SOULT
Le même jour, la canonnière n<* 495 s'était échouée à Etaples après un combat dans lequel son commandant, renseigne de vaisseau Jamet, avait été tué, et le second, l'aspirant Lorry, blessé.
Voici la version anglaise de cet épisode, d'après W.James :
Le 23 avril, à 9 heures du soir, h la faveur de l'obscurité et d'un vent frais de nord-^est, la première division batave, forte de 33 bateaux canonniers et 19 transports, partit de la rade de Dunkerque. Elle dépassa Gravelines et Calais sans être découverte, mais au jour le vent passa au sud-est, puis au sud-sudest, et le changement de marée mit la flottille en désordre La plus grande partie mouilla entre les caps Blanc-Nez et Gris-Nez, tandis que 8 bateaux qui avaient trop prolongé la bordée du large se trouvèrent à 7 ou 8 milles de la c^te. A ce moment ils furent aperçus par une division anglaise, composée de la frégate Leda^ des sloops Harpy et Railleur , de la bombarde Fury et de 8 bricks canonniers tous â l'ancre devant Boulogne, sauf 2 des derniers qui étaient sous voiles devant Ambleteuse.
Ces deux navires, Gallant et Watchful,., reçurent le signal de chasser dans le nord-est, suivis du reste de la division qui leva rancrc. A 8 heures, ils étaient près des 8 bateaux bataves et une vive canonnade s'engagea à laquelle prirent part les batteries de terre. En quelques minutes quatre gros boulets envoyés par elles, frappèrent le Gallant à la flottaison et Tobligèrent à virer pour aveugler ses voies d'eau. Un bateau se rendit au Watchful, Le Railleur
et les bricks Locust et Stirling obligèrent les 6 autres à amener leur pavillon avant 10 heures du matin et après une énergique résistance.
Le 25 au matin, deux autres bateaux qui avaient dérivé loin de terre furent pris par le brick Archer qui eut un seul blessé. Ces 8 bateaux étaient du port de 75 tonneaux, avaient chacun 3 canons de 24 et portaient ensemble 142 marins et soldats. Le reste de la division. . . . parvint à gagner Ambleteuse.
C'était là un sérieux échec que Napoléon imputa à Tamiral Verhuell (1) :
Je suis très fâché, lui écrivit-il, que vous n'ayez pas fait partir de chaloupes canonnières avec les bateaux canonniers, les unes servant de protection aux autres. Des bateaux canonniers seuls n'ont point la force nécessaire pour résister à des bricks et des cutters. Trop de confiance produit les échecs et une erreur nouvelle, comme celle de la flottille ; Téchec le plus petit a des conséquences désagréables. L'officier qui commandait le Batave n'avait pas les instructions convenables pour passer le cap Gris-Nez, qui n'est point un passage égal à Dunkerque ou Ostende.
Napoléon (2).
Au maréchal Davout (3).
Alexandrie, le 16 flort^al an xni (6 mai 1805). Mon Cousin,
Les échecs qu'a éprouvés l'amiral Verhuell proviennent de l'excès de confiance de cet amiral et du peu de précautions qui ont été prises.
Nous avons pour principe de ne point faire marcher seuls les bateaux canonniers. Je regrette peu les bâtiments, mais beaucoup les 200 hommes dutH^ et du 108® régiments qui sont prisonniers. Veillez à ce que l'on prenne plus de précautions ; le passage du cap Gris-Nez n'a rien de commun avec les passages d'Ostende et de Dunker(|ue.
Napoléon.
On a vu que Fétat du port d' Ambleteuse, à ce moment (4), justifiait amplement Tamiral de ne pas avoir emmené des chaloupes canonnières.
Malgré ce début des moins encourageants, FEmpereur décida, le 7 mai, de faire passer à Ambleteuse, non pas seulement la première partie de la flottille batave, mais toute cette
(1) Correspondance de Napoléon, 8673.
(2) Deerès n'était pas du même avis que l'Empereur. (Voir la page suivante.)
(3) Correspondance de Napoléon, 8694.
(4) Voir lettres de Sganrin, 28 avril, ci-dessus.
dernière composée alors de 55 chaloupes canonnières, 207 bateaux canonniers et 108 transports.
A M. /e contre-amiral Lacrosse, commandant la flottille à Boulogne (1).
PariR, le 10 floréal an ziii (6 mai 1805).
Monsieur le Contre- Amiral,
J'ai reçu vos 10 lettres des 2, 4, 5, 6, 7, 10 et 12 de ce mois; elles sont en majewe partie relatives à l'arrivée de la division qui était en relâche à Dieppe,
sous les ordres du capitaine de frégate (?) , et à rengagement soutenu
le4 {ti avril) devant le cap Gris-Nez par la division batave expédiée de Dunkerque pour Ambleteuse, Je vois que cet événement malheureux a occasionné la perte rfe 8 bateaux canonniers et d'un transport de cette division, mais qu'il ny a dans cette circonstance aucun reproche à faire au commandant.
J'ai trouvé joint à votre lettre du 12 Tétat des réparations à faire aux bâtiments de la flottille batave, actuellement réunis à Ambleteuse. 11 importe de faire remettre ces bâtiments en état le plus promptement possible, et puisque cette flottille a des ouvriers qui lui appartiennent, ils devront être employés à ces réparations. On y employera également les matières que le commandant peut avoir à sa disposition ; il sera donc nécessaire que vous vous concertiez pour cet objet avec M. le vice-amiral Verhuell, et s*il y avait des objets qu'il ne pût faire procurer, il y sera pourvu alors par les magasins du port.
Vous pourrez demander en même temps à cet officier général, les éclaircissements dont vous aurez besoin sur l'organisation particulière de cette flottille. Elle se compose de :
55 chaloupes canonnières, 207 bateaux canonniers, 108 transports.
Ce qui forme :
3 divisions de chaloupes canonnières, 12 divisions de bateaux canonniers, 6 divisions de transports.
Mais M. le vice-amiral Verhuell vous fixera d'une manière plus précise sur la véritable organisation de cette flottille.
J'ai vu, par l'état joint à une de vos lettres du 4, que 275 bâtiments de diff'érentes espèces ont été remis en état pendant la dernière décade de germinal. Je vous invite à faire apporter la même activité dans les travaux restant à faire ; mais je remarque que celui du calfatage ne pourra être suivi avec toute la célérité désirable qu'après l'arrivée des cal fats attendus au Havre, et je renouvelle au Préfet du 2* arrondissement l'ordre de presser la levée et le départ de ces ouvriers.
Recevez, M. le Contre- Amiral, l'assurance de ma parfaite considération.
(1) Archives de la Marine^ BB", 102. — Bureaa des ports, ans xiii et xxv.
En transmettant Tordre de TEmpereur, le Ministre de la marine prit sur lui d'en régler l'exécution d'après l'avancement des travaux du port d'Ambleteuse.
Au contre-am/ra/ Laorosse, commandant la flottille à Boulogne (1j.
Paris, le 20 floréal an xiii (10 mai 1805). M. le Contre- Amiral,
L'intentioQ de rEmpereur étant que la totalité de la flottille de guerre batave soit réunie à Ambleteuse, j« vous préviens que je prescris à M. le viceamiral Verhuell qu'il doit faire passer en ce port les chaloupes canonnières et les bateaux canonniers bataves qui sont encore à Ostende et à Dunkerque.
J'observe cependant à M. le vice-amiral Verhuell que Texpédition de ces bateaux ne doit avoir lieu que successivement et à mesure que le déblaiement du port d'Ambleteuse permettra d'y recevoir de nouveaux bâtiments, et je l'invite à se concerter avec vous à ce sujet.
Recevez, M. le Contre-Amiral, l'assurance de ma parfaite considération.
P, S. — Je vous prie de donner communication de cette lettre au Préfet maritime.
On usa largement de la permission car, à part l'arrivée, le 26 mai, à Dunkerque, de 12 bateaux et 22 transports venant d'Ostende (2), la flottille batave ne bougea plus du 26 avril au 17 juillet, soit pendant près de trois mois.
Dans l'intervalle, certains renseignements donnèrent à craindre pour la dernière partie de la flottille batave restée à Flessingue.
U floréal an xm (4 mai 1805) (3).
Déclaration de deux pilotes, embarqués sur la galliasse le Triton et le brick les Bom Amis, bâtiments du commerce français, pris par le brick anglais le Croasser y capitaine Hennecoq, dan» leur traversée de Dunkerque à Ostende, sous pavillon neutre.
Les nommés Jean Cachy et Jean Daman, pilotes, étant partis avec les navires le Triton et les Bons Amis, de Dunkerque, le 17 ventôse dernier, rencontrèrent le même jour à la hauteur de la Fremonk, le brick le Grawler qui les prit : ils restèrent pendant 10 jours à bord de ce brick; ensuite ils en furent débarqués pour être embarqués chacun sur une canonnière. On voulut les
(1) Archives de la Marine, BB", lOî. — Bureau des ports, ans xiii et xiv.
(2) liettre de Lejeune, 16 mai. (Archives de la Guerre, côtes.)
(3) Archives nationales, carton AK«v, 1204. — Marine et colonies, flottille de Boulogne, an XII et an xiv.
contraindre d'instruire les pilotes anglais, sur la situation des bancs, pour Tenir facilement attaquer et s'emparer des canonnières bataves qui se trou- Taient en rade de Dunkerque.
Ces deux pilotes se refusèrent à donner les renseignements qui leur étaient demandés, et ne Toulurent pas accepter les offres qui leur furent faites à chacun, de douie schellings par jour.
Ils furent conduits aux Danes^ et mis à bord du Taisseau amiral.
Os ont remarqué que 150 bâtiments armés en guerre y dont 12 à 15 vaisseaux de ligne, des frégates et quantités de bombardes^ se trouvaient aux Dunes ; ils ignorent la destination de cette flotte,
Lesdits pilotes restèrent 10 jours à bord dudit Taisseau amiral, après quoi ils furent conduits à Scheerness dans la riTière de Londres ; ils ont aussi remarqué que de chaque côté de cette rivière, il y a des Taisseaux à deux ponts, sans gréements, armés en batteries flottantes, depuis Scheerness jusqu'à Gra^esand, et que depuis ce dernier endroit jusqu'à Londres, il y a quantité de Imtteries tout le long de la côte.
Ils ont TU, à Scheerness, 25 brûlots qui sont reconnaissables par un màt à piple qu'ils ont en aTant, et par des arrs-boutants qu'ils ont dcTantet derrière, armés de crocs et de ^rmpins.
Le chef militaire de la marine, E. Degrés. Signé : Malles.
Le général de division Monnet, commandant eupérieur de la place de Fleasingue et de nie de Walcheren, à Son Excellence le Maréchal de l'Empire Alexandre Bertliler, ministre de la guerre.
Le 1*' messidor an xii de la République française,
(tO JQin 1804).
Excellence,
Je me réfère aux lettres que j'ai eu l'honneur de tous écrire, en date du 4* germinal et du 17 prairial, relatiTement à l'exposé de ma situation en troupes pour la défense de l'ile dont le commandement m'est confié. Le besoin de renforts que je tous ai demandés devient plus urgent de jour en jour ; la croisière ennemie a été augmentée et elle se porte constamment à 15, 20 et 25 bâtiments de guerre de toutes grandeurs. Gomme j'ai déjà eu l'honneur de l'exposer à Votre Excellence, je ne possède plus un seul soldat français. Sur 2,000 bataTes qui me restent, j'ai à peu près 1600 combattants. Voilà ma force réelle pour défendre une tle qui a 13 lieues de circonférence et qui est suscep* tible d'être attaquée sur tous les points. Je tous ai observé qu'il n'était pas prudent d'accorder trop de confiance à cette troupe, dont les deux tiers sont composés d'étrangers qui, conséquemment, n'ont aucun esprit national. Je TOUS ai aussi instruit du dévouement à l'Angleterre de la majorité des habitants de Walcheren, et c'est d'après toutes ces considérations que je réitère la demande que j'ai eu l'honneur de faire à Votre Excellence, d^un régiment d'infanterie, de deux escadrons de cavalerie et de deux compagnies d'artillerie à pied français, et cette demande est réduite au plus strict nécessaire.
Votre Excellence se persuadera facilement que, dans un poste aussi important, la force des troupes françaises devrait au moins balancer celle des bataves.
Je ne dois pas tous laisser ignorer que je soupçonne très fort que Texpédition qui se prépare à Dungeness, et pour laquelle doivent s'embarquer à peu près iO,000 hommes (dont les journaux anglais affectent de publier la destination pour le Cap) sera probablement dirigée contre l'île de Walcheren. Mon opinion est fondée sur ce que l'occupation de ce poste deviendrait plus avantageuse à Tennemi dans les circonstances, que celle de tout autre pays éloigné, parce qu'ici il pourrait détruire la 3^ partie de la flottille batave composée de 240 voiles et intercepter toute communication avec la Hollande. C'est à Votre Excellence à apprécier la valeur de cette dernière observation, qui devient un nouveau motif pour moi de lui demander des troupes.
J'ai l'honneur de vous saluer, Monnet.
. Tout se réduisit à une petite alerte survenue le 29 juin.
L'Éclase, le 10 messidor an xui (29 juin 1805). Mon Général,
C'est avec le plus vif chagrin que j'ai l'honneur de vous rendre le compte suivant :
Revenu de l'Ile de Cudzand hier vers 3 heures, je ne suis sorti de chez moi qu'à 7 heures pour aller me promener autour de la ville ; rentré vers 9 heures, j'ai trouvé sur ma table le billet que je joins ici. Sur le champ j'ai couru au quartier occupé par mes troupes, et ayant promptement rassemblé ce qui est à ma disposition, en tout 30 hommes, tant infanterie que hussards, je me suis mis à leur tête et me suis porté au pas de charge vers l'endroit indiqué par le billet, distant d'environ deux lieues. J'étais encore éloigné de plus d'une demilieue lorsque j'ai entendu des coups de fusil et quelques coups de canon tirés de la batterie de Cadzand ; alors je me mis à la course avec le petit nombre d'hommes qui a pu me suivre, mais mes eflbrts n'ont abouti qu'à me faire arriver au moment où les Anglais venaient d'emmener un bâtiment échoué à la droite de la batterie sus-nommée. En cet instant l'obscurité était telle que je n'ai pu voir ni le bâtiment ami, ni le bâtiment ennemi. Voici donc le récit qui m'a été fait de ce désagréable événement par le lieutenant d'artillerie de ligne et par le lieutenant du 48*, commandants tous deux dans ce poste chacun leur arme particulière.
Avant de commencer cette narration, la justice veut que je vous dise que j'ai trouvé tout le monde à son poste, les canonnniers de ligne et gardes côtes, l'infanterie de ce qu'on appelle ici le camp de gauche, les hommes de la péniche, et environ 20 préposés des douanes ayant à leur tête leur lieutenant d'ordre.
Les chefs de ces diffiérentes troupes m'ont dit que, vers 6 heures, ils avaient observé un brick anglais croisant au large et, entre lui et la côte, un petit bâtiment marchand qui semblait destiné pour l'Escaut, mais que la peur du brick paraissait engager à se rapprocher de la côte, ce qu'il a exécuté quelque temps après, ayant même fini par s'y échouer à la droite de la batterie de
Cadzand. Le maire de cette commune s étant trouTi* là par hasard et ayant donné son cheva], on m*aTait expédié le billet ci-joint. Pendant qu'on me Tapportiit, les renforts des postes Toisins étaient accourus suivant mes ordres précédents, la péniche, n'ayant pu sortir le matin, avait envoyé ses hommes nrraés, et les préposés des douanes étaient venus offrir leurs services de bonne volonté.
Le bAtiment échoué monté de 5 hommes, y compris le chef, naviguait sous pavillon prussien, chargé de vins de bordeaux pour Anvers ; le capitaine venu à terre dans son canot a donné ces détails et demandé avec instance un pilote qui put le diriger le long d'une côt« à lui inconnue^ seulement jusqu'à Fiessingue. Le commandant de la péniche, voulant contribuer à sauver un bâtiment fi*ançais, a eu la faiblesse d'accorder son pilote qui se trouvait présent, et le capitaine l'a emmené de suite à son bord. Alors la mer remontait et la nuit était devenue si noire qu'en réalité, j'étais obligé de parler de temps en temps k mes soldats pour les empêcher de s'égarer dans les dunes. Cette circonstance n'est pas échappée aux Anglais, et, ayant pour eux la marée et le vent, ils se sont approchés en chaloupe du bâtiment échoué, sans que l'officier d'artillerie ni la raousqueterie (sic) aient pu les discerner de manière à diriger utilement leurs coups ; ils sont montés à bord, et comme le bâtiment se trouvait alors à flot, ils ont tendu les voiles et se sont éloignés en un moment, emme. nant avec eux le pilote de la péniche ; l'officier d'artillerie n'osant tirer sur le bâtiment français, et ayant envoyé à la chaloupe quelques volées absolument au hasard dans l'obscurité qu'il faisait alors (il faut observer ici que par la manière et l'endroit où le bâtiment était échoué, la pièce de 4 est la seule qui ait servi). Si j'eusse été là, j'eusse tâché de réformer cela.
Voilà ce que j'ai recueilli au moment de mon arrivée, et ce qui me parait conforme à la vérité. Vous voyez, mon général, que la fatalité seule a conduit cet événement, car, peu de temps après mon arrivée, le temps s'est éclairci de manière à distinguer les objets, et par conséquent à empêcher ce malheur.
Enragé de cette perte, dans le premier moment de chaleur, je me suis permis des reproches amers adressés à l'officier d'infanterie, et lui ayant demandé pourquoi, au lieu de mon pilote, il n'avait pas fait passer 25 ou 30 hommes à bord du bâtiment échoué, il m'a répondu qu'il en avait eu l'idée mais qu'il ne l'avait osé, le commandant du vaisseau ayant dît qu'il se tirerait d'aflPaire sans combat, si on lui donnait seulement un pilote.
Je ne sais si j'eusse bien ou mal fait, mais très décidément si je fusse arrivé à temps, je serais monté moi-même à bord, et le diable m'eût emporté avant que les Anglais n'eussent le vaisseau.
Je vous avoue, mon général, que je serais inconsolable si je n'avais fait l'impossible pour prévenir ce malheur, mais à moins d'avoir des ailes, je défie à homme vivant d'aller plus vite.
Tout cela étant irréparable, m'a servi seulement à prouver à mes gens que leur honneur et leur vie dépendait de leur vigilance, qui ne devait jamais être plus active que pendant les nuits obscures et les marées montantes.
J'ai regagné bien tristement mon logis pour vous instruire de ce qui s'est passé. J'attends de vous, mon général, un mot consolant sans lequel je ne ferai pas une goutte de bon sang.
Salut et considération. Le général Paris.
414 TROISIÈME PARTIR. — CHAPITRE ni.
- Le préposé des douanes vient de me communiquer une lettre du directeur d'Anvers qui lui défend de vendre le bfttiment du capitaine Gardner, et lui ordonne en cas qu'on le prouve d'en dresser procès- verbal.
Il ne m'appartient pas de donner des conseils à mes supérieurs, sans cela je me permettrais de dire que ce serait le cas d'écrire à Sa Majesté Impériale.
Ne pensez-vous pas, mon général, que l'ennemi instruit par le pilote de ma péniche, peut chercher à lui tendre îles pièges? Faible en hommes comme je suis, ce serait peut-être bien fait de me la retirer tout à fait.
Le général Mathieu Dumas, conseiller d'ÉtaU chef de l'état major général, au général Priant, commandant la 2* division du camp de Bruges.
Au quartier général à Ostonde, le 10 thermidor an xii
(SOjuUlei ISOl).
Mon cher général,
J'ai l'honneur do vous informer, de la part de M. le Maréchal commandant en chef, que, l'ennemi venant d'opérer un débarquement sur l'île de Walcheren, le général de division Oudinot a reçu l'ordre de s'y porter par les canaux avec 5,000 hommes de ses troupes qui s'embarquent en ce moment sur une division de bâtiments de transport de la flottille batave.
Le général de brigade Eppler a l'ordre de se porter avec célérité dans l'Ile de Gadzand à la tête d'un renfort de 400 hommes, afin d'observer les mouvements de l'ennemi et de s'opposer à toutes tentatives sur ce point.
Une réserve de 400 hommes, commandée par un colonel, va prendre poste h Blankenberg pour être i\ portée de se rendre, s'il est nécessaire, à la disposition du général Eppler.
L'intention de M. le Maréchal, mon cher général, est que vous preniez dès ce moment et pendant son absence le commandement en chef des troupes qui restent dans les camps sous Ostende et celles réparties sur la côte de l'est et dans l'île de Gadzand, aûn que vous agissiez suivant les circonstances. Le général Eppler vous rendra compte de ses dispositions, des mouvements de l'ennemi et recevra vos ordres.
Veuillez bien ordonner, mon cher général, qu'un détachement de 20 chasseurs à cheval du 1*' régiment le plus à portée de vous, y compris les sousofficiers nécessaires, se rendent immédiatement à Myckens avec chevaux, armes et bagages, h Teffet d'être embarqués et suivre l'expédition. Ge détachement devra être muni de 50 cartouches par homme et de pierres de rechange.
Je vous salue de tout mon cœui-, Mathieu Dumas.
Le général Mathieu Dumas, conseiller d'État, chef de l'état- major général.
Au quartier général à Ostende, le 10 thermidor an un
(19 JuUiet 1804).
Instructions secrètes pour le gvnùral de division Oudinot^ grand officier de la Légion d^ honneur ^ commandant la 1'* division du camp de Bruges.
Mon Général, M. le Maréchal de l'Empire, commandant en chef, m'a chargé de vous trans-
mettre la présente instruction pour tous faire connaître les dispositions qu'il a arrêtées et dont il tous confie Texécution, ponr porter un secpurs do 5,000 hommes d'infanterie et 100 chevaux sur File de Walcheren, dans le cas où les ennemis y effectueraient un débarquement : vous en aurez reçu Ta vis certain au moment où vous ouvrirez ce paquet.
La dépêche par laquelle le général Monnet doit prévenir M. le Maréchal, TOUS ayant été portée par le colonel Hervo, sous-chef de Tétat-major général, il faut qu'au plus tard, trois heures après Tarrivée de ladite dépêche, ce corps de troupes soit embarqué et mis en route, de la manière qui sera dite ci-après ; le succès de l'opération dépend uniquement de la célérité.
Vous devez faire marcher sur-le-champ 1,000 hommes par régiment, ofQciers non compris, qui devront s'embarquer sur les bâtiments désignés dans le tableau ci-joint.
100 choTaux de hussards et chasseurs que vous prendrez savoir: 60 dans les compagnies d'élite, et les 40 autres dans votre division ou dans celle du général Priant, seront aussi embarqués sur les bAtiments-écuries désignés dans le tableau ci-joint.
Je joins ici les lettres par lesquelles je préviens les généraux Priant et Walther de cette disposition ; Teuillez bien les leur transmettre sans délai.
Le grade et le nombre des officiers d'infanterie qui devront marcher et s'embarquer avec leur troupe a été déterminé par M. le Maréchal de la manière suivante, savoir : pour 1,000 hommes, 1 chef de bataillon, 9 capitaines, 12 lieutenants et 15 sous-lieutenants.
Il y aura pour chaque régiment un officier de santé, chirurgien-major ou aide-major.
Vous désignerez un commissaire des guerres ou un adjoint qui sera chargé de Tadministration de ce détachement et ne tous quittera point.
Chaque homme doTra être muni de KO cartouches et 3 pierres à feu.
Ils devront avoir, en partant, 4 jours de biscuit et t jours de pain frais ; ils recevront d'ailleurs à bord les TiTres de mer.
Tous les bâtiments destinés conformément à la répartition réglée par le tableau ci-joint, sont actuellement rassemblés dans le canal, au delà des écluses de Myckens et prêts à partir, à l'exception de 9 péniches.
L'amiral Verhuell, sur votre demande, rendra tous ces bâtiments disponibles à l'instant, et fera passer les 9 péniches dans le canal. Rien de es qui concerne la marine ne pourra vous retarder, ainsi que vous le verrez dans les observations jointes au tableau d'embarquement ; sur les 120 chevaux dont la place est indiquée, 20 places doivent être réservées, dont 10 pour les chevaux du général en chef, 10 pour les TÔtres ou pour ceux des vôtres.
n sera embarqué à bord des bâtiments-écuries, en raison du nombre de chevaux embarqués sur chacun de ces bâtiments, un approvisionnement de fourrages en foin et avoine pour 3 jours.
Les 5)000 hommes d'infanterie et les 40 chevaux, ainsi que les chevaux du général en chef et de Fétat-major, seront embarqués à Myckens ; les 60 che- Taux des compagnies d'élite, des chasseurs et des hussards, seront embarqués à Bruges, sur le quai des bassins. Les bâtiments-écuries désignés sur le tableau d^embarqaement, pour lesdits 60 chevaux, devront partir les premiers et se rendre au bassin de Bruges.
Veuillez bien remarquer, mon général, dans les observations du tableau d'embarquement, qu'indépendamment des chevaux et des chasseurs et hus> sards, placés sur chacun des bâtiments-écuries, vous pouvez y mettre encore 40 soldats, qui devront être pris sur les 200 hommes à placer sur chacun des 15 bâtiments de transport.
Les 10 grands c^inots, qui peuvent recevoir chacun 20 hommes, dégageront aussi d'autant les 27 péniches. On prendra les 200 hommes à répartir dans les grands canots, sur la totalité de ceux destinés à être embarqués sur les péniches.
Nota. — Si les chevaux de M. le Maréchal ne se trouvaient point ici, le bateau destiné à les recevoir devra rester à Mykens jusqu'à son arrivée.
Je joins ici, mon gi^néral, la lettre par laquelle je rappelle, au nom de M. le Maréchal, à Tamiral Verhuell, la promesse qu'il a faite de tenir les bâtiments prêts au premier ordre, la destination qu'il a faite lui-même de ces bâtiments, laquelle a été exactement suivie dans l'état d'embarquement.
Aussitôt que le colonel Hervo vous aura remis la dépêche du général Monnet, et avant même de donner vos premiers ordres du jour pour l'exécution des dispositions ci-dessus, vous voudrez bien expédier à M. le Maréchal par un de vos aides de camp, qui usera de chevaux d'ordonnance, une copie de ladite dépêche du général Monnet ; vous écrirez aussi au général Monnet, en vous bornant toutefois à le prévenir simplement, que 5,000 hommes marchent h son secours, sans lui rien communiquer du mouvement ni de la direction de la marche, dont il me reste à vous transmettre les divers détails d'exécution.
Ce corps de troupes, dont vous devez prendre le commandement, doit être porté par les canaux de Bruges et de Gand, aussi promptement qu'il sera possible, jusques au Sas-dc-Gand, où vous attendrez de nouveaux ordres.
Deux colonels et un général de brigade que vous désignerez vous-même, commanderont sous vos ordres et recevront vos instructions.
Indépendamment de la marche de 5,000 hommes et de 100 chevaux sur le Sas-de-Gand, vous devez porter immédiatement une réserve de 400 hommes, commandée par un colonel, au poste de Blankenberg ; un autre détichement de la même force, sous les ordres du général Eppler, devra marcher sur l'Ile de Cadzand. Ce général recevra de vous l'ordre de s'opposer à toute espèce de tentative de la part de l'ennemi sur cette lie, et si ses tentatives ou ses mouvements rendaient nécessaire de lui envoyer quelques renforts, il s'adresserait au général Priant qui commandera toutes les troupes restées dans les camps sous Ostende, pendant votre absence et agira suivant les circonstances.
Il est bien nécessaire que le général Monnet, sur votre invitation, fasse passer le plus souvent possible des nouvelles de l'ennemi ; vous donnerez l'ordre au commandant Joubert, sur l'Ile de Cadzand, de vous faire parvenir ces nouvelles au Sas-dc-Gand, par des personnes sûres et qui devront vous y attendre, pour vous les remettre h vous-même au moment de votre arrivée. Le commandant Joubert ne devra point se borner à vous transmettre les dépêches et les avis qui lui viendraient officiellement de l'île de Walcheren, il doit y ajouter ses rapports, ses propres observations sur les mouvements qu'il verrait faire à l'ennemi, soit à la mer, soit dans l'Escaut, et ne pas manquer de vous expédier des ordonnances toutes les fois qu'il aura le moindre avis utile à vous donner.
LBS DERNIÂRBS OPÉRATIONS DB LA FLOTTILLE. 417
Voici les moyens mis à Totre disposition pour assurer le halage des bâtiments, accélérer la navigation et aplanir autant que possible tous les obstacles qui pourraient s'y rencontrer :
1* Le relais de chetaux (60 chevaux) nécessaire au halage, 60 chevaux d'artillerie, seront d'après l'invitation ci-jointe au général Sorbier, commandés pour haler les bâtiments de Myckens à Bruges, jusque au delà des écluses ;
^ 60 autres chevaux, aussi fournis par Tartillerie, feront le service du second relais de Bruges à Acltere ;
3** 60 chevaux des équipages des vivres seront à Tinstant, et d'après l'invitation d-jointe à l'ordonnateur en chef, envoyés à Acltere pour fournir le relais d'Acltere à Gand ;
4® Enfin, 60 chevaux du pays seront, d'après Tinvî^tion ci-jointe au préfet du département de l'Escaut, tenus tout prêts à Gand pour fournir le reluis de Gand au Sas-de-Gand.
Les préfets de la Lys et de l'Escaut sont invités, par les lettres ci-jointes, à faire surveiller le service des écluses et à vous donner tous les moyens d'accélérer ces passages et d'éviter les accidents et les avaries.
Le colonel Hervo aura l'honneur de vous présenter et de mettre à votre disposition les officiers d'état-major, Gautherot, Desnoyer et Maurel, qui ayant été employés à la reconnaissance relative à cette opération, et en dernier lieu à diriger le passage et le halage des bAtiments de la 3* partie de la flottille batave par les canaux de l'intérieur, pourront vous servir utilement à diriger et suivre la navigation jusque au Sas-de-Gand ; ils resteront d'ailleurs à vos ordres pour tous les objets auxquels vous croirez utile de les employer. Vous pouvez surtout les charger de porter eux-mêmes les lettres aux préfets et aux commissaires de marine, de placer les relais et d'assurer le service des écluses.
J'ai l'honneur de vous saluer,
Mathieu Dubias.
La reprise du mouvement des Bataves, entre Dunkerque et Amble teuse, fut très soigneusement préparée.
Le général Mathieu Dumas, ooneeiller d'État, chef de Pétat-major général, au capitaine adjoint à l'état- major Bory de Saint-Vincent
Aq quartier général à Dunkerque, le 1 7 prairial an ziii
(6Jain 1805).
Mon cher Borv,
D'après les dispositions arrêtées par M. le Maréchal, pour l'escorte de la floU tille batave de Dunkerque à Ambleteuse, vous êtes particulièrement chargé de vous tenir à hauteur de l'avant-garde de ladite flottille, en avant de la première division d'artillerie ou batterie mobile : 1<» vous devez observer avec soin les mouvements des bâtiments ennemis de toute espèce manœuvrant pour se placer entre la côte et l'avant-garde de la flottille, et donner ou faire donner
au général les avis que vous croirez être utiles ; 2<> à mesure que
418 TROISIÈME PAHTUB. — OHAPITU UI.
la tète de la flottille s^approohera d'une des batteries fixes de la c6te, tous ^ous y porterez de Totre personne pour tous assurer que tout y est préparé, et que rien n*en peut retarder le service ; tous obserrerei soigneusement h chaque point de défense fixe Teffet du tir sur l'ennemi selon sa position, et tous donnerez d'une batterie à Tautre, aux officiers qui y commandent, les renseignements qui pourraient leur serrir à rendre leur feu plus efficace, vous bornant toutefois à leur communiquer tos observations.
Arrivé à hauteur de Calais, si la flottille s'y arrête et mouille dans la rade, TOUS TOUS rendrez à bord du b&timent amiral pour rendre compte à M. le Maréchal, et si TOUS ne recoTei point de nouTeaux ordres, tous continuerez ce même service et de la même manière lorsque la flottille appareillera pour doubler les eaps Blanc-Nes et Gr]s«^ez, et se rendre au port d'Ambleteuse.
Vous receTrez à AJubleteuse de nouveaux ordres. Je TOUS salue de tout mon cœur.
Mathieu Pumas.
Le général Margaton, à M, le maréchal Soult, commandant en chef le camp de SainUOmer (corps du centre).
Calais, le 2 messidor an xiu (21 Jain 1805).
Monsieur le Maréchal,
M. Laroque, aide de camp du général Duma»» est arrivé ici. Il est
chargé de m'annoncer le passage de la division batave; en conséquence, toutes mes précautions sont prises et nous sommes en expectative. Aussitôt que j'aurai des nouvelles certaines de sa marche, j'aurai l'honneur de tous en instruire.
Daignez, Monsieur le Maréchal, agréer l'hommage de mon très profond
respect.
Margaron.
Le i7 juillet, à 5 heures du soir, dit le rapport du gUetteUT du fort Risban à Calais, j*ai répété les signaux de Boulogne pour 1 vaisseau, 4 corvettes ennemies dans le sud-ouest à 3 lieues; à S h. i/i^ j'ai signalé 6 corvettes ennemies n[iouillées dans l'ouest de Dunkerque, à la distance de 6 lieues; 2 cutters étaient encore dans le nord du port de Calais, à 4 lieues, sans voile, le vent au nord-est bon frais et le temps couvert; quelques bAtiments rentrés ont aussi paru, faisant difl'érentes routes. A 6 heures, j'ai répété le signal n<^ 4 venant de Test ; ensuite la division est partie de Dunkerque au nombre de 37 : 4 prames et 33 canonnières. L'ennemi avait appareillé sur ses ancres pour atteindre notre eonvoi; à 9. A. i/4, le feu a commencé de part et d'autre; à iO h. 3/4, la tête du convoi a paru sur la rade de Calais et y a mouillé, le feu a cessé à ii h. i/4; le vent à l'est-nord-est bon fhiis.
Voici ce qui s'était passé :
A 7 heures du soir, Yerhuell, avec les 4 prames françaises
LES DBRNlàRES OPERATIONS DE LA FLOTTILLE. 419
Ville-de-Mayence, Vil/e^e-GenèvCy Ville^Aix^ Ville-d Anvers et 33 chaloupes canonnières hollandaises, était parti de Dunkerque, par temps obscur et brise de nord-est. Arrivé à hauteur de Gravelines, il fut attaqué par une division anglaise, mais poursuivit sa route jusqu'à Calais où il mouilla. .
Il a eu dans ce combat une quinzaine d'hommes tués ou blessés et 3 bâtiments aTariés, qui sont rentrés à Calais. Ayant attiré par là toutes les forces de Fennemi sur lui, il a^ait ordonné à un second conToi de bâtiments de Dunkerque de le rejoindre à Calais, ce qui s'est effectué. Hier matin, il fit signal d'appareiller de la rade de Calais. Aussitôt Tennemi fut sur lui et nous ayons compté, en Tue du cap Gris-Nez, 95 Toiles ennemies {\).
Aujourd'hui, à 3 heures du matin, dit de SOU côté le lieutenant Leclerc (2), les Anglais qui, pendant la nuit, avaient gagné au large, étant inférieurs en forces, sont retenus au nombre de i8 b&timents dont 1 frégate, ont recommencé l'attaque qu'ils ont dirigée sur les 3 prames et quelques canonnières restées à l'est de Calais, dont deux étaient échouées ; le feu a été très Tif ; l'artillerie légère, les forts et batteries de la côte ont protégé les prames et les canonnières, qui se sont bien défendues; le feu a duré jusqu'à 7 heures, sans discontinuer.
Une prame et une canonnière sont entrées dans le port; dans la première, il y a eu 1 canonnier tué, 2 chasseurs grièvement blessés, et plusieurs ont reçu de légères blessures à la tète. Le grand mât a été fracassé par un boulet; la cADODiiière a eu 3 hommes tués et 3 blessés.
On Oit oooupé à désarmer les deux canonnières qui sont échouées, et le reste de la flottille est mouillé dans oe moment devant Calais; les Anglais ont gagné vers le Blano-Nez. L'amiral Yerhuell est ici et Ton croit qu'il attend la 2« diTision de la flottille. On ne connaît pas les pertes qu'ont éprouvé les bâtiments do la flottille qui sont mouillés.
Peu après cette canonnade, arrivaient 18 transports appelés de Dunkerque, que Famiral faisait entrer au port, se préparant à repartir avec ce qui lui restait de disponible.
Au général de division Dumas^ chef de l'état-major, général du corps
de droitOi au Bl&rto.
X9 messidor an xm (18 juillet 1805).
Mon cher Généralj Si le vent le pertnet, Vamiràl appareillera aujourd'hui vers les 3 heures*
(1) Rapport de Soolt, 19 jaillet. {Archives nationales» AF^, 1093.) (t) Lettre dit 18 jidUet. (Archives de la Guerre, cétes.)
420 TROISIÈME PARTIE. — CHAPITRE lll.
Il y a quelques avaries, quelques tués et blessés, mais les Anglais, suivant toute apparence, ont beaucoup plus souffert; ce qui le prouve, c'est le peu de vigueur de leur attaque. Ils ont pris le large hier soir, et ce matin, au bout Tune demi-heure de combat, il ne sont point venus à portée de mitraille.
Une prame a eu des avaries qui Tout forcée d^entrer dans le port; elle sera obligée de changer de mâture. Deux chaloupes canonnières sont échouées; elles seront relevées à cette marée.
Il y a une division en marche de Dunkerque. Aucun bâtiment ennemi n'est signalé dans cette partie. L^amiral ayant par sa manoeuvre tout attiré sur lui, c'est dans cette intention qu'il est resté au mouillage ce matin.
Si l'amiral arrive de jour, je vous recommande, mon cher Général, de le faire recevoir avec toutes les musiques des régiments, avec Tair des petits bateaux et autres analogues (sic).
Je vous recommande, mon cher Général, ce que je vous ai dit pour la batterie mobile de Wissant. 8 Jk 10 obusiers partiront d'ici et iront se placer sur la falaise à Emilie.
Je recommande que tout le monde soit au poste.
Amitiés.
Davolt.
A 4 heures, Verhuell repartit ; il semblerait avoir employé une ruse pour éloigner l'ennemi.
Uamiral Verhuell, après avoir fait rentrer dans le port les 18 bâtiments ci-dessus et ceux qui avaient éprouvé des avaries par les combats d'hier au soir et de ce matin, a levé l'ancre à 4 heures après midi et appareillé avec 22 ou 23 prames et canonnières, par un vent d'est-nord-est, grand frais, qui l'a emporté avec rapidité vers la rade de Wissant. Une seule canonnière et un yacht sont restés échoués malgré la marée. La marine s'occupe à les remettre à flot. Des piquets d'infanterie et de l'artillerie- légère sont préposés à leur garde.
M. le maréchal Davout, arrivé ici dans la matinée, s'est embarqué avec l'amiral Verhuell.
Je vous prie, Monsieur le Miiréchal, d'agréer l'expression de ma haute considération (I).
Après avoir appareillé, dit de son côté le maréchal Soult, l'amiral Verhuell donna de nouveau l'ordre de mouiller, et les ennemis en profitèrent pour prendre une bordée au large. Quand il les vit hors de portée, il appareilla une seconde fois et se mit en route pour Ambleteuse. L*ennemi revint sur lui toutes voiles dehors et le joignit avant qu'il arrivât au cap Gris-Nez, mais il avait eu le temps d'appareiller a?ec ordre et de bien disposer sa ligne : il avait 22 voiles, qui ont été attaquées par i5 bâtiments anglais à portée de mitraille ; il les a combattus avec audace et succès jusqu'au mouillage d'Ambleteuse, sans laisser un seul de ses bâtiments en arrière ; les batteries de terre ont couvert sa marche par un feu formidable. Lorsque l'amiral Verhuell fut au mouillage
(1) Rapport du général Baragaay-d'HiUiers. {Archives de la Guerre, côtes.)
LES DBRNliRES OPÉRATIONS DE LA FLOTTILLE 421
d'Ambleteuse, la croisière de Boulogne, qui a^ait remonté au vent, a pris part au combat que les bâtiments de Famiral Verhuell ont soutenu.
J'ai suiTi le mouvement de la flottille depuis le cap Gris-Nez et j'ai vu l'amiral Verhuell à Ambleteuse, et, par les rapports, il estimait avoir eu 60 hommes tues ou blessés. Quoique les bâtiments qui ont combattu aient besoin de rentrer au port,' il est resté toute la journée d'aujourd'hui formé en ligne dans la rade d' Ambleteuse, sans qu'aucun vaisseau anglais soit venu à l'attaque.
Les bâtiments de l'ennemi, parmi lesquels se trouvaient 2 vaisseaux, paraissent avoir beaucoup souffert, et cela doit être par la vivacité du feu à portée de mitraille.
Pendant que l'amiral Verhuell combattait si glorieusement, attirant sur lui toutes les forces anglaises, il suivait son système et faisait successivement partir tout ce qui pouvait appareiller de Calais et de Dunkerque. 50 bâtiments sont arrivés de Calais à la pointe du jour, sans avoir essuyé un coup de canon de l'ennemi. Toutes les croisières anglaises se trouvent, par le combat d'hier, fort aifalées sous le vent, et si le vent tient au nord-est, il est à croire que toute la flottille batave sera bientôt rendue à Ambleteuse.
L'ennemi était si près de la c6te que plusieurs curieux ont été blessés, notamment un soldat du 33*, qui a eu la cuisse emportée.
Le maréchal Davout était sur la flottille ; les généraux Songis et Sorbier, le général Dumas étaient aux batteries, en suivant le mouvement pour en diriger les feux.
L'amiral Verhuell, dans cette occasion, a montré une combinaison bien réfléchie et beaucoup d'audace : il a ajouté à sa gloire, et tous les officiers de sa marine l'ont parfaitement secondé.
Votre Majesté recevra des rapports plus détaillés, mais j'ai cru devoir lui faire part de ce que j'ai vu.
Je présente à Votre Majesté l'hommage de mon profond respect.