LA SORTIE DE LA MÉDITERRANÉE VILLENEUVE ET NELSON
Le 30 mars enfin, Villeneuve se décida à partir.
Le Wœ-am/ra/ Villeneuve, grand -officier de la Légion d'honneur, oo/nmandant en chef /'escadre impériale dans la Méditerranée, à Son Excellence le Ministre de la marine (1).
Le 9 gttrminaly aa xni (30 mars 1805). Monseigneur,
Je pars, mon cher général, Dieu veuille que la fortune me continue ses faveurs, car j'en ai je crois bien besoin, dans tous les événements. Je recommande à votre ancien attachement tout ce que je laisse de cher au monde. Je n'ai pas eu lieu d'être content do plusieurs de vos décisions qui m'intéressaient, je l'attribue à la position difficile où vous vous trouvez. J'espère que l'avenir me traitera mieux.
Recevez, avec mes adieux, l'assurance de mon sincère attachement.
Villeneuve.
Ses forces étaient les suivantes :
2« DÉPART. — 9 aSRMINAL (30 MARS).
Bucentaure 80
Formidable 80
Nepivme 80
Indomptable 80
PMoH 74
Scipion 74
Swiftsure 74
Mont'Bianc 74
IrUrépide 74
AtUu 74
Berwick 74
(l) Archives de la MaHne, BBiv, 230.
Frégates.
Min,
Syrène.
Hermione,
Nayade (corvette).
Cornélie.
Furet (brick).
Hortensr.
En tout i9 voiles.
Thémis.
Troupes.
État-major 55
67« d'infanterie 4,Î19
16« dlnfanterie i,908
4* d*artillerie à pied 125
Ouvriers 25
Total 3,332
Pendant les journées qui avaient précédé la sortie de Tescadre, il y avait eu un fort coup de vent d'est ; d'après Villeneuve, au moment de son départ, le vent aurait été de l'ouest, mais faible.
Le Wce-a/n/ra/ Villeneuve, grand^officier de la Légion d'honneur, commandant en chef l'escadre impériale dans la Méditerranée, à Son Excellence le Ministre de la marine (1).
Toulon, le 9 germinal, an xiii (30 mars 1805). Monseigneur,
Je profite du premier souffle de vent favorable pour appareiller, puisse la fortune répondre aux espérances que l'Empereur s'est formées dans la destination de cette escadre.
Le Préfet maritime vous adressera les contrôles nominatifs des troupes expéditionnaires ; nous n'avons en vue que deux frégates ennemies qui sont fort au large ; les vents sont à l'ouest mais encore faibles.
Je prie Votre Excellence, d'agn^er l'hommage de mon respect.
Villeneuve.
Le précieux journal du général Reille donne, sur la navigation et les événements de la campagne, des détails précis qui doivent être comparés avec les lettres de Villeneuve.
ReiUe est peu bienveillant pour Tamiral, mais il parait très
(1) Archives de la Mof^ne» BBiv, 230.
FLOTTB
(ts destinés pour la f.
(l) Sont à sec à Boulogne {Corf^^spondance de M •
la) Péniches affectées au service du ™^^al "ey ^^ ^^^^ ^^ ^^^^^ impériale, d^ \b) Péniches affectées au service de Sa MajMtè i
amiral Savary. commandant le centre et du chef del^ ^
(c) Bâtimente qui font partie de la flotUlle batav
véridique et bien que non marin, son témoignage doit être retenu.
Journal du général Reille (4).
L^escadre de la Méditerranée, mouillée en rade de Toulon, était composée, au moment du départ, des vaisseaux :
!'• Division.
Le Bucentaure 80
Le Neptune 80
Le Pluton 74
Le Mont-Blanc 74
Le Berwick 74
V Atlas 74
2« Division.
Le Formidable 80
VIndomptable 80
Le Swiftsure 74
Le Scipion 74
Vlntrêpide 74
Des frégates : la Comélie^ le RJiin, VHortense^ VHermioney portant du 18 ; la Sirène et la T/iémiSy portant du 12; et des deux bricks la Pléiade et le Furet. Les équipages, n^étant pas complets, ont été renforcés par des détachements du 2^ régiment d'infanterie qui fournissait déji\ les garnisons, ce qui a porté le nombre d'hommes fourni par ce corps à environ 1800 hommes. Par ce renfort les vaisseaux se trouvaient bien armés et en état de naviguer et de combattre; chaque bâtiment avait reçu pour six mois de vivres.
Le vice-amiral Villeneuve avait le commandement de cette escadre, avant sous ses ordres le contre-amiral Dumanoir.
Une division de troupes de débarquement a été embarquée et est répartie sur les différents vaisseaux, elle était commandée par le général de division Lauriston, ayant sous lui le général de brigade Reille. Cette division était composée de 2 bataillons du IG*' régiment h 1800 hommes et du bataillon du 67*, fort de 1450 hommes et 120 hommes d'artillerie; Tadjudant commandant Contamine, chef de Fétat-major ; le major Aboville, commandant rartillerie; le
chef de bataillon commandant le génie ; un commissaire des guerres
et des employés dans les différentes administrations, un parc d'artillerie de quelques pièces de siège et quelques pièces de campagne, avec les munitions et les cartouches d'infanterie nécessaires.
L'escadre a mis k la voile le 9 germinal i\ 4 heures du soir, par un vent de nord-ouest, et a fait route au sud-ouest ; le 10 au soir, on a signalé deux frégates ennemies qui ont fait route sur leur escadre et qui n'ont pas reparu. Les ?ents étant très faibles les jours suivants, l'escadre a fait peu de chemin et n'est arrivée que le 7 avril au matin devant CarthagènCy après avoir passé entre V Espagne et les îles Baléares, Le calme l'a retenue toute la journée devant ce port, où l'on a vu plusieurs vaisseaux armés et en rade.
EfiFectivement, Villeneuve avait appris dès le t**" avril, par
1) Archives de la Manne, campagne 1805. BB^^ 233.
un navire marchand, la présence de Nelson à Palma (1). Sûr ainsi de ne pas le trouver au cap Saint- Sébastien (2), il profita du vent d*est qui commençait à souffler pour passer au nord des Baléares, trompant ainsi complètement les croiseurs anglais qui crurent la direction maintenue vers le sud (3)
A bord da vaisseau amiral le Bucentauret on rade de Port -de -France,
le Î7 noréal an xiii (17 mai 1805) (1).
Moiiscigneiu*,
. Voti*e Excellence ayant été informée de ma sortie de la rade de Toulon le 9 germinal dernier, j'ai à lui rendre compte des circonstances de ma navigation tant dans la Méditerranée ({ue dans TOcéan, de mon apparition devant Cadix, de la réunion du vaisseau V Aigle et de l'escadre de Sa Majesté Impériale, sous les ordres de S. E. M. Tamiral («ravina, enfin de Ttirrivée dans ce port des deux escadres combinées.
Ajant voulu profiter du premier souffle de vent favorable pour effectuer mon départ de Toulon, je ne fis que fort peu de chemin dans la première nuit; le vent n'ayant pas eu de dun^e et n'ayant pas fraîchi comme il semblait le promettre, j'étais encore en vue des côtes de Provence le lendemain et j'eus connaissance dans le nord-est de deux frégates anglaises h une l^^s grande distance, elles m'observèrent toute la journée sans changer de route. Dans la matinée un bMiment passa à portée de l'escadre. Je le fis visiter, f appris par lui que cinq jours auparavant il avait eu eonnaissance de V escadre anglaise dans le sud de la Sardaigne, les derniers avis que j'avais reçus à Toulon m'assuraient Barcelone.
Je me dirigeai en conséquence pour passer à Fesi des îles Baléares y dans V intention de Véviter s'il étiit passé, conformément h. vos ordres. L'aris que je reçus par le b^timent ragusais me fit aussitôt changer de résolution, et je me dirigeai pour passer dans l'ourst drs lies en serrant autant que possible la côte d'Espagne.
En somme, à part la tempête, les conditions de la sortie du 30 mars étaient identiques à celles du 18 janvier : même direction de vent soufflant du nord-ouest, môme route primitive au sud-ouest, même faute des croiseurs anglais qui abandonnent la surveillance dès qu'ils ont reconnu la direction suivie, et, on le verra plus loin, môme erreur de Nelson, que l'identité des conditions du problème confirme dans son opinion préconçue et irréductible (5).
(1) Au S.-S.-O. de la S&rdaigne.
(2) Côte d'Espagne aa N.-E. do Barcelone.
(3) Mahao, Life of Nelson.
(4) Archives de la Manne, BB«», 230-197.
(5) L'idco que Villeneuve allait dans lo Levant.
A Garthagène se trouvaient les six vaisseaux de Famiral Salcedo qui auraient pu fournir un précieux renfort en cas de rencontre de rennemi, et dont lappui en tout état de cause était hautement désirable.
Or, la lettre écrite le 7 mars par Villeneuve est muette sur cet objet si important.
Le vice ^amiral Villeneuve à Son Excellence le Ministre de la marine
et des colonies (1).
Le 17 gormmal an xni (7 tTrU 1806).
Monseigneur,
Le calme ni'ayant pris devant Garthagène, j'ai pu saisir cette occasion pour y envoyer demander des nouvelles de la mer, particulièrement celle du dr-troit et du blocus de Cadix.
Rien de nouveau dans ma navigation ; les frégates anglaises qui observaient Toulon ont eu connaissance de mon départ le lendemain au matin ; elles m'ont observé tout le jour et ont disparu .\ la nuit.
Je n'ai pas encore vu un bâtiment anglais : d'ailleurs, équipages et passagers, tout le monde se porte bien.
Je prie Votre Excellence d'agréer l'hommage de mon respect.
ViLLEIfEUVE.
C'est seulement dans le rapport du 17 mai qu'on trouve mention des vaisseaux espagnols.
Le 17 germinal, continue VQleneuvc, je me trouvais en calme plat devant Garthagène. Comme f y voyais des vaisseaux de guerre qui me paraissaient prêts à mettre sous voiles^ f expédiai un canot pour y avoir des nouvelles de la mer et offrir mes services et la protection de Vescadre à ceux des vaisseaux de Sa Majesté Catliolique qui voudraient se joindre à elle ; le commandant des vaisseaux ne se crut pas autorisé à mettre sous voiles avant d'avoir reçu les ordres et les instructions qu'il en attendait d'un jour à Vautre. Le même soir le vent s'établit à l'est, bon frais et je continuai ma route vers le détroit.
Cet épisode, qui aurait pu avoir une si grande influence sur toute la campagne, fut présenté par Beurnonville sous un tout autre jour.
Madrid, le tl germintl an xiii (Il avril 1805) (2). Ifonfieur,
La flotte de Toulon forte de li vaisseaux, 6 frégates et 2 bricks, est entrée à Garthagène le 7 avril (17 germinal).
(I) Archives de la Marine, BBi% 230.
il) Archives de la Marine, BB«v. t34.
Le Yice-«inîiral Villeneuve et le général Lauriston ont profité aussitôt de Toccasion d'un courrier espagnol pour expédier à Votre Excellence les deux dépêches ci-jointes.
M. de Salcedo, chef de V escadre espagnole à Carthagène^ a fait V offre à M, le vice-amiral Villeneuve de se mettre sous ses ordres arec les six vaissseaux qu'il commande et le prince de la Paix a réexpédié sur-le-champ un courrier à cet officier général pour lui témoigner Vapprohation due à sa conduite. Selon toute apparence, le courrier ne trouvera plus M, de Salcedo à Carthagène^ et il est bien plus probable que la flotte combinée se sera rendue à Cadix, si le temps et les circonstances ont continué de se montrer favorables.
L'escadre espagnole est bien armée ; mais ses équipages sont incomplets ; ce qui donne plus de relief encore au xèle de M. de Salcedo.
Beurnonville.
13 avril 1805.
Monsieur,
Je voudrais pouvoir vous annoncer que la division navale de Carthagène a agi avec la même célérité que celle de Cadix, et j'en avais Fespoir lorsque j'y préparai Votre Excellence par ma dépêche d'avant-hier, sur la foi de ce que Monsieur le prince de la Paix, m'avait fait connaître des offres de M. le chef d'escadre Salcedo ; les nouvelles, môme depuis, ont confirmé ces offres, modifiées cependant par une demande de 36 à 48 heures de délai, pour faire mettre les poudres à bord, et pour réunir ses équipages incomplets ; le vice-amiral Villeneuve a voulu profiter des temps et des circonstances heureuses de sa navigation et il a laissé l'escadre espagnole à Carthagène (1).
Beurnonville.
Quoi qu'il en soit, Villeneuve était parti dans la nuit du 7 au 8, profitant du vent d'est qui venait de s'élever.
Le passage du détroit de Gibraltar et le déblocus de Cadix sont ainsi exposés par ReiUe d'une part, et Villeneuve de l'autre (2).
(1) Lorsqu'il reçut cette nouvelle, Napoléon ne voulut pas y croire et écrivit à Decrès (•4 avrU) :
« Dites au général Beurnonville que ce qu'il dit de Tamiral Villeneuve, qni a refusé de rallier l'escadre de Carthagène, n'est point vraisemblable ; c'est, au contraire, le commandant de cette escadre qui a déclaré qu'il ne le pouvait pas, et Je ne puis lui en savoir mauvais gré, puisqu'il n'avait pas d'ordre de sa Cour ; mais que l'amiral Villeneuve, passant le détroit et ayant des craintes, eût refusé le secours de six vaissaux, un ambassadeur, un
homme sensé ne se laisse pas dire de pareilles nigauderies. o
Napoléon.
(î) Archives de la Marine, BB»v, î3l.
Table de loch du vaisseau /'Atlas.
9 au 10 germinal. — Sur trois colonnes. A 7 heures, le cap Sepet N.-O. 1/4 N. à une lieue, vent N.-O.
lANÉE
Dans la nuit, les \ents ont passé à Test; le 18 (8 a^ril), même vent bon frais, le 19 (9 avril) au matin. Ton a aperçu le rocher de Gibraltar, à neu heures, Tescadre est entrée dans le détroit et la place a fait plusieurs signaux h un vaisseau ennemi qui était à la sortie du détroit.
Ce vaisseau faisait partie de Fescadre de Famiral Orde qui bloquait Cadix et a été le prévenir. En arrivant près de Cadix nous avons vu l'escadre anglaise ^orte de 5 vaissetiux et quelques autres bâtiments faisant route au nord-ouest.
Le 19 germinal (9 avril), à la pointe du jour, dit Villeneuve (1), j'eus connaissance du mont Gibraltar ainsi que du mont aux Singes. J'ordonnai toutes les dispositions préparatoires au combat ; je formai Tescadre sur deux colonnes et ordonnai aux frégates de chasser en «avant. A midi, le vent étiit bon frais, l'escadre parfaitement formée, je donnai dans le détroit.
Le canon d'alarme tirait de tous les points de la montagne de Gibraltar; je fis déployer le grand pavillon de poupe et ceux de distinction.
Cependant, les frégates qui chassaient devant nous me signalaient 1 vaisseau de guerre et 2 frégates, qui fuyaient en tirant des coups de canon des deux bords. Elles ne ralentirent pas leur course, et, vers les A heures, elles me transmirent le signal de 11 bâtiments de guerre dont 6 vaisseaux; peu de temps après, elles signalèrent : l'ennemi « prend chasse ». L'escadre faisait toute la voile qu'elle pouvait faire ; j'étais à une trop grande distance de l'ennemi pour pouvoir espérer de le joindre, et la nuit approchait.
VHoriense a reçu l'ordre d'aller devant Cadix faire des signaux de reconnaissance souvent, pour faire appareiller le vaisseau V Aigle et les Espagnols qui pourraient être prêts à me suivre; elle s'acquitta de cette mission, et n'y ayant aucune espérance de joindre les vaisseaux ennemis, je me dirigeai sur Cadix pour opérer la jonction avec les vaisseaux que j'en attendais. 11 faisait encore assez de jour pour que je puisse reconnaître, dans la rade de Cadix, que V Aigle travaillait à appareiller, ainsi que plusieurs vaisseaux espagnols; dès que je fus devant la rade, voyant que le vent bon frais allait me faire dériver et m'empêcher d'avoir aucune communication avec Cadix, je fis le signal de mouiller une grosse ancre.
Lat. Long.
10 germinal, point à midi 41*30 E. 2«11.
It — 40» O. 1»6. Roule libre.
1$ — 37«30 » Ordre de former J colomies. « L'in-
constance des vents a empêché de faire cette formation. »