‹ 1793-1805 (volume 2)Chapitre 33 sur 62 · RÉSUMÉ DES TABLEAUX · texte numérisé non relu

RÉSUMÉ DES TABLEAUX

1<> Arrondissement de Dunkerque.

4 frégates {Désirée, Poursuivante, Carmagnole, Incorruptible); 8 corvettes ;

4 cutters;

5 avisos;

2 batteries flottantes; ] 8 canonnières; > 22;

12 bateaux canonniers; ] {Growler, Incommode^ Surprise, Ardente, Lucie, Insolent, Méchante y Enigme, Inabordable, Mars, Mentor, Surveillant, Vigilant, Curieux, Hardy, n»" 48, 47, 45, 44, 18, 19.)

LA. PÉRIODE d'abandon.

31 tmnsports, nrmés en guerre;

38 péniches ;

S8 hatcnuii canonnière (noutetle conalruction).

Total : 154 hàtiments, plus 399 bùUmenls de de 100 tonneau x.

dont 221 au-dessous

2" Anvndisumfnt de Cherbourg.

2 frégates (furiTOM et Gunrtfre);

32 canonnières et bateaux canonniers (Moutligue, Chat, Simon, Mouche, Cerbère, Eclatante, Maringouin, Brûlante, Brutale, Ckiffone. Terrible):

3 bombardes;

IG bntcaux canonniers ; 11 transports;

7 protecteurs de pèche ;

S pi? niches ;

i gabarres; 10 grandes chaloupes;

Total 1 M bitiments, plus 2iS r de 100 tooneauv.

i de

dont 196 au-dessous

RAcapitalation générale par port.

Admcs....

Oileode . . .

Danksrqiie, LeHsTre.,

ClierbourB .

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NoTi.— ITiprtg un «IX, Fanrai Is 3 Miritr 17

>» par l> part da H»n. I( BMlills

cuoDBitn portent muaiU lOlâ

A cela, il faut encore ajouter les forces signalées le 9 juin par le capitaine Gastagnier, chef de division, commandant les

forces navales de la République française dans les mers du Nord (1).

Etat des bâtiments de guerre de la République française, destinés à la défense

de Walcheren et des parages qui Cavoisinent :

Corvettes : Nayade (devant Flessingue) ; Foudroyante ; Malicieuse ; Festin ; Torche.

Canonnières : Incommode ; Growler ; Insolent ; Surprise.

Il parait donc démontré qu'au moment où le Directoire succomba, il laissait à ses successeurs des ressources sérieuses pour attaquer TAngleterre et une expérience réelle de tous les procédés utilisables, car il les avait tentés tous. Grandes expéditions par les flottes de haut bord, tentatives partielles au moyen de navires légers, flottilles de bateaux plats, tout avait été essayé, mal à la vérité, mais il ne restait plus rien à inventer (2).

(1) Archives de la Marine, BB»\ 130.

(t) Sll fallait une nouvelle preuve de l'importance attachée par le Directoire aux entreprises contre l'Angleterre, on la trouverait dans la liste ci-dossons des papiers légués par le Comité de Salut public et le Conseil exécutif provisoire et qui restèrent longtemps sur lo bureau de Camot.

Le carton AP»", 186B contient :

1. — Un mémoire remis à M. lo comte de Maurepas, le 31 mars 177S, propose une expédition contre l'Irlande, de préférence à l'embouchure de la rivière Waterford, pour marcher de suite sur Dublin (avec l'appui des White boys), par Carlow, signé Wall. Très intéressant et dénotant une connaissance très complète du pays.

t. — Un mémoire du 4 avril 1759. Projet contre l'Irlande : expédition partant de Brest, s'embarquant vingt-quatre heures seulement avant de mettre à la voile. Le débarquement se ferait près de Dublin, au point dit Houth Ilead.

3. — Un mémoire du 4 mars 1780. Projet contre l'Irlande. Débarquement de 20,000 hommes près de Waterford. Départ de Brest.

4. — Un mémoire sans date. Débarquement en Irlande de 24,000 Franco-Espagnols partant de Brest. Le point d'atterrissement n'est pas indiqué.

5. — Deux mémoires de Tbéobald Wolfstoue des 10 et 11 ventAse an iv. Le premier contient uniquement un tableau de la situation politique de l'Irlande ; le second traite des moyens d'exécution, soit 20,000 hommes, dont 15,000 au moins débarquant atissi près que possible de la capitale et 5,000 près de Belfast.

LA PÉRIODE d'abandon. 243

Le nouveau gouvernement, tout en déclarant qu'il se résoudrait difficilement à traiter avec les rebelles, adressa, dès le 20 novembre, au général Hédomille, commandant en chef l'armée d'Angleterre, des instructions en somme conciliantes et favorables à une négociation (1). Le comte de Châtillon fut le premier à accepter une suspension d'armes, qui fut annoncée le 24 par une proclamation du général Hédou ville (2). Mais, en Bretagne, le voisinage des Anglo-Russes cantonnés à Jersey rendait la situation particulièrement dangereuse.

Bonesœur, commissaire central dans la Manche, au Ministre de la guerre (3).

t3 novembre.

Les Chouans, après s'être ralliés dans la forêt de Saint-Seyer ont

conçu un nouTeau plan d'attaque contre ce département : il parait certain que Gérard, comte de Ruays, est resté avec sa division dans les cantons voisins

6. — Une description topographique et militaire de l'Irlande, sans nom d'antear, de juin 1769. Un débarquement français devrait se faire dans la baie de Oreenore, dans le canal Saint-George, près de la ville de Wexford.

7. «- Un projet sans date ni nom d'aatear. Les points de débarquement proposés en Irlande sont : Oastel Haven, dans le comté de Cork, entre Kingsale et la baie de Bantry. L'armée détachant un corps sar ce dernier point, marcherait sur Cork et Waterford. La partie méridionale de Tlrlande paraît être la plus favorable en raison du grand nombre de ses ports, de la proximité des c6tes de France d'où l'on peut envoyer des renforta. On occuperait Dublin.

8. — Un projet contre l'Irlande et l'Ecosse, sans date, . signé de Laurent, député du Bas-Rhin. Débarquement de 2,000 hommes vers Newcastle, et d'une grande expédition franco-hollandaise dans la baie de Galloway.

9. — - Un projet anonyme et sans date : une division irait en Irlande, une sur l'Angleterre près de Londres, une dans la baie de Bristol, une à Exmouth, une dans le pays de Galles. Cinq débarquements au total.

(Provenant du Conseil exécutif provisoire, 179t et 1793.) (Un carton cacheté était depuis l'an iv sur le bureau du Directoire ; il contenait divers projets non retrouvés.) De nombreux projets contre le Canada, la Colombie, etc

(1) Chassin, loc, cit., p. 444.

(t) Circulaire du général en chef Hédouville.

24 novembre 1799.

Ayant reçu du gouvernement les pouvovs nécessaires pour terminer cette crueUe

guerre intestine par la persuasion, j'ai l'espérance que les chefs et les habitants de la campagne ne tarderont pas à se soumettre aux lois de la République. Veuillez donc donner au reçu de cette lettre les ordres nécessaires pour suspendre toute marche hostile et toutes

voies hostiles jusqu'à nouvel ordre. Surveillez cependant continuellement Dans le

cas oii la reprise d'armes aurait lieu on s'en préviendra huit Jours à l'avance.

(3) Archives de la Guerre, armée d'Angleterre.

des départements de l'Orne, de la Mayenne et d'IUe-et- Vilaine ; que Frotté, avec la sienne, a pénétré dans la ci-devant Bretagne, que Tun et l'autre trayaillent de toutes leurs forces à grossir et à réorganiser leurs hordes et que, lorsqu'ils seront en état, ils attaqueront de concert, avec des forces beaucoup plus considérables et avec plus d'acharnement que la première fois. l,eur

première tentative doit être sur Avranches cette ville prise, le mont

Michel ne peut tenir : au moyen des ressources qu'ils trouveront dans des places, ils pénétreront dans l'intérieur du département et sur les côtes : alors, ils faciliteront un débarquement des Anglo-Russes qui sont actuellement aux îles Anglaises.

Ce qu'il y a de certain et qui me fait croire à la réalité de ce projet, c'est qu'une flottille anglaise a été vue le 26 du mois dernier, à hauteur de Cherbourg, faisant voile pour les îles de Jersey et Guernesey et qu'on la dit chargée de Russes qui vont hiverner dans ces îles

Dupont, général employé près le Ministre de la guerre au général en chef Hédouville,

28 novembre.

Il paraît que les Anglo-Russes, qui ont passé dans les fourches caudines du Helder hollandais, cherchent à nous donner des inquiétudes pour l'Ouest. Il vous arrive trois demi-brigades de Hollande, et si l'ennemi fait quelque tentative on vous en enverra d'autres.

Malgré des menaces sérieuses, le général Hédouville restait très optimiste.

Hédouville au Ministre.

l«r décembre.

Les Consuls sont prévenus qu il se prépare en grande hâte, dans les ports d'Angleterre, une expédition considérable ; que la flotte doit porter 25,000 hommes; qu'on présume que cette armée doit être débarquée sur les côtes pour faire la jonction avec les rebelles français; qu'elle doit d'abord tenter un coup de main hardi sur Brest ; que ce coup de main, favorisé par la trahison, aura pour objet d'enlever un des forts qui protègent la rade et de s'emparer ensuite de notre flotte.

Je préviens tous les généraux commandant les 12*, 13* et 14* divisions de prendre toutes les mesures de sûreté qu'exigent ces nouvelles, sans cependant les divulguer. Une lettre anonyme que je viens de recevoir semble les appuyer. Je fais surtout redoubler de précautions à Brest et à Port-Malo. Je presse les conférences avec les chefs insurgés, qui m'ont paru, en général, do bonne foi, mais il est possible que quelques-uns d'entre eux soient d'accord avec les Anglais à l'insu des autres, surtout les émigrés*

Si ce débarquement aTait lieu je m'y porterais de suite avec toutes les forces disponibles, dans Tespérance que nous parviendrions à dissiper les rassemblements intérieurs aussitôt quils se montreront (1),

Le général Hédouville au Ministre,

4 décembre 1799.

D'après les renseignements qui m'ont été foiu*nis sur les projets des Anglo- Russes sur les côtes de TOuest j'ai fait toutes les dispositions nécessaires

pour rendre leurs dispositions infructueuses.

J'ai fait en sorte d'assurer dans toutes les circonstances la marche

rapide des différentes divisions de troupes disponibles sur les points qui pourraient être menacés.

Les colonnes mobiles, les gardes nationales et la moitié des troupes que je laisserai dans l'intérieur seront sufÛsants, j'espère, pour y maintenir la tranquillité et garder les villes.

Les généraux Lespinasse, Taponnier et le général qui commande à Brest, sont prévenus de la marche des bataillons auxiliaires du Calvados, de la Manche, de l'Orne et de la Charente-Inférieure.

Comptez, Citoyen Ministre, sur l'activité et la bravoure que déploieront, en cas de besoin, les troupes qui composent l'armée d'Angleterre.

Le débarquement des Anglais s^exécuta effectivement dans la nuit du 29 au 30 novembre, à Tembouchure de la Vilaine,

(1) Il s'en fallait de beaucoup, du reste, que la confiance du général en chef fût partagée par tous. Une commission composée de Canclauz, Meunier, Vial, M orlet, Saint-Paul, Eblé et Dulauloy demandait, pour la défense des côtes seulement, 30,000 hommes, savoir :

5,000 hommes au Havre ;

6,000 — à Coutances, Carentan et Cherbourg ;

3,000 — à Port-Malo et PorUBrieuc ;

6,000 — à Brest.

6,000 — à Lorient, Port- Liberté et Belle-Isle;

4,000 — à Pontivy.

Rapport du 30 novembre {armée d* Angleterre), Le Ministre de la guerre proposait d'ailleurs de renforcer Tarmée d'Angleterre.

Le Ministre de la guerre Berthier,

4 décembre 1799.

Quel que soit Vetpoir du général Hédouville d'obtenir la pacification des départements de rouest, le gouvernement doit préparer les moyens d'éteindre cette guerre pendant l'hiver si la voie des négociations reste sans succès.

Dans cette voie, je propose aux Consuls de diriger sur Tarmée d'Angleterre les 4*, 15*, 42* et 34* demi-brigades, passant de la Batavia au Rhin et qui ont ordro de s'arrêter provisoirement à Nimègue et à Juliers.

UadminIstrAtion centrale du département du Morbihan

au général Taponnier.

t déeembre 1 799.

Nous receTons à l'instant l'ayis suivant :

i< Les Anglais sont mouillés sous Houat, au nombre d'un vaisseau, deux frégates et un ou deux cutters : on les distingue parfaitement de la tour du collège. »

Le général Lespinaase, commandant la l'* division de l'armée

d'Angleterre, au général en chef.

6 décembre 1799.

On me donne avis qu'un débarquement d'armes et de munitions et de 4,000 à 5,000 hommes, tant Anglais qu'émigrés, a eu lieu à Billiers, à l'embouchure de la Vilaine.

Ces 5,000 hommes, joints aux chouans du parti de Georges et de Delval, formant, au total, 10,000 à 12,000 hommes, ont été battus par le général Harty, qui s'est trouvé fort à propos renforcé des 1800 hommes d'artillerie de la marine, qui venaient de Brest Là le canon a tout fait et l'infanterie n'a pas tiré un coup de fusil, les rebelles s'étant toujours tenus en masse et n'ayant pas pu se développer, quoique dans une lande, ont été mitraillés un jour entier, et Tafiaire n'a fini que par l'épuisement des gargousses à canon. Le général Harty étant trop faible en nombre, s'est replié en bon ordre sur

Vannes Il ne serait pas invraisemblable que ce débarquement ne fût pas

le grand projet des Anglais, mais qu'il couvrit une entreprise plus considérable, celle sur le Gotentin, par exemple

Cette fois, le général Hédou ville allait dépeindre la situation sous les couleurs les plus sombres.

Le général Hédouville au Ministre.

6 décembre 1799.

Je voudrais pouvoir vous donner de bonnes nouvelles, mais notre situation politique est bien équivoque. La suspension d'hostilités qui n'est pas encore consentie par Georges et La Prevalaye n'est pas respectée par les souschefs qui continuent à commettre les vexations les plus criantes contre les propriétaires et particulièrement ceux qui habitent les villes Les principaux

chefs doivent se rassembler demain à Gande, je leur signifierai que la suspension d'hostilités cessera dans huit jours Je crains que les projets des

Anglais qui croisent en force sur nos côtes, que la descente qui s'est opérée à l'embouchure de la Vilaine et la retraite de l'armée d'Italie ne relèvent les espérances des insurgés

LA PÉRIODE d'abandon. 247

Il a paru dans la baie de Quiberon, 5 voiles anglaises et un capitaine, Tenant de Douarnenez, a aperçu, par le travers de Penmarck, 40 vaisseaux de guerre et 40 transports.

Le général Lespinasse me mande, du 14 frimaire, que le débarquement des Anglais et des émigrés venait de s'effectuer près de Billiers, à l'embouchure de la rivière de la Vilaine, qu'il a été très considérable et qu'il a été favorisé par

plusieurs milliers de mécontents J'ai donné l'ordre au général Lespinasse

(l'y porter toutes les forces dont il pourra disposer, et j'y ai envoyé de Nantes le bataillon de la iÂ* demi-brigade que vous m'aviez prescrit de faire rentrer dans l'intérieur. Je fais filer sur Nantes la première des demi-brigades qui nous arrivent de Batavie et qui sera au Mans le 18 frimaire (9 décembre).

J'ai de la peine à croire que les Anglais fassent des débarquements en grandes forces : leur tactique sera probablement de faire des descentes partielles et elle est d'autant plus dangereuse pour nous que, lorsque nous avions 125,000 hommes à cette armée, nous ne pouvions en (sic) prévenir qu'une partie parce que le développement des côtes est trop grand.

10 décembre.

On assure qu'il a été tenté une descente i\ Quiberon, qui a été repousséc vigoureusement et que des canons et un grand nombre de fusils sont tombés entre nos mains

Le danger était, en effet, réel à l'intérieur et à Textérieur.

Rapport au Ministre de la police générale,

3 décembre 1799.

Les chefs profitent de l'armistice pour s'organiser sur la rive

droite de la Loire ; leur armée présente un aspect plus formidable que jamais :

il y existe des compagnies de hussards fort bien montées et équipées

Leur audace s'accroit en raison de la certitude où ils sont qu'une armée anglorusse va incessamment opérer une descente sur les côtes de l'ouest.

Bulletin historique de la 13* division.

8 décembre.

Le 25 frimaire (19 décembre), une division anglaise composée de deux vaisseaux, une frégate et deux corvettes, a mouillé dans la baie d'Audierne, à une lieue et demie de la côte, bloquant le port où s'est réfugié un convoi considérable. Cette division est continuellement dans la même position, avec une autre qui bloque, croise de là jusqu'à la pointe du Raz. Un parlementaire anglais a débarqué 390 militaires sortant des prisons d'Angleterre

Le 28, deux parlementaires anglais, mouillés dans la rivière de Morlaix, ont débarqué environ 500 militaires français sortant des prisons d'Angleterre

8 décembre.

J'ai appelé votre attention par la lettre que je tous ai adressé le 12 de

ce mois, sur Tavis qui m'a été donné qu'une flottille anglaise, composée de 22 bâtiments, que l'on suppose chargée de transporter des troupes russes, avait été perçue de Cherbourg, faisant voile vers les îles Jersey et Guernesey.

J'appelle votre attention sur Cherbourg, Granville, Port-Brieuc et

Brest. Suivant les renseignements qui m'ont été transmis, il parait cependant que TOUS devez donner une attention particulière sur les côtes de la Manche, attendu qu'il est à craindre que l'ennemi ne cherche à effectuer un débarquement sur les principaux points et notamment sur ceux de Hierville, Agnéville, Port-Bail et la Hougue pour envelopper Cherbourg et empêcher toute espèce de communication entre cette place et le reste du département de la Manche. Je vous recommande de veiller à ce que les lignes de Kelern, la presqu'île de Camaret, ainsi que les autres points qui défendent les approches de Brest, soient mis sur un pied de défense respectable. Vous sentez que, si l'ennemi parvenait à se rendre maître de l'un de ces points, rien ne pourrait l'empêcher alors de détruire la flotte et d'exercer ses ravages dans les ports les plus importants de la République

Il était donc urgent d'en finir avec la Vendée et il eût été bien désirable de faire la paix avec l'Angleterre, car la situation militaire des armées dltalie et du Rhin était lamentable.

C'est probablement dans cet ordre d'idées que Bonaparte adressa, le 25 décembre, sa célèbre lettre au roi d'Angleterre (1). '

S'il eut à ce moment le désir ou l'espoir de réussir à nouer une négociation sincère, ce serait un échec complet qu'il aurait subi.

La réponse du ministère anglais (2) fut, en effet, un refus presque brutal (3).

Quant aux ennemis de l'intérieur, le Premier Consul parut vouloir essayer de la conciliation en lançant, le 28 décembre, une « Proclamation aux habitants des départements de rOuest » et une série d'arrêtés promettant la liberté des

(1) Correspondance de Napoléon^ n« 4445.

(2) Note de lord Oroaville da 4 janvier 1800. Moniteur du 16 janvier, d'après le Morning Chronicîe, — La campagne de F armée de réserve en 1800, par le capitaine de Cugnac.

(3) Celni-ci fut du reste exploité aux yeux de la population française dans une brochure sans doute inspirée par Bonaparte : Examen impartial des deux lettres du Premier Consul de la République française et du roi d'Angleterre (Cap. de Cugnac, loc. cit.

LA PÉRIODE d'abandon. 249

cultes, admettant aux fonctions publics les parents d'émigrés et les ci-devant nobles et accordant l'amnistie . En même temps, des conférences étaient tenues avec les principaux chefs rebelles.

Mais, simultanément, le général Hédouville, qui venait d'être sérieusement renforcé, recevait les instructions suivantes :

Le général Clarke, directeur du dépôt de la guerre,

au général Hédouville,

5 janvier 1800.

Le Consul Bonaparte ^ient de recevoir votre lettre du 12 courant. Il me

charge de vous écrire et vient de me faire part de ses idées que je vous

transmets, en y mettant peu du mien.

Vous avez demandé 15,000 hommes, on vous en a donné au deh\ de ce nombre ; en voilà la récapitulation :

3 demi-brigades venues de Batavie 7,000 hommes.

La 6« demi-brigade 2,300 —

La 79« demi-brigade 2,500 —

La ^i^* légère demi-brigade i ,500 —

Le 21* régiment de chasseurs , 800 —

Vous avez à Nantes, de troupes de la marine 1 ,800

Enfin on vient d'ordonner, par courrier extraordinaire, de diriger de Lyon sur Tours un corps de. 1 ,.'<00 —

Total 17,400 hommes.

On vient d'envover un renfort de 500 hommes à Orléans ; Chartres est muni de forces considérables, Évreux de même : toutes les fois que vous aurez besoin de 400 hommes tirés d'Orléans, de 600 de Chartres, de 600 extraits d'Evreux, ils marcheront au premier signe de votre part

Le Premier Consul pense qu'en ce moment toute démarche pacifique devient inutile ; il faut tomber le plus rapidement possible sur les rassemblements armés et les disperser à Tinstant par la force. C'est par ceux de Frotté et de Georges qu'il faut commencer. Pour contribuer à anéantir le premier, on va faire partir pour le département de la Manche un régiment de cavalerie fort de 400 hommes.

Le Premier Consul désire que vous fassiez placarder partout l'arrêté que vous trouverez dans les journaux, relatif aux honneurs funèbres accordés à Pie VIL

Quant à l'article du désarmement, le Premier Consul n'entend pas, quel que soit le mal que cette mesure peut produire, biaiser sur cet article : il faut que ce désarmement soit entier et réel.

230 DEUXIE E PARTIE.

Vous êtes investi de tous les pouvoirs, oui, de tous les pouvoirs ; agissez •comme si vous étiez au cœur de l'Allemagne

Le gouvernement vous soutiendra, mais vos actions militaires seront examinées en militaire par un homme qui a Fhabitude des mesures vigoureuses et énergiques, et qui est accoutumé à triompher dans toutes les occasions. Quelque rusés que soient les chouans, ils ne le sont pas autant que les Arabes du désert Vous devez les vaincre.

Le Premier Consul croit que ce serait un exemple salutaire que de brûler deux ou trois grosses communes, choisies parmi celles qui se comporteront le plus mal. L'expérience lui a fait connaître qu'un grand acte de vigueur, dans des cil-constances telles que celles où vous vous trouvez, était ce qu'il y avait •de plus humain. La faiblesse seule est inhumanité.

Si vous le jugez à propos, vous pouvez envoyer à Paris, soit les prêtres, soit les chefs principaux des rebelles ; ils y seront bien reçus, et le Premier Consul les verra avec plaisir. Si Sapinaud désire se rendre à Paris, vous pouvez l'autoriser à s'y rendre en le faisant accompagner par un officier ; mais n'oubliez pas que le gouvernement veut en finir et qu'il sait que cette guerre •civile ne sera terminée que lorsque les insurgés n'auront plus d'armes et qu'on leur aura inspiré une grande terreur à la suite d'actes conformes à la modération, au bon ordre et à la justice La vigueur seule peut vous faire

triompher Aux armes, donc ! Ils ont des canons, il faut vous en

«mparer Ils se rassemblent dans certaines communes, brûlez-les ! Il faut

déployer de l'énergie, sans quoi cette modération n*est elle-même que faiblesse.

Dans une autre lettre, il est enjoint de faire fusiller sans jugement tout individu pris les armes à la main et recommandé de brûler quelques villages à titre d'exemple. Enfin, une proclamation aux troupes fit pressentir la vigueur avec laquelle serait menée la guerre (1).

Ordre général de Bonaparte, premier Consul,

15 nivAse an viti.

Soldats !

Le gouvernement a pris les mesures pour éclairer les habitants égarés des départements de l'Ouest. Avant de prononcer, il les a entendus. Il a fait droit à leurs griefs, parce qu'ils étaient raisonnables. La masse des bons habitants a posé les armes; il ne reste plus que des brigands, des émigrés et des stipendiés de l'Angleterre.

Des Français stipendiés de l'Angleterre î I Ce ne peuvent être que des hommes sans aveu, sans cœur et sans honneur. Marchez contre eux : vous ne serez pas appelés à déployer une grande valeur.

(1) Capitaine de Cugnac, loc, cil.

L'armée est composée de plus de 60,000 hommes : que j'apprenne bientôt que les chefs des rebelles ont vécu ; que les généraux donnent Texemple de FactiTité. La gloire ne s'acquiert que par les fatigues, et si Ton pouTait Facquérir en tenant son quartier général dans les grandes Tilles ou en restant dans de bonnes casernes, qui n'en aurait pas ? Soldats ! quel que soit le rang que TOUS occupiez dans l'armée, la reconnaissance de la nation tous attend 9 pour en être dignes, il faut braver l'intempérie des saisons, les glaces, les neiges, le froid excessif des nuits, surprendre tos ennemis à la pointe du jour et exterminer ces misérables, le déshonneur du nom français I

Faites une campagne courte et bonne ; soyez inexorables pour les brigands, mais observez une discipline sévère.

Le 10 janvier, en effet, un ordre du jour du général Hédouville annonçait la reprise des hostilités et, le même jour, une loi était présentée au Tribunal, loi d'après laquelle « l'empire « de la Constitution était suspendu pendant troiâ mois dans « les lieux des 12®, 13®, 14® et 22« divisions militaires aux- « quels le gouvernement le croirait nécessaire (1) ».

Peu après, Hédouville, jugé trop conciliant (2) pour les chefs rebelles, était remplacé par Brune, et l'armée d'Angleterre prenait le nom d'armée de l'Ouest. Hédouville ayant accepté les fonctions de chef d'état-major, resta à Angers avec le titre de lieutenant du général en chef (3).

Ordre du jour du général Brune,

30 janvier 1800.

Le général de division Hédouville, lieutenant du général en chef, commande le corps d^armée de la droite ; son quartier général est à Angers.

Le général de division Debelle commande les troupes de gauche ; il aura sous ses ordres le général de brigade Grigni, commandant la demi-brigade de gauche.

Les généraux de brigade Guillot et Gency, celles du centre.

Et le général Harty, qui commandera la réserve.

Le Général en chef,

Signé : Brume.

(1) Chatsin, loc, Ct7., p. 546.

(2) Lettre de Clarke, 14 janvier (Chassin, p. 547).

(3) Arrêté du 24 nivtee mis à exécation le 26 (17 janvier). Lettre de Bmne (Chastin» P..549).

La pacification marcha assez vite.

Successivement Bourmont, la Prévalaye, le Picquet du Boisguy, Georges Cadoudal lui-même firent leur soumission. La division anglaise, mouillée sous Houat, reprit la mer sans avoir pu faire passer aux rebelles l'argent, les armes et les effets apportés. Frotté, resté seul, fut arrêté par trahison et fusillé le 18 février.

« Dès les premiers jours de mars, le Premier Consul pouvait faire appel à Tarmée de l'Ouest pour constituer Tarmée de réserve », créée par arrêté du 8 mars (1). Du 17 mars au 26 avril, il en tira 10 demi-brigades d'infanterie, 3 régiments de cavalerie et 3 batteries (2).

Le 19 avril, Bernadotte était nommé à sa tête en remplacement de Brune.

Cependant, Georges Cadoudal, passé en Angleterre, avait soumis au ministère anglais un plan d'opérations contre la France adopté le 17 mai (3) : 25,000 hommes de troupes, rassemblés dans le sud de l'Angleterre, enlèveraient Calais, puis, au mois de juin. File d'Houat pour communiquer avec les royalistes. Il n'était pas question des Russes restés à Jersey, mais ceux-ci n'en continuaient pas moins à être menaçants pour les côtes (4).

Tout se réduisit à une attaque exécutée les 3 et 4 juin contre Saint-Gildas, le Grand-Mont et Quiberon, où les Anglais débarquèrent 600 ou 700 hommes. Pour ce faible résultat, ils avaient amené 20 vaisseaux, 14 frégates et 20 transports (5). La nouvelle de la victoire de Marengo fit renoncer à ces essais d'offensive, où les armes britanniques avaient si mal réussi depuis le début de la guerre.

Bientôt après, de nouvelles négociations pour la paix entre la France et l'Angleterre étaient entreprises.

Il y avait près d'un an que Bonaparte était au pouvoir et

(1) Capitaine de Cognac, loc. cU,

(t) Capitaine de Cognac, loc. cit, Tableao de la concentration de l'armée de réserye, p. annexes.

(3) Chassin, loc, cit., p. 623.

(4) Lettre de Bernadotte, citée par Chassin, p. 628 et 635.

(5) Cette escadre, commandée par Sir James Morray, condoisit ao Ferrol les troupes du général Pulteney, qoi échooa misérablement.

LÀ PÉRIODE d'abandon. 253

pas un essai, quelque minime qull fût, n'avait été fait pour porter la guerre aux Iles Britanniques. Les seuls projets de descente étaient dus à des initiatives particulières (1).

(I) Le seul indice conna qui semblerait prouver que Bonaparte se serait occupé de la question d'une descente aux Iles Britanniques, est fourni par une lettre adressée le 16 février 1800 par le Premier Consul à Talleyrand, pour lui demander une note sur la situation de l'Irlande (Correspondance de Napoléon),

Il semblerait, d'autre part, que Bernadette, alors commandant de Tarmée de TOuest, se fût occupé pour son compte d'une expédition. D'après l'extrait ci-dessous des Mémoires de lord Bloorafleld, ambassadeur d'Angleterre en Suède, dû à l'obligeance du savant professeur Léonce Pingaud, il aurait eu des relations suivies avec les Irlandais (Memoir of Benjamin lord Bloomfield, t vol., London, 1884).

Bloomfield k Canning, 26 août 1824. Le roi lui a raconté quil fut désigné, vers l'époque de son mariage, pour diriger une expédition en Irlande, après des conférences entre Fitz- Gérald et le Premier Consul. Il a ajouté : « Il (ste) me serait un plaisir bien sensible de vous montrer un de ces matins toute ma correspondance avec Tlrlande, que j'ai sous ma garde ici a.

L£8 FIOJETS PARTICULIERS

Toute cette période, si vide en fait d'opérations offensives? contre TAngleterre, est, au contraire, féconde en projets dus à rinitiative privée et dont certains présentent un réel intérêt.

Au premier rang de ces derniers, il faut placer les efforts faits par F Américain Fulton pour doter la France d'un engin de guerre dont l'adoption aurait pu avoir des conséquences inccdculables. Les quelques détails qui vont être donnés sont en grande partie extraits du travail de M. le lieutenant de vaisseau Emile Duboc paru dans la Revue des Revues^ en 1896.

Dès la fin de 1797, le 24 frimaire, Fulton avait offert au Directoire de construire un sous-marin : le Nautiius, et d'opérer ensuite à ses frais dans les conditions suivantes : pour la destruction d'un vaisseau de 40 canons, il demandait 4,000 francs par canon et 2,000 francs seulement par canon pour un vaisseau plus petit. Les prises faites devenaient la propriété de la compagnie formée par Fulton et commanditée par un de ses compatriotes.

En outre, il exigeait une commission régulière assurant aux marins de son navire le traitement des belligérants par Fennemi, sous peine de représailles.

Ce fut cette dernière exigence qui suscita les scrupules du Directoire, et l'on a le droit de s'en étonner de la part d'un gouvernement qui avait employé contre l'Angleterre les forçats de Tate et avait préparé une chouannerie.

Le 27 février 1798, sur l'ordre du Directoire, le Ministre de

la marine Plé ville, tout en proposant d^accorder la moitié des sommes demandées par la compagnie en cas de réussite, refuse la commission. En marge d'un rapport au Directoire, adressé un peu plus tard sur cette question, il est écrit de la main du Ministre : « Et que le gouvernement ne pouvait avouer ostensiblement des hommes qui se livreront à ce genre d'opérations. Les Anglais, ingénieux en machines destructives, s'en permettraient bientôt l'usage à l'abri du même moyen, et ce serait, en quelque sorte, rayer du Code de la guerre les punitions justement infligées à ceux qui sont naturellement enclins à la faire d'une manière atroce ».

Une fois Bruix devenu ministre, une commission fut formée le 31 juillet 1798, sous la présidence de l'amiral Rosily. Le rapport de la commission fut très favorable ; mais, malgré une nouvelle tentative de Fulton, promettant de bloquer la Tamise et de couper le commerce de Londres, l'inventeur ne peut rien obtenir.

Aux citoyens composant le Comité militaire près le Directoire exécutif

de la République française,

Paris, le 29 messidor an vu (17 joillet 1799).

Le citoyen Fulton, américain, a présenté, il y a dix-huit mois, au Directoire, le modèle d'une machine destinée à détruire, en pleine mer et jusque dans leurs ports, les Taisseaux anglais et, par conséquent, à anéantir leur marine militaire.

Ce projet fut renvoyé au Ministre de la marine qui nomma, pour Texaminer, une commission composée des citoyens Borda, Perrier, Adet, Prony, Forfait, Rosily et Barthélemi : le rapport de la commission fut aussf fayorable que Fauteur pouvait le désirer, elle trouva que le principe de cette machine était simple et conforme à ceux de la mécanique et promettait le plus heureux succès de son exécution.

Le citoyen Fulton offrait au Directoire de faire exécuter la première machine, il ne demandait même pas l'avance des frais au gouvernement, s*il ne jugeait pas à propos de les faire ; il ne demandait que la permission de faire construire h Paris cette machine et d'en faire Fessai contre quelque division anglaise bloquant nos ports.

Le citoyen Fulton n'a jamais pu obtenir cette permission du Directoire, il n'a cessé de la solliciter avec tout le zèle d'un patriote désintéressé, qui ne demande ni place ni argent, ni même d'avance, pour la construction de sa machine, mais simplement la permission d'en faire l'essai pour détruire les flottes usurpatrices et liberticides de l'Angleterre et, par conséquent, la nouvelle coalition.

11 parait que les motifs du refus furent de pitoyables considérations d'humanilé, comme si elle pouvait réclamer contre remploi d'un moyen destiné à la yenger et à la délivrer de ses plus implacables ennemis, à anéantir l'insolent despotisme de la marine anglaise, et, par conséquent, à assurer la liberté des mers, du commerce et des nations, à tarir la source qui alimente la coalition nouvelle, et à rendre la paix au monde.

11 parait encore que des intérêts particuliers ont cru devoir traverser l'exécution du projet, où ils voyaient l'anéantissement prochain de toutes les marines militaires. 11 serait facile de les rassurer, si la prudence permettait de donner connaissance à nos ennemis des moyens préservateurs dont nous pourrions faire usage de notre câté ; en attendant, il est impossible de contester les incalculables avantages que nous assurerait l'initiative.

Le citoyen Fulton demande l'autorisation du Directoire exécutif pour faire construire à Paris la machine dont il est l'inventeur et pour en faire l'essai contre les ennemis. Il se charge de faire cet essai lui-môroe et ne sollicite d'autre dédommagement, après plus de 18 mois de travaux, de dépenses et de sollicitations, que le bonheur d'avoir contribué au rétablissement de la paix, à Taffranchissement des mers et du commerce et à raffermissement de la République.

Salut et respect.

Robert Fulton.

Rapport au Directoire par les membres du Conseil militaire (t).

Le nommé Fulton, citoyen de l'Amérique, emploie nqtre entremise pour proposer au Directoire l'invention d'une barque qui, se dérobant sous Peau, peut atteindre furtivement les vaisseaux d'une escadre ennemie; il prétend leur attacher un foyer d'explosion propre à les faire sauter.

L'inventeur n'est point un charlatan, il propose de conduire lui-même sa machine et donne ainsi sa tête pour caution de la réussite.

Le modèle de cette barque furtive a été examiné par les membres les plus distingués de la classe des artistes de l'Institut national. Ils en ont rendu un compte avantageux, nous en avons jugé de même; mais comme l'exécution, ainsi que la manœuvre, dépendent d'un mécanisme assez délicat et de manipulations qui exigent beaucoup de précision, nous pensons que l'expérience effective vis-à-vis de l'ennemi est seule capable d'en constater les avantages. L'auteur demande à faire cette importante épreuve ; la machine ne coûtera pas plus de vingt mille livres.

11 y a quelque temps que ce projet fut improuvé comme attentatoire au système des marines militaires, mais l'équilibre, à cet égard, ayant été rompu au point de ne nous laisser que des espérances éloignées, nous avons pensé que la philosophie ne réprouverait pas un moyen de détruire les destructeurs de la liberté des mers et du monde entier.

Alexandre. Mighâud. Darçon.

(1) Archives nationales, AP"«, 152«.

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