Passé le détroit de Gibraltar en deux
colonnes ; les forts ont tiré plusieurs coups de canon.
19 — 36*19 9»35,30 Sur deux colonnes vent B.- S. -E.
(1) Rapport de Villeneuve (7 mai).
486 TROISIÈME PARTIK. — CHAPITRE YI.
Dans la journée Villeneuve avait écrit (1) :
Le 19 germinal an xiii (9 ami 1805).
J'ai l'honneur de rendre compte à Votre Excellence que j'ai passé le détroit aigourd'hui et que je m'approche de Cadix,
J'ai envoyé VHortense devant la baie, faire signal d'appareiller au vaisseau V Aigle f et j'espère encore cette nuit continuer ma route.
Il parait neuf bâtiments de guerre ennemis, mais très sous le vent du port ; je vous ai écrit avant-hier de devant Carthagène, mais f espérais peu pouvoir vous écrire aujourd'hui de devant Cadix,
Je n'ai aucune nouvelle de l'escadre de Nelson. Je ne sais si, avant de terminer ma lettre, je pourrai vous faire part de ce qu'aura produit mon apparition à Cadix.
V Aigle tmvaille à appareiller ; les Espagnols font beaucoup de signaux.
Recevez les assurances do mon profond respect.
Villeneuve.
Le premier but de l'expédition avait donc été atteint avec un rare bonheur. Mais la même hâte inopportune qui avait fait manquer la jonction avec Fescadre espagnole de Carthagène faillit faire manquer la réunion avec les forces de Tamiral Gravina.
Rapport de Villeneuve,
Peu d'instants après, un officier espagnol vint à mon bord et m'annonça que G vaisseaux do sa nation et i frégate, sous les ordres de S. E. l'amiral Gravina, allaient mettre sous voile, et, avant minuit, je les vis sortir successivement du port et mouiller en dehors. J'envoyai mon adjudant, M. Fleury, à bord de l'amiral Gravina; /e lui fis observer combien les moments étaient précieux, que l'escadre ennemie de la Méditerranée devait être à ma poursuite et pouvait faire sa jonction avec celle qui avait tenu jusqu'alors le blocus de Cadix^ qu'il importait essentiellement de mettre sous voile pour suivre notre destination,
M. l'amiral Gravina me fit répondre qu'il partageait mon impatience, que je pouvais faire le signal d'appareiller et qu'il allait le répéter à son escadre. A "li heures du matin, toute l'escadre française fut sous voile avec une partie de l'escadre espagnole et nous fîmes route à l'ouest. Le vent avait beaucoup faibli; au jour, je vis des vaisseaux espagnols extrêmement arriérés : l'Ar^onautCy leur vaisseau aminil, seul était parmi nous. Je restai toute la matinée sous voile pour les rallier. L'après-midi, le vent ayant passé à l'ouest, j'envoyai la frégate le Rhin en intermédiaire, et ayant pris les amures à tribord, je fis porter et courir largue pour assurer ce ralliement ; toute la nuit suivante, je
(1) Archives de la Marijie, BB«», î30.
LA SORTIS DE LA MBDITBRRANâB. 487
Û8 fort petite Toile, et le lendemain au jour^ je fus étonné de n'avoir été rallié que par un seul vaisseau espagnol, V America, de 60 canons. Je pensai cependant qu1l ne me convenait pas d'attendre davantage, qu'il fallait me rendre à ma destination, et Tamiral Gravina me parut partager mon opinion.
Ainsi donc, Villeneuve était parti sans attendre ses alliés et ne devait rassembler son armée que le 26 mai à la Martinique.
Journal de Reille (suite).
A 8 heures du soir, Tescadre a mouillé à Feutrée de la baie de Cadix; le vaisseau français V Aigle, la corvette la Torche et le brick F A r^ui étaient dans ce port et devaient joindre Tescadre ; elle devait être encore renforcée par une flotte espagnole. Les signaux avaient été faits et, k 10 heures, les vaisseaux commençaient h sortir pour se placer parmi nous. L'on ne saurait trop louer l'activité que l'amiral Gravina y a mise. Dans une heure, ses troupes de terre furent à bord, les câbles filés par le bout, enfin tout fut aussi vite que possible. A i heure du matin, le signal fut fait aux deux escadres d'appareiller, et à 2 heures, la majeure partie était sous voile. Le 20 (10 avril), au jour, tous les vaisseaux français étaient réunis, mais il n'y avait parmi nous que le vaisseau amiral espagnol. On Toyait derrière, à quelques lieues, des vaisseaux qui paraissaient ôtre les cinq autres. La cause du retard a été que les vaisseaux espagnols, arrivés à l'entrée de la baie, ayant mouillé et filé du cÀble, n'ont pu être aussi I6t prêts que les vaisseaux français qui étaient à pic. Il eût été à désirer que l'armée eût mis en panne pour les attendre et prévenir par là une séparation, mais on a continué à faire beaucoup do voile. Dans l'après-midi, le vent ayant tourné à l'ouest, l'armée tint toujours le vent. Vers le soir, cependant, l'amii-ai laissa arriver d'environ 2 lieues, mais ce n'était point assez pour rejoindre les vaisseaux arriérés. La nuit se fit et, le lendemain 21 (11 avril), nous ne vîmes que le vaisseau ï America, qui n'a pu nous rallier que le 22 (12 avril). On ne conçoit pas ce qui a pu déterminer l'amiral à faire si peu pour prévenir cette séparation, qui peut avoir les plus grandes conséquences. Le sort de ces vaisseaux se trouve compromis et ils pouvaient assurer le succès de l'expédition ; il ne fallait pour cela qu'attendre deux ou trois heures
L amiral Gravina, commandant en chef les foroes navales de Sa Majesté Catholique dans l'Amérique, à Son Exoellenœ l'amiral Decrès, Ministre de la marine et des colonies, etc. (4).
A bord do vaisseau VArgonauta à la rade de Port^Royal,
le 2t mai 1805.
Excellence,
J'ai l'honneur d'informer Votre Excellence, qu'au moment même où l'es-
(1) Archives de la Marine, campagne 1805. BB'v, t33. — Antilles, Cadix, Trafalgar, etc.
cadre française de Toulon se présentait devant Cadix, M. Courraga, capitaine de Taisseau de ï Aigle, me remettait Totre dépêche, adressée au commandant des Taisseaux qui déliaient se réunir aux forces de Sa Majesté Impériale, et, comme c'était moi-même qui devais les commander, je Tai décachetée, et, de suite, j'ai mis le signal pour l'embarquement des troupes de terre, pour filer les câbles, et mettre à la voile; il me remit aussi 7 paquets cachetés pour le rendez-Tous, que j'ai fait distribuer aux autres commandants; k t> heures du soir, le 9 avril, nous vîmes votre escadre, et à 8 h. i/2 (ayant à bord les troupes de déb«arquement) j*ai mis à la voile, et je m'incorporai avec l'escadre de Sa Majesté Impériale, que j'ai rencontrée mouillée à la bouche du port, visà-vis de Rota; deux heures après minuit votre escadre appareilla, et je fis de même ; mais mes vaisseaux, à ce second ancrage, ayant dès l'arrivée un câble qu'ils avaient filé, perdirent du temps à lever leurs ancres, et c'est avec peine que nous pûmes les apercevoir au point du jour. Le lendemain, nous ne ralliâmes que VAynerica; les autres se réunirent le jour de notre arrivée à cette {le, et le dernier deux jours après.
Tai reçu beaucoup de politesses du capitaine-général Villaret et de l'amiral Villeneuve, et je me trouve prêt, avec les 6 vaisseaux de mon escadre et la frégate, à suivre la vôtre partout et à toute entreprise.
L'amiral Villeneuve attacha, le jour de notre réunion, pour mouche de mon vaisseau, le brick français VAjnoitr, commandé par le lieutenant de vaisseau Treillard : la manière et le zèle dont il s'est conduit, se tenant jour et nuit à la voix de mon vaisseau, reconnaissant à son zèle et à son activité, j'ai cru me trouver dans l'agréable obligation de vous prier de vouloir recommander cet estimable officiera Sa Majesté l'Empereur; je vous prie aussi de présenter â Sa Majesté l'Empereur mes humbles respects, en l'assurant, de ma part, que je ne manquerai pas d'employer tout mon zèle et toute l'activité possibles à suivre votre escadre dans toutes ses opérations.
J'ai l'honneur d'être, avec la plus haute et distinguée considération, de Votre Excellence,
Le très humble et très obéissant serviteur.
Frédéric Gravina.
Qu'était devenu Nelson pendant ce temps ?
Le 3 avril au matin, Tescadre anglaise à Pula était sous voiles et le lendemain 4 elle se trouvait, à 10 h. 20 du matin, à 6 lieues 0. 3/4 S. de Toro(l), lorsque la Phœbé rejoignit, annonçant le départ des Français, déjà ancien de quatre jours : « L'épuisant travail de doutes, de suppositions, d'ap- « préciation de vagues indices allait recommencer pour Nelson « et cela devait durer plus de trois mois (2) ».
(1) Sud de Palmas.
(2) Mahan.
A 2 heures du soir, V Active, qui avait conservé le contact un peu plus longtemps que la Phœhé, rejoignit Nelson et confirma la direction vers le sud attribuée à Tescadre de Villeneuve. Certain que les Français allaient passer au sud de la Sardaigne, s'ils ne l'avaient déjà fait, Nelson envoya VAmbiiscade à l'île de Galite (1) chercher des informations. Luimême comptait se maintenir entre l'île de Galite et la Sardaigne jusqu'à ce qu'il eût reçu des nouvelles (2). « Je n'irai pas, ditil, à l'est de la Sicile ni à l'ouest de la Sardaigne avant que j'aie des renseignements positifs. » Le 5, conservant la même position, Nelson écrivait (3) : « J'ai couvert le passage entre « la côte barbaresque et l'île de Toro de frégates. Les Fran- « çais n'auraient pu passer par ici avant aujourd'hui si c'est
« bien leur chemin Je m'assurerai qu'ils sont à l'est
« d'ici avant de faire route pour la Sardaigne, la Sicile et « Naples (i). »
Depuis la sortie des Français, le vent avait soufflé : le 4 avril, au moment où ses éclaireurs le rejoignirent, du nordouest joli frais, le 5 du nord, le 6 il faisait calme. VAmhuscade était à Galite, V Active à la côte d'Afrique, le Moucheron avait été envoyé le 5 au soir croiser entre eux deux et chercher des informations à Tunis, le Seahorse et VAî^tna étaient devant le Toro, VHijdra sur la côte est de la Sardaigne et la Magdalena, pour le cas où les Français auraient franchi le détroit de Bonifacio, V Amazone allait être envoyée à Naples (3). Dans ces conditions, Nelson pouvait être assuré que les Français n'avaient pu passer au nord du cap Blanc à son insu, puisqu'il barrait le détroit avant qu'ils aient pu y entrer. Par contre, toute journée passée sans nouvelles, après l'arrivée de la flotte anglaise au sud de la Sardaigne, rendait moins probable que Villeneuve ait été destiné à agir dans le Levant. « Si demain je ne sais rien, dit Nelson, j'enverrai la Phœbé au « cap Saint-Sébastien, je prendrai position à Urtica{6). ... et
(1) C6te tmdsieDne.
(2) Ordre au cap Darban, de VAmbuscade.
(3) Au vieomte MelrUle.
(4) Lettre à Otway, 6 avril.
(5) A sir John Bail, 6 avril.
(6) Au nord de Palerme.
490 Troisième partie. — chapitre vi.
« ainsi je serai prêt à pousser sur Naples, s'ils y vont, ou à « protéger la Sicile. »
Effectivement, le 10 il était devant Palerme, mais il n'en savait pas davantage. « Je suis désolé, écrit-il, je n'ai pas un mot de nouvelles ; toutes mes frégates sont en course. Je vais maintenant aller entre la Magdalena et le cap Corse. »
Dans la soirée du 10, il reçut une nouvelle qui semble l'avoir profondément troublé, sans pourtant fixer son opinion.
« Hailowel, écrii-il à S. J. Bail, vient d'arriver de Palerme. Il annonce que la « grande expédition (1 ) » a mis à la voile et que sept vaisseaux russes sont attendus dans la Méditerranée. Je dois donc supposer que les Français vont dans I'ochst. Je ferai de mon mieux, mais je suis bien à plaindre (2) ».
Or, cette nouvelle était fausse.
En réalité cette « grande expédition (3) », confiée au général Sir James Craig, forte de 8,000 à 10,000 hommes, ne devait partir de Porsmouth que le 17 avril, sous l'escorte des deux vaisseaux Queen et Dragon et de la corvette Bomb.
L'avis en fut donné à Nelson dans les termes suivants, par la lettre de l'Amirauté en date du 15 avril que porta le sloop Martin (i).
J'ai Tordi-e des lords de l'Amirauté de faire savoir à Votre Seigneurie que le contre-amiral Knight, avec les vaisseaux Reine et Dragon j partira demain ou après-demain de Spithead avec un convoi portant 5,000 hommes, qui doivent être débarqués partie à Gibraltar et dont partie doit être dirigée dans la Mériterranée. L'ordre des lords de TAmirauté est que votre escadre prenne position de façon à couvrir ce convoi dans son trajet de Gibraltar à la Méditerranée contre les entreprises que l'ennemi pourrait exécuter du port de Toulon.
Parvenu le 30 à hauteur du cap Finistère, Knight reçut l'annonce du passage de Villeneuve devant Cadix et de la retraite de sir John Orde. Se croyant en grand danger, Craig se réfugia à Lisbonne et, donnant une nouvelle preuve de la
(l) Partie d'Angleterre. Mahan, page €A8. (t) Very misérable.
(3) Voir sur ce sujet : Under England's Flag ; Mémoires dn capitaine Charles Boothley.
(4) British Muséum, vol. 34936. Cet ordre, complété le 17 avril, prescrivait en outre à Nelson, après sa jonction avec l'amiral Knigt, de renvoyer à Spithead les deux de ses vaisseaux qui auraient le plus besoin de réparations.
désinvolture avec laquelle les Anglais traitent les neutres, se prépara en cas d^approche des vaisseaux français à mettre la main sur les batteries qui domine le Tage (1).
U fallut pour le faire renoncer à ce projet que Junot, ambassadeur de France, menaçât la cour portugaise de partir si un seul soldat anglais était débarqué.
Craig dut donc remettre à la voile. Le 12 mai il arriva à Gibraltar, d'où il se rendit à Malte et enfin à Naples où il débarqua au milieu d'août (2).
De son côté, Nelson commençait à se douter de son erreur.
« Le 9, il quitta Palerme (3) avec l'intention d'aller à Tou- « Ion pour s'assurer que les Français n'y étaient pas retour- ^1 nés. Il rencontra un vent debout (4) qui le retint neuf jours « au sud de la Sardaigne, ayant parcouru moins de « 200 milles. » C'est dans cette région qu'il eut enfin des nouvelles positives.
« Nous apprenons, écrit-il le 16 avril au capitaine de « VjEtnay par un navire avec qui a communiqué le Levior- « thauj que la flotte française a été vue dimanche 7 avril par « le travers du cap de Gatta{5), par vent d'est et filant à « l'ouest. ... Je vais m'assurer que les Français ne sont pas « rentrés à Toulon, puis à l'ouest, c'est tout ce que je puis « dire à présent. Restez jusqu'à nouvel ordre près de Toro « où j'enverrai des nouvelles quand je serai fixé. Il est très *< probable que je quitterai la Méditerranée derrière l'en- « nemi. » Le lendemain 19, un navire venant de Gibraltar apportait la nouvelle positive du passage de l'escadre française le 9 avril.
Cette fois il n'y avait plus qu'à cherciier à regagner le temps perdu.
« Je pars pour l'ouest, écrit Nelson le 19 avril au
commandant de la Phœhé. Comme il est très probable que les Français ont laissé des frégates ou d'autres navires de guerre à Toulon pour porter des troupes en Sardaigne, à Naples, en
(1) Ce sera une bonne farce, dit à ce sujet Boothley (an excellent fun).
(2) n deyait ploi tard y retronver 18,000 rnsses.
(3) Mahan, loc. cit.
(4) De Tooest.
(5) An sad-onest de Carthagène.
Sicile bu en Egypte^ vous êtes chargé avec votre navire et VHydra, la Juno, le Niger et le Thunder de croiser entre le Toro et la côte Barbaresque pour intercepter toute expédition que l'ennemi pourrait envoyer en Sardaigne, en Sicile ou en
Egypte » Ainsi, au moment où le voile semblait s'être
déchiré, Nelson était encore sous Imfluence de son idée favorite et se privait gratuitement d'éclaireurs qui lui étaient plus nécessaires que jamais. Mais tout déçu et désolé qu'il fût, il envisagea la situation avec clairvoyance en voulant d'abord parer au danger le plus immédiat. Le 20 avril, encore retenu à 10 lieues à l'ouest de Toro, il s'écrie : « Ma bonne fortune semble envolée. Je ne puis avoir un vent qui ne soit pas contraire Puisque l'ennemi a depuis si longtemps passé le
détroit et fait sa jonction avec Tescadre espagnole de Cadix, voici mes intentions : J'ai envoyé V Amazone chercher des nouvelles à Lisbonne, je vais aussi vite que possible au cap Saint- Vincent, où j'espère savoir par V Amazone quelle est la destination de l'escadre française. Le fait qu'ils ont rallié les vaisseaux espagnols de Cadix me semble prouver qu'i/s n'ont pas rintention d'aller aux Indes occidentales^ ni au Brésil^ mais bien de débloquer le Ferrol et d aller de là en Irlande ou à Brest y car je crois que Villeneuve a des troupes embarquées. Si donc je n'ai pas de nouvelles^ je quitterai le cap Saint- Vincent et me placei^ai à cinquante lieues à l'ouest des îles Scilly, en m'en rapprochant lentement, de façon à ne pas manquer un navire qui m'apporterait des ordres. Ma raison pour prendre cette position est que de là je puis aussi bien rallier la flotte qui est devant Brest ou aller en Irlande, J'amène douze navires aussi beaux, aussi bien commandés et ordonnés que tout ce qu'on a jamais vu sur l'eau (i) ».
(1) L'escadre de Nelson comprend à co moment :
Victory UO canons.
Royal Sovereign 100 —
Canopus ; 80 —
Spencer 74 —
Leviathan 74 —
Tigre 80 —
Donegal 74 —
Congueror 74 —
Superb 74 —
Belleisle 74 canons.
Swiftsure 74 —
Î Active.
Amazone, Décade,
Transport Camel.
S Childers.
^^^P« \Ariel.
Un autre danger paraissait menaçant.
L'expédition dont il avait appris le départ d'Angleterre pouvait avoir été rencontrée dans TOcéan et détruite par Villeneuve. Toutefois Nelson pouvait espérer que le Fishgiiardj expédié de Gibraltar le 15 avril, peu après le passage des Français, aurait donné l'alarme. En outre, la division qui bloquait Cadix devait avoir prévenu assez à temps pour faire retenir les transports à Spithead.
Le 5 mai, à 10 h. 30 du matin, Nelson jeta l'ancre dans la baie de Tetuan(l) où une nouvelle déception l'attendait.
« Je crois que ma mauvaise chance va encore durer longtemps, car j'ai tout lieu de craindre que S. John Orde n'a pas fait garder le contact de l'ennemi, ni pensé à me prévenir de sa destination. Je ne puis pourtant pas aller aux Antilles sur de simples suppositions et, d'autre part, si je tarde, la Jamaïque peut être perdue. »
De fait, S. John Orde, qui avec ses cinq vaisseaux bloquait Cadix, avait pris chasse dès l'approche de Villeneuve, sans garder le contact et sans profiter des bonnes chances que lui donnèrent le désordre de la marche de l'armée combinée et le retard des vaisseaux espagnols ; enfin en laissant en grand danger l'expédition de Craig si les alliés étaient restés dans ces parages.
A la vérité il avait, le H avril (2), prescrit au capitaine Sutton, commandant VAmphion avec le Beagle et le Wasp, de se placer au cap Saint- Vincent, de prendre sous ses ordres tout navire anglais dont le chef serait moins ancien que lui et d'observer l'ennemi. <( Au cas où celui-ci paraîtrait se diriger vers rouest, la nouvelle en serait transmise directement à l'escadre de la Manche sous Ouessant. » Cette idée que l'escadre combinée allait vers fouest, se manifesta aussi par la lettre par laquelle Orde annonçait à l'amiral Gardner le danger qu'il avait couru et son intention de le joindre avec ses cinq vaisseaux (3).
10 avril 1805.
Hier, étmt à Tancre, j\ii failli être obligé 5 combattre les 20 ou
(1) Pour faire de Tean,
(t) Brttùh Muséum, vol. 34930. Rapport de Orde,
(3) Lettre à Oardner, transmise par celui-ci le 28 avril. (Record office, Channel fleet).
24 voiles de la flotte de Toulon, peut-être renforcée de Tescadre de Cartha-
gène /c crois qu'ils vont dans V ouest.
Aucune nouvelle de Nelson. Sans doute il sera allé en Egypte.
Ordk.
11 en est de même de la lettre adressée le même jour à Nelson (i).
J'ai été obligé d'abandonner mon poste devant Cadix par une force ennemie supérieure apparue brusquement, venant de Test, l'après-midi du 9 courant
Je ne puis dire quel est l'objet immédiat de cette force considérable (après la jonction faite h Cadix), mais je pense qnelh est destinée pour V ouest. Ne sachant ni les intentions, ni les mouvements de Votre Seigneurie, je rallie l'escadre de la Manche avec les bâtiments G/ory, Renown, Defenee, Polyphetnus, Agamemnon, Ruby. Mon appui peut y être utile dans ce moment critique Je laisse cependant une division de frégates et de corvettes, sous les ordres du capitiine Sutton, au cap Saint-Vincent, pour prévenir ou faire prévenir par tous navires disponibles, soit Votre Seigneurie si l'ennemi rentre dans la Méditerranée, soit l'escadre de la Manche si l'ennemi va .\ l'ouest.
De fait, Orde rallia, le 30 au matin, Tescadre de la Manche (2) ; Calder, qui était devant le Ferrol, avait été prévenu, dès le 16, du passage des Français à Gibraltar et Gardner le 22 (3). Les précautions se trouvaient donc prises : au cas où l'escadre franco-espagnole se serait portée vers le nord, la concentration se serait faite sous Oucssant.
Si l'escadre combinée va vers le noixl, écrit en eflfet Gardner,
le 27 aTril, je compte être joint par Orde et Calder et j'espère que Vos Seigneuries m'enverront les renforts qu'elles jugeront nécessaires.
Gardner.
De plus, Gardner semble avoir deviné depuis quelque temps déjà que Tescadro de Brest pourrait aller débloquer le Ferrol; ainsi qu'en témoignent les deux lettres suivantes :
19 avril 1806.
I.e Terrible m'a joint hier et je lai envoyé à Sir R. Calder devant le
(1) British Muséum, vol. 34929.
(2) Lettre de Gardner, 30 avril (Record office. GbaaDel fleet).
(3) Lettre de Gardner, tt avril (Record office. Cbannel fleet).
Ferrol Il ^a être forcé de s*a(foiblir pour se réapprovisionner. Aussi
j'exprime humblement TaTis qu'il ne pourra tenir le blocus s*il n'est pas renforcé. Si Vennemi s'échappe de Brest, ce qui est rien moins qu improbable^ et se joint aux iO ou 12 vaisseaux qui sont au Ferrol y Caldrr sera en grand danger.
n aynl 1805.
J'apprends ce matin par le Melampus que \\ Tui.Hse4iux français et 7 frégates
ont passé le 9 A Gibraltar; on dit qu'ils ont 10,000 hommes à bord
Sir Robert Calder a reçu cette nouvelle le 10 devant le Ferrol. Il avait alors
6 Taisscaux et quelques frégates avec lui On dit que les Espagnols ont
8 Taisseaux à (^adix outre V Aigle Je crois que la flotte de Brest va tenter
de sortir et je les observe de près avtr mes 17 vaisseaux (1).
Nous verrons dans un moment quelles mesures avait prises l'amirauté pour le cas où Tcscadre franco-espagnole irait dans Touest. L'incertitude où se trouva un moment le commandement anglais incombe donc au seul Sutton, qui perdit complètement le contact, au point qu'il put annoncer que le 22 avril Villenetwe était encore à Cadix [2).
Pendant ce temps les indices affluaient pour prouver à Nelson que les vaisseaux ennemis étaient partis pour l'Amérique. Depuis un mois qu'ils ont passé le détroit de Gibraltar ils auraient fait parler d'eux s'ils étaient restés dans les mers d'Europe. Or, Nelson apprend (3) que, jusqu'au 28 avril, on n'avait rien su d'eux à Lisbonne; le lendemain, pendant les quelques heures qu'il passe à Gibraltar pour embarquer des vivres, aucun renseignement n'arrive de l'Océan ; le 10 seulement, étant par le travers du cap Saint-Vincent, il a des nouvelles. UAniazojie lui apporte le compte rendu d'un brick américain parti de (]adix le 2 mai. Très complet au sujet des événements qui ont marqué l'apparition de Villeneuve et la sortie des Espagnols, ce document ajoute :
c( Les opinions au siyet de la destination de l'armée combi- « née sont diverses : d'après les uns elle va en Irlande ; « d'après les autres, aux Indes occidentales ; en particulier à « la Jamaïque. Il y a à bord 3,000 soldats espagnols, dont « beaucoup de cavaliers, et 7,000 à 8,000 Français sous
(1) Record office. Channel fleet.
(t) Lettre de l*amiral Qambier, du 3 mai. (Brilish Muséum ^ vol. 340S0.
(3) Par VHalcyon, le 6 mai, baie de Tetoan.
« Laurisfon » Un peu avant était arrivé Tavis donné par
l'amirauté qu' « un convoi portant 5,000 soldats était en route pour la Méditerranée et que leur protection était confiée à Tescadre de Nelson ». C'était, on Ta vu, l'expédition de Craig. Enfin, tandis que l'escadre passait la nuit mouillée à Lagos, « le contre-amiral Campbell, alors au service du « Portugal, vint à bord du Victor y et donna l'assurance for- « melle que Villeneuve était parti pour les Indes occiden- « taies ». Le lendemain 11, arrivait le convoi de troupes escorté par deux vaisseaux et qui n'avait fait aucune rencontre. Celte fois, Nelson était fixé ; laissant le contreamiral Bickerton pour commander dans la Méditerranée, joignant au convoi son vaisseau le Royal-Sovereign^ qui marchait mal, se faisant précéder d'un sloop envoyé à la Barbade, à 7 heures du soir il leva l'ancre. « Le sort en est jeté, écrit-il, je pars pour les Antilles. Bien que je sois en retard, la fortune aura peut-être donné à l'ennemi une mauvaise traversée et m'en donnera peut-être une bonne. » A la nuit il était déjà à 7 lieues au nord-ouest du cap Saint- Vincent et se lançait avec son escadre au travers de l'Océan.
On est en droit de rechercher les raisons qui décidèrent Nelson â ce dernier parti, pris si tardivement, puisque Villeneuve avait déjà un mois d'avance.
Le fait devenu certain, que, pendant tout ce délai, l'escadre franco-espagnole n'avait paru ni devant le Ferrol, ni devant Rochefort, ni devant Brest, ni enfin en Irlande, n'impliquait pas d'une façon absolument certaine l'abandon des mers d'Europe. Villeneuve aurait pu, en effet, avoir l'ordre de croiser très au large de Brest, comme il avait été ordonné par le plan du 25 mai 1804, pour être à même, soit de fondre inopinément sur une des escadres de blocus, soit d'entrer dans la Manche. Dans de telles conditions, le départ de Nelson pour l'Amérique le mettait forcément hors de cause. Si, au contraire, Villeneuve avait réellement pour objectif la prise d'une des colonies des Indes Occidentales, il y avait tout lieu de penser que le mal était déjà fait, et cela sans remède. En outre, l'escadre anglaise, forte de 10 vaisseaux, allait se trouver loin de tout secours en présence d'une force double. Dans ces conditions, il semble que la première idée de Nelson d'aller croiser à 50 lieues à l'ouest des îles Scilly était la meilleure, et puis-
qu'il a eu cette intention, on doit rechercher à quelles influences il céda en y renonçant.
On ne sait pas au juste quelle fut la nature de la communication faite le 10 mai à Nelson par le contre-amiral Campbell ; mais, à n'en pas douter, ce dernier eut une influence décisive et avouée, car, peu de temps après, il fut privé de son commandement dans la marine portugaise, sur la demande formelle de Fambassadeur français.
Sans que ce qui va suivre prouve aucunement que Nelson, en partant pour les Antilles, exécuta un ordre reçu, on va voir qu'il ne fit en somme que se conformer aux intentions de son gouvernement.
Une lettre du mystérieux « ami » (1) datée du 1*^ mars 1805 bien que paraissant n'être parvenue à Dresde qu'assez tard (2), permet de croire que, depuis un certain temps déjà, les Anglais étaient au courant d'uu projet d'expédition aux Antilles.
L'Angleterre saura dans huit joui-s le prtVis de ce que je vous dis là, mais sans aucun détail qui puisse la conduire à « Tami » ; je ne m'y fierai jamais, ni à elle, ni à d'autres; mais elle ajoute une foi entière à ces sources, à Paris; elle s'en est trop bien trouvt^e pour ne pas le faire. La malheureuse Espagne a été réduite à confier ses marins à Gravina, malgré les avis redoublés d'Heras, qui les tirait de bons lieux, assurément, et, dès lors, elle est dans un péril hors de toute mesure. Gravina, habile et brave, mais cupide et ardent, n'est pas naturellement un Espagnol : il est i\ Bonaparte d'une manière indissoluble ; il suivra ses instructions, et elles sont extravagantes; la rage seule les a dictées et la négligence la plus coupable en Angleterre peut seule y donner du succès. Dans cette position, tout à fait changée de ce qu'elle devait être, le successeur de Latour n'a rien eu de plus pressé que d'avertir, de sorte que cette guerre, par ce seul fait, devient une guerre acérée où l'Espagne, faisant tout le mal qu'elle pourra faire, doit s'attendre à être traitée impitoyablement; si elle a des succès, ils seront courts, et sa ruine nous parait à pi*ésent inévitable.
Si la flotte de Toulon peut sortir, elle ira s'unir à Gravina qui, en aucun cas, ne doit entrer dans le détroit. Si celle de Rochefort peut sortir, elle se réunira à Gravina. Celle de Toulon avec 4,000 hommes de débarquement, Gravina avec 3,000, doivent se porter aux Indes occidentales et attaquer la Jamaïque.
C'est l'ordre de Bonaparte; elles ne le feront pas, car il y a 14,000 hommes en état de défense dans cette île, et nous ne les croyons pas assez fous pour courir des dangers si extrêmes ; mais ils iront ravager les Antilles et les rançonner, et finiront par se porter à la Martinique dès que les Anglais seront en
(1) Communiqaée par M. Pingaud.
(t) Le 22 mai. A Dresde résidait d'Ântraigues, correspondant de 1' « ami ». IV. 32
jf;
mesure de les battre; mais aussi, dès lors, la vengeance sera implacable, et, si TAngleterre ne s'abuse, la clef du Mexique est dans sa main ; ce sera une ruine totale pour l'Espagne.
En outre, une lettre de Paris, datée du 23 avril (1), et reçue sûrement celle-là, s'exprime ainsi :
L'escadre de Brest se prépare i\ partir, elle a 18,000 hommes à bord, Tamiral a 900,0Û0 francs en caisse. .... 4 vaisseaux et 4 frégates, commandés
par Magon, se préparent à Rochefort et sont destinés à Sainte-Hélène On
ne sait pat positivement la destination de V escadre de Toulon qtU est ressortie de Cadix^ on s'accorde après à l'envoyer aux Antilles (en français dans la lettre de Gardner)
.D'autre part, le Moning Chronicle du 9 mai disait :
Ij. De toutes les conjecttm's qui ont été formées sur la destination de U flotte
H de Toulon, celle qui a fait le plus d'impression et causé le plus d'inquiétudes
;| est que cette flotte, après avoir dégagé les escadres de Cadix et du Ferrol et
balayé tous les blocus, pourrait se joindre à la flotte de Brest pour Tenir ensuite occuper le Canal (la Manche), tandis que la flottille de Boulogne amènerait en
Angleterre une armée de iOO,000 hommes Pendant les huit jours qui
, Il viennent de s'écouler, personne n'a dormi tranquille. Qu'on juge de la situa-
tion où les Ministres nous ont mis, puisqu'ils nous ont réduits à désirer que les Français se contentent d'aller conquérir nos possessions coloniales et raTager nos établissements (2).
j On doit en conclure qu'avant le 9 mai, c'est-à-dire avant
i ^ que Nelson sut positivement le départ de Villeneuve pour les
Antilles, on connaissait à Londres la destination de l'armée
combinée.
D'autres lettres, celles-là postérieures à la résolution prise
par Nelson, indiquent que cette croyance était générale à i Londres.
(I) Transmise à Nelson par Gardner, le 19 mai (fteoord ofBcs, ChanMl llMi) i
A bord de VBibemia, sous Ouessant.
...... J^igoate une copie de reoseignemeots privés venus de Paris, relativement à la
flotte française de Brest, forte de tl vaisseaux, et que J'ai tout lieu de croire toute prâte k profiter de la première occasion pour appai*eiller. Je TobscrTO avec 18 taisseaax. fllr Robert Calder est devant le Ferrol avec 6 vaisseaux; il en bloque 13. Lord Collingwood est prêt à partir de Cawsand avec 8 ou 9 vaisseaux approvisionnés pour une campagne lointaine
(?) Voir ci-dessous : Lettre de Decrès du l*!* juin.
« On croit ici, écrit Lord Radstock le 21 mai(l), que la flotte combinée est partie de Cadix pour les Indes occidentales.
Cela est fort probable » Le 13 mai déjà, il disait : « Je
« crains fort pour Nelson ; la clameur populaire s'élève contre « lui, et, si nous perdons la Jamaïque, ce sera assez pour « faire oublier tous les services qu'il a rendus .... »
On va voir Tinfluence de ces renseignements et de l'opinion générale sur les décisions prises par le gouvernement anglais.
La nouvelle du passage de Villeneuve à Gibraltar détermina l'Amirauté à adresser, dès le 25 avril, l'ordre suivant « à r officier le plus ancien présent à Gibraltar (2) ».
L'ennemi ayant passé le détroit le 9 courant, vous étos invité, au cas où tous apprendriez que lord Nelson n'est pas à la poursuite de Tennemi ou n\i pas envoyé après lui une force égale à la sienne, à prescrire aux commandants des vaisseaux Quecn et Dragon (3) de se porter en toute hâte à la Barbade et de se mettre sous les ordres de Tamiral Cochrane ou de Tofficier commandant en chef à Tépoque au^ Iles sous le Vent.
Si tout ou partie de Tescadre de l'amiral Nelson a suivi Tennemi, vous prescrirei aux vaisseaux Queen et Dragon de rallier Tarn irai Orde devant Cadix et TOUS ferez escorter le convoi par le Lively et une autre frégate jusqu'à destination, et où le général S.-J Craig voudra se rendre.
Un autre ordre du 27, adressé à l'amiral Collingwood, lui prescrit ainsi qu'à Orde de se rallier à Madère et de se mettre à la poursuite de l'ennemi.
Mais le 30, Gardner, qui vient de rallier ces deux divisions, fait preuve d'une initiative singulièrement hardie (4) :
J'ai reçu avis de l'ordre du 27 prescrivant à Orde et Collingwood de se
joindre à Madère et de se mettre à la poursuite de l'ennemi Dans les
conditions actuelles. Je prends sur moi de différer le départ de l'amiral Collingwood, jusqu'à nouvel ordre, ou jusqu'à nouvel avis sur les mouvements de l'ennemi.
Gahdner.
L'envoi de l'escadre de Collingwood aux Antilles aurait rendu inutile le voyage de Nelson. Aussi, fidèle à sa tactique
(1) Cité par Mahan, page 651.
(t) British Muséum, vol. 34930.
(3) Qui escortaieiit le convoi de Craig.
(4) Record office, Channel fleet.
de concentrer à l'entrée de la Manche le plus de forces possibles, dès qu'il y avait incertitude sur les projets de Tennemi, TAmirauté rédigea le 9 mai l'ordre suivant, appelant sous Ouessant une partie de l'escadre de la Méditerranée.
Nous aTons appris qu'une escadre française, forte de 12 vaisseaux, 7 frégates et 2 bricks, partie de Toulon, a passé le détroit le 9 avril. Vous êtes invité à laisser dans la Méditerranée, sous les ordres de Fofficier général le plus ancien après TOUS, le nombre de vaisseaux et de frégates que vous jugerez nécessaire
pour observer les ports de Toulon et de Carthagène Votre Seigneurie se
portera devant Cadix où elle laissera le Lively^ VAmphiorij une autre frégate, deux sloops, a\ec la mission de suivre les progrès des armements qui se font dans ce port et de renseigner l'officier commandant l'escadre du Eerrol et l'Amirauté.
Vous ne perdrez pas de temps pour gagner Ouessant et vous mettre sous les ordres de Vomirai Gardner^ commandant l'escadre bleue.
Si vous préférez garder votre commandement dans la Méditerranée, vous êtes libre de le faire en envoyant à l'amiral lord Gardner les navires qui ne devraient pas observer Toulon, Carthagène et Cadix (I).
En même temps un nouvel ordre, daté du 10, invitait Collingwood à se préparer pour l'expédition des Antilles, mission déjà donnée le 27 et que Gardner avait pris sur lui de suspendre. Cette fois l'amiral obéit.
J'ai envoyé l'amiral Collingwood à Cawsand avec les vaisseaux mis sous ses ordres, suivant vos instructions. Une tempête de nord-ouest m'a éloigné de ma station Ci-joint deux renseignements :
i® Le 12 mai, Y Impétueux a appris d'un brick danois que la flotte combinée était allée à Lisbonne ;
2*» Le cutter Nemrod a su d'une galiotte suédoise qu'on suppose la flotte partie pour les Antilles.
Les lords de l'Amirauté m'ayant prescrit, par ordre du iO courant, de mettre aux ordres de l'amiral Collingwood 10 vaisseaux, outre le Dreadnought, pour se rendre à la Barbade, j'ai prescrit au Warrior de se porter à Plymouth pour se mettre î\ la disposition de l'amiral Collingwood (2).
Effectivement, le 17 mai, l'amiral Collingwood reçoit à la baie de Cawsand, où il est allé chercher ses approvisionnements, les instructions suivantes (3) :
(1) British Muséum. Nelson 's paper, toI. 34930.
(2) Lettres de l'amiral Gardner, 12 et 15 juin. Record office, Channel fleet.
(3) British Muséum^ vol. 34936.
Vous vous porterez sur Lisbonne, vous rallierez Tamiral Knight et le couvrirez jusqu'au cap Saint- Vincent.
Au cas où, sur votre route pour Lisbonne ou Cadix, vous rencontreriez lord Nelson, vous vous rangeriez sous ses ordres, en lui remettant copie de vos instructions.
Si l'ennemi est parti de Lisbonne et si la flotte combim^e est à Cadix, vous devrez bloquer ce port avec 14 vaisseaux de ligne et rallier le Dragon et le Queen.
Si vous apprenez de façon positive que Fescadre combinée a fait route pour les Antilles et que V amiral Nelson fy a suivie, vous détacherez de ce côté assez de vos vaisseaux pour que lord Nelson en ait 42 au total, pourvu que la force de Tennemi ne dépasse pas i8. Mais si cela arrive, vous donnerez en sus
à lord Nelson autant de vaisseaux que les alliés en ont au-dessus de i8
Si lord Nelson n'a pas suivi Tennemi aux Antilles, vous le poursuivrez à la Barbade avec 12 vaisseaux, si Tennemi n'en a pas plus de 18, et, s'il en a plus de 18, vous en emmènerez, en sus de vos 12 premiers, autant qu'il peut en avoir au delà de 18*.
On voit tjue cette fois les lords de TAmirauté s'étaient souvenus du caractère de Nelson et avaient prévu le cas où de lui-même il serait parti à la poursuite de Tennemi.
Collingwood était déjà en route avec 9 vaisseaux pour se rendre à Lisbonne quand, le 5 juin enfin, arrivèrent à la fois à Londres les lettres de Nelson en date des 6, 7 et 9 mai. L'Amirauté y répondit le même jour par une approbation formeUe.
Les lords approuvent la décision que vous avez prise de suivre l'ennemi aux Antilles (1).
De tout cela on peut conclure que l'idée d'une expédition franco-espagnole aux Antilles était familière aux amiraux anglais et répandue dans l'opinion publique. Si Nelson n'était pas allé à la suite de Villeneuve, Collingwood était prêt à le faire à peu près avec les mêmes forces, et l'infériorité d'un tiers admise par les instructions du 17 mai pouvait être compensée par la jonction aux Antilles avec les six vaisseaux de Cochrane. En même temps, était appliquée la consigne générale et déjà ancienne de rallier tous les détachements à l'en-
(1) British Muséum. Nelson's papers, vol. 34950.
Irée de la Mancho. C'est ce que fait de lui-même Orde, c'est ce que feront plus tard Calder et Nelson. Dans ces conditions une diversion, si éloignée qu'elle soit, a peu de chances de succès.