‹ 1793-1805 (volume 2)Chapitre 36 sur 62 · MÉMOIRE DU 9 OCTOBRE · texte numérisé non relu

MÉMOIRE DU 9 OCTOBRE

Les vaisseaux partiront de Brest Ils feront voile vers l'embouchure de la

Manche. L'escadre devra mouiller à la hauteur de Plymouth et jeter à terre ses 2,000 hommes qui, aussitôt débarqués, délivreront au moins 1000 prisonniers.

Aussitôt les troupes à terre, l'escadre fera voile à l'effet de prendre sur

les côtes de Dunkerque, Ostende, et même sur celles de la mer du Nord, un

coq)s de troupes, et de le débarquer de suite à Tatterrage que Tori jugera le plus airantageux, d'autant plus que le peu de temps qui restera à l'escadre ne lui permettra pas de choisir son point de débarquement, parce qu'il est probable que l'ennemi sera à sa poursuite.

. Si l'escadre, après aToir fait son deuxième débarquement, ne peut rentrer dans les ports de la Hollande, elle devra faire le tour par les mers du Nord et rentrer ensuite dans les ports de France ou d'Espagne. Si elle se voyait serrée de trop près, elle ne de\rait pas balancer à entrer dans un port d'Angleterre, qui offrira plus d'avantages pour y arriver.

Les ports de nos ennemis se trouvant dépourvus de tout, la sécurité dans laquelle se trouve le gouvernement britannique, qui n'est pas cependant à l'abri d'un coup de main, il (fie) ne se doutera jamais d'une entreprise d'une opération aussi hardie que difficile et belle dans son exécution.

Si l'on connaissait profondément les faibles ressources de nos ennemis, on ne devrait pas balancer à les attaquer sur leur propre territoire.

Une division composée en navires légers, les meilleurs voiliers propres à porter 3,000 à 4,000 hommes en Irlande : le premier but de cette expédition ^ qui débarquera sans difficulté, sera d'attirer les forces britanniques dans cette lie ainsi qu'une grande partie des forces maritimes qui se verront obligées

d'agir sur ce point L'escadre de Brest ayant des troupes de débarquement

à son bord, pourra agir avec la hardiesse et la sécurité convenables, si l'on sait profiter des moments précieux qu'offrent les entreprises de cette nature.

Humbert, commandant provisoirement les troupes stationnées à Brest ^

au Ministre de la guerre,

29 mai 1801.

Fatigué de voir les intérêts lésés, je vous réitère mes offres de service en vous assurant, mon Général, que 8,000 à 10,000 hommes bien débarqués en Irlande me suffiront pour enlever cette île à la puissance britannique. Que l'on se persuade d'une vérité : ce ne sera jamais avec un fort corps d'armée que l'on pourra agir avantageusement; c'est avec 100,000 Irlandais et 100,000 Écossais que l'on doit soumettre l'orgueil de cette puissance et venger la patrie. Général, vos ordres deviendront pour moi les plus belles Tictoires. Si TOUS doutez de mes faibles talents, je vous prierai de charger quelqu'un, digne de TOtre confiance, de faii-e l'examen exact de mes dispositions.

Projet de Montlezun.

10 septembre 1801.

Les forces disponibles de l'Angleterre, sans chef, sont sans liaison entre elles, composées d'éléments discordants, neuves au feu, étrangères à toute tactique.

15,000 hommes seront employés à une diversion en Irlande.

Le môme vent force l'ennemi, en station devant Brest, à se réfugier à Plymouth ou à Torbay et permet à l'expédition de gagner l'Irlande en vingt-quatre heures.

Cette opération préliminaire achevée, Tarmée d'invasion, forte de 50,000 hommes, partira de Calais et ports voisins, montée sur 1500 chaloupes. L'atterrage est désigné sur les côtes de Kent, où Tauteur estime que les pertes ne dépasseront pas 3,000 hommes au plus.

De là, on se porterait sur Chatham, dont la prise obligerait Fennemi à demander un armistice.

Ce mémoire, dit une annotation du Ministre de la guerre, fait honneur au style de son auteur, mais il ne présente aucune idée neuve ni aucun renseignement qui n*ait été présenté par tous ceux qui se sont occupés du même objet avant lui.

Projet de scaphandre par Mangin, ex-adjoint du génie.

14 jaillet 1803.

Ce projet porte Pépitaphe suivante :

Le vrai peut quelquefois n'être pas vraisemblable.

Ce n'est pas trop dire.

11 suffira de signaler que les soldats munis du scaphandre inventé par le citoyen Mangin, doivent se former en phalanges et attaquer les vaisseaux anglais ! ! !

Projet de descente à Jersey, par Boullej, peintre, capitaine de la garde nationale.

tO septembre 1801.

L'Anglais, insolent dans la prospérité, se croit sur de sa victoire tant qu*il se persuade qu*on le craint : mais dès qu'on lui oppose un courage que rien ne dément, il s'étonne, il se trouble, il plie, il est vaincu.

Vers la fin de la dernière guerre, le baron de Rulcourt, à la tête d'une poignée d'aventuriers, fit une expédition pour l'île de Jersey. Il opère son débarquement avec la plus parfaite sécurité dans un lieu où mille autres que lui auraient trouvé une mort presque certaine. Aussitôt k terre, Rulcourt ne perd pas un moment, il s'avance avec audace vers Saint-Hélier, la capitale de l'île, dont il se rend maître sans coup férir, fait le gouverneur et les principaux de Jersey prisonniers de guerre et somme, sans perdre un instant, le commandant du fort d'Elisabeth de se rendre. S'il se fût toujours conduit de la sorte, il n'y a pas de doute, cette partie de l'île était à lui. Les Jersiais (sic) avaient tellement perdu la tête qu'ils avaient envoyé annoncer au ministère de la Grande-Bretagne que Jersey était au pouvoir des Français. Mais Rulcourt ayant eu l'imprudence de laisser ses 600 hommes rangés en bataille sur là place pendant le jour, les habitants de l'île reprirent leurs esprits en voyant leur faiblesse ; ils se réunissent, attaquent et défont les troupes de Rulcourt, qui lui-même est tué avec ses meilleurs officiers dans l'action. Le reste, manquant de chef et se trouvant enveloppé, est contraint de se rendre à discrétion»

Jersey ne doit pas seulement être considéré sous le rapport du gou-

yemement anglais ; il doit Tétre encore sous celui des habitants de TAngleterre qui, en perdant cette île, se Terraient frustrés d'une ressource infiniment précieuse pour eux : je Yeux parler du thé, des liqueurs fortes, des dentelles et autres denrées dont les droits d'entrée sont exorbitants à la grande terre, et que les Omogleurs (Smogglers, contrebandiers) de Jersey savent leur procurer à un prix très modique par le moyen de la contrebande.

i 0,000 hommes suffiront à cette expédition, mais il n'en faudrait pas

moins pour la faire avec aTantage et certitude.

A cet effet, on réunirait soit à Saint-Malo, Granville, Carteret ou Cherbourg, mais de préférence dans l'un de ces derniers ports, les bateaux pêcheurs de Saint-Jagut, Saint-Malo, Gancale, la Hague, Saint- Vaast et Courseulles ; ces bateaux pécheurs sont susceptibles de porter depuis 25 jusqu'à 60 hommes chacun ; on pourrait encore y ajouter les bateaux passagers de Saint-Halo, Gran ville, Carteret et Cherbourg, qui sont en assez grand nombre et qui ne tirent pas beaucoup d'eau, ainsi que 30 grands canots pour faciliter

le débarquement L'artillerie serait embarquée sur les bateaux pontés. . .

L'escorte serait composée de 4 chaloupes canonnières et de 12 bateaux canonniers pour commander et couvrir la descente.

Peut-être trouvera-t-on singulier que je propose de faire une descente

avec des bateaux pécheurs et passagers. Je sens bien qu'il serait beaucoup plus commode de la faire avec 100 péniches si on les avait ; mais si Ton fait attention qu'il n'y a qu'un passage de quatre heures au plus à faire et que ces bateaux ont plus de solidité et sont infiniment plus navigables que les bateaux plats dits à la << Muskein », alors on ne trouvera plus ma proposition extraordinaire Quel moyen employez- vous pour réunir tous ces bateaux sur

un même point ? Rien n'est plus facile : on sait qu'on fait tous les ans la

pèche des huîtres à Gancale, que les bateaux de Saint- Vaast et CourseuUes se rendent à Gran ville pour faire cette pèche, et qu'aussitôt que leur chargement est complet, ils s'en retournent chez eux. Que le gouvernement autorise cette pèche au moment où il voudra faire la descente, et dans une seule nuit il aura à sa disposition plus de 160 bateaux, dont le plus petit pourra porter 25 hommes ; de cette manière, il me paraît impossible que le gouvernement anglais puisse .se douter de cette expédition ; cependant, il serait prudent d'empêcher toute espèce de communication avec l'ennemi sur la côte.

La nuit me parait préférable au jour pour opérer la descente, et je serais d'avis qu'elle s'effectuât vers le point n® ï et fût terminée à une heure après minuit au plus tard. Aussitôt à terre, l'armée serait divisée en trois colonnes, dont une de 4,000 hommes, et les deux autres de 3,000 chacune, qui recevraient l'ordre de se mettre en marche sur-le-champ comme il suit :

Celle de 4,000 hommes se porterait en diligence sur le point n® 1, où elle ferait en sorte d'arriver de mer basse ; 500 hommes, munis de 20 échelles de 30 pieds au moins, recevraient Tordre de se porter de suite siu* le point n® 2 et de s'en emparer par escalade ; 1000 hommes recevraient également l'ordre au même moment que les premiers de s'assurer du point n^ 4 et de s'y retrancher ; un autre corps de 1000 hommes aurait aussi l'ordre de se porter et de forcer le point n» 6, et enfin le reste de la colonne recevrait aussi l'ordre de s'assurer du point n^ 1, des prisons et du peu de troupes ennemies qui pour-

raient sV trouTcr ; le chef aurait soin de tenir un corps disponible pour protéger les différentes attaques ordonnées.

La deuxième colonne se dirigerait à marche forcée ^ers le point

n<^ 12 : aussitôt arrivée, iOOO hommes munis de 20 échelles de 30 pieds recevraient immédiatement Tordre de s'emparer du point n^ H en Tescaladant : 300 hommes recevraient Tordre en même temps de surprendre le point n* iO et de s'y disposer à s'y maintenir : ce dernier détachement serait soutenu par 200 hommes qui se tiendraient à une portée de fusil en arrière ; le reste de la colonne devrait s'être disposé à se retrancher en arrière, sur le point n® 12, pour de là protéger les deux attaques et empêcher que l'ennemi ne puisse recevoir des renforts. Le silence le plus profond serait fortement recommandé.

9 Fart

"WT^/sSy^yi^^ ^

La troisième colonne devrait se diriger vers le point n** 15 et devrait s'emparer des hauteurs et de la pointe n<> 16 autant que la prudence peut le permettre pour n'être pas exposé à se voir acculé dans cette partie de l'ile ; le chef de cette colonne aura soin de s'emparer des meilleures positions militaires qui se trouvent dans cet endroit aux fins de couvrir avec avantage et de secourir au besoin les opérations et la colonne chargée de l'attaque n" 1 ; 300 hommes lui suffiront pour obtenir le succès le plus complet sur les points n® 45 et n® 17, en ayant attention d'ordonner le plus grand silence, de crainte de donner l'éveil aux frégates et corvettes de la grande rade, qui pourraient les incommoder beaucoup de leur artillerie. Le chef sentira également la nécessité de s'emparer des deux petits forts de 2 canons de 9 qui se trouveraient entre sa colonne et celle chargée de l'attaque n^ 1 , attendu que ses communications avec cette colonne se trouveraient fort difficiles s'il n'avait pris cette précaution ; il aura beaucoup d'avantage à faire faire cette opération par les derrières,

L'artillerie sera placée de manière à pouf oir battre la rade le plus a\aiitageusèment possible et à en fermer l'entrée et la sortie.

Il y a lieu de présumer que les trois attaques ci-dessus pourraient éprouver de grands changements dans Texécution ; cependant je soutiens que les trois points indiqués pour être attaqués sont les seuls susceptibles de Tétre, puisqu'ils sont les seuls points fortifiés de Tlle

Le point n^ i est un fort qui peut aToir 20 à 24 canons, avec une garnison de 150 vétérans canonniers; il est dominé par le point n<* 4 de plus de 50 toises, qui n'en est éloigné que d'une portée de fusil, et d'une fois autant par le point n^ 20, qui n'en est distant que d'une portée de canon de 4 : il peut être pulvérisé dans quatre heures des deux points suscités.

Le point n^ il est une forteresse dont les murailles seulement étaient debout, sans Toutes, magasins ni logements, ayant une garnison de iOO à 150 hommes d'infanterie et quelques artilleurs : 5 pièces de 16 placées sur une petite terrasse qui sert de cour et qui donne, sur la mer font sa force ; ses murs sont peu élevés et sa porte d'entrée ressemble beaucoup à une porte cochère ordinaire. Elle est dominée à une petite portée de fusil par une montagne immense, d'où il est facile de la battre avec la plus grande sécurité.

Le point n® 10 est une redoute de forme carrée, faite en gazon, revêtue de palissades et de fossés de 7 pieds de profondeur, sans eau, ayant un corps de garde au milieu pouvant contenir de 50 à 60 hommes, 4 pièces de gros calibre; elle est construite sur le bord de la mer et presque à son niveau, à la distance d'une demi-portée de fusil du point n^ il, dont elle est fortement dominée, ainsi que de la montagne dont j'ai parlé à l'article précédent.

Le point n^ 13 est une forteresse de forme ronde; les habitants de l'île la disent très forte, mais, à en juger par son extérieur, il ne paraît pas qu'on puisse manœuvrer à sa surface plus de 10 à 12 pièces de gros calibre. Elle est construite à une demi-lieue en mer du point n<» 10 et n'assèche que dans les plus grandes marées.

Les émigrés français ont fait une forteresse dans cette île, qui porte le nom de Fort des Émigrés. J'ignore l'endroit où elle a été construite, mais je suis sûr qu'elle existe. Je présume pourtant qu'ils l'auront faite sur un petit monticule près du terrain où l'on exerce les troupes et qui se trouve précisément au point où le baron de Bulcourt effectua son débarquement. La situation de cette forteresse (si toutefois elle existe au point où je la soupçonne) peut faire changer tout le plan d'attaque du pointu** 1, attendu que les deux corps de 1000 hommes chacun chargés d'attaquer les points n^* 4 et 6 se trouveraient entre deux feux. 11 serait donc de la plus haute importance de connaître au juste cette partie de l'île, et si l'on se déterminait à y envoyer quelqu'un, j'ose croire que je pourrais aussi bien qu'un autre procurer des renseignements qui ne laisseraient rien à désirer. Le tableau que j'ose présenter de l'île de Jersey fera juger si je suis capable d'en fournir le complément.

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