‹ 1793-1805 (volume 3)Chapitre 9 sur 81 · IV · texte numérisé non relu

IV

40!i TROISIÈME PARTIS. *- CHAPITRE lU.

Presses le départ des bâtiments du Havre ; il est bien temps qu'ils arrivent h Boulogne.

Pressez aussi Verhuell de se réunir à Ambleteuse.

Faites-moi connaître de quel corps étaient les garnisons de la petite flottille qui s*e8t distinguée au combat de Fécamp.

NAPOLéON.

Il peut être intéressant de connaître, à ce sujet, la version anglaise (1).

Le 10 juin, à 7 heures du matin, une division française composée de 2 corvettes canonnières Foudre et Audacieuse, ayant chacune 10 canons dont 6 longs de 18 livres et 4 caronades en cuivre de 36 avec plus de 80 hommes d'équipage; 4 canonnières armées chacune de 3 canons longs de 24 et un mortier de huit pouces ; 3 autres ayant chacune 1 canon de !f 4 et une pièce de campagne ; et 8 dernières ayant chacune deux canons de 4 ou G livres, enfin 14 transports, en tout 31 voiles, partirent du Havre pour Fécamp. A hauteur de Brunevel, les Français furent chassés par la frégate anglaise Chi/fonne ayant 12 canons de 36, le sloop Falcouy le brick canonnier Clinker et le cutter armé Frames,

A 9 h. 30, la Chiffonne, à ce moment par 10 brasses très loin en tète de ses compagnons, ouvrit de près le feu sur Favant-garde ennemie où se tenait la Foudre ; mais au bout d'un quart d'heure, Feau venant i\ manquer, la frégate vira et s'éloigna.

A 10 h. 30, suivie du sloop et du brick, la frégate recommença le feu. Peu après le feu éclata à bord d'une des canonnières françaises, mais il fut éteint ; plusieurs bâtiments se jetèrent à la côte.

Vei*s midi, la Chiffonne, qui avait supporté tout le poids de cette attaque, dut de nouveau chercher de plus grands fonds et s'éloigner. Peu après, l'avantgarde française arriva sous les batteries du cap de Groiset et y resta jusqu'à ce que l*arrière-garde ait serré. A 2 heures, le combat reprit. Le Falcon s'engagea de près avec les deux navires de queue dont l'un était V Audacieux, Tandis que les navires anglais longeaient la côte, les batteries firent un feu soutenu de boulets et d'obus. Néanmoins la Chiffonne et le Falcon continuèrent le combat et à 3 h. 15, abattirent le perroquet de misaine et le grand mât d'une des canonnières. Le Falcon et le Ciinker ne pouvant suivre la frégate, restèrent petit à petit en arrière et la flottille put gagner l'abri des batteries du port de Fécamp, dont le feu dura jusqu'à 4 h. 30.

La Chiffonne fut atteinte plusieurs fois dans sa coque et une fois juste à la flottaison ; son gréement fut très maltraité; elle eut t tués et 3 blessés. Le Falcon soufi'rit dans sa mâture et ses voiles et eût 4 blessés, le Clinker, 1 tué etl blessé. Les Français reconnurent 3 tués et 12 blessés, dont le commandant d'une des canonnières.

C'est, on le voit, toujours la même divergence : les Français

(1) W. James.

LES DBRNiiRES OPéRATIONS DE LA FLOTTILLE. 403

prétendent avoir repoussé Fennenii par les seuls moyens de la flottille ; les Anglais attribuent leur insuccès au manque d'eau et au tir des batteries de côte (1).

Le nouveau combat livré le 23 juillet par la division Hamelin, restée à Fécamp depuis le 10 juin, le montrera une fois de plus.

Le capitaine Hamelin (2), dit Tordre du jour du 26 juillet, partit de Fécamp avec une division, composée de 2 corvettes canonnières, 6 chaloupes canonnières, 10 bateaux canonniers et 8 péniches pour se rendre à Boulogne. Au moment de son appareillage, il y avait à une lieue des jetées de ce port une frégate, deux corvettes et un cutter ennemi qui se disposaient à attaquer notre convoi et qui voulurent lui intercepter le passade ; mais toutes les dispositions étant prises pour soutenir un engagement, quoiqu'il ventât grand frais. Le feu commença i\ portée de fusil, et la mousqueterie, ainsi que rartillene des corvettes, la Foudre et V Audacieuse furent servies avec tint d'avantages que la frégate eut bientôt «a corne d'artimon coupée et qu'elle tenta de se retirer de dessous la volée de ces deux bâtiments afin de donner ensuite sur les chaloupes canonnières, dont elle espérait que le feu serait moins vif en raison de la force du vent. Cette manœuvre n'ayant pas réussi, le combat continua dans le même ordre; et trois chaloupes canonnières, ayant mis le cap sur Tennemi, en battant en chasse, les avaries que reçut la frégate la forcèrent h regagner le large promptement et elle fut imitée par les trois autres bâtiments. Cette première affaire dura depuis 7 h. 1/2 du matin jusqu'à 9 heures.

 10 heures, l'ennemi revint canonner la division française qui continuait sa route : le second engagement ne fut ni moins vif, ni moins long que le premier. La corvette montée par le commodore eut la tête de son grand mât de hune coupée, son grand mât endommagé; et, se trouvant vigoureusement serrée au feu, fut obligée de chercher son salut dans la fuite, ainsi que le reste de la division (3).

Le capitaine Hamelin, dit de SOU côté W. James, partit à 5 heures du matin de Fécamp avec 2 corvettes canonnières Foudre et Audacieuse, 6 canonnières de 1'" classe, gréées en brick, 10 de seconde (2 ou 3 bricks et le reste lougres), 8 pinasses armées (lougres et shooners), 26 voiles au total ou 3i, suivant les rapports de plusieurs navires anglais.

A ce moment la canonnière britannique Champion^ de 22 canons, les bricks canonniers Clinker et Craker, le cutter armé Frames, étaient à l'ancre à un peu plus d'une lieue au nord-nord-est des jetées. A 7 heures, le Champion commença l'attaque contre les deux corvettes et plusieui*s des plus fortes canonnières. Celles-ci se rapprochèrent de la côte, sous la batterie de Senne^

(1) Le 15 juillet, les bricks anglais Plumper et Teaser, pris par un calme près des îles Cbaossej, forent attaqués par les six eanonnières du capitaine Collet et prises.

(t) Archives de la Marine, BBi^, tl5.

(3) n y eut plusieurs promotions. Le lieutenant de vaisseau Roquebert fut nommé capitaine de frégate, etc.

ville, et le reste serra la terre de si près que les navires anglais furent obligés de venir à portée des batteries, dont le feu maltraita bien vite leurs coques et leurs gréements. Malgré tout, le Champion et les deux bricks, surtout le CrakeVy obligèrent le capitaine français, vers 10 h. 30, à chercher un abri sous les batteries de Saint- Valery-en-Caux.

Les navires anglais étaient très maltraités : le Cliampion avait ses trois mâts, surtout celui de misaine, endommagés, son gréement haché et plusieurs trous dans sa coque très bas ; le Craker eut un boulet dans son mât de misaine, ses haubans et ses étais coupés. Le Clinker à la fin du combat avait 3 pieds d'eau dans sa cale. Il semble que le Champion fut le seul navire où il y eût des pertes : 2 tués et 3 blessés ; les Français eurent 4 tués et 22 blessés.

Dès qu'il apprit que le Champion et ses deux compagnons étaient partis pour se réparer aux Dunes, M. Hamelin remit à la voile et atteignît Boulogne sans encombre.

Suivant leur habitude, les Français, dans leurs récits, élevèrent le Champion et les 2 bricks à la dignité de '< frégate et corvettes », et le capitaine Hamelin fut représenté comme ayant repoussé la même division qu'il avait déjà combattue, quoique l'une consistât en 2 navires et un brick, l'un des deux premiers étant double duChampion comme taille et force. Comme toujours leur relation ne parle pas des batteries de terre, ni des diffcultés qu'éprouvaient les bâtiments britanniques â naviguer si près de la côte. . . .

Ce furent encore les Hollandais qui livrèrent les combats les plus intéressants de cette dernière période.

On a vu qu'à la fin de Tannée 1804, les deux premières parties de la flottille batave étaient arrivées à Dunkerque à portée du corps de Davout, concentré dans les environs. Un ordre du l^^ mars (1) prescrivit de faire rejoindre 3 bateaux restés à Ostende et 8 autres restés à Anvers, et le 25, ordre fut donné à la troisième partie, restée à Ostende, de se porter sur Dunkerque. C'était toujours, on le voit, le projet de faire agir la droite de Tarmée dans la mer du Nord, d'une façon indépendante et sans doute avec un autre objectif que les forces de Boulogne, Ambleteuse, Wimereux et Ëtaples. Mais la tendance qui s'était toujours manifestée, de resserrer de plus en plus sur son centre la base des opérations, primitivement étendue d'Étaples à Flessingue, allait se traduire par une mesure tout à fait inattendue.

Le 13 mars, l'Empereur écrivait (2) :

« Mon intention serait, lorsque le moment serait arrivé, et

(l) Correspondance de Napoléon, 8373 et 8481.

(t) Correspondance de Napoléon, 8129, au maréchal Soolt.

« vers la fin de germinal, de placer Legrand et Suchet dans <c tout l'arrondisse ment de Boulogne, la réserve et la garde à « Wimereux, et vingt bataillons du camp de Bruges à Amble- « tettse. »

L'ordre en fut efiTectivement donné le 25 mars.

Au maréchal Davout (1).

La MalmaUon, 4 germioal an xiii (25 mars 1805). Mon Cousin,

J'ai donné ordre que la troisième partie de fa flottille batave se rendit d'Ostende à Dunkerqueei que \à première se rendit de Dunkerque à Amhleteuse. Le Ministre de la guerre a dû vous envoyer Tordre pour le Jour auquel la première division du camp d'Ostende doit se rendre à Ambleteuse, pour occuper remplacement de la division du général Legrand.

Le projet de faire porter par des bâtiments de transport les bois qui ont serTi à la construction des baraques pourrait être avantageux, car alors on pourrait construire à Ambleteuse pour une nouvelle division, mon intention étant de réunir là votre armée.

Faites-moi connaître par le retour de mon courrier, la situation de votre armée, celle de la flottille batave, et surtout la situation des écuries et autres b&timents de transport destinés à embarquer le matériel de votre artillerie et ▼os chevaux. Il ne faut rien laisser à Ostende ; tous les magasins de réserve, d'outils, d'artillerie, etc., doivent se replier d'Ostende sur Dunkerque.

Napoléon.

Malgré l'état de délabrement où se trouvait alors le port d'Ambleteuse (2) et que l'Empereur connaissait parfaitement, le mouvement de resserrement de la droite sur le centre prit bien vite une extension considérable.

Le 14 avril, ordre fut donné d'évacuer, sur Boulogne, tous les bâtiments français encore à Ambleteuse et d'y placer tous les bâtiments bataves formant la 8® escadrille (3).

Aux objections de Decrès, l'Empereur répondit simplement :

« La 8® escadrille peut très bien tenir à Ambleteuse, quand « elle y serait serrée. Vous pouvez penser que quand f en aurai

(1) Correspondance de Napoléon^ 8481.

(2) Correspondance de Napoléon^ 8517, à Davout.

(3) Voir ci-dessoQft.

« besoin^ la moitié sera en rade et il n'y aura qu'une moitié à « faire sortir. »

A Verhuell, qui signalait rinsuffisance de la profondeur du port pour ses navires, plus profonds que les similaires français, il était écrit ce qui suit :

Au vios'àmlral Verhuell (i).

Lyon, le i\ genninal an xiii (11 avril 1805).

Monsieur le Vice-Amiral,

Mon intention est de réunir toute la flottille batnve à Ambleteuse. Vous devez avoir reçu Tordre d'y faire passer la première partie. J'ai ordonné qu'on travaillât au déblaiement du port, et toute votre flottille doit pouvoir y être contenue. Cela tient A mon système général de guerre. Tâchez de compléter les équipages de vos écuries, qui sont bien nécessaires. J'ai appris avec peine que vous étiez malade ; mais on m'assure que votre santé se rétablit. L'heure de la gloire n'est peut-être pas éloignée de sonner ; cela dépend, au reste, de quelques chances et de quelques événements.

Napoléon.

On a vu la curieuse réponse de Tamiral hollandais, qui se mit immédiatement en mesure d'obéir.

Le 23 avril au soir, par vent de nord-est, une division, forte de 32 bateaux canonniers et 19 transports, appareilla de Dunkerque. Dans Tétat actuel du port d'Ambleteuse, c'étaient les seuls navires qui pussent y entrer, de sorte qu'on n'aurait pu joindre à la division des chaloupes canonnières. Le 24, au point du jour, le vent, ayant passé au sud-est, avait forcé de louvoyer, de sorte que 9 bâtiments, coupés de terre par i frégate, 2 bombtirdes et 5 bricks anglais (2), furent pris. Le 25, une petite partie seulement de la division (10 bateaux et 2 transports) parvenait à Ambleteuse, tandis que le reste (20 bateaux et 6 transports) restait mouillé près de Wissant, sous la protection des batteries de terre. Le 26 seulement, après un nouveau combat, la division, moins 8 bateaux et l transport pris par l'ennemi et 1 autre rejeté à Calais, parvenait à Ambleteuse.

(1) Correspondance de Napoléon, 8571.

(î) Lafond, 24 avrU. BB»', Î13.

A Son Exoellênoe le Miniêtrt de là guerre.

A a qa&rtier général de Boulogne, le 6 floréal an xni

(26 aTril 1805).

J'ai l'honneur d'instruire Votre Excellence que la partie de la dlTision batave, qui était restée mouillée dans la baie de Wisssant, a appareillé ce matin et s'est rendue à Ambleteuse.

Hier, une frégate et deux bricks anglais se présentèrent devant le cap Gris- Nez et cherchèrent à engager un combat avec les bâtiments bataves qui étaient au mouillage ; le feu des batteries mobiles et des batteries de côtes fût si bien dirigé, que les 3 bâtiments ennemis éprouvèrent de fortes avaries. La frégate eût plusieurs étais de son grand mât d'emportés, ses manœuvres furent brisées ; elle se trouva même pendant un instant compromise. Ces trois bâtiments abandonnèrent précipitamment le combat, et firent voile vers TAngleterre.

Une canonnière de la division venant de Dieppe, ayant touché sur les bancs de la Somme, fut obligée de s'échouer : hier, elle fut aussi attaquée par une corvette anglaise ; mais sa défense et la protection qu'elle retira des batteries durent être tellement efficaces qu'on vit passer, de la c6te de Boulogne, la corvette ayant son mât de misaine emporté et paraissant très maltraitée.

Les vigies ont signalé que la canonnière était entrée dans la baie d'Étaples.

J'ai l'honneur de vous saluer.

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