peu de temps, la ville était en flammes. A 5 heures, les troupes suivantes étaient h terre :
1 escouade du 18* dragons ;
2 compagnies des codstream-guards ; 2 compagnies du 3* de la garde ;
le II* régiment; - les compagnies des 23* et 49* ; 6 pièces de .canon.
Les navires, qui portaient les fractions du 23* qui n'avaient pas débarqué, furent placés k Touest d'Ostende pour faire une démonstration de ce côté, et si la chose était possible, débarquer et enclouer les canons des ouvrages de la ville. Ces navires s'embossèrent à 300 yards des batteries, et, après une vive canonnade, réduisirent 15 pièces au silence.
Les gardes et les grenadiers, sous les ordres du major général Burrard, avec
2 pièces de 6, furent lancés vers le port dont ils s'emparèrent, malgré la résistance des tirailleurs ennemis. Les grenadiers des 23* et li* furent postés au bac le plus bas pour empêcher l'ennemi de sortir de la ville en traversant le port : un détachement de la compagnie des gardes du colonel Campbell et les grenadiers du 49* furent postés au bac d'en haut pour le même objet. Le
reste de la compagnie du colonel Campbell et les trois autres compagnies des gardes exécutèrent l'opération projetée à la tête du port, où les matelots, sous la direction du lieutenant Brownrigg, du génie, s'occupèrent à détruire les écluses du canal de Bruges.
Le H* régiment était poîté le long d'un fossé pour couvrir la retraite. Les compagnies légères des 11% 23* et 49% sous les ordres du major Donkin, occupèrent le village de Bredene, s'étendant jusqu'à la route de Blankenbergue, le long de la mer. A 9 h. 1/2, la Minerve s'approcha de la côte, mais le temps était trop mauvais pour permettre le débarquement du 1** gardes, bien que le lieutenant-colonel Warde eût fait descendre ses hommes dans les canots : leur départ fut interdit par le capitaine Popham.
La ville d'Ostende ayant été sommée de se rendre, le commandant Muscar, bien que n'ayant pas plus de 400 hommes, refusa avec indignation.
A 10 heures du matin, les mines du canal étaient prêtes. L'explosion détruisit les barrières et les écluses : plusieurs navires, qui étaient dans le port, furent aussi détruits.
Jusqu'à ce moment, la perte des Anglais n'avait été que de 5 tués et blessés. La destruction du canal de Bruges rendait la navigation intérieure impossible entre Flessingue et Ostende : aussi, l'objet de l'expédition étant atteint, les troupes n'îiyant avec elles que les cantines et seulement un jour de vivres, il fut décidé que l'on se réembarquerait sur-le-champ. Les troupes regagnèrent la grève à 11 heures, et les matelots du capitaine Winthrop réussirent à atteindre leur navire, mais le vent et le flot qui s'élevèrent interdirent bientôt toute communication avec la flotte.
Le général Coote, voyant sa retraite coupée, prit position le dos à la mer et fit creuser quelques tranchées, sous la direction du lieutenant Brownrigg, du génie. De leur côté, les Français n'avaient pas été inactifs : des troupes venant de Bruges et des villages voisins s'assemblaient en toute hâte, et le général N , commandant la place, prit le commandement de tous ces détachements qui, d'après la version française, ne dépassaient pas 500 hommes.
C'étaient :
250 hommes de la 46* demi-brigade ; 100 hommes de la 94* demi-brigade ; 150 hommes de corps divers.
Mais la garnison d'Ostende n'est pas comprise dans ce chifire, et il est plus que probable que son appui fut considérable.
A 4 heures du matin, le 20 mai, les Anglais virent deux colonnes s'avancer du sud, et bientôt après, d'iiutres troupes furent aperçues cherchant à gagner leurs flancs. Le combat commença par l'artillerie à cheval des Français, à laquelle les canons anglais répondirent aussitôt. Le combat dura deux heures, jusqu'à ce que les flancs de la position eussent été tournés complètement par les forces supérieures des Français. Le 11 • régiment, qui était placé à la gauche, ayant perdu son colonel (Havy), commença à flotter, et le général Coote, en voulant rallier ses hommes, fut gravement blessé. Le commandement passa alors au général Burrard, qui, voyant la position critique de ses forces, fit cesser le feu et se rendit.
D'après le major de brigade capitaine Thorley, les forces engagées aTaient été les siÛTantes :
2 généraux ; 70 officiers ; lli sous-officiers et tambours ;
1 i 1 1 caporaux et soldats ;
2 officiers de marine ; 1 i matelots.
Les pertes étaient de : i général, 6 officiers, 2 officiers de marine, 6 sousofficiers et tambours, 135 soldats, et li matelots.
Comme Tobjet de l'expédition ayait été atteint, la reddition ne provoqua pas rindignation habituelle contre Tofficier qui avait eu le commandement, et, en annonçant ces faits au Parlement, le gouvernement rendit toute justice à la conduite du général Coote et aux troupes sous ses ordres.
Il est intéressant de citer la version française des mêmes événements.
Bulletin du 29 Horéal au 10 prairial an VI (22 avril 1798) (i).
Le matin du 30 floréal, les Anglais, au nombre de 37 voiles, se sont présentés devant Ostende, et ont jeté à terre i500 hommes d'infanterie environ et 250 à 300 marins. Ils ont choisi pour lieu de débarquement la belle plage audessous d'Ostende, qui se dirige sur Blankenbergue.
Sa flotte, qui s'était approchée en grande partie de la ville, a été saluée de quelques coups de canon, auxquels elle a répondu par tout son feu. Bientôt, le général anglais a sommé le commandant de la place de se rendre. Son conseil de guerre, qui était alors assemblé, a répondu que la garnison était décidée à s'enterrer sous les ruines d'une ville confiée à sa défense. Cette réponse a été suivie d'un bombardement qui a duré jusqu'à midi et qui, sur 1500 maisons, en a endommagé i300.
Les deux magasins à poudre ont été touchés par la bombe et le boulet ; il n'en est rien résulté de fâcheux.
De la grande quantité de bâtiments qui remplissent le port, un seul a été atteint par le feu de l'ennemi ; encore n'en a-t-il que médiocrement souffert.
L'artillerie de la place, sagement conduite par le chef de bataillon Santonard, a fait du mal à la flotte, notamment à une corvette qui a été contrainte de se retirer derrière la ligne anglaise ; elle a perdu 8 à iO hommes.
Il n'y avait dans Ostende qu'une petite poignée de canonniers ; il a fallu, pour servir une partie des pièces, prendre des hommes dans le bataillon de la 46«.
(l) Archives de la Guerre, Armée d'Angleterre, aile droite.
26 PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE l«^
Le brave commandant Muscar, conserrant beaucoup de sang-froid dans la circonstance pressante où il se trouvait, a su pourvoir à ce qui lui manquait, faisant face partout à Tenncmi qui lui était supérieur en forces ; il a pu, en même temps, comprimer la malveillance de quelques individus, qui se montraient favorables aux Anglais. Sa conduite ferme et vigoureuse est digne d*éloges.
Pendant qu^Ostende était assaillie par la flotte, les troupes débarquées prenaient postes sur les dunes et envoyaient un fort parti sur les écluses de Slyckens.
Elles sont à un grand quart de lieue au-dessous d'Ostendc ou de Temboucbure du canal de Bruges h. cette ville dans la mer. Elles contiennent la marée haute à une élévation considérable et rempêchent d'inonder tout le pays en arrière. Les Anglais s'étaient proposé de les couper ; s'ils eussent réussi, ils auraient couvert d'eau la eàie jusqu'à Brugcl et vers Nieuport ; par une aussi grande submersion, ils eussent rendu impossible la reprise d'Ostende, qui serait devenue un établissement commode pour eux et leur aurait donné les moyens d'inquiéter Flessingen, Nieuport, et peut-être de s'en emparer.
Le parti envoyé à Slyckens escortait 150 marins chargés chacun d'un baril de poudre du poids de 50 à 60 kilogrammes. Ils étaient destinés à faire sauter les massifs en maçonnerie qui, avec les portes braquées, composent les écluses. L'explosion a été bruyante, mais elle n'a pas rempli les intentions des Anglais. Malgré tout le dégât qu'elle a produit, une légère réparation a suffi pour contenir l'eau momentanément, et le suintement, qui n*a pu encore être arrêté, ne sera pas sensible au pays. L'Anglais aura seulement réussi à jeter la France dans une dépense assez considérable, sans lui faire, d'ailleurs, tout le mal qu'il pourrait lui faire, si les dispositions eussent été mieux prises. Il était cependant conduit par deux officiers natifs du pays et servant sous les drapeaux de l'Angleterre. L'un d'eux est arrêté, on croit l'autre rembarqué.
11 n'y a pas de doute qu'on ne fût revenu à la charge le lendemain, I* prairial ; c'est ce qu'annonçaient les pétards mis k terre et qu'on voulait vraisemblablement employer à briser les portes braquées.
L'ennemi a été prévenu dans ses projets par l'attaque qu'il a éprouvée k 4 heures du matin.
Dès la veille, le capitaine Icard, 'commandant une compagnie de grenadiers de la 46", était allé le harceler ; mais, cédant au nombre, il avait dû faire sa retraite sur Ostende, dont il était sorti. Elle avait été effectuée avec sagesse. Il s'est réuni le 1** prairial avec les autres compagnies de son corps et quelques hommes de la 94®. Cette petite troupe, forte de moins de 300 hommes, commandée par le chef de brigade Lochet, et assistée d'une pièce de canon et d'une trentaine de dragons que le commandant de Bruges avait amenés de cette ville, n*a pas hésité à livrer combat aux Anglais, qui étaient retranchés dans les Dunes.
La querelle a duré deux heures, jusqu'à ce que le pas de charge se faisant entendre, l'officier général anglais annonça, en présentant un mouchoir blanc, qu'il demandait à capituler.
Sa surprise, en reconnaissant la honte dont il se couvrait lui-même et sa troupe par sa reddition à un ennemi six fois plus faible que lui, fut telle, qu'il cria aux Français : « Messieurs, retournez h. vos places, je recommence le
LA SITUATION H1UTAIRE DE l'aNGLETBRRE. il
«ombat I » Mais il n'en était plus temps : les républicains s'étaient précipités sur les Anglais ; quelques-uns étaient déjà désarmés, et les autres, la baïonnette au corps, étaient sommés d'en faire autant.
Toute leur artillerie, au nombre de 6 canons et 2 obusiers, était passée dans les mains des Français. 11 resta sur le champ de bataille 9 républicains morts et une cinquantaine d*anglais, parmi lesquels 1 colonel d'infanterie et i officier du génie.
Au nombre des blessés français sont 2 officiers de grenadiers d^ la 46*, et dans celui des Anglais, sont le général Coote, 1 officier supérieur d'artillerie, et i colonel d*infanterie. Ces deux derniers viennent de mourir.
Les vainqueurs sont rentrés à Bruges le I*' prairial au soir, escortant 1500 prisonniers anglais, dont 70 officiers. Ci-joint les noms des régiments auxquels ils appartiennent et le nombre d hommes par chacun d*eux.
Les blessés ont été transportés à Ostende où on leur prodigue tous les soins dus à un ennemi malheureux.
Rien n'égale la bravoure que les Français ont montrée dans cette affaire, si ce n'est la bonté avec laquelle ils ont traité leurs prisonniers. Aussi, les Anglais se louent-ils de cette conduite généreuse, à laquelle ils ne paraissaient pas s'attendre.
Ils se justifient de la nécessité dans laquelle ils ont été de se rendre sur le gros temps qui durait depuis leur débarquement et qui ne leur a pas permis, disent-ils, ou de recevoir du renfort, ou de rentrer en mer. Cependant, la position de la flotte qui était embossée derrière eux les secondait de son feu, et, en supposant que le secours d'un bataillon français, celui de la 94", qui, par hasard, se trouvait devoir arriver ce jour-là à Ostende pour y relever celui de la 46*, eût été rendu sur le terrain ayant qu'ils eussent capitulé, ils restaient encore en nombre supérieur, et, par conséquent, tîn état de se défendre.
Leur lâcheté a produit un excellent efiet sur l'esprit du soldat ; elle lui a inspiré pour l'anglais le mépris le plus profond, de même que la bravoure française a porté la terreur chez l'Anglais.
Dans la route du champ de bataille à Bruges, un officier républicain disait à un officier anglais : « Quels beaux hommes vous avez parmi vous t » L'anglais répondit : « Nous sommes V élite de la milice de notre pays ; on nous avait adjoint 4 compagnies de gardes du corps y que vous voyez ici. » ic Ah! dit un grenadier de la 94; vous êtes l'élite de r Angleterre, eh bien, vous n'allez pas mal comme çà ; nous verrons les autres ».
Un chef de bataillon de la 46^ envoyé en parlementaire à la flotte anglaise, causant avec le capitaine commandant, en reçut ce mot bien étonnant : Nous sommes bien heureux de ce que la mer nous sépare de vous, vous nous mangeriez tous.
La flotte est restée en présence devant Ostende toute la journée du i*' et celle du 2. Le 3, à la pointe du jour, elle a levé l'ancre et parait être retournée dans ses ports. Elle avait reçu pendant l'action du 1*' un renfort de deux frégates qu'on a dit contenir environ 1500 hommes de débarquement, il en restait encore sur les vaisseaux 500 à 600 qui n'avaient point été jetés à terre ou qui avaient pu se rembarquer. Il parait qu'une partie des marins était rentrée à bord; on en a pris beaucoup moins qu'il n'en était débarqué.
Il était aussi parti pour rAngleterre le l**" et le 2 deux corvettes chargées d*y annoncer le fâcheux événement survenu à Ostende ; c'est peut-être le retour de Tune d'elles qui aura déterminé le départ de la flotte.
On est fondé à croire que le coup de main tenté sur Ostende était une préparation à un plus grand plan projeté sur toute la côte entre Flessingen et Diuikerque. Un bâtiment rentré dans ce dernier port a vu près de iOO voiles vis-à-vis Douvres, qui n'attendaient probablement que la nouvelle d'un premier succès pour se déterminer h marcher.
La tranquillité parait assurée contre de nouvelles tentatives. D'ailleurs telles mesures que vient de prendre le général Ghampionnet, à qui le gouvernement a donné le commandement depuis Dunkerque jusqu'à Flessingen sont si sages que ses troupes peuvent se porter en peu d'heures sur le point que choisiraient les Anglais à l'effet d'y opérer un nouveau débarquement.
J'enverrai plus tard les noms des tués et des blessés.
Le général Championnet, en rendant compte au gouvernement, a prodigué des louanges au commandant Muscar, aux chefs de brigade Forty et Lochet, aux capitaines Icard et Hudine, au lieutenant Dubois, au chef de bataillon d'artillerie Sautsnard, au citoyen Lacroix, jeune ofBcier d'artillerie garde-côte, au commandant de Bruges, au détachement de dragons du 6' régiment, en un mot à tout ce qui a l'honneur d'avoir appartenu à la garnison d'Ostende ou au corps des 300 hommes qui a livré le combat du 1*' prairial.
Certifié véritable par l'adjudant général, chef de l'état-major,
Debilly.
En résumé, T Angleterre de cette époque n'ayait, pour sa défense, que des forces insuffisantes et dont' la qualité ne dut pas paraître excellente aux contemporains après le misérable échec de l'expédition d'Ostende. Cette situation grave, en présence des préparatifs qui permettaient à la France d'attaquer, avec 70,000 hommes, allait être rendue critique par l'insurrection d'Irlande.