‹ 1793-1805 (volume 2)Chapitre 32 sur 62 · EXTRAITS · texte numérisé non relu

EXTRAITS

La seconde coalition contre la France avait été formée en janvier 1799 et les premières hostilités avaient été défavorables aux républicains, battus à Stokach, à la Trebbia et à Notî, tandis que Bonaparte échouait devant Saint- Jean-d'Acre, grâce à Faide des deux nayires de guerre commandés par Sydney Smith,

En juin, une expédition combinée (anglo-russe), fut résolue contre la Hollande qui paraissait favorable à ce genre d'opérations. La République batave possédait en effet une grande étendue de côtes où se trouvaient de bons ports et sa frontière était ouverte aux entreprises venant de Westphalie et du Hanovre. La partie nord du pays, en raison de ses nombreux canaux, était moins favorable à une attaque, mais elle présentait l'avantage de pouvoir plus vite être arrachée à la France. En outre, Tenlèvement des escadres hollandaises et le rétablissement du pouvoir du Stadthouder étaient des objectifs de réelle valeur.

Par un traité signé le 22 juin, la Russie devait fournir 17,000 hommes à la solde de l'Angleterre ; deux camps de 12,000 hommes chaque furent formés à Southampton et dans le comté de Kent, et il en partit environ 18,555 hommes sur pied de guerre pour la campagne.

Les Anglais étaient commandés par S. A. R. le duc d'York, ayant pour second le général Abercromby et les généraux dont les noms suivent :

Lieutenants généraux : Dundas Pulteney et Hulse.

Majors généraux : comte de Cavan, comte de Chatham, d'Oyley, Manncrs- Burrard, Manners, Sir John Moore, Hutchinson, Coote, prince William de Gloucester et Knox.

Les généraux russes s'appelaient : le général Emme ; les lieutenants généraux : Essen, Sudmoratzky, Southov et Schutov.

Les Franco-Bataves étaient au nombre d'environ 18,000 à 20,000 hommes Hollandais et 8,000 Français, sous les ordres des généraux Brune, Daendels, Dumonceau, Yandamme, Boutet et van Guinicke.

LA PÉRIODE d'abandon. 231

Le plan consistait à s'emparer du Helder, pour y avoir un port sûr et se trouver à courte distance d'Amsterdam.

La i'* division s'embarquant le JSaoût, mit à la voile le lendemain. De violentes tempêtes du sud-ouest, retardèrent la marche, mais le 20, on était en vue des côtes de Hollande et tout fut préparé pour effectuer le débarquement le 22. Malheureusement le temps ayant de nouveau été défavorable, ce fut le 26 seulement que la flotte jeta Tancre au Helder : les troupes furent mises à terre le 27.

Si le débarquement avait pu avoir lieu le 22, il est très probable que la EoU lande eut été conquise sans coup férir, car, à cette époque, les Français avaient leur gros en Zélande, avec de forts détachements à Groningue et en Frise, si bien qu'ils ne pouvaient pas réunir 12,000 hommes pour s'opposer à la descente, mais l'apparition de la flotte au Helder leur fit voir où était le point d'attaque et ils eurent le temps de rassembler leurs forces.

Le débarquement se fit sans difficulté, mais Tavant-garde avait à peine commencé à se mettre en mouvement qu'elle eut à soutenir un combat qui dura jusqu'à trois heures du soir. Le général Daendels s'était posté près du village de Calant-Soog, à 8 milles au sud du Helder, d'où il dirigea des attaques répétées sur le flanc droit des Anglais, lesquels avaient pris position le long des dunes qui s'étendent du nord au sud.

Ne pouvant déployer plus d'un bataillon pour la protection de l'aile menacée, les 23* et 55* régiments gardèrent le terrain jusqu'à l'arrivée de la brigade de Coote. Enfin, à 3 heures du soir, ne pouvant entamer les envahisseurs et ayant beaucoup souffert du feu de la flotte, les Hollandais se retirèrent vers Petten, position située à deux lieues plus au sud.

Le 28, toutes les troupes étaient à terre.

Les premiers résultats de la campagne étaient la prise du Helder et la capture de 2 vaisseaux de ligne, 5 frégates et environ i3 navires de la compagnie des Indes.

L'entrée du Zuyderzée se trouvant ouverte aux Anglais, le vice-amiral hollandais Story, fut sommé de se rendre.

Les équipages hollandais ayant refusé de se battre, l'amiral de la République batave dut amener son pavillon : cette victoire sans combat fit tomber 6 vaisseaux de ligne et autant de frégates entre nos mains.

Les Anglais se placèrent derrière le canal de Zuype, tandis que 6,000 Français occupaient Alkmaar, Bergen et Egmont et que i 0,000 Hollandais à leur droite tenaient Shermerhom, et Avenhorn. Les Anglais attendirent des renforts.

Mais le iO septembre, le général ennemi comprenant la raison de leur inunobilité les attaqua dès l'aurore, avec toutes ses forces : la colonne de droite commandée par Daendels, se dirigea sur Maarten, celle du centre sous le général Dumonceau, marcha contre Kradendam, tandis que la gauche conduite par Vandamme, attaqua Petten, défendu par le général Burrard, avec 2 brigades de Gardes. Toutes les attaques échouèrent malgré l'énergie avec laquelle elles furent poussées en raison de la force de la position et de la bravoure des défenseurs, dont les pertes furent relativement faibles, tandis que les républicains avaient 800 à 1000 des leurs tués ou blessés.

A iO heures du soir l'ennemi se retira vers Alkmaar, poursuivi pendant quelque temps par la réserve du colonel Macdonald.

m DEUXIÈME PARTIE.

Les Anglais reprirent leur position défensive et furent joints du it au i5 septembre par 3 brigades anglaises et 2 diTisions russes ; le duc d*York prit le commandement de Tarmée combinée. Il avait environ 30,000 hommes d'infanterie et i 2,000 cavaliers; les Hollandais au nombre de 12,000, étaient fortement postés à Langedyck, un peu en avant des Français, qui en rassemblant tous les détachements de la région n'avaient pas plus de i 0,000 hommes sous les armes à Alkmaar, Bergen et Egmont-an-Zée.

Le 18 septembre le duc d*York mit ses troupes en marche sur 4 colonnes :

Celle de gauche comprenait 2 escadrons et 4 brigades anglaises.

Celle de droite 12 bataillons russes, 1 brigade et 1 régiment de cavalerie anglais.

Les 2 colonnes centrales étaient formées respectivement :

La gauche de 2 escadrons et 2 brigades.

La droite de 2 escadrons et 3 brigades.

Le plan était le suivant :

La colonne de gauche devait tourner le flanc droit de Fennemi, le long du Zuyderzée, celle de droite devait enlever à Tennemi les hauteurs de Camperdown et Bergen ; la colonne centrale de droite devait forcer la position de Warmen-Huysen et Schoorldam et soutenir la colonne de droite, la dernière devait enlever Oudkarspel, sur la grande route qui mène à Alkmaar.

La gauche de Fennemi était avantageusement postée sur de hautes dunes qui s'étendent depuis la mer jusqu'à Bergen. Le terrain sur lequel les colonnes centrales devait marcher, était coupé de fossés et de canaux larges et profonds tous les 300 h 400 yards ; les ponts sûr les rares routes menant aux points d'attaque avaient été détruits, de nombreux obstacles étaient préparés.

L'action commença par la colonne du lieutenant général Hermann, qui à 8 heures du matin, enleva le village de Bergen ; mais en se portant contre le corps principal de Fennemi qui occupait des bois en arrière du village, les troupes perdirent leur ordre et furent repoussées. Les lieutenants généraux Hermann et Tchetstchckov, furent faits prisonniers et leurs troupes furent repoussées de Bergen h Schoorl, qu'elles durent aussi abandonner.

Ce point fut immédiatement repris par la brigade du major général Manner, qui avait été renforcée par 2 bataillons russes, par la brigade de la Garde du major général d'Oyley, et par le 35« régiment du prince Guillaume.

Ce^ troupes recommencèrent le combat et repoussèrent Fennemi, mais le manque de munitions et leur fatigue les obligea à se retirer sur Petten et le canal Zuype.

La colonne du général Dundas attaqua dès l'aube le village de Warmen- Huysen, que Fennemi occupait en forces avec beaucoup d'artillerie.

"Trois bataillons russes sous les ordres du général-major Sidmoratzky, venant de Krabbendam, enlevèrent vaillamment la gauche du village, tandis que les régiments des Gardes y entraient à droite. Le bataillon de grenadier des Gardes, le 3* régiment des Gardes et le ?• bataillon du S* régiment, qui avaient été détachés sur Schoorldam pour garder la communication avec Sir James Pulteney, furent rejoints par le reste de la colonne, qui, après avoir pris Warmen- Huysen avait été renforcée par le bataillon du 5* régiment ; le tout se porta en avant avec ensemble et emporta le village qui, jusqu'à la fin du combat avait été soumis à un violent feu d'artillerie.

LA PÉRIODE d'abandon. 233

La colonne centrale de gauche, bien qu'opposée k Félite de Tarmée batave, sous les ordres du général Daendels, arait surmonté tous les obstacles et enlevé Oudskarspel, qui commandait le chemin direct \ers Alkmaar. Sir Ralph Abercromby avait également bien rempli sa tAche, en s'emparant de la ville de Hoom, sur la c6te du Zuyderzée, et en se plaçant dans une position favorable pour compléter le mouvement tournant.

Cependant, Féchec partiel de la droite obligea à rappeler toutes les troupes et à reprendre les premières positions.

Les troupes sous les ordres de Sir Ralph Abercromby n'ayant pas pris une part directe au combat, les alliés n'avaient pas engagé plus de 18,000 hommes.

Les pertes des deux côtés étaient considérables :

Anglais : 6 officiers, S sergents, 109 soldats tués; 43 officiers, 20 sergents, 347 soldats blessés; 22 sergents, 448 soldats manquants.

Russes : 4i officiers, i74t soldats tués ou pris; 1225 soldats dont 45 officiers blessés.

Républicains : 3,000 prisonniers dont 60 officiers; 16 canons perdus.

Les républicains réoccupèrent toutes les positions qu'ils avaient perdues. Leur ligne de défense fut couverte par des inondations, à droite, en garnissant par des ouvrages les routes qui les traversaient.

Malgré l'arrivée d'une troisième division russe, le mauvais temps obligea le duc d'York à suspendre ses opérations jusqu'au 2 octobre.

La droite de l'ennemi ayant été rendue inabordable et son front étant très fort. Son Altesse Royale résolut de porter le gros de ses forces sur sa gauche, afin de le forcer h évacuer le Nord-Holland.

L'attaque devait se faire en quatre colonnes : . Celle de droite, sous les ordres du général Sir Ralph Abercromby, comprenait trois brigades et une réserve, avec 9 escadrons de dragons.

Elle devait tourner le flanc gauche de l'ennemi.

La seconde colonne, commandée par le général Essen, et composée de troupes russes, se porta par le Slaper-Dykc et les villages de Groet et de Schoorl sur Bergen ; sa gauche, couverte par un détachement commandé par le général Sedmoradtzky, qui devait soutenir la brigade du major général Burrard dans Tattaque de Schoorldam.

La troisième, sous les ordres du lieutenant général Dundas, était composée de trois brigades et d'un escadron de dragons.

La brigade Coote devait suivre l'avant-garde de la première colonne, à partir de Petten, tourner à gauche au village de Campe et ouvrir le chemin sur Groete et les hauteurs qui dominent la ville, à la partie de la colonne russe qui suivait le Slaper-Dyke et dont le major général Coote devait couvrir la droite en marchant sur Bergen.

La brigade de lord Chatham devait soutenir le gros de la colonne russe.

La brigade Burrard devait suivre la gauche du canal d'Alkmaar et se relier avec le corps du major général Sedmoradtzky pendant l'attaque de Schoorldam, en se reliant en même temps à la quatrième colonne, qui s'avançait à sa gauche sous les ordres du lieutenant général Pulteney et qui était composée de 2 brigades et 2 escadrons britanniques et de 2 bataillons russes.

Elle couvrait la gauche des alliés jusqu'au Zuyderzée et devait chercher î\ agir sur la droite de l'ennemi, si les circonstances le permettaient. .

Celui-ci était éyalué à 23,000 hommes, en majorité Français.

La colonne de droite, partie de Petten à 6 h. 30, le 2 octobre, repoussa par son avant-garde Tennemi de Campe, des dunes au-dessus du village et se porta en avant. L'ennemi, qui a\ait abandonné Schoorl, était formé en nombre considérable de ce point à Schoorldam ; mais cette localité lui fut enlevée par les Russes à 11 heures environ. Il se retira sur Bergen et le terrain entre ce point et Koedyk, oii il se maintint tout le jour. En même temps, les dunes à sa gauche étaient attaquées et prises par les brigades Coote et Chatham.

La division Abercromby rencontra peu de résistance au début. Mais, arrivée à un mille de Egmont, elle trouva les Français en grand nombre postés sur les dunes devant la ville, leur gauche couverte par de la cavalerie et de Tartillerie. En ce point, Fennemi était le plus fort et attaqua avec une grande énergie, mais toutes ses tentatives pour repousser les Anglais furent infructueuses et, à la nuit, il avait gagné peu de terrain devant Egmont.

Le général Pulteney avait rassemblé la plus grande partie de sa colonne devant Dirkson, d'où il menaçait Oudkarspel, où se trouvait le gros de la droite ennemie, et réussit effectivement à Fempécher de détacher du monde vers sa gauche.

Le résultat du combat fut que les républicains, le 3, de bonne heure, évacuèrent leurs fortes positions d'Oudkarspel et de Langedyk et se retirèrent sur Saint-Pancras et Alkmaar. Ils se maintinrent à Bergen et se montrèrent en nombre du côté de Koedyk ; mais le gros avait battu en retraite pendant la nuit, et, avant le milieu du jour, le village fut occupé par le 35^ régiment.

A 10 heures du soir, Sir Ralph Abercromby entra h Egmont-an-Zée, et le même soir les Russes s'avancèrent jusqu'à Egmont-op-Hoef. En même temps, le major général Burrard fit prendre possession de la ville d' Alkmaar par un détachement qui la trouva abandonnée : l'ennemi avait battu en retraite sur Bewerjyck et Wijk-aan-Zée, sans avoir été poursuivi par les vainqueurs, trop fatigués. Ses pertes étaient évaluées à 4,000 hommes : du cêté des Anglais, elles montaient à 11 officiers et 226 hommes tués, 73 officiers dont un major général blessés, 944 hommes de troupe blessés. Les Russes avaient : 5 officiers et 166 hommes tués, 22 officiers dont un général et 374 soldats blessés.

Le 4 octobre, l'armée s'avança jusqu'à Alkmaar ; le 6, elle enlevait après im petit combat les villages de Bakkum et de Costricum.

Les pertes subies obligèrent le duc d'York à différer l'attaque qu'il voulait entreprendre au moment où les républicains venaient de recevoir de nombreux renforts. Ces circonstances, l'hiver qui approchait, le peu de valeur de la position occupée et l'absence de tout soulèvement de la part des Hollandais en faveur des envahisseurs rendaient évident que tout mouvement aboutirait à un échec, tandis que l'armée ne pouvait pas rester dans la situation qu'elle occupait.

Les généraux ayant donné un avis conforme, le commandant en chef décida donc de se retirer sur le Zuype, pour être plus près de sa base d'opérations. Les troupes commencèrent leur retraite le soir du 7 octobre. Le centre et la droite arrivèrent sur le canal Zuype le lendemain, mais l'aile gauche n'y parvint que le 12, ayant été pressée pendant sa marche par les républicains, qui cependant ne tentèrent pas d'action en force avant que l'armée eût pris ses emplacements.

La reprise d'opérations offensives étant écartée, le duc d'York n'aTait plus à choisir qu'entre la défensive et Tévacuation du Nord-HoUand. Sa position était bonne et il aurait pu y tenir très longtemps contre toute attaque ; mais, à cette époque de Tannée, il était dangereux de dépendre de l'arrivée incertaine de renforts et de ressources ; de plus, les maladies avaient beaucoup augmenté. L'ennemi, tout au contraire, était considérablement renforcé, pouvait attaquer sans avoir à craindre le manque de vivres et enfin sa ligne de retraite était libre. Au cas où une attaque aurait forcé les retranchements des alliés, leur réembarquement n'aurait pu se faire pendant l'attaque d'un ennemi supérieur, en admettant même que le nombre nécessaire de moyens de transports eussent été rassemblés en temps utile.

Ces considérations et le devoir d'épargner la vie de ses soldats au moment où de nouvelles pertes eussent été sans utilité, décidèrent le duc d'York à entrer en négociations au sujet de l'évacuation du pays. L'accord fut conclu le 18 octobre et, de ce jour, les hostilités cessèrent. Les alliés devaient évacuer le territoire de la Hollande avant le 30 novembre, gardant cependant en leur possession la flotte qu'ils avaient capturée.

La plus grande partie des troupes étaient embarquées avant la fin d'octobre ; le duc d'York partit le 1*' novembre, laissant Sir James Pulteney pour exécuter les dernières clauses. Ce dernier quitta le Texel le i9 novembre et les Français réoccupèrent ce point le même jour.

Si, sur les côtes de la mer du Nord, le Directoire français était réduit à la défensive, sa situation dans les régions qui bordent la Manche était encore moins brillante.

Dès le 15 novembre 1798, le général Michaud, commandant la 13^ division, demandait la mise en état de siège de toute la région et l'autorisation de prendre des otages (1). Le général Moulin, commandant Taile gauche de l'armée d'Angleterre et ayant sous ses ordres 18,827 hommes dans la 13* division 8,881 dans la 14®, 4,716 dans la 15®, au total: 32,424 soldats (2), ne pouvait empêcher ni la chouannerie ni les débarquements d'émigrés, « qui se font presque toutes les nuits (3) ».

On en était réduit à prescrire une grande battue, qui n'empêchait ni la rentrée de Georges Gadoudal, ni les menaces des Anglais sur les côtes. Le Directoire put-il, à cette époque, reprendre quelque projet offensif contre l'Angleterre, comme le ferait croire un arrêté du 3 ventôse

(1) Chassin (Pacification de la Vendée, t. III, p. 247.)

(2) Ibid., loc. cit., p. 250.

(3) Ibid., Ibid., p. 250.

(21 février 1799), prescrivant l'envoi sur Brest de 2 demi-brigades, 2 régiments de cavalerie, 2 compagnies d'artillerie à cheval, des effets de campement, habillement et équipement pour 12,000 hommes (1)? C'est ce que peut nier l'historien Chassin en se fondant sur le caractère public de l'arrêté, la réduction de l'envoi de troupes à une demi-brigade et les instructions prescrivant au général Moulin « de simuler un mouvement considérable de troupes pour donner le change aux Anglais ».

Le printemps et Tété 1799 sont marqués par une recrudescence des attaques à main armée de bandes souvent considérables, par la présence devant Granville d'une grande escadre anglaise, par l'envoi à Jersey du contingent russe qui a capitulé en HoUande et qui est à la fois un objet d'inquiétude pour les populations côtières de la France et, au Parlement anglais, l'occasion de vives réclamations contre l'emploi « inconstitutionnel » de ces étrangers sur le sol britannique. Les Irlandais eux-mêmes reconnaissent qu'un nouveau soulèvement ne ferait « que harceler le pays et donner occasion à des cruautés et des vexations contre les patriotes (2) ». Enfin, au moment où Bonaparte arrive à Paris, la guerre civile est officiellement annoncée par une proclamation datée du 23 octobre et commence par une attaque en règle contre le Mans.

C'est dans cette situation que débute le nouveau gouvernement sorti du coup d'Etat du 18 brumaire.

Si les consuls allaient trouver dans l'ouest une situation grave au point de vue militaire, il est très remarquable que l'état de la marine de guerre laissée par le Directoire ait été le meilleur que la France eût connu depuis longtemps.

Il résulte d'un état en date du 19 janvier 1799 qu'il existait à cette époque, à Brest, 30 vaisseaux et 13 frégates, dont, pour la première fois peut-être depuis le début de la guerre, les équipages n'étaient pas tout à fait insuffisants (3). — L'activité de Bruix avait porté ses fruits.

(1) OhasiiD (Pacification de la Vendée, t. III, p. 273).

(S) Lettre de Mac>Mahon, colonel da 1« régiment I.-U. Dublin. (Citée par M. Chassin Pac., t. III, p. 332.)

(3) Situation des vaisseaux et frégates en rade de Brest.

19 janvier 1799.

Vaisseaux, 30 : Océan (118), Républicain (110), Invincible (110), Terrible (110).

LA PÉRIODE d'abandon. 237

Avait-on complètement renoncé à tout espoir de reprendre TofiFensive ? C'est peu probable, car le général Humbert et le général Dupont avaient rédigé d'importants mémoires (1) sur des projets de descente. De plus et surtout pendant l'été 1799, l'amiral Leissègues avait été chargé par le Directoire d'une importante mission sur les côtes de la mer du Nord et de la Manche, dont les résultats vont ressortir de la correspondance échangée avec le Ministre de la marine.

Lettre du Ministre.

15 vendémiaire an viii (7 octobre 1799) (2).

Je me suis empressé de transmettre vos propositions au Ministre de la

guerre, attendu que les moyens dont la marine pourrait faire usage dans la Zélande, se lient intimement aux plans offensifs et défensifs de Tarmée de terre. Je ne puis cependant tous donner aucune instruction précise à cet égard; mon collègue ne m'a point fait connaître les intentions précises du Directoire exécutif, et la situation des finances ne permet pas de déployer dans ce moment toutes les forces qu'il importerait de mettre sur pied.

Lettre de Vamiral Leissègues.

13 septembre 1799.

Il y a, h Ostende et à Flessingue, un nombre plus que suffisant de

smacks de 50 à iOO tonneaux, qui peuvent suppléer avantageusement les chaloupes et bateaux canonniers.

Ces bâtiments sont construits de façon qu'en renforçant simplement leur pont d'une plate-forme et en les épontillant, ils peuvent aisément porter une pièce de canon du plus fort calibre

L'équipage serait composé de 6 hommes, 2 hommes par pièce, 6 soldats et 1 sous-officier d'infanterie : 45 au total

Ces smacks pourraient être rendus équipés en moins de deux décades

avec trois ou quatre grosses corvettes je m'obligerais, dans ce court délai,

à garder cinquante à soixante lieues de côtes.

Mais c'est ici le lieu de vous exposer que ces smacks sont renforcés, faciles

Indomptable, Formidable, Cisalpin, Dix-Août, J.^J. -Rousseau, Jemmapes, Mont- Blanc, Batave, Constitution, Redoutable, Hoche, Convention, Duquesne, Fougueux, Zélé, Résolution, Watigny, Berwick, Dugommiei', Tyrannicide, Tourville, Gaulois, Jean-Bart, Mutius, Censeur, Entreprenant.

Équipages : 7,418 matelots (complet, 11,698; manque an complet, 4,?80).

Frégates, 13.

(1) Voir ci-dcssoas.

(2) Archives de la Marine, DBiv, 130, ainsi que les pièces suivantes.

h manœuvrer, propres à Téchouement, pontés et capables de tenir la mer. Us pourraient transporter un grand nombre de troupes et les loger bien plus commodément que les chaloupes et bateaux canonniers ordinaires.

Je crois devoir d'autant plus appuyer sur cette considération que Totre

énergie et Totre activité républicaines me font espérer que je ne serai pas

longtemps borné à des mesures défensives et qu^usant du droit sacré de

représailles contre les farouches Anglais, vous m'ordonnerez bientôt d'aller punir dans leur lie ces orgueilleux usurpateurs de Tempire des mers

Déjà j'entrevois la plus grande facilité de porter avec succès la guerre avec

tous ses fléaux dans le sein même de l'Angleterre Il est possible, il est

même très aisé de se ménager des intelligences secrètes avec les mécontents des trois royaumes de Georges m

J'ai conçu et je travaille, depuis deux jours, la confection du pla'h d'une nouvelle machine incendiaire, qui pourra brûler les escadres ennemies dans les ports, rivières, etc

15 septembre.

J'ajoute à mon plan de canonnières, que je pourrais employer égale-

ment les bombschuyts hollandais, plus forts encore que les smacks, réunissant les mêmes avantages et portant aussi bien la toile que quelque bâtiment de guerre que ce soit.

Mais, je dois vous le dire des fonds me sont absolument nécessaires. Il

me faut 6,000 francs.

18 septembre (de Flessingue).

Je ne cesse de vous répéter que nos côtes sont sans défense.

t3 septembre (d'Anvers).

Le capitaine de vaisseau Muskeyn m'a été de la plus grande utilité

qu'il me soit permis de vous recommander cet officier

t octobre (d'Anvers).

J'ai pris une connaissance exacte des canaux de communication dans Tintérieur de la Belgique, et l'examen particulier que j'ai fait, àmon arrivée, de ceux qui aboutissent à Ostende, m'ont convaincu que ce port est un des plus avantageusement situés pour préparer une expédition partielle contre l'Angleterre,

C'est là principalement qu'il conviendrait de réunir les smacks et les bombsckuyts canonniers dont je vous ai proposé l'armement et que je persiste à considérer comme le moyen le plus prompt, le plus sûr et le plus économique de

transporter une nombreuse armée chez nos ennemis Les écluses sont de

la plus grande utilité pour la facilité des communications entre la Belgique et la Hollande et lorsque les Anglais ont essayé de les détruire, ils avaient bien calculé tous les avantages que nous pouvions retirer de la navigation intérieure pour amener sur nos côtes les nombreux bâtiments hollandais propres à une descente en Angleterre

LA PERIODE d'abandon. 239

Ne serait-il pas convenable (en raison de la trahison récente des marins hollandais) de retirer, sans perdre un moment, de la Hollande, et de conduire à Angers et à Ostende tous les bâtiments indistinctement propres par leur construction à serrir à la descente il serait aisé de les mettre hors de toute

atteinte de Tennemi, dans le bassin de Bruges et le long de plusieurs canaux

Combien ne serait-il pas avantageux, après les opérations militaires en

Hollande quel qu'en puisse être même le résultat, d'avoir k Ostende et sur deux ou trois autres points de la côte, plusieurs flottilles bien équipées et en état de recevoir la brave armée de Batavie, encore pénétrée du sentiment de la Tictoire ou bien animée, en plus, de celui d'une juste et terrible vengeance.

Quoi que je dise cependant des smacks canonniers, je n'en suis pas moins d'avis que les chaloupes canonnières et les bateaux & rames peuvent aussi être employés avantageusement dans les expéditions contre l'Angleterre : seulement, il résulterait de l'établissement des smacks aux lieux désignés que les chaloupes et bateaux canonniers n'auraient pas besoin de se déplacer des endroits où ils se trouvent, et qu'ainsi nos forces doubleraient en même temps que nous aurions moins de risques à courir.

D'après une lettre du 8 octobre, il semble que le Ministre Fait invité à s'abstenir de tout plan, car il répond :

8 octobre,

Les instructions que vous m'avez données en me confiant une mission que je désire remplir avec honneur, étaient, je crois, assez étendues pour vous proposer les différents j)lans d'attaque et de défense que j'ai conçus dans les

ports d'Anvers et de Flessingue Veuillez n'attribuer mon zèle qu'à la

haine que j'ai vouée aux Anglais D'ailleurs je n'ai, en manière quelconque, perdu de vue l'objet principal de ma mission. Le compte que je vous en rendrai sera, j'espère, ma justification auprès de vous.

Da Havre, le 29 vendémiaire an viu (tl octobre 1799).

Le chef des mouvements (du Havre) m'a informé qu'il avait reçu ordre de vous de faire partir 20 bateaux canonniers. Cependant, le mauvais temps et le défaut de fonds pour payer la solde des équipages, paraissaient contrarier le

départ de cette petite division les yingt bateaux ont appareillé dès que

le temps Ta permis, ils font route et seront, je pense, rendus promptement à leur destination.

Rapport de l'ami rai Leîaaègues.

6 pluviôse an vui (26 Janvier 1800).

Le il fructidor dernier (29 août 1799), j'ai été spécialement chargé par le gouvernement d'une mission particulière et de confiance dans les ports de la Manche.

Le capitaine de yaisseau Muskeya m'ayant été donné comme adjoint, m*a accompagné en cette qualité dans ma tournée

L'objet principal de la mission, considérée sous un point de Tue général, était d'examiner et de reconnaître Tétat, les moyens actuels de chacun des ports, et les ressources réelles, particulières ou relatives que pourrait s'y procurer le gouvernement, soit pour entreprendre sur Tennemi, soit pour repousser ses tentatives sur nos cdtes.

Un second objet, immédiatement lié au premier, mais qui parait être néanmoins le plus direct, comme étant plus particulièrement précisé dans mes instructions, était d'éclairer le gouvernement sur la possibilité de former à volonté une escadrille de bâtiments à rames qui bc composât de toutes les embarcations disséminées dans les différents ports de la Manche et de désigner en même temps les bâtiments qui pourraient le mieux convenir pour transporter des vivres et des troupes sous l'escorte et la protection de cette escadrille.

Enfin, il m'a été prescrit, après avoir recueilli tous les documents nécessaires, de présenter mes idées sur les mesures d'exécution et de faire connaître mon opinion sur les officiers â qui l'on pourrait confier les principaux commandements, dans le cas où le gouvernement prendrait une décision définitive sur l'emploi de la flottille

Après avoir opéré séparément, j'ai fait un travail général composé de cinq

tables, dont chacune présente, dans les plus grands détails, la situation

de chaque arrondissement et trois états des magasins de Dunkerque, du

Havre et de Cherbourg.

Je me suis occupé déjà, et je travaille encore avec assiduité, à tracer

un plan d'attaque et de descente en Angleterre, dont j'ose garantir le succès, si le gouvernement consent à faire la dépense nécessaire. Les bâtiments ne nous manquent pas et les ports que je viens d* inspecter en fourniront à eux seuls, quand on le voudra, une quantité suffisante pour transporter une armée

de 60,000 hommes dans les Iles Britanniques Je crois ne pas commettre

une indiscrétion en vous priant de vouloir bien interposer vos bons offices pour décider le gouvernement à me confier le commandement en chef des forces navales de la République, sur toutes les c^tes du Nord, depuis Fles> singue jusqu'à Port-Malo .

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