‹ 1793-1805 (volume 3)Chapitre 26 sur 81 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

LES NOUYEAnX ORDRES A VILLENEUVE (14-27 AVRtt)

Dès qu'il apprit la sortie de Villeneuve (1), TEmpereur en prévint Ganteaume, le pressant de partir à son tour.

Au vioe^àmirAl Ganteaume (3).

Troyes, 13 germinal an xiii (3 ayril 1805).

Monsieur le Vice- Amiral,

L*escadre de Toulon a mis à la voile le 9 germinal, composée de 11 vaisseaux, 6 frégates et î bricks; le vent était nord-ouest; on Favait perdue de vue. Le télégraphe m*a instruit de votre sortie k Bertheaume. J'espère que, si vous êtes encore en rade, vous ne tarderez pas à mettre & la voile. Le tout est de donner, pour point de ralliement, des parages où il n'y a point d'ennemis, et alors vous avez peu à craindre de sortir de nuit, n'ayant pas k redouter les séparations. Si vous passez devant le premier point où vous devez aller, ne faites, que passer et ne restez pas plus de douze heures en panne et à tirer des bordées. J'imagine que vous aurez expédié votre courrier k Rochefort; écrivez-lemoi par le retour de mon courrier, que vous dirigerez sur Lyon, et apprenezmoi que vous mettez à la voile. Dites au préfet maritime de donner au courrier une dépêche qui me fasse connaître la situation des affaires douze heures après

votre départ.

Napoléon.

Mais, au moment même, le commandant de Tescadre de Brest rendait compte des difficultés que devait causer à un nouvel appareillage la rentrée en deçà du goulet.

(1) Le 3 avril. Lettre à Deerès. Correspondance de Napoléon, 85t0. (t) Corf*e$pcndance de Napoléon ^ STbi.

A bord da Taisseaa de Sa Majesté, l'Impérial, en rade de Brest, le 13 germinal an xin (3 ayril 1805) (1). Monseigneur,

Votre Excellence a été informée par ma dernière lettre à Sa Majesté Impériale, dont j'ai eu Thonneur de vous adresser copie, que Tannée navale était rentrée à Brest, le 8 (29 mars) du courant. Le 9 (30 mars), les vents étaient au sud-ouest, et je m'attendais au coup de vent de Téquinoxe. Contre mon attente, le 10 (31 mars), les ii et 12 (!•' et 2 avril), les vent» de la partie de Touest-nord-ouest n'ont pas été assez forts pour disperser l'ennemi, et le temps, malgré la mauvaise apparence, s'est purgé par une grosse pluie; aujourd'hui, les vents sont encore à l'ouest-nord-ouest, très petit frais.

L'armée anglaise n'a pas cessé d'être signalée sous Ouessant, au nombre de 18 vaisseaux.

Nous sommes toujours en appareillage, et Votre Excellence peut compter que nous saisirons pour sortir le premier moment favorable.

Je suis avec respect. Monseigneur,

Votre très humble et très obéissant serviteur.

Ganteaume.

Simultanément d'autres ordres furent envoyés pour presser les préparatifs au Ferrol des 4 vaisseaux français et des 7 vaisseaux espagnols. « II. faut sortir, écrit Napoléon le 4 avril à Decrès, n'eut-on qu'un mois de biscuit (2). » Or les 7 vaisseaux espagnols du Ferrol n'avaient que dix jours de vivres. « Il « faut qu'ils en aient trente et qu'ils suivent au premier signal « du contre-amiral Gourdon, sans quoi on manque le projet « de campagne (3) . » Ganteaume est prévenu qu'il trouvera au Ferrol H vaisseaux prêts à le suivre. « L'essentiel, ajoute l'Empereur, est de ne pas perdre de temps devant le Ferrol (4). » En outre, en raison de la pénurie des vivres où sont les Espagnols, la flotte de Brest doit leur en fournir.

Le Ministre de la marine à l'amiral Ganteaume (5).

Paiis, le 18 germinal an xiii (8 avril 1305). Monsieur rAmirul,

Je rerois votre lettre du 13, par laquelle vous m'informez des temps qui ont

(1) Archives de la MaHne, BB'v, 124.

(î) Correspondance de Napoléon, 8527.

(3) Correspondance de Napoléon à Laccpède, 7 avril, 8543.

(4) CotTespondaiice de Napoléon à Ganteaume, 7 avril, 854 î. (o) Archives de la Marine, BB»^, 124.

succédé à Totre rentrée, de la présence et du nombre des ennemis en croisière et de Tos dispositions à saisir le premier moment favorable pour appareiller. Je Tois, par une lettre particulière que tous m^avez adressée, que les flûtes qui étaient restées en arrière seront réunies sous deux jours k Tescadre. Vous observez que les 240,000 rations qu'elles ont à bord tous paraissent suffisantes. Cette quantité pourrait suffire, en effet, si vous n'aviez que quatre vaisseaux à pourvoir, mais je dois vous informer que l'intention de l'Empereur est que tout ce qu'il y a de vaisseaux alliés prêts à prendre la mer se joignent à vous; car je sais qu'il y a au Ferrol 7 vaisseaux et 2 frégates qui ont peu ou point de biscuits, et auxquels je viens d'expédier l'avis qu'ils devront se joindre à vous, n'eussent-ils qu'un mois seulement de biscuit ou farines, attendu que vous leur en fournirez du supplément.

Je pense donc qu'il est nécessaire que vous preniez un grand approvisionnement, et peut-être les 300,000 rations que j'avais commandées sont-elles audessous du besoin. Les 240,000 rations que vous avez sur les flûtes donneront deux mois environ à la division du Ferrol. Par les états que le contre-amiral Gourdon m'a envoyés, il compte qae cette division a au moins deux mois de biscuit et quatre ou cinq en toute autre denrée; ainsi, moyennant ce que portent vos flûtes, elle aura au moins quatre mois de viyres. Dans cet état de choses, je crois que les 240,000 rations complètes que vous embarquez suffisent, mais qu'il faut embarquer sur le Vuicain tout ce que l'on pourra de biscuit et de farines, sans autres denrées faisant ordinairement partie de rations. Ainsi, en se bornant aux 240,000 rations embarquées, le port peut fournir 378,000 rations de biscuit ou farine et le Vuicain peut les prendre ; il faut les embarquer et, h défaut de cette quantité, en approcher autant qu'il sera possible.

Vous voyez de quel effet seraient les 378,000 rations.

En calculant le vaisseau espagnol à 600 hommes d'équipage, elles font aux sept vaisseaux de cette nation un approvisionnement de trois mois ; mais comme elles encombreront plus de 350 tonneaux, je ne sais si le bateau pourra les prendre. Il est bien entendu toutefois que ces approvisionnements ne vous retiendront point, car Sa Majesté approuve toute l'impatience que vous avez d'appareiller et elle y apprendra l'événement avec une satisfaction toute particulière.

Recevez l'assurance de mon inviolable attiichement.

Degrés.

De fait, à ce moment, les H vaisseaux du Ferrol sont prêts.

Le contre^ amiral Gourdon, officier de là Légion d'honneur, commandant les forces navales de Sa Majesté, au Ferrol, à Son Excellence le Ministre de la marine et des colonies (1).

20 germinal, an xiu (10 avril 1805).

Monseigneur,

Les vaisseaux le Héros et V Argonaute sont absolument prêts à prendre la (1) Archives de la Marine, BBit, n9.

KOG TROISIÂMB PARTIB. — CHAPITRE VU.

mer et ont troU mois de biscuit à bord, arec à peu près lix mot! dans toutes les autres parties.

Le Duguay-Trouin Tient de recevoir la moitié de ses manœuvres courantes, et il faut encore quelques jours pour faire ce qui lai manque; cependant, il mettrait à la Toile dans cet état, si la circonstance qui doit nous y fiiire mettre se présentait.

Les voiles du Fougueux seront unies cette semaine ; toutes ses manœuvres sont à faire. J*ai fait des efforts pour les obtenir de Farsenal, cela a été impossible, de sorte qu'il faut nécessairement que celles du Duguay-Trouin soient finies pour qu'on fasse les siennes. Je ferai néanmoins tout ce que je pourrai pour que re travail soit promptement terminé et, comme le port a reçu hier une partie du chanvre, je vais renouveler mes instances, auprès du capitaine général, pour qu'on fasse un sacrifice en ma faveur; il se fait pour nous à peu près ^ quintaux de biscuit par jour, de sorte que j'espère que les quatre vaisseaux seront avant peu à trois mois, puisque deux y sont déjà, et que les deux autres ont à peu près 10 jours.

Votre Excellence est instruite que les 515 hommes du 79* régiment qui nous arrivent ne seront ici que le 5 floréal.

Lei Espagnols ont sept vaisseaux matériellement prêts; ils fabriquent du biscuit, mais ils n'en ont point encore embarqué ; je crois cependant qu'ils tarderont peu à en avoir assez pour être prêts à sortir.

Je vous rendrai compte, par le premier courrier, de leur véritable situation h cet égard.

Ils ont de très faibles équipages, composés de plus des deux tiers d'hommes qui n'ont point navigué.

Vescadre bloquante est toujours de sept à huit vaisseaux, une frégate et quelques corvettes; quoique depuis longtemps on annonce d'autres forces, nous n'avons encore vu que cela.

J'ai l'honneur d'être de Votre Excellence, Monseigneur, le très humble et très obéissant serviteur.

GOURDON

Le Wc6-am/ra/ Grandetlaha au contre -am/ra/ Gourdon (i).

J'ai reçu la lettre que vous m'avez écrite et les difl'érentes questions qu'elle renferme, et je ne vois aucun inconvénient à y répondre.

Vous trouverez ci-joint l'état de situation qu'il vous est prescrit d'envoyer à votre gouvernement. Je sens comme vous toute l'importance qu'il y a à ce que les vaisseaux espagnols sortent on même temps que vous, et dans le plus grand nombre possible, et Sa Majesté m'en a déjà donné l'ordre assez précis, pour que je l'exécute sans retard.

En raison de cet ordre, j'ai disposé cinq vaisseaux, le Prince, le Neptune, le Monarque, le Saint-A ugustin et le Saint-Fulgence, avec un mois de pain, et en outre trois mois dans les autres articles pour les équipages complets ; de

(1) Archives de la Marine, BB"^, îto.

sorte que nous sommes prêts à mettre à la voile, aussitôt que le moment se présentera, sans le moindre retard.

Si le séjour ici nous donne du temps pour avoir plus de pAin, j*augmenterai le nombre de vaisseaux, conformément aux ordres de Sa Majesté.

Il est constant que vous m'avox offert les paquets cachetés pour point de réunion et instructions. Je les recevrai aussitôt que vous me les remettrez. Il est bien entendu que, s'il est possible, il faudra augmenter le nombre de jours de vivres à bord de chaque vaisseau, dans le cas où notre sortie retarderait.

Pour le reste, J^apprécie la confiance que vous me manifcstei de la part de Sa Majesté, et Tassuranoe que vous lui donnez de mon zèle pour le servioe do mon auguste souverain, aux ordres duquel je. suis prêt à obéir.

Votre très humble serviteur.

Grandrllana.

Bien qu'au 1 1 avril Napoléon n'ait encore reçu aucune nouvelle de Villeneuve ni de Nelson, il a fait, sur les mouvements de ce dernier, une supposition que les événements ont confirmée. « Je calcule, écrit-il en effet le 7 avril, à Decrès (1), que Nelson, par le temps qu'il a fait, a dû retourner à la Maddalena ou dans quelque port de Sardaigne, à raison des vents d'est qui ont régné quelques jours avant le départ de Tescadre. » Il ne semble pas qu'il ait été prévenu avant le 24 avril du passage de Villeneuve devant Carthagène (2) le 11 ; en tous cas il ne savait encore rien lorsque, prévoyant que Ganteaume ne bougerait pas de Brest, il conmiença à préparer un nouveau plan d'c^érations.

Au vice- amiral Decrès (3).

Lyon, le Tl germinal an xm (II avril 1805). Monsieur,

Vous voye« qu'à Cadix, le 4 ventôse (24 février), les Espagnols avaient 6 vaisseaux. Il est impossible que mon escadre arrive devant Cadix avant le i^' floréal (2i avril) (i).

Je suis donc fondé à penser que Tamiral Gravina partira avec au moins 8 vaisseaux ; ce qui complétera mon escadre de Toulon à 20 vaisseaux, et, si Je faisais partir les 2 vaisseaux de Roohefort (8), j*auraii 22 vaisseaux.

(1) Correspondance de Napoléon^ 8540.

(t) Voir ci-dessus.

(3) Correspondance de Napoléon, 85ô8.

(4) Elle y est arrivée le 9 avril.

(5) De Tamiral Magon : VAlgésiras et V Achille.

Ayant toujours mon escadre de Brest en appareillage, comme elle est aujourd'hui, les Anglais seront obligés d'avoir toujours 20 vaisseaux devant Brest. Le retour de Missiessy les obligera à avoir une escadre devant Rochefort; maiSy s'ils le méprisent, je le ferai partir avant la fin de prairial {i9 juin) pour une croisière qui obligera Fennemi à le suivre. L'ennemi sera obligé aussi d'avoir une escadre au Ferrol, parce que j'y tiendrai 9,000 Espagnols embarqués et toujours en appareillage.

Dans cette situation de choses, mes 22 vaisseaux de Villeneuve pourraient doubler V Irlande et se présenter devant Dunkergue et Boulogne. Les mers deviendront bonnes, puisque nous serons au mois de juillet. Mon opinion serait donc que vous teniez vos instructions prêtes; que vous en envoyiez la minute, pour que je la signe, afin que les 2 vaisseaux de Magon, d'ici à quinze jours, quand nous perdrons l'espoir de faire sortir Ganteaume, puissent porter de nouveaux ordres à Villeneuve. Faites-moi connaître si j'ai prévu que les troupes espagnoles doivent être débarquées. Envoyez une lettre; Ganteaume la fera porter à Gravina par la croisière : que Ganteaume a dû lui faire connaître l'immense projet; qu'il doit débarquera la Martinique et à la Guadeloupe, oii nous en aurons soin; que je compte qu'il secondera, avec ses iO ou 12 vaisseaux, les efforts de ces escadres, qu'il trouvera sur les c^tes, et qu'à l'heure où il lira cette lettre si la jonction est opérée, les deux nations auront vengé les insultes qu'elles ont reçues de ces fiers Anglais depuis tant de siècles. Mais, tout en prenant ces précautions, je ne doute point que Ganteaume ne parte ; il est en trop bonne disposition. Envoyez des ordres à Rochefort pour cpi'on mette 150,000 rations sur une bonne flûte, que Magon mènera avec lui.

Faites à tout hasard partir de Bordeaux quelques bateaux chargés de quelques milliers de sacs de farine, qui se dirigeront en droite ligne sur la Martinique, et, si vous croyez avoir plus de sûreté avec des neutres, faites embarquer sur des neutres. Faites aussi fréter à Bordeaux, en grand secret et de manière que tout le monde le sache, et passez marché avec des neutres pour envoyer des farines à l'Ile de France; ce sont des choses que les espions ennemis ne manquent pas de faire beaucoup valoir et qui font toujours leur

efl'et.

Napoléon.

Au Wce-amira/ Ganteaume (i).

LyoD, 21 germinal an xm (1 1 avril 1805). Monsieur l'Amiral,

Je n'ai point de nouvelles de mon escadre de Toulon qui, cependant, est dehors depuis le 7. Un courrier que je reçois de Cadix, en date du 8 germinal, me porte la nouvelle que l'amiral Gravina est prêt à partir pour se joindre à l'escadre française avec 8 vaisseaux et 2 frégates, ce qui portera l'escadre du vice-amiral Villeneuve à 20 vaisseaux. Vous trouverez au Ferrol 8 vaisseaux espagnols et 4 français; j'espère donc que vous partirez du point de rendezvous avec plus de 50 vaisseaux. Portez avec vous le plus de biscuit que vous

(1) Correspondance de Napoléon, 8570.

pourrez. Si les irents ne vous ont pas encore permis de sortir, en tous tenant

prêt à profiter de la première occasion, elle ne tardera pas à se présenter.

Vous tenez dam vos mains les destinées du monde.

Napoléon.

Ce projet de faire revenir Villeneuve par le nord de Tirlande ne dure pas deux jours. Dès le 13 est étabU un nouveau plan impliquant la marche vers le Ferrol, puis le déblocus de Brest (1).

Au général Lauriston.

Lyon, 33 genninal an xiii (13 avri] 1805). Monsieur le Général,

Il y a quinze jours que vous êtes parti. Je ne sais pas si vous aurez passé devant Cadix, mais un courrier que fen reçois m'apprend que voiis aurez dû y trouver, indépendamment des vaisseaux français, 6 bons vaisseaux espagnols. Je viens d'apprendre, par les journaux anglais, la prise de la Dominique. J'éprouve cependant une petite contrariété, c'est que V amiral Ganteaume, hermétiquement bloqué et contrarié par des calmes constants, n'a pu encore sortir; il ne communique plus depuis huit jours avec la terre. J\ii peine à croire qu'il ne fausse pas dans ces huit jours un coup de vent, puisque nous ne sommes pas encore au 15 avril. Cependant, s'il en était autrement, et si, d'ici au \Omai, il ne pouvait partir, je me trouverais contraint de le retenir. J'en ferais prévenir l'amiral Villeneuve par deux frégates que je lui expédierais, et j'ordonne que tous les huit jours on lui expédie un brick. Aujourd'hui, tant pour augmenter votre escadre,, que prévoyant le cas où vous seriez arrêté en chemin et que vous n'arriveriez pas à la Martinique, je fais partir le général Magon avec t vaisseaux et 800 hommes; et si, un mois après l'arrivée du général Magon, vous n'avez reçu aucune des frégates que je vous aurai expédiées, et que l'amiral jugeât à propos et prudent de retourner en Europe, mon intention est que vous opériez votre retour sur le Feirol; vous y trouverez 15 vaisseaux français et espagnols tout prêts. Avec ces 35 vaisseaux vous vous présenterez devant Brest, oii Ganteaume vous joindra avec 21, e/, avec cette force de plus de 50 vaisseaux, vous vous présenterez dans la Manche et me trouverez à Boulogne. En attendant, illustrez votre expédition; prenez Sainte-Lucie si elle ne l'est pas, ou une autre île, si Sainte-Lucie est à nous. Laissez dans ces lies les troupes que vous y jugerez nécessaires. Que vous y laissiez le général Reille, il n'y aura pas d'inconvénient; il me suffit que vous vous en reveniez de votre personne. Vous vous ferez débarquer devant Boulogne, où vous me trouverez (2).

Napoléon.

(1) Correspondance de Napoléon, 8577.

(t) 11 est curieux de comparer les projets réellement formés avec ce qu'en dit l'Empereur à un homme du rang et de la situation de Cambacérès :

A M. Cambacérès.

Mon cousin, Lyon, 23 germinal an xm (13 avril 1805).

Par toutes les nouvelles que je reçois de Londres, il me parait que les Anglais sont très

510 TROISIÈMB PARTIE. — CHAPITRB VU.

Au ¥lce'^amlrtLl Decrèe (I).

LyoQ 13 germinal an xni (13 aTril 1805). Monsieur,

LVscadre do rnmiral Cochnme étiit deTîint Lisbonne le 4 mare. Elle a dû d'abord aller au rap Vert, et perdra un joor pour enToyer à terre et prendre langue au port. L^amiral MÎMiessy est trop habile pour s'être laissa \oir de ces îles. Si donc Tamiral anglais ne trouve pas là des renseignements, il ira à Madère; et, si h Madère il ne trouve point de n^nseignements, il ira aux Grandes Indes; c'est tout ce qu'im amiral et un officier général senst» doit faire dans sa position. La saison, la circonstance, tout indique que Tescadre de Missiessy est destinée pour les Indes orientiles. Si ramiral Cochrane reçoit des renseignements et va à la Martinique, il doit d'abord, s^il est sage, atterrir fur Surinam. Je pense donc qu'il n'arrifera devant la Martinique que du 1^' au 10 avril; s'il en est autrement, l'amiral anglais ne sait pas son métier, car une fois certain que Missiessy va en Amérique, rien ne peut lui prouver que sa destination n'est point pour Surinam.

Nous étions maîtres de l'Ile au 2î février; j'espère être maître de la mer quarante-C4nq ou cinquante jours.

L'amiral Cochrane n'a point de troupes à bord.

Je ne puis mettre en doute que les petits forts de la boie du Prince-Rupert ne soient soumis.

Le général Lagrange a 3,000 hommes. L'amiral auglais ne se hasardera point à débarquer les troupes qui sont à la Barbade pour reconquérir la Dominique; il tittendra le secours de Londres; d'ailleurs, l'île ne lui importe pas; son affaire est de suivre l'escadre française. Il ira à la Jamaïque, et de là à Terre-^Neuve, et les Anglais tiendront les mers de la Martinique avec deux seuls vaisseaux et quelques frégates. Les Anglais vont expédier 3,000 à 6,000 hommes à la Barbado; ils n'étaient point partis au 5 avril; ils ne seront point arrivés avant le 15 mai; le général Lagrange ne sera point attaqué avant le

piqués de la prise des Iles de la Doniiniqac et do Sainte-Lacie. Ils seront bton plus inquiets aujourd'hui, lorsqu'ils sauront le dîpart de mon eseadre de Toulon, sortie depuis quaiorse Jours sans qu'on en ait encore entendu parler. Si elle arrive à sa destination, elle pourra leur faire aux grandes Indes un mal plus considérable, car j'y si des intelligences avec les Mabrattes, et c'est aux officiers d'artillerie et du génie que leur a envoyés le général Decaen que sont dus les succès qu'ils ont obtenus dans les derniers temps.

Il parait que deux expéditions, de 5,000 à 6,000 hommes chacune, sont parties ofa se préparent à partir, l'une pour les grandes Indes et l'autre pour les Indes occidentales. Ce no sont ni des milices, ni des volontaires qu'on envoie, ce sont les meilleures troupes. Si donc notre flottille reçoit le signal, et est favorisée par six heures de bon vent, de brume et ûf* nuit, les Anglais, surpris, se trouveront dégarnis de leurs meilleures troupes.

Je suis fort content dos Lyonnais. J'irai voir leur fabrique aiiyourd'hui. Demain J'irai à lu Cathédrale entendre la grand'messe de PAques. Je partirai mardi pour Ohambéry.

Napolbon.

Correspondance de Napoléon, 8578.

(1) Correspondance de Napoléon, 8582.

I*' Juin; il aura donc eu trois mois pour se préparer à la défense. Mais les Anglais attaqueront-ils au mois de Juin, au milieu de la saison des fièyres? je ne le pense pas, ils n^ont pas de troupes. Il parait qu'ils envoient décidément 5,000 à 6,000 hommes aux Grandes Indes avec Comwallis. Mon opinion est quMls enTerront 3,000 hommes à lu Barbade et 8,000 à la Jamaïque, et que le gouverneur général de la Barbade aura l'autorisation de réattaquer au mois d'octobre, s*il le Juge contenable.

L^amiral Villeneu\e est parti le i*' a\ril; il sera le 15 mai à la Martinique. En cas de nécessité, il peut y débarquer plus de 5,000 hommes, compris les Espagnols; lia do 18 à 20 Taisseaux de guerre. L'escadre anglaise ne sera pas forte de la moitié. Si Sainte-Lucie n'est pas prise, il la prendra; et ces quatre lies se trouveront dans un parfait état de défense. Si l'amiral Gantcaume y arriTc, il peut y débarquer, si cela est nécessaire, plus de 5,000 hommes. Dans cet état de choses, je penserais qu'il faudrait faire partir le général Magon; sa mission attrait deux buts : 1" prévenir P amiral Villeneuve qu'au moment de son départ Vamiral Ganteaume n'était point encore parti, mais était en appa^ reillage; î« renforcer Vescadre de Vamiral Villeneuve et lui porter Vordre d'attaquer une autre Ue anglaise, sHl jugeait en avoir le temps.

Un autre but qu^aurait l'envoi du général Magon» serait que si, par des événements qui ne sont pas calculables, l'amiral Villeneuve n'arrivait pas, il put jeter ses 800 hommes dans les Iles et même se rétablir maître de la mer pendant une quinzaine de jours, si les Anglais n'y avaient qu'un Taisseau. Ainsi, si l'on suppose que l'amiral Villeneuve doit arriver à la Martinique, il n'y a aucun inconvénient à faire partir sur-le-champ le général Mngon. Si l'on suppose que l'amiral Villeneuve ne doive point arriver, il est nécessaire de faire partir le général Magon pour porter secours à nos trois îles, puisque des secours y sont nécessaires dès le moment qu'on a pris la Dominique. Enûn, je pense que let frégates la Didon et la Cybéle doivent être prêtes à partir pour porter 300 hommef de troupes, si l'amiral Villeneuve n'arrive point à la Martinique, ou porter d'autres instructions à l'amiral Villeneuve, lorsqu'il sera décidé que l'amiral Ganteaume ne part point, et que nous aurons, cependant, des nouvelles de nos flottes de Cadix et du nombre de vaisseaux espagnols qui s^y seront réunis; dès lort, nous saurons ce que nous avons à la Martinique.

Je renonce donc à l'expédition de la Perse ; j'y ai envoyé deux ministres par terre. D'ailleurs, 2 frégates me sont trop nécessaires, puisque l'escadre de Brest n'en a que 5. Quant k la frégate le Président, il faut qu'elle soit prête aussi. Si l'amiral Villeneuve est arrêté en chemin et n'arrive point à la Martinique, cette Arégate partira atec la Cybéle et la Didon pour porter 150 hommes de plus. Si, au contraire, l'amiral Villeneuve arrive, et que la C y bêle et la Didon parient sans troupe et pour porter des ordres, la frégate le Président serti en réaenre pour en porter après. J*ai reçu beaucoup de lettres d'hommes que j'entretiens & Londres ; leur opinion est que, si j'avais 6,000 hommes dans le golfe de Gambaye, les Anglais seraient dans un péril imminent.

Quant aux instructions à donner à l'amiral Villeneuve par les frégates la Cybéle et la Dicbn, dans le cas que l'amiral Ganteaume ne put pas partir, on ne peut fixer ses idées que lorsqu'on saura de combien de vaisseaux se compose l'escadre de l'amiral Villeneuve. Voila quatorze jours qu'elle est partie ; je la suppose bien pr^s du détroit. En rémmé, il faut aujourd'hui faire partir le

contre-amiral Alagon le plus tôt possible; qu'il porte 800 hommes , et s'il est possible, sans que cela le retarde, il faut lui confier une flûte chargée de vivres, ne fut-ce même que de farine. Gomme le général Magon sera instruit de ce qui se passe sur le théâtre où il va, il aura soin d*aborder avec précaution dans la Guadeloupe ou sur tout autre point que vous jugerez le plus convenable, afin qu'il puisse être informé de ce qui se passe. Donnez aussi Tordre au général Magon de faire remplir ses soutes de poudre; il serait possible que le fortUupert en coûtât une certaine quantité; quoiqu'il soit probable que le général Lagrange en aura trouvé au fort du Roseau suffisamment pour le siège. Cependant, cette précaution n'est pas inutile.

Quant aux lettres que le général Magon doit porter à Vamiral Villeneuve^ vous lui direz que voilà tant de jours écoulés depuis son départ, et que Ganteaume n'a pu encore partir; qu'il est sorti pfusieurs fois, qu'il est en très bon état, et qu'il y a lieu d'espérer qu'au premier coup de vent il sera dehors; qu'il ne doit pas s'impatienter ; il doit regarder ce^ dix-huit jours (i) dans ses instructions comme non avenus, et se concerter avec le général Lauriston et les différents capitaines généraux pour faire tout le mal possible à l'ennemi pendant le temps quil sera maître de la mer^ sans cependant s'éloigner assez pour que l'amiral Ganteaume, arrivant, fut obligé d'attendre longtemps pour se réunir; que je ne doute pas que Sainte-Lucie ne soit à nous.

Vous trouverez ci-joint une lettre adressée au Ministre de la guerre; vous la remettrez à celui qui est chargé d'expédier les ordres au Ministre de la guerre, et vous vous chargerez d'en faire transmettre le résultat à Rochefort,

Napoléon.

24 germinal an xiii (14 avril 1805).

Comment arrive-t-il que la Topaze ne soit pas encore rendue à Rochefort? Elle pourrait être très utile à l'escadre du contre-amiral Magon.

Cette lettre est déjà bien longue. Je viens de traverser la ville de Lyon en grande pompe, pour aller voir les manufactures, ce qui ne m'a pas empêché de songer à nos affaires. Cette idée m'est venue, dont vous pouvez toujours instruire l'amiral Villeneuve par l'amiral Magon, en lui annonçant que 3 frégates et 3 bricks, prêts à partir, lui porteront définitivement des nouvelles de l'amirai Ganteaume ; que si, cependant, rien de tout cela n'arrivait et qu'il jugeât son retour imminent, mon intention est, s'il a sous son commandement au moins 20 vaisseaux de ligne, compris les Espagnols, qu'il vienne au Ferrol, où il trouvera certainement 15 vaisseaux français et espagnols; et, avec ces 35 vaisseaux, qu'il se présente devant Brest où, sans entrer, il sera joint par l'amiral Ganteaume ; et avec les 56 vaisseaux que lui formera cette jonction, qu'il entre dans le canal ; mais qu'il doit attendre à la Martinique plus de temps que ne le portent ses instructions, parce que voilà vingt jours qui, sûrement, sont perdus. Comme cette dépêche est de la plus grande importance, j*ai dû récrire moi-môme ; vous la trouverez ci-jointe. Faites-là partir immédiatement pour Rochefort.

Napoléon.

(1) (sic) Les instructions portaient 40.

Au viœ^amiral Villeneuve (1).

Lyon, ti germinal an xiii (U arril 1805).

Monsieur le Vice- Amiral,

Vous devez être arrivé à notre lie de la Martinique avec lî de nos vaisseaux et au moins 6 vaisseaux d'Espagne ; le contre-amiral Magon vous en amène 2. Notre intention est que *t, trente-cinq jours après Carrivée du contre'amiral Magon^ vous n^aviez aucune nouvelle de Vamiral Ganteaume, que vous devrez supposer retenu par les circonstances du temp<t et le blocus de r ennemi f vow opériez votre retour directement, et par le pltis court chemin, sur le FerroL Vous y trouverez 15 vaisseaux français et espagnols qui porteront votre escadre à 35 vaisseaux. Avec cette force, vous vous présenterez devant Brest, y opérerez votre jonction avec les îi vaisseaux que commande C amiral Ganteaume, sans entrer dans le port, et, avec cette armée navale vous entrerez dans la Manche et vous présenterez devant Boulogne, Dans cette circonstance, notre intention est que vous ayez le commandement de toute Tarmée navale. Nous chargeons notre ministre de vous développer en détail nos intentions, ainsi que de vous instruire de ce que vous devez faire pour vous assurer la possession de nos lies de la Martinique, de la Guadeloupe, de Sainte- Lucie et de la Dominique, et pour y joindre encore d'autres possessions; ce que vous pourrez d'autant mieux exécuter que vous serez prévenu, huit jours d'avance, de l'arrivée de l'amiral Ganteaume, si cet amiral vous joint, par un brick qu'il doit vous expédier et qui, selon toute probabilité, doit gagner huit jours de marche sur l'escadre. Vous vous concerterez avec les généraux Lauriston et Lagrange, tant sur ce que vous devez faire pendant le temps que vous séjournerez aux Iles Sous-le-Vent, que sur le nombre de troupes que vous devez y laisser pour la sûreté de nos nouvelles possessions. Des frégates partiront successivement pour vous instruire des mouvements de la rade de Brest. Nous espérons cependant que le beau temps ne continuera pas et qu'un coup de vent mettra enfin l'amiral Ganteaume h même d'appareiller.

Napoléon.

L'ordre du 14 avril, remanié à Paris, fut expédié le 17 ainsi qu'une lettre adressée à l'amiral Grayina.

Le Ministre de la marine au vice ^ ami rai Villeneuve (i).

Le t7 germinal an xm (17 avril 1805).

Monsieur le Vice-Amiral, L'amiral Ganteaume a vainement tenté jusqu'à ce jour de mettre sous voiles

(1) Correspondance de Napoléon, 8583.

(«) Archives de la Marine, BB»t, 130-34.

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