‹ 1793-1805 (volume 2)Chapitre 46 sur 62 · II. n · texte numérisé non relu

II. n

338 TROISIÉBiE PARTIE. — CHAPITRE IV.

flottille, appuyée par les batteries de terre, avait résisté, malgré des pertes qui paraissent avoir été sérieuses. Toutefois, Tamiral Latouche-Tré ville avait eu à reconnaître Tinsuffisance de ses moyens de défense.

17 themiidor (5 août).

L'insuffisance des bateaux bombardiers pour' protéger la ligne ayant été trop malheureusement reconnue hier, je Tiens de prendre sur moi et sans attendre Yotre réponse à ma lettre du 13, de faire établir 7 galiotes à bombes ayec les bâtiments de commerce qui sont dans ce port et susceptibles de porter 2 mortiers à grande portée 11 y en aura trois de prêtes à sortir à la grande

marée du 21 , et je les placerai sur les flancs de la ligne, à 300 toises en ayant d'où elles pourront riposter ayec avantage aux bombardes anglaises qui sont aujourd'hui au nombre de 7 et dont probablement Tamiral Nelson augmentera encore le nombre. J'attends 20 mortiers des places environnantes, qui me procureront le moyen d'armer ces galiotes sans toucher à aucun des bateaux bombardiers dont j'ai ordonné la réparation la plus prompte

18 thermidor (6 août).

Dans la décision que tous avez prise pour réduire à 262,500 francs les

fonds affectés à la flottille, tous n'avez pu faire entrer les fonds nécessaires à l'établissement de 6 galiotes à bombes à la réparation des bateaux bombardiers mis hors de service dans la journée du 16, au relèvement et au radoub

des 3 bateaux coulés La nécessité d'accorder un mois à ces braTes

équipages, qui ont vu pendant seize heures voltiger la mort sur leurs têtes sans murmurer et sans exprimer d'autre sentiment que le regret de ne pouToir, par défaut de bonne poudre, riposter à l'ennemi qui les écrasait

Nelson s'éloigne entièrement, il ne reste à la vue que 15 bâtiments de toute grandeur, les bombardes ont regagné les ports d'Angleterre pour se réparer. Nelson est trop fier, trop enflé de ses précédentes victoires pour ne pas revenir à la charge avec le double de moyens

Malgré son audace, Tamiral savait de quoi ses petits bâtiments étaient capables et ne voulait pas les aventurer sans appui. C'est ainsi que la 8® division, étant partie du Havre et ayant relâché à Fembouchure de la Somme, il l'y maintint tant que Tescadre de Nelson fut en vue.

17 thermidor (5 août).

J'ai l'honneur de vous rendre compte que la 8® division, aux ordres du lieutenant de vaisseau Guebran, composée de 2 chaloupes canonnières et 18 bateaux canonniers est de relâche à Saint- Valery-sur-Somme. Je lui ai prescrit de ne pas entreprendre de gagner Boulogne dans ce moment; étant observé par plus de 30 bâtiments ennemis, il me serait difficile de pouvoir favoriser son arrivée.

Il attendra dans ce port, où il est en sûreté, un vent du sud et une nuit obscure, à l'aide desquels il pourra filer le long de la côte sans être aperçu. (Quel département paiera la solde des troupes embarquées?)

Entre temps, Latouche-Tréville, de concert avec Savary, continuait à s'occuper d'organiser une base d'opérations offensives autour de Boulogne. A défaut d'Etaples, il persistait à conseiller des travaux à Ambleteuse.

20 thermidor (8 août).

J'ai accompagné hier à Etaples le citoyen Sa\ary Nous aTons Tun et

Tautre reconnu avec peine qu'il était impossible de penser à tirer parti de la Canehe pour y former un rassemblement de bateaux, encore moins un point de départ combiné ayec celui à e£Pectuer de Boulogne. Depuis le coup de yent du 18 brumaire, Tembouchure de la Ganche a été tellement obstruée par les sables, que son "véritable lit s'est perdu et qu'elle s'est fait jour à la mer par plus de 20 petits canaux, dans lesquels il y a très peu d*eau. Les bateaux , pour être en sûreté contre les entreprises de l'ennemif seraient forcés de remonter jusqu'au bourg d'Etaples, et, de ce point, il leur serait impossible de gagner la haute mer dans une seule marée, Veau ne tenant presque point et déversant à la mer avec une incroyable activité ; aucune batterie de terre ne pourrait les protéger, et il faudrait y substituer une défense maritime qu'il est bien plus convenable et plus sûr d'établir à Boulogne et derrière laquelle on peut former le rassemblement général, au moment du départ. Je pense que lorsque le Premier Consul aura entendu le rapport du citoyen Savary sur Étaples, il cessera d'avoir des vues sur ce point. Mais c'est un motif de plus en faveur d'Ambleteuse et de prendre en considération la possibilité de tirer le plus grand parti de cette baie, dont aucune force de l'ennemi ne peut empêcher la communication avec Boulogne et dont la défense est aussi facile à établir qu'elle^sera simple et économique (1)

Quant au gouvernement, il ajourna de nouveau la préparation d'une expédition et conseilla la prudence.

Le Ministre de la marine Forfait à l'amiral Latouche-Tréville (2).

8 août.

Il sera pris très incessamment de nouvelles mesures pour la flotte que vous commandez. En attendant, le Premier Consul veut que la ligne de défense reste k son poste autant qu'il n'y aura pas apparence de mauvais temps, mais

(1) Ce rapport sera plus tard rapproché des allégations de Sganzin. (t) Correspondance inédite de Napoléon (Archives de la Guei^re),

que TOUS la préTeniez pour la faire rentrer au moment du danger. De même TOUS ne la remettrez dehors que quand le temps sera fait, à moins que les mouvements de Tennemi ne vous en imposent Tobligation.

L'amiral Nelson allait, en effet, renouveler son entreprise. Arrivé le 9 août devant Harwich, il n'y trouvait que des « pilotes si ignorants » qu'il devait mouiller au banc de Bawdsey. Parvenu enfin à Harwich, l'état dans lequel il trouva les défenses le confirma dans la pensée qu'il fallait à tout prix tenir l'ennemi éloigné des côtes britanniques. « Des 12 chalands (river barges) qui sont au Nore, écrit-il à l'amirauté, on peut en mettre 4 à la plage de Whitstable, 6 à l'embouchure de Colchester, 1 à Woodbridge et 1 dans

rOxford Nous pouvons espérer 300 volontaires dans

les comtés d'Essex et de SufiFolk, mais en Sussex et Kent^

pas tin homme ne s'est offert Notre vraie défense est

donc tout près des ports ennemis et je crois être en

moyen de détruire nos adversaires avant qu'ils aient parcouru six milles en mer. »

En conséquence, la frégate amirale vint, le H, mouiller au Nore. De là Nelson se rendit à Sheerness où il ne trouva pas un seul chaland. L'escadre, elle, était toute prête, et « son (( zèle, écrit l'amiral, est si grand, que tout ce que je désire « est, avec \ Amazone ou la Méduse, d'attraper Bonaparte « sur mer. Mais il ne s'y fiera pas en personne. Il dira « aUez « vous-en » (1), et non « allons, mes amis » (1). Si les Fran- « çais viennent ici, j'espère que ce sera avant le 14 sep- « tembre, car, après, la saison sera trop pour moi. Je ne « sais où frapper un grand coup. Vous avez bien déterminé <( Flessingue, mais je dois être prudent et ne pas faire « abîmer nos canonnières. A Ostende, nous ne pouvons

(( rien » Deux jours plus tard, il ajoutait : « Flessingue

« est mon grand objectif, mais il y a tant d'obstacles à « vaincre, tant de risques de perdre des navires que je ne « veux pas tenter cette entreprise sans en avoir référé à vous « et sans un plan de l'Amirauté. Ne pourrait-on tenir un c( conseil relativement à une grande entreprise contre les

(1) En français dans le texte.

« navires bataves à Helvoet Sluys, ou pour s'emparer de « Flessingue. Il faudrait 4,000 à 5,000 hommes. Attaquer « l'ennemi chez lui était Tidée favorite de lord Chatham, « et je suis sûr que vous pensez que c'est le moyen le plus « certain de maintenir la guerre loin de chez nous. Je me « propose d*enlever toutes les canonnières françaises qui sont c( hors des jetées de Boulogne. Je voudrais avoir votre appro- « bation. J'avoue que ce mode de guerre n'est pas exactece ment celui qui me plaît, et peut-être se moquera-t-on de « moi pour ce mesquin (1) procédé d'attaque »

Cette fois, il s'agissait d'une attaque de nuit, à l'abordage et au moyen d'embarcations. Elle fut tentée dans la nuit du 16 au 17 août et échoua complètement.

Le contre-amiral Latouche-T réville, commandant la flott/7/e légère de la Manche» au Ministre de la marine (î).

Boulogne, le 28 thermidor.

J'ai eu rhonneur de vous informer, Citoyen Ministre, par ma dépêche du n thermidor (5 août), du combat du 16 (4 août), où l'avant-garde de la flottille légère, seule, a rendu vaines toutes les tentatives de la flotte anglaise, a tenu Tennemi assez éloigné de Boulogne pour empêcher le bombardement du port et garantir les autres divisions de la flottille légère.

L'amiral Nelson voyant que tous ses eflbrts étaient vains, disparut dans la journée du 17; sans doute pour aller chercher du renfort et des munitions. Il a reparu hier avec plusieurs vaisseaux de ligne et un grand nombre de frégates, bricks, péniches, chaloupes, canonnières, etc. Il mouilla à 3,000 toises de notre avant-garde, qui occupait toujours sa même position à 500 toises en avant de Feutrée du port. Je Tavais augmentée d'une section, et fait soutenir par quelques bombardes.

U me fut facile de prévoir, dans la soirée, que l'ennemi méditait quelque attaque ; ses vaisseaux se trouvant entourés de chaloupes et péniches de toutes grandeurs. J'avais, en conséquence, ordonné que Ton tînt plusieurs chaloupes d$ bivouac (sic)f afin d'être averti à temps de la marche de l'ennemi.

A minuit et trois quarts, une de ces chaloupes découvrit l'ennemi et fut surle-champ attaquée. Le feu commença avec la plus grande vivacité des deux côtés. Les bombes, le canon, la mousqueterie présentaient, au milieu des flots, un spectacle tout à fait imposant. Aucune batterie de terre ne put tirer, crainte de tirer sur nos propres chaloupes.

(1) En français dans le texte.

(2) Le Moniteur universel, n* 330.

L'ennemi avait embarqué de 2,000 à 3,000 hommes sur une grande quantité de péniches et de chaloupes : 6 d'elles abordèrent la chaloupe canonnière YEtna, commandant TaTant-garde que commandait le capitaine de vaisseau Peireux, qui, de sa propre main, a tué deux matelots anglais.

Presque toutes les chaloupes canonnières de TaTant-garde furent en même temps abordées par des péniches anglaises; mais partout celles-ci trouvèrent la même résistance, partout elles furent repoussées. Ceux des Anglais les plus braves qui tentèrent l'abordage, furent jetés dans la mer ou faits prisonniers.

La dernière chaloupe canonnière de notre droite, le Volcan, a été attaquée à plusieurs reprises, et a toujours repoussé l'ennemi. La chaloupe canonnière la Surprise, commandée par le lieutenant de vaisseau Garrau, a coulé bas quatre péniches ennemies, et s'est emparée de plusieurs.

Pendant que la ligne soutenait ce combat de front, une division ennemie s'efforçait de se placer entre la terre et la ligne. Ici, comme à Algésiras, les Anglais furent dupes de cette manœuvre.

Nos chaloupes ont accompagné la retraite de l'ennemi par une canonnade soutenue, qui n'a cessé qu'à 4 heiu*es du matin, lorsque les Anglais ont été absolument hors de portée.

L'ennemi a eu 8 de ses bâtiments coulés bas ; on lui a pris 4 péniches. Je ne crois pas exagérer en portant sa perte à 400 ou 500 hommes hors de combat; le rivage se couvre à chaque instant de cadavres anglais. Les bataillons de la 46«, 57«, 408®, qui s'étaient embarqués sur l'avant-garde, se sont couverts de gloire. Je vous ferai connaître les braves qui mériteront des distinctions particulières de la part du Premier Consul.

Nous avons eu de notre côté 10 hommes tués et 30 blessés.

Voici, d'après rhistorien W. James, la version anglaise de cette opération :

Pendant la nuit du 15 août, lord Nelson envoya ses embarcations armées et formées en 4 divisions sous les ordres des capitaines Philippe Sommerville, Isaac Cotgrave, Robert Jones et Edouard Thomborough F. Parker, avec une division de mortiers, le tout commandé par le capitaine Coun, avec la mission d'enlever la flottille considérablement renforcée depuis la dernière attaque.

Les embarcations quittèrent la Méduse, à 1 1 heures 1/9, dans un ordre parfait, mais bientôt les divisions furent séparées par l'obscurité et la houle. La division du capitaine Jones fut ainsi obligée de rentrer sans avoir atteint le but de l'expédition.

La division de Sommerville fut drossée par le courant fort loin à l'est de Boulogne, mais peu avant le jour elle atteignit la flottille française. Plusieurs embarcations attaquèrent et après une courte lutte enlevèrent un brick (I), tout contre la jetée. Mais une chaîne qui fixait ce navire et un violent feu de mousqueterie et de mitraille parti de la côte ainsi que d'un autre brick et de

(I) Les relations anglaises affectent souvent de désigner les chaloupes canonnières par nomade bricks fortifiés par la forme du gréement, mais nullement par la force de ces petits.

3 lougres, empêchèrent d'emmener ce navire. Obligés d'abandonner leur prise et la Tenue du jour empêchant toute opération ultérieure, les marins montés sur les embarcations de cette division quittèrent la baie. Les pertes étaient sérieuses : 18 tués et 55 blessés.

La division du capitaine Parker fut plus heureuse, ayant d'ailleurs été moins gênée par le courant et à minuit et demi, elle était en action. Une subdivision sous les ordres directs du capitaine, aborda un grand brick VEtna, mouillé près du mêle et portant le guidon du chef de division Etienne Perrieux.

L'attaque fut très impétueuse, mais un filet tendu le long des bastingages arrêta Teffort des assaillants qui recevant à bout portant la décharge de Fartillerie du brick et le feu de 2U0 (1 ) soldats rangés sur le pont, furent rejetés dans leurs canots.

La seconde subdivision conduite par le lieutenant Williams, enleva un lougre (S), mais échoua dans Tattaque du brick le Vulcain et fut obligée à la retraite avec la !*• subdivision.

Leurs pertes qui prouvaient Tacharnement de cette lutte, montaient pour les deux subdivisions à ^1 tués et 42 blessés, parmi lesquels se trouvait le capitaine Parker frappé mortellement.

La division Gotgrave montra le même courage et rencontra les mêmes obstacles. Elle dut se retirer après un échec, ayant perdu 5 tués et 29 blessés.

L'ensemble des pertes montait à ii tués et 126 blessés. Les Français dirent qu'ils avaient pris 4 bateaux anglais et coulé plusieurs autres. Leur perte n'aurait été que de 10 tués et 30 blessés. En tous cas ils eurent lieu d'être fiers de leurs succès.

Les dénominations de bateau canonnier, bateau plat, transport, etc., donnent une idée très inexacte de la composition réelle de la flottille de Boulogne. Les bricks de 200 à 250 tonneaux étaient armés de 4 à 8 longs canons de 24 ou de 18 et parfois de 36 (3).

Les lougres, bateaux plats, du modèle de l'un d'eux pris devant le Havre, calaient 3 pieds 1/2, avaient de forts bastingages et portaient 30 matelots et 250 soldats. L'armement consistait en mortier de 13 pouces, 1 canon de 24 long et 2 pierriers (4).

D'après le rapport de Nelson, les pertes se montaient à 4 officiers et 40 marins tués, et 128 blessés, parmi lesquels 18 officiers.

Voici ce que pensait l'amiral Latouche-Tréville de la version anglaise, particulièrement de Fhistoire de chaînes reliant les bâtiments à la jetée, chaînes qui n'avaient jamais existé.

(1) Faux moins de la moitié.

(2) Par loQgre il faat entendre bateau canonnier.

(3) Ainsi gréé.

(4) Absolument inexact.

6 fructidor (24 août).

Vous aurez vu par le compte rendu officiel de lord Nelson duc de

baron du Nil, etc., etc., que quelque effort qu'il ait pu faire pour dissimuler sa perte, on peut croire qu'elle a été bien plus considérable. La publication de ce compte rendu officiel ne pourrait que faire, je crois, un très bon effet sur nos équipages en relevant non Terreur des chaînes, qu'il est bon, je pense, de laisser subsister, mais bien celle de cette file d'hommes sur 30 de hauteur dans une lieue d'étendue quand la vérité est qu'il n'y avait que 200 hommes de la 8* et de la i08*.

La grossière imposture des 70 hommes existant dans la petite péniche prise, dont il ne reste que 14 est une chose à relever. Cette mauvaise embarcation aiutiit pu à peine en contenir 25

L'opinion publique se passionna pour ce fait d'armes. La flottille avait montré sa force en résistant victorieusement à l'amiral le plus célèbre de l'Angleterre. De nombreuses récompenses furent accordées par le Premier Consul. Enfin, il semblerait que la cause si chaleureusement soutenue et si énergiquement menée par Latouche-Tréville ait enfin trouvé grô-ce aux yeux de Bonaparte, car, à partir de ce moment, la concentration d'un grand nombre de navires à Boulogne entra dans le domaine des faits.

29 thermidor (17 août).

Pour remplacer aux i'* et 2® divisions les chaloupes canonnières qui leur manquent et utiliser les détachements des 16^^ et 84*^ demi-brigades, destinées à ces chaloupes non existantes, j'ai cru convenable d'attacher les 6 galiotes à bombes que je fais disposer ici à ces deux divisions. J'y ferai placer 16 canonniers du 5® régiment d'artillerie, mis à la disposition de la flottille, de sorte que 10 marins y compris le capitaine suffiront pour compléter l'armement de ces bâtiments qui placés et en avant et sur les ailes ne saturaient être armés de trop de militaires pour les défendre contre Vattaque de Tive force qui sera sans doute dirigée contre elles

1" fructidor (19 août).

J'ai l'honneur de tous rendre compte de l'arrivée k Calais de 3 chaloupes

canonnières et 32 bateaux canonniers venant de Dunkerque (4« division)

J'avais fait appareiller ce matin 6 bateaux bombardiers et 6 bateaux canonniers pour se porter dans la rade de Saint-Jean, à l'effet de favoriser son passage au

cap Gris-Nez mais je viens de rappeler cette division sur laquelle l'ennemi

n'a fait aucun mouvement. La 8** division est toujours à Saint- Valéry, retenue par les vents du N.-E

(Le capitaine Meyne écrit, en effet : l'armement, en fait d'équipages, est

tellement maiiTais que ce serait TouJoir sacrifier ma division en la mettant à la mer dans cet état En général, les équipages ont été composés de vagabonds flamands qui n'ont jamais vu la mer et qui n'entendent pas môme ce qu'on leur commande. Ajoutez à cela l'incapacité des capitaines, et vous ne serez pas étonné des sottises qui ont eu lieu pendant la traversée et pendant l'appareillage : plus de dix abordages, des mâts cassés, des voiles déchirées, des cables coupés, des ancres perdues. Enfin, je suis convaincu que des forces très inférieures eussent détruit ma division )

!•' fructidor (19 août).

La station devant Boulogne est réduite à 1 vaisseau de 74, i frégate, 1 bombarde, 3 bricks, 3 cutters; celle du cap d'Alpreck à i frégate, 3 bricks et 1 cutter ; celle du cap Gris-Nez à i bâtiment à trois mâts, 5 bricks et i cutter ; en tout, 22 bâtiments.

Au jour, la division ennemie (2 frégates, 5 bricks, 1 lougre), à l'aide de la marée et du vent, s'est approchée de notre poste vers les 7 heures du matin, coup de la pleine mer, avec une telle proximité qu'elle nous a foudroyés de son artillerie qui était de gros calibre. Sous un feu aussi meurtrier, elle a mis ses péniches à la mer, armées de 15 à 20 hommes chaque, qui se sont dirigées sur notre flottille. D'après ce mouvement, j'ai de suite fait disperser en tirailleurs le détachement de la 5i*, et fait mettre en observation et hors de la portée du boulet, le détachement du 20^ chasseurs à cheval.

Le détachement d'infanterie a employé avec succès le peu de cartouches qu'il avait apportées d'Etaples. On reconnaît généralement 3 ou 4 hommes tués à bord des péniches anglaises; malgré tous nos efforts, nous n'iivons pas empêché la prise de 3 de nos bateaux, malgré le feu nourri d'une pièce de 4 servie par

des soldats de la 5i', qui se sont réellement conduits en braves A iO heures,

l'ennemi a cessé son feu et s'est retiré au large avec la marée. Il s'est bien gardé de mettre à terre. On l'attendait.

Personne des nôtres n'a été tué ni blessé.

6 fructidor (24 août).

Les 4 chaloupes ont été remises à flot et conduites à Etaples, d'où

elles se rendront à Boulogne au premier changement de vent.

Le contre-amiral Nielly, préfet maritime du premier arrondissement,

au Rédacteur du « Journal de Dunkerque ».

Dunkerque, le 19 fmctidor.

Il se trouve. Citoyen, dans les journaux de Londres, de la date du 22 août (4 fructidor), un article dont je dois relever l'inexactitude ; le voici :

« Nous apprenons que les chaloupes canonnières de l'ennemi, mouillées à « Dunkerque, au nombre de 35, sont parvenues à gagner Calais, quoique les « nôtres, qui les bloquaient, fussent stationnées très près de la côte ; mais il

« parait que Tennemi, voyant Timpossibilité de faire route entre elles et la terre, « a passé en dehors de nos bâtiments ».

D s'agit de la flottille de 35 canonnières, aux ordres du capitaine de vaisseau Mei^e, sortie de ce port le 29 thermidor (17 août) dernier. Les Anglais s'étaient flattés, sinon de l'intercepter dans sa navigation, du moins de la bloquer longtemps en rade de Dunkerque.

Leur division stationnée à une lieue au large de Gravelines, tint des avisos en observation devant notre port, pendant toute la journée du 29. Ce ne fut qu'à 8 heures du soir que, ne voyant aucun mouvement dans notre flottille, ils rallièrent leur situation. J'avais laissé au capitaine de vaisseau Meyne, toute la latitude possible pour remplir la mission dont il était chargé. Il m'avait inspiré la plus grande confiance ; je savais qu'il était un homme à la justifier. Dès que l'ennemi disparait, il donne ordre à sa flottille de se tenir prête h appareiller au premier signal. Tout est disposé ; i 9 heures le signal est donné, et toutes nos canonnières, dans le plus grand ordre, passent devant G ra vélines, entre les Anglais et la terre, et continuent, avec la plus grande sécurité, leur route pour Calais, où elles arrivent le lendemain 30 thermidor, à 6 heures du matin.

Voilà la vérité. Les Anglais ont donc tort de vouloir faire entendre qu'ils gardaient les passages si étroitement, qu'ils réduisaient nos bâtiments à l'impossibilité de faire route le long de la terre ; ils n'ont pas voulu convenir que leur surveillance a été mise en défaut ; mais, en supposant que notre flottille n'eût pas trompé leur vigilance, je ne fais aucun doute qu'elle eût rendu impuissants tous les efforts qu'ils auraient pu faire pour arrêter sa marche. Je comptais trop sur les talents de l'officier qui la dirigeait, et sur le courage des braves gens qu'il commandait, pour n'être pas persuadé qu'il ne serait resté à l'ennemi que la honte d'une entreprise manquée, comme tant d'autres.

Devant le Tréport il y avait eu un fâcheux incident : plusieurs bâtiments à rames s'étaient perdus.

4 fructidor (2t août).

Les bâtiments dont nous avons à regretter la perte sont des bâtiments

à rames que le Préfet du Havre avait envoyés à Boulogne pour la facilité du service de la rade. Il n'est pas douteux que c'est à la lâcheté des équipages et à leur abandon que l'on doit en attribuer la perte.

Rapport de l'Inspecteur des signaux Anselin.

Port de l'Anse-aa-Bœurre, 3 fruetidor (It août).

Je vous fais part que le citoyen Nieuport, commandant une division de chaloupes, a été contraint par l'ennemi de se réfugier dans le poste de l'Anse-au- Bœurre, ayant devant lui A péniches soutenues par un brick et une corvette <]ui lui barraient le chemin.

Ne voyant d'autre ressource pour sauver à la République les chaloupes , il a fait débarquer tous les effets, proTisions, gréement, etc.

Je ne peux que tous porter plainte de la mauvaise conduite des équipages. Aussitôt leur débarque ment, ils ont abandonné leurs officiers et se sont enfuis dans les Dunes, sans qu'il eût été possible de les rallier. Aujourd'hui, très peu se sont rendus à leur bord

L'ennemi est parvenu à incendier le dépôt de goudron

Le commandant de la c6te de Montreuil s'est transporté sur les lieux avec un détachement de cavalerie, un d'infanterie et la garde nationale de différentes communes. A 7 heures, l'ennemi s'est approché dans l'intention de s'emparer des chaloupes. Nous avons fait tout ce qui était en notre pouvoir pour le repousser, en plaçant la seule pièce de A que nous avions sur la grève. Tous nos efforts ne purent empêcher la perte de 3 des chaloupes (bateaux), qui sont les numéros i, 5 et 7.

Rapport du Commandant d'armes de Montreuil.

A mon arrivée au poste de l'Anse-au-Bœurre avec 50 hommes de

la 5i* demi-brigade, je l'ai trouvé abandonné à l'exception du gardien et de 3 eanonniers.

Le citoyen Nieuport, chef de division qui vint se ranger à côté de moi,

a fait tout son possible pour rallier son monde ; ceux des matelots qui étaient sur la côte' étaient en partie ivres et les autres cachés.

Le détachement de la 51^ demi-brigade a été rendu au poste à minuit, et le détachement de chasseurs que j'avais également ordonné est arrivé de Montreuil vers les i h. i/i du matin.

A la même époque, la flottille de Cherbourg, se rendant au Havre, avait, le 16 août, un brillant succès devant Barfleur.

Le « Moniteur universel », n® 334.

Cherboarg, le 29 thormidor (17 août).

Hier, à 9 heures du matin, la canonnière la Chifonne et la flottille de ce port, composée de 16 bateaux plats, ont appareillé de la rade pour se rendre vers le Havre ; à midi, à la pointe de Barfleur et en débouquant cette pointe, notre division, ayant aperçu 2 corvettes anglaises, a reviré de bord pour s'embosser sur la batterie de Gatteville ; les 2 corvettes Tout suivie, et alors la canonnade a commencé avec la plus vive opiniâtreté.

L'ennemi a tiré plus de 200 coups de canon, sans qu'un seul boulet ait porté à bord d'aucun bateau ; il était mouillé à portée et a reçu tout le feu de nos chaloupes canonnières, qui lui ont fhit un dommage considérable. Les 2 corvettes se sont vues forcées, quoiqu'une frégate arrivât encore à leur secours, de remettre à la voile et de reprendre le large. A 5 h. 1/2, Tennemi était à plus de 3 lieues la flottille a continué sa route. L'action a duré trois heures.

Voici la version anglaise de ce combat :

Extrait d'une lettre d'un Officier à bord du brick le « Basilic », écrite le 17 août, à la hauteur de Marcou (1).

En croisant avec le brick de Sa Majesté, le Bloodhoundy le long des côtes de Barfleur, nous aperçûmes une flottille ennemie, composée de i bricks et de 14 chaloupes canonnières; nous nous mimes de suite à leur poursuite.

Ayant jeté Fancre k deux brasses de profondeur, et sous les batteries môme de Barfleur, nous commençons notre feu contre les 2 bricks, objet principal de Tattaque du capitaine ; les batteries et la flottille font sur nous un feu bien nourri et bien dirigé ; plus de iOO boulets sifflent à traders nos mâts. Conformément à Tordre donné, le Bloodhound se disposa à aborder le bâtiment du capitaine ennemi par la poupe, et le Basilic par la proue, mais un bas-fond déconcerta un projet si bien conçu et si hardi ; la frégate le Maidston fit le signal de rappel, et le Bloodhound obéit. En nous éloignant, nous continuâmes longtemps de saluer les batteries françaises, et nous tirâmes le dernier coup de canon. Il est afQigeant pour moi de vous apprendre que, malgré nos efforts, la flottille nous a échappé, et que, vraisemblablement, elle a atteint Isigny; peutêtre en ferons-nous bon compte îivant qu'elle arrive au Havre.

La concentration se poursuivit donc sans que Tennemi pût s'y opposer.

Lettres de Latouche-Tréville.

18 fructidor (5 septembre).

Le 5 septembre, il est arrivé -15 bateaux de la 7* division. 3 bateaux laissés en route rejoindront la 8* à Saint- Valery-sur-Somme, qui a Tordre positif d'arriver.

Un des bateaux de la 7* division a fait côte entre le cap d'Alprek et Tem-

bouchure de la Canche Je viens de faire partir 150 hommes de la

57® demi-brigade et requérir un détachement d'artillerie légère avec quelques pièces de bataille, pour se porter au lieu où ce bateau a fait côte afin d'empêcher Tennemi de le détruire si le vent et le calme lui permettaient d'approcher de la côte.

20 fructidor (7 septembre).

La 8® division venant de Saint- Valéry, est entrée hier au soir dans ce

port (Boulogne) au nombre de 22 bateaux canonniers et d'une chaloupe canonnière, après un engagement très vif et très honorable pour les deux chaloupes canonnières la Tempête et V Enflammée contre un bâtiment armé portant 24 pièces de canon de 32 et des caronnades sur ses gaillards. C'est â la

(1) Le Moniteur universel, n» 315.

manœuvre aussi habile que déterminée de ces deux chaloupes canonnières que Ton doit le salut d'une partie des bateaux canonniers, qui auraient probablement éprouvé le sort de V Enflammée, forcée de se jeter à la côte, coulant bas d'eau par un boulet sous la flottaison. Elles ont soutenu le feu de Tennemi pendant plus de deux heures, en se tenant à l'arrière-garde, et par la bonne direction de l'ennemi, elles l'ont forcé à se retirer. Ce combat se passait à la vue de 2 frégates,- i corvette et 2 cutters, qui n'ont pu empêcher cette division de la flottille d'entrer dans le port de Boulogne. La Tempête a eu 3 hommes tués et 2 blessés; je ne connais point encore la perte de Y Enflammée, je crains qu'elle ne soit beaucoup plus forte. Le bateau n» 7 de la

8* division a eu 1 homme tué et \ blessé dangereusement

J'apprends à l'instant qu'une péniche anglaise ayant été envoyée pour sommer le capitaine de V Enflammée de se rendre, lorsqu'elle a échoué, cet officier a fait prisonniers la péniche et son équipage.

P. S, — Vous apprendrez avec plaisir que cette canonnière est sauvée ;

ainsi voilà un succès complet.

Elle était entrée à Étaples et arriva à Boulogne le 21 septembre. Le bateau n<> i3 était perdu.

Le lieutenant de vaisseau Gréban, commandant la 8^ division de la Hottille de la Manche, au contre-amiral Latouche-Trévillef commandant en chef la flottille de la Manche (i).

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