IV
pour remplir la mission qui devait vous réunir k lui ; trois fois il a appareillé et trois fois il s'est trouvé dans Talternative de rentrer en rade ou de livrer dans riroise un combat dont FEmpereur lui avait défendu de courir les chances, parce qu une victoire même n'aurait fait que s'opposer, par des avaries inévitables, à l'exécution des désirs de Sa Majesté. 11 n'a donc pu sortir encore, mais il est tellement prêt à profiter des premières circonstances favorables, qu'il est possible qu'il se joigne h vous à l'époque même où cette lettre vous parviendra. Dans le cas de cotte réunion aux Antilles, telle qu'elle a été prévue par les instructions de l'Empereur, on date du H ventôse an xiii, ces instructions sont maintenues dans leur intégrité et cette dépèche n'a rien i\ Vous prescrire de plus que c^; qu'elles contiennent.
Mais j'ai l'honneur de vous adresser ci-jointes de nouvelles instructions de Sa Majesté, en date du Î4 de ce mois, lesquelles doivent vous diriger pendant le temps que vous attendrez V amiral Oanteaume. Elles vous déterminent la durée de cette attente et enfin vous commandent ce que vous aurez à faire si, à texpiration du terme fixé par Sa Majesté, l'amiral Ganteaume rCa point paru.
L'Empereur m'ayant ordonné de vous développer ses intentions sur Popëration dont vous charge sa confiance, je vous informe qu'il est d'une grande importance que vous éUiblissicjï entre vous et l'amiral Gravina, que je suppose commander les forces espagnoles réunies à votre escadre, un concert et une harmonie, qu'il y ait unité d'esprit et d'action dans tout ce qu'exigera le service de Sa Majesté.
Vous devez enfin, conformément aux instructions de l'Empereur, vous concerter avec le général Lagrange et le général Lauriston pour tout ce que votre supériorité dans les Antilles permettra d'entreprendre pour nuire h l'ennemi.
Sans doute la Dominique est en votre pouvoir; Sainte-Lucie doit y être aussi.
Aux3,i00 hommes qu'a portés aux Antilles l'escadre du contre -amiral Missiessy se joignent les 3,600 hommes que vous-même y avez portés. J'ai lieu de croire que l'amiral Gravina a enfin ^,200 soldats de débarquement.
La volonté de l'Empereur est que ces troupes soient employées à Vattaque de toutes autres lies anglaises susceptibles d'être enlevées par ces moyens et dans le temps que Sa Majesté met à votre disposition. Ce qui surtout est très important, c eiit de bien assurer la possession de la Martinique, do la Guadeloupe, de la Dominique et de Sainte-Lucie par la distribution des garnisons et des munitions qui sont nécessaires à leurs défenses.
J'écris à l'amiral Gravina pour le prévenir que l'intention de Sa Majesté est que si les troupes espagnoles qu'il a à bord, et qui sont destinée! à un débarquement, sont nécessaires dans nos colonies pour y tenir garnison, il devra les y débarquer et les laisser à la disposition des capitaines généraux ; il est rocommandé à ceux-ci de traiter les troupes espagnoles comme troupes d'élite.
I/amiral Gravina devra aussi débarquer les bouches k feu et munitions embarquées sur ses vaisseaux.
Le grade éminent de cet officier général, la loyauté et la dignité de son cai-actèrc, exigent qu'après avoir reçu sa parole sur le secret à garder, vous lui communiquiez le plan, le but et les circonstance de toute l'expédition ;
TOUS le préviendrez que ce secret d'État n*cst connu que de lui seul ot que Sa Majesté compte sur tout son zèle pour concourir, avec les taisseaui sous ses ordres^ au succès de la noble entret)riBe à laquelle l'Empereur se platt à le ▼oir associé.
Si r amiral Ganteaume vous rejoint nitr Anlilhi, vous devrez être préparé à le suivre immidiatement avec les forces des deux puissances; mais si le temps donné par l'Empereur est exjnré sans qu'il ait paru, vos im tractions nouvelles vous tracent V opération que vous avez à faire jusque devant le Ferrol.
Je TOUS préviens que le contre-amiral Gourdon est averti qu'il doit appareiller, avec tous les yaisseaux espagnols qui sont dans ce port, sur le signal qui lui en sera fait par une frégate qui commencera par les signaux de reconnaissance du jour et qui, après qu'on lui aura répondu, hissera un pavillon rouge à croix blanche, appuyé d'un ou de plusieurs coups de canon.
Vous devez donc, en atterrant sur le Ferrol, donner des ordres en conséquence à la frégate que vous détacherez pour faire appareiller l'escadre combinée.
Mais le Ferrol qui, jusqu'à présent, a été bloqué par 0 ou 8 vaisseaux, le sera probablement alors par un plus grand nombre.
Je ne puis que m'en référer h l'habileté et à la combinaison de tos manœuvres pour tâcher de surprendre et détruire la croisière ennemie sur ce point.
Les escadres du Ferrol étant réunies à votre armée, vous arriverez brusquement sur Brest; vous trouverez probablement 18 à 19 vaisseaux anglais sur Ouessant; vous les détruirez autant qu'Usera possible; vous ferez seulement entrer une frégate à Brest pour prévenir Vamiral Ganteaume de votre présence j mais l'armée n'y entrera pas.
Cette frégate, après avoir fait les signaux de reconnaissance du jour, tirera des coups de canon par salves, pour faire connaître que vous arrivez.
U armée de Brest réitnie à la vôtre y et sous votre commandement général y fera route avec V armée espagnole pour se rendre devant Boulogne; vous aurez en attention de faire mettre à terre quelques courriers à Brest et sur la côte, lesquels devront porter vos dépêches par duplicata h. Paris et à Boulogne directement, et, simultanément, une frégate sera \ Cherbourg disposée à vous rallier, et aura A bord un officier qui vous donnera tous les renseignements que vous pourrez désirer.
Arrivé devant Boulogne ^ vou% y trouverez V Empereur en personne, et luimême vous fera connaître ses intentions sur les opérations ultérieures et l'armée navale.
Du succès de votre arrivée devant Boulogne dépendent les destinées du inonde.
Heureux Pamiral qui aura eu la gloire d'attacher son nom à un événement aussi mémorable.
Je vous réitère. Monsieur l'Amiral, l'assurance de mon sincère attachement.
Cette dépêche vous parviendra par te contre-amiral Magon^ commandant les vaisseaux l'Algésiras et /'Achille, qui resteront à vos ordres et feront partie de votre escadre. Ces deux vaisseaux, qui reçoivent aujourd'hui l'ordre de partir sans délai, doivent embarquer 850 hommes de troupes, destinés à tenir garnison dans nos colonies. Ils doivent aussi embarquer autant de poudre supplémentaire que leurs soutes pourront en contenir, et ce supplément de poudre devra être débarqué dans celle de nos colonies qui en aura besoin.
ol6 TROISIÈME PARTIE. — CHAPITRE VII.
Le préfet de Rochefort reçoit ordre d'expédier par une flûte, à la suite du contre-amiral Magon, un chargement d'environ Ï,<i00 quintaux de biscuit à Pusage de Tarmée naTale, si elle en a besoin, et à celui des colonies, dans le cas où il ne serait pas nécessaire à la flotte, mais je ne sais si cet approTisionnement sera prêt assez à temps pour partir airec les deux yaisseaux; et, dans ce cas, son arrivée sera plus incertaine.
Ci-joint une lettre dont vous arrêterez le cachet et que tous remettrez à Tamiral Gravina.
Le Ministre de la marine à M. Vamiral Gravina, commandant les forces
navales de Sa Majesté Catholique (1).
Paris, lo il germinal an xiii (17 avril 1805).
Monsieur l'Amiral,
La conférence que vous avez eue avec Tamiral commandant les forces navales de Sa Majesté l'Empereur et Roi, a dû vous faire connaître Timmense projet conçu par Sa Majesté.
La dignité de votre caractère, votre dévouement au service de votre souverain, et cet amour de la gloire qui vous distingue, sont pour Sa Majesté les garants de l'ardeur avec l.iquelle \ous coopérerez à l'exécution de ses desseins.
L'amiral français commandant l'escadre à laquelle est réunie celle que Sa Majesté Catholique vous a conflée, a eu l'ordre de vous communiquer le plan, les détails et le but de la grande opération dont vont dépendre les destinées du monde ; et, si les réunions sur lesquelles elle est basée sont eff'ectuées à la Martinique seulement, il n'y a pas de doute que celles qui doivent se succéder ne présentent plus que des probabilités de chances favorables; au moment donc où vous lirez cette lettre, vous devez présumer de la réunion des 20 vaisseaux au moins des deux puissances, que l'heure est venue où vont être vengés les outrages commis par l'Angleterre pendant tant de siècles contre la France et l'Espagne.
Dans cet état de choses, il est superflu, Monsieur l'Amiral, de vous demander sur la communication qui vient de vous être faite, un secret dont vous sentez toute l'importance.
Quelque chose qui amve, ce ne doit être que par son exécution que doit être connue cette grande conception de l'Empereur, et Sa Majesté compte que vous en resterez le dépositaire inviolable.
Il est recommandé à l'amiral Villeneuve d'établir entre vous et lui un concert et une harmonie qui mettent entre les forces des deux puissances l'unité d'esprit, de volonté et d'action qu'exige le succès des opérations.
Les troupes passagères qui ont été embarquées sur Vunc et Vautre escadres, ne Vont été que dans l'intention d'égarer les idées de Vennemi sur leur destination.
L'intention de l'Empereur est que leur présence aux Antilles soit marquée
(1) Archives de la Marine, campagne 1805. BBiv, 323.
par des expéditions proportionnées à la durée du séjour qu'y feront les escadres.
Le retour en Europe de ces troupes passagères ayant le grand inconvénient d'encombrer les vaisseaux qui doivent avoir toute disponibilité pour le combat et d'y consommer des vivres et de Teau qu'on n'aura pas le temps de remplacer, Sa Majesté veut que toutes les troupes expéditionnaires y soit de Vescadre française y soit de celle de Sa Majesté Catholique^ soient débarquées aux Antilles pour y tenir garnison dans ces colonies, jusqu'à ce qu'il ait été pourvu à leur donner une autre destination ; et elle a ordonné à ses capitaines généraux de traiter les troupes espagnoles avec des soins particuliers. Les bouches à feu, armes et munitions de toute nature, embarquées sur l'une et l'autre escadre comme faisant partie de l'armement expéditionnaire, devront aussi être débarquées dans ces colonies, ainsi qu'il en sera convenu entre vous, l'Amiral, et les généraux fran(;ai8.
Le retour simultané des deux escadres en Europe, prescrit par l'Empereur dans ses instructions à l'amiral Villeneuve, devra être l'objet d'une attention toute particulière pour éviter les séparations, car jamais la réunion constante des forces combinées ne fut d'une plus haute importance; et vous saurez en pénétrer tous les officiers sous vos ordres.
C'est avec la plus grande confiance, Monsieur l'Amiral, que Sa Majesté compte sur l'application de tous vos soins et l'habileté de vos manœuvres dans cette grande circonstance; vous savez quelle opinion elle a conçue de votre valeur, de vos talents militaires, et de votre dévouement ; elle voit avec une satisfaction particulière que votre nom va s'attacher à l'exécution de sa vaste et glorieuse entreprise, qui doit arracher le sceptre des mers \ leur insolent oppresseur.
Recevez, Monsieur l'Amiral, l'assurance de ma haute considération.
Les instructions de FEmpereur et du Ministre, rédigées avant que l'on sache encore si Villeneuve a réussi à échapper à Nelson, sont caractérisées par deux prescriptions absolument nouvelles.
D'abord s'emparer de plusieurs colonies anglaises, mission dont il n'a pas été question dans les instructions emportées par l'amiral, puis, après le déblocus du Ferrol, entreprendre celui de Brest, si Ganteaume n'a pu le forcer.
On verra plus loin quels obstacles se seraient opposés à la réalisation de cette dernière entreprise et quelles objections firent, à l'Empereur, Ganteaume et Decrès. Les deux amiraux avec les hommes du métier furent d'accord pour affirmer que l'arrivée de Villeneuve devant Brest déterminerait fatalement une bataille à laquelle il était impossible que l'escadre bloquée prit part.
La condition essentielle du succès était donc que l'armée de
Villeneuve fut à elle seule très supérieure à ce que lord Cornwallis avait réuni ou pourrait réunir sous Ouessant.
En tous cas, cette fois, la pensée intimé de TEmpereur ne peut plus être dissimulée. Si dans le plan du 2 mars il a passé sous silence tout ce qui touche aux combats^ cette fois plusieurs batailles sont prévues et certaines, au moins devant le Ferrol et devant Brest. Cela revient à dire que la descente en Angleterre 7ie sera tentée que si de grandes victoires navales ont donné à la France^ unie à fEspagne^ la domination de la mer.
Cet ordre partit de Rochefort le 1®' mai, emporté par Tamiral Magon.
Avant que le plan du 14 avril eût été expédié, il avait déjà reçu d'importantes modifications.
C'est seulement à partir du 20 avril que les nouvelles commencent à arriver, relativement à ce qui s'était passé dans la Méditerranée.
Ce jour-là Napoléon reçoit à Stupinigi un rapport très précis sur le faux mouvement de Nelson au sud de la Sardaigne (1).
Le Ministre plénipotentiaire de Sa Majesté l'Empereur des Français près la République ligurienne, à Son Excellence le maréchal Berthier, ministre de la guerre.
Génos, le 27 germinal, an xui (17 i^vril 1805).
Monsieur le Maréchal,
Toutes les nouvelles qui peuvent concourir à éclairer les mouvements de l'escadre anglaise de la Méditerranée, au moment où celle de Sa Majesté Impériale est sortie du poi-t de Toulon, me paraissent d'un si grand intérêt que je crois de mon devoir de tous transmettre celles qui me sont parvenues oe matin par un bAtiment procédant directement de Sardaigne, en peu de jours. Voua les trouverez détaillées dans la relation ci-jointe qu'un capitaine marchand a faite au Bureau de la Santé de la ville de (Jones.
Il en résulte que l'amiral Nelson se trouvait le 3 avril avec son armée, composée de i3 voiles, dont, à ce qu'il parait, 14 vaisseaux, dans le golfe de Cagliari ; que, le même jour, il a mis à la voile pour le golfe de Palme, ou les îles Saint-Piene. Ce môme capitaine marchand se rendant le même jour, 3 avril, à l'île Saint-Pierre, pour y achever sa cargaison de sels, a été forcé
(1) Correspondance de Napoléon, 8603. — Lettre à Decrès, tl avril.
LW ffOV\BAJJX ORDRES A VILLHNBCIVS. SI 9
par le maufais temps àe g^arrâter m cap MalAtano, d'où il a vu Ve$cadre anglaise louvoyant ians les parages du golfe de Palme jusqu'au 6 avril.
Ce même bâtiment est parti des tles Saint-Pierre le il avril; il a fait sa traversée en cinq jours, et n'a plus rencontré aucune escadre ni entendu parler d'aucun événement h la mer*
Si la relation que j'ai l'honneur de tous transmettre est vraie, ainsi qu'elle en porte tous les caractères, il serait démontré que notre escadre, sortie de Toulai) le 3Q mars (0 germjpal), aurait «ept à boit jours d'avance sur l'armée ennemie, ce qui la mettrait hors de la possibilité d'être atteinte, k moiu» d'une eitraordinaire contrariété des vents, qui n'ont pas régné dans nos parages depuis up moiSt
J'ai pensé que Sa Majesté Impériale pourrait recevoir avec plaisir ces renseignements, et j'ai pris la liberté de vous lea adresser.
Soqs quelques jours je me propose do me rendre à Alexandrie. Permette^* moi de compter d avance sur vos bontés pour avoir l'honneur d'être présenté à Sa Majeaté.
Je vous prie d'agréer, Monsieur le Maréchal, une nouvel lo assurance de mon dévouement et de la plu^ haute considération.
Salicetti.
P, S, — Au moment où j'allais fermer ma lettre, la maison de commerce de la Rue vient de me donner la nouvelle que notre escadre, en naviguant à l'ouest, s'est emparée, sur le oap Martin, de la frégate anglaise le Spencer^ Je n'ai pu savoir quel jour elle se trouvait à cette hauteur.
Mj^is l'Empereur i^diqit que Terreur de Nelson serait de bien plus longue 4urée qu'elle ne le fut réellement. « Nelson, dit-il, en effet, a encore une foiî» pris le change et probablement fera un second voyage en Egypte Après y avoir
bien pensé, je préfère que Villeneuve vienne devant le Ferrol, où il trouvera 15 vaisseaux, et même, s'il m'est possible, je ferai entrer au Ferrol les 3 de Missiessy. Vous verrez aussi que je ne prescris point à l'amiral Villeneuve de revenir surle-champ, mais d'attendre 35 jours afin que mon escadre de Brest ait le temps de le joindre ; par Dieu! pressez-la donc. »
Le 23, enfin, arrive la nouvelle de la jonction de Villeneuve avec Gravina. Elle avait mis treize jours à parvenir à l'Empereur (1).
(1) Archives de la Marine, BB>', 234.
Madrid, le t3 germipal aa x.iii (13 avril 1805). Monsieur,
J'adresse en tonte hâte à Votre Excellence l'heureat* noaveUe de la jonetieQ df l'escadre espagnole à la flotte française aux ordres de M. le Tiee-ainiral ViUeœafe.
Son premier effet fui de déterminer FEmpereur à faire passer à Cadix ou à Toulon les 6 vaisseaux espagnols de Carthagène.
A Monsieur Talleyrand (i).
Stupinigi, 3 floréal an xm (23 aTiil 1805).
Un courrier dC Espagne m'apprend la nouvelle que Villeneuve a joint Gravina devant Cadix le 20 genninaL Mon intention est que yous écrÎTiez à Beurnonyiile que j*a\ais espéré 8 vaisseaux ; il n*y en a\ait que S, et Ton m'en avait promis 6; que je désire qu'on active les armements du Ferrol, a6n que, si Tescadre de Brest tardait à sortir, elle pût y trouver 8 vaisseaux au lieu des 6 qu'on m'avait promis. Ce n'est pas tout aujourd'hui que d'avoir des escadres à la mer, il faut les soutenir. Il faut avoir ft Cadix des escadres considérables qui obligent les Anglais à en tenir une pour les bloquer. L'escadre de Carthagène, isolée, ne peut rien. Proposez au Prince de la Paix d'envoyer ces 6 vaisseaux à Toulon, ce qui, avec les 2 vaisseaux que fy ai, obligera V ennemi à craindre pour la Sicile et la Sardaigne et à tenir une escadre dans la Méditerranée. Si le Prince de la Paix y consent, je prendrai l'obligation de nourrir et d'entretenir les équipages. Il faudra que l'escadre espagnole reçoive l'ordre exprès d'agir selon mes instructions, sans être assujettie aux différents généraux de la marine espagnole. Mon intention ne serait pas de faire sortir cette escadre, mais d'en faire la menace; et, comme j'aurai là un camp de 4,000 à 5,000 hommes, je donnerai une grande inquiétude aux Anglais. Si le Prince de la Paix ne prend pas ce parti, je pense que V escadre de Carthagène doit se rendre à Cadix, où Ton activerait les armements de manière à avoir là une escadre de i2 vaisseaux. Cela obligera les Anglais à en avoir 12 dans le détroit, ou de s'exposer à voir tous leurs convois interceptés.
Recommandez donc à Beurnonville de faire sentir au Prince de la Paix
l'importance d'avoir une escadre considérable à Cadix.
Napoléon.
Au vice-amiral Ganteaume (2).
stupinigi, 3 floréal an xm (t3 avril 1805). Monsieur l'Amiral,
L'amiral Villeneuve est parti, le 9 germinal, avec 11 vaisseaux de guerre,
C'est dans la soirée et dans la nuit du 19 germinal que M. l'amiral Gravina a appareillé de Cadix avec 5 vaisseaux ci 1 frégate, et qu'il a rejoint la flotte fï'ançaise.
Le vaisseau ï Aigle et les deux corvettes que nous avions à Cadix ont également effectué leur jonction, de manière que la flotte combinée étaitt dans la matinée du 20, forte de 1 7 vaisseaux, de 7 /^égales et de h corvettes, à peine était-elle à la vue de Cadix .
Le Saint- Raphaël, vaisseau espagnol de 80 canons a touché dans la baie et n*a pu suivre aussitét. Il a appareillé dans la soirée du 20, et comme il est bon voilier, on pense qu'il ne tardera pas à atteindre la flotte.
Le GloHoso, 7* vaisseau de la division Qravina, était aussi sur le point de mettre à la voile; il l'aurait fait si de nouvelles circonstances ne s'y étaient opposées.
(1) Correspondance de Napoléon, 8ôl5.
6 frégates et 2 bricks. i> 19, â 5 heures du soir, il était devant Cadix, chassant devant lui 6 vaisseaux, 2 frégates et À bricks anglais. Il a été joint à rheure même par le vaisseau français V Aigle, une grosse cornette et un brick français, et par 6 vaisseaux espagnols, À frégates et 2 bricks, commandés par Tamiral GraTina. Le 20, à la pointe du jour, Vescadre combinée était hors de vue. Un courrier que je reçois de Palerme m'apprend que, le même jour, Vamiral Nelson était dans le détroit de Messine, semant Talarme et croyant que Vescadre de Toulon allait en Sicile et en Egypte, Il comptait attendre deux jours et naviguer sur Alexandrie. Vous connaissez Theureux résultat de Texpédition du contre-amiral Missiessy, qui a pris la Dominique, et, je pense, Sainte-Lucie. Il ne me reste plus qu'à apprendre la nouvelle de votre départ. Je pense que vous et vos équipages êtes constamment à bord et prêts à proQter du moindre mouvement. Je vous exprimerais difficilement toute Timpatience que j'éprouve. Ne manquez aucune des occasions qui se présenteront, mais maintenez K bord une sévère discipline, et tenez la main à ce que tout le monde reste à bord. Augmentez les vivres de vos flûtes autant qu'il vous sera
possible.
Napoléon.
Au vice 'amiral Decrès (i).
Stupinigi, 3 floréal an xiii (23 avril 1805). Monsieur,
Vous avez sans doute reçu le courrier de Cadix, A tout événement, je vous envoie le journal du général Lauriston ; il parait que 5 vaisseaux et 1 frégate ont rallié l'amiral Villeneuve ; qu'un 6* avait touché, mais allait partir. Le 20, l'escadre réunie était hors de vue; il est probable qu'avant le iO de ce mois (30 avril), elle sera rendue à sa destination. Nous sommes donc sûrs d'avoir là une escadre de i/v ou au moins de 17 vaisseaux de ligne. Vous aurez sans doute déjà fait partir l'escadre de Rochefort (Magon). Envoyez un nouveau courrier et une nouvelle dépêche pour faire connaître à l'amiral Villeneuve que je suis instruit de son départ; que Vamiral Nelson a été le chercher en Egypte. T expédie un counier à Ganteaume pour Vin for mer de cet événement. Dieu veuille que mon courrier ne le trouve point à Brest t Je vous réitère V ordre de faire partir, tous les dix jours, un brick ou goélette, en prenant toutes les précautions pour que les paquets ne tombent point entre les mains de V ennemi. Envoyez un courrier en Espagne ; écrivez au Prince de la Paix que je juge nécessaire que Vescadre espagnole de Carthagéne vienne à Toulon; que, dans ce cas, je me chargerai de la nourrir; ou bien que cette escadre se réunisse à Cadix; qu'il faut qu'on arme sans délai à Cadix les 7 vaisseaux qui y restent, de manière à avoir en rade 12 ou 13 vaisseaux, et que ces vaisseaux appareillent souvent pour obliger les Anglais à en avoir là le même nombre, et leur faire craindre l'interception de leurs convois. Vous lui direz que le Ferrol sera débloqué au moment où l'on s'y attendra le moins; qu'il est donc conveutible
(1) Correspondance de Napoléon, 8617.
Mï TROISlàMB PARTIS. — OHAPITRB VII.
qu0 le fiombre de yaissefiui qui y sont soient toujours prêts, et qu'il hui méfne Taugmenter, selon le retard de l'escadre française, et faire en sorte d'en préparer jusqu'à <0. Enfin, faites connaître au Prince de la Paix que les plus heureux résultats pour les deui nations seront le prix de ses e^orts; qu'il ne faut point s'endormir; qu'il hu\ tenir les Anglais dans une alarme et dans une incertitude perpétuelles, et leur porter à l'improviste des coups ten*ibles partout où se porteront nos escadres. Vous lui parlere? du cas que je îm de lui, et de la confiance que j*ai dans son activité et dans son zèle pour la cause commune.
Faite* battre le ban et Varrière-ban pour faire armer la Topate^ qui nous devient aujourd'hui bien nécessaire pour porter des nouTcUes.
Enfin voyez, si fescadre de Brest ne sortait pas et que l'amiral YiUenepve dut Tenir au Ferro], s'il ne serait pas bon d'avoir nos 5 vaisseaux disponibles* Les équipages ne peuvent manquer, puisque j'ai envoyé au Ferrol i frégates et i brick, qui peuvent fournir des équipages aux vaisseaux.
Tenez encore secret le pauage à Cadix et le départ dei escadres. Faites
mettre dans les journaux hollandais qu*une escadre française a débarqtté en
Egypte, i 0,000 hommes; que V amiral a manœuvré avec beaucoup d^ habileté
pour tromper Nelson; qu'il a feint de passer le détroit, mais que pendant la
nuit il l'a repassé et est allé sur la côte d'Afrique; que l'amiral Nelson, averti
que l'escadre française était destinée pour l'Egypte, s'était d'abord dirigé sur
la Sicile ; que le ^0 germinal jl était arrivé ^ Palerme, mais qu'il a été instruit
que l'escadre avait pjissé le détroit ; qu'il s'était à V instant mis à 9a poursuite,
et était arrivé devant Gibraltar comme Vescadre française avait passé le cap
Bon et naviguait sur Alexandrie, ayant plus de quinze jours d*avance sur
V amiral Nelson. Faites mettre dans le journal de Francfort que les rapports
sur la sortie de l'escadre française sont des plus contradictoires; que les uns
prétendent que cette escadre a trompé plusieurs fois Nelson par de fausses
manœuvres et de fausses routes, et qu'en dernière analyse elle a été rencontrée
se dirigeant sur TÉgypte.
Napolbqn.
Le succès des premières opérations allait aussi déterminer J'Jiînpereur h exiger aux Antijles des opérations cqnsidérftblep et dont il n'avait jamais été encore question.
Monsieur,
Au vice-amiral Deorès (1).
Stupinigi, 3 floréal an xiii (t3 avril 1805),
Un courrier que je reçois de l'amiral Ganteaume, du 25, me dit qu'il est près de partir; c'est avec bien de l'impatience que j'attends la nouvelle qu'il est enfin parti. J'ai vu avec phinr que vous aiwi donné V ordre au
(l) Correspondance de Napoléon, 8618.
LBg NOUVEAUX ORDRES A VILLENEUVE. 588
général Magon de partir; je voiu recommande de nouveau Ve:tpédition de bricks et de goélettes; répétez par le premier qui partira, et recommandez au général Villeneuve de faire tout le mal quil pourra à Vennemi en attendant Vomirai Ganteaume, puisqu'avec les Espagnols et les Français j*ai beaucoup de troupes là. Qu'on prenne Saint-Vincent y Antigoa, la Grenade ; et pourquoi ne prendrait-on pas la Barhade ? Je laisse à Totre disposition d'envoyer des hommes pour reprendre Tahago ou la Trinité^ où les Espagnols seraient merveilleusement employés. Je vois, par les états que j'ai reçus, qu'il y a 1300 l^ommes d'infanterie ou d'artillerie espagnols embarqués sur l'escadre et 300 hommes de cavalerie, ce qui fait t<)00 hommes. Voilà la récapitulation des troupes que j'ai aux lies du Vent :
koBunfs.
La Martinique avait \ ,800
La Guadeloupe avait 1 ,600
Le général Lagrange a amené 3,400
Le général Lauriston a amené 3,S00
Le général Magon emmène 840
Il est vrai que le général Lauriston ne doit débarquer qua 1|00 hommes, maii à la rigueur il les débarquerait tous s'ils étaient nécessaires pour garder de nouvelles colonies. J'ai donc 10,840 hommes, et, en y joignait 1600 Espagnols, j'ai 19,440 hommes. Avec ces foroes, je puis très bien occuper toutes les Iles du Vent. Il y en a, je crois. diï(, en comprenant la Trinité et Tabago.
Une fois conquises, les 1600 Espagnols seront suffisants pour garder la Trinité, puisqu'ils ne manqueront pas de recevoir du secours de leur continent, A Tahago, 500 hommes poun%iient suffire, en retranchant tout de suite le morne et s'y approvisionnant. Toutefois, il y a des calculs de vent et des circonstances particulières qui doivent déterminer à laisser celles de ces colonies qui éloigneraient trop de la route. Si Tabago et d'autres petites Iles étaient impossibles à garder, on pourrait, après les avoir occupées et en avoir fait la garnison prisonnière, n'y laisser aucune troupe, si ce n'est quelques hommes et un officier pour maintenir la police et organiser des milices de paysans avec un drapeau. Il ne faudrait point maltraiter l'Ile de Tabago, parce qu'elle est française ; mais pour les autres colonies anglaises qu^on jugerait devoir abandonner, après les avoir occupées, on pourrait en tirer la moitié des uoirs, lever une contribution sur les habitants, en ôter l'artillerie et vendre les noirs à la Martinique et à la Guadeloupe. C'est ainsi que les Anglais ont fait plusieurs fois et ont tiré parti de leurs prises.
L'amiral Villeneuve sera toujours sûr d'avoir dix jours devant lui, vu la précaution qu'aura l'amiral Ganteaume d'expédier en sortant une frégate bonne marcheuse. Il est probable qu'elle fera assez de chemin pour gagner plusieurs jours sur l'escadre. Vous sentez que, l'escadre de l'amiral Ganteaume arrivant, les forces se trouveraient augmentées de plus de 9,000 hommes, ce qui me maintiendrait maître de tous ces pays.
Nàpqléqn.
Voici SOUS quelle forme les intentions de TEmpereur furent exprimées par le Ministre de la marine.
Au vice ' amiral Villeneuve (1).
Paris, le 9 floréal an xiii (t9 avril 1805). M. le Vice-Amiral,
L'amiral Ganteaume est toujours prêt à partir, avec toute Tarmée, etTimportance qu'il y a à ce qu'il tous rallie ne cesse d'être signalée par des messages pressants qu'il reçoit de Sa Majesté.
Une flotte anglaise, composée de 2â vaisseaux de ligne, est toujours en présence et s'oppose d'autant plus aux mouvements de l'amiral Ganteaume qu'un engagement à la sortie de Brest, quelles que fussent ses chances, est entièrement opposé au plan des opérations auxquelles il est appelé.
L'Empereur a été informé du succès de votre réunion devant la baie de Cadix et de la célérité de la jonction de l'escadre espagnole ; notre manœuvre a complètement trompé l'ennemi et V amiral Nelson court après vous en Egypte,
Vous ne saurez trop exprimer et réitérer à l'amiral Gravina tout le plaisir que m'a fait l'habileté de son appareillage et l'Empereur, qui en a été informé sur-le-champ, en a éprouvé une satisfaction toute particulière. Sa Majesté, pleine de sollicitude sur le grand objet auquel vous êtes appelé à concourir si éminemment, a donné ordre au contre-amiral Magon de se rendre aux Antilles pour se ranger sous votre pavillon, et je joins ici le duplicata de la dépêche que je vous ai adressée par cet officier général (i).
J'attends, au moment où je vous écris, le courrier qui doit m'annoncer qu'il a mis à la voile.
Dans tout état de choses, il ne faudrait pas moins que des circonstances majeures pour vous déterminer à quitter la Martinique avant son arrivée, et, lorsqu'elle aura eu lieu, pour vous empêcher de vous conformer au contenu des instructions de Sa Majesté ; toutes celles que vous avez reçues jusquHciy Monsieur le vice-amiral, se sont toutes accordées sur ce joint que votre séjour aux Iles du Vent devait être marqué par la conquête des possessions anglaises, ou au moins par des expéditions qui anéantiraient pour longtemps la prospérité des établissements apiiartenant à V ennemi
L'impartialité historique fait un absolu devoir de signaler tout particulièrement cette dernière phrase : « Toutes celles
(les instructions) que vous avez reçues s'accordent » Rien de
plus inexact, ainsi qu'on l'a vu et que le fera plus tard remarquer Villeneuve (3). Jamais Tamiral n'avait eu d'autre ordre que celui d'attendre Ganteaume à la Martinique, sinon celui du
(1) Archives de la Marine, BBi», 230.
(2) C'est Tordre da 14 avril, expédié par Decrès le 17, de Paris.
(3) Voir ci-dessous.
14-17 avril, non encore reçu, et qui devait arriver après celui du 29. D'ailleurs, la minute de la lettre du 29 avril porte relativement à cette phrase et de la main du Ministre en marge la mention suivante : « J'ai remarqué que cette phrase avait été « mise à tort dans ma correspondance. » Ainsi tombe le reproche que Ton devait plus tard faire à Villeneuve d'être resté à peu près inactif pendant la première partie de son séjour aux Antilles et Decrès lui-même couvrira sur ce point son subordonné (1).
Puis les instructions continuent en ces termes :
L'attention de TEmpereur est constnmmerît fixée sur les grandes opérations auxquelles la flotte combinée sous Totre commandement est destinée; il calcule tous ses mouvements, les périodes probables de sa navigation, les entreprises qu'il peut attendre d'une réunion de forces aussi imposantes, et aujourd'hui même j'ai reçu encore de Sa Majesté l'ordre de vous retracer les intentions qu'elle vous a déjà exprimées.
U Empereur compte que, lorsque celle dépêche vous parviendra, plus de 12,000 hommes de troupe se trouveront aux iles du Vent, en récapitulant celles qui formaient récemment les garnisons de la Martinique, de la Guadeloupe, celles parties de Rochefort sur l'escidre du contre-amiral Missiessy, celles embarquées à Toulon et à Cadix sur la flotte combinée, et enfin le détachement de 850 hommes qui va partir, ou qui est déjà parti de Rochefort sur les vaisseaux VAlgésiras et V Achille.
Avec une telle masse de troupes, appuyées par 20 vaisseaux de guerre et 7 frégates, Sa Majesté regarde comme très posnble d'expulser les Anglais de toutes leurs colonies des tles du Vent; mais, en même temps, elle ne se dissimule pas que les événements de la mer, et d'autres circonstances, peuvent apporter des lenteurs dans les expéditions à faire poiu* opérer U réduction de tous ces établissements, ou empêcher de laisser dans les tles conquises des garnisons suffisantes pour en assurer la conservation.
Dans ce dernier cas, il faudrait que l'entreprise, faite sur une possession qui ne serait pas gardée, équivalût presque par ses résultats aux avantages d'une entière conquête ; ainsi, les forts devraient être démantelés, l'artillerie et les munitions de guerre devraient être portées dans nos colonies, ou jetées à la mer si elles ne pouvaient être embarquées ; des contributions devraient être levées sur les habitants et la moitié des noirs devraient être retirés de ces iles anglaises pour être vendus à la Martinique et h la Guadeloupe. V Empereur compte aussi la Trinité au nombre des conquêtes importantes qu'on peut espérer de la réunion des forces de terre et de mer qui se trouvent aux Antilles, et Sa Majesté pense que cette Ile, aussitôt qu'elle serait soumise, serait suffisamment défendue par les i600 Espagnols qui ont été embarqués à Cadix sur l'escadre de l'amiral Gravina.
(1) Voir ci-dossous.
526 troisiAmb partie. — chapitre vu.
D'ailleurs, cette garniàon pourrait être facilement renforcée par les secours que les commandants de la Trinité seraient à portée de recetoir de la terre ferme.
Ce que je viens de vous marquer, Monsieur le vice-amiral, ne s'ajoute point à ce que Sa Majesté a demandé aux généraux k qui elle a confié le commandement de ses forces de terre et de mer.
Lorsque je tous rappelle, d'après ses ordres, ce qu'elle attend de Tamiée réunie aux lies du Vent, je vous fais ressortir toute la gloire qui vous en est réservée.
Toutes ces entreprises, Monsieur le Vice-Amiral, doivent être subordonnées au grand objet de l'opération essentielle qui doit couronner les armes de Sa Majesté.
L'intention de l'Empereur est que, si l'amiral Ganteaume appareille, il expédie en avant le meilleur voilier de son armée poiir vous prévenir de son arrivée; il est présumable que ce bfttiment précédera Tamiral de dix jours; aussi les expéditions doivent être combinées de manière que, du moment où vous serez averti de l'approche de l'amiral Ganteaume, vous puissiez rallier toutes vos forces dans les dix jours qui suivront l'arrivée du bi\timent expédié par cet amiral.
Ces intentions de l'Empereur, je ne les transmets qu'à vous dans cette occasion, et pour diminuer le danger de l'indiscrétion des expéditionnaires, mais je réfère aux instructions de l'Empereur lui même sur le concert que vous devez entretenir avec les officiers généraux qu'il vous indique, pour l'exécution
de ses ordres
Decrks.
En somme, entre les ordres des 13 et 14 avril, expédiés le 17 de Paris et ceux qui sont rédigés le 29, il n'y a pas de différence essentielle.
La caractéristique est Tordre donné à Villeneuve de faire de grandeà expéditions aux Antilles, puis de se diriger aur le Ferrol 30 à 35 jours après l'arrivée de Famiral Magon.
Ce dernier partit de Rochefort le l^*" mai avec ses deux vaisseaux et rejoignit l'armée combinée à la Martinique le 4 juin. 11 lui portait la lettre de FEmpercur du 14 avril et celle du Ministre datée du 17.
Quant aux instructions du 29, elles n'étaient pas encore expédiées de Paris que Decrès recevait la lettre suivante de TEmpereur :
Au vioe^ amiral Decrès (1).
Stupinigi, 7 floréal an xm (t7 avril 1606).
Votre courrier du 3 floréal ne m'apporte aucune nouvelle des Indes; les (1) Cotrespondance de Napoléon, 8612.
pièces que vous m'avei envoyées ne contiennent rien ; le nom de Linois n'y est pas même prononcé, et JUgnore la situation des choses dans ce pays.
La lettre qu'a reçue Vanlerbeghe a été écrite par Beurnonville, cela est par trop ridicule ; faites-lui en connaître mon mécontentement Dans les affaires de cette nature, le secret doit toujours être essentiellement jçardé.
Ce sera par Paris que TAngleterre apprendra cette nouvelle, et elle le saura sept ou huit jours plus tdt qu'elle n'aurait dû le savoir, résultat immense pour nos opérations. Recommandez-lui d'être désormais plus circonspect.
J'imagine que l'escadre de Rochefort partira; s'il y a empêchement et que vous jugiez à propos de faire partir une des deu\ frégates de Loricnt, je n'y vois pas d'inconvénient, bans tous les cas y mon intention est que Villeneuve arrive devant le Ferroly quand même Vescadre de Bochefort ne Saurait pas joint; il aiS vaisseaux; il est impossible qu'il en trouve plus de iO devant le Ferrol,
Je suis surpris de ne pas recevoir des nouvelles de la Martinique ; il est probahle que le brick qui a été expédié aura été pris. l\ est impossible qu'en pressant, comme vous le faites, l'escadre de Rochefort, en faisant partir une frégate de Lorient, et une corvette ou un brick de Bayonne ou de Bordeaux, l'amlfal Villeneuve ne soit pas instruit^ et que, de ces trois points si éloignés, quelque chose ne lui arrive. J'espère encore dans le départ de Ganteaume,
Napolkon.
Cette fois le retour sur le Ferrol était prescrit en tout état de cause et, pour la première fois, il n'était pas question d'un délai imposé à Villeneuve pour attendre Ganteaume aux ÂntiUes.
Decrès écrivit donc le l®' mai une autre lettre qu'il annexa sous forme de post-scriptum à celle du 29 avril (1).
(1) Les instnictions qu'emportait la Didon comprenaient à la fuis celles du 14 avril et celles du 29, car la lettre de Decrès en date du 29 porte cette mention : « Je Joins ici le dupUeata de la dépêche que Je vous ai adressée par cet officier général (Magon) > et la lettre du l*' Juin de Villeneuve (voir ci-dessous), fournit un accusé de réception complet.
Ce fait échappa à l'Empereiir qui écrivit lorsqu'il apprit le départ do la Didon :
Au vice-amiral Decrès.
Milan, 21 floréal an xni (11 mai 1805).
J*ai appris le départ de la Didon (1). Assures le vice-amiral Thévenard que Je récom^ penserai ses services à la première occasion ; puis, qu'il est encore utile à Lorient. Fixez toute son attention sur le Régulus.
J'ai vu avec peine que, par la Didon, vous n'ayes pas envoyé copie de ma dépêche que
porte Magon à Villeneuve. S'il arrivait malheur à Magon, et que la Didon arrivât heureu^
sèment, Villeneuve ne saurait que faire.
{Correspondance de Napoléon, 8716.)
(2) Archives de la Marine, BB»', 230.
Au vice^amiral Villeneuve (1).
PAris» le 11 floréal an xm (l** mai 1805).
Les intentions de VEmpereur sont toujours les mêmes {sic), soit que l'amiral Magon TOUS rejoigne, soit qu'il ne vous rallie pas dans le délai exprimé par vos instructious, tous fissiez toujours TOtre retour sur le Ferrol, parce que TOUS aTez 18 Taisseaux et qu'il est impossible que Tennemi en ait plus de iO sur ce point, lorque tous y arriTerez.
Sa Majesté tous recommande, ainsi qu'aux généraux arec qui tous aTez à TOUS concerter, de signaler Totre présence aux Antilles par les entreprises les plus glorieuses pour son paTillon et ses armes.
Le général Magon me mande qu'il est prêt à appareiller, et il est probable qu'il TOUS arriTera en même temps que ces dépêches.
Degrés.
La lettre ministérielle du 29 avril complétée le !«' mai, un duplicata de celles du 17 et du 13 avril, furent immédiatement envoyés à Rochefort, d'où la frégate la Didon les emporta le 3 mai.
Villeneuve reçut cette correspondance le 30, quatre jours avant l'arrivée de Magon.
Tels furent les derniers ordres que reçut Villeneuve avant de revenir en Europe.
(1) Archives de la Marine, BB^v, 130-197,