LA TRAVERSEE DE L OCEAN
Dès l'arrivée de l'escadre, dit le Journal de Reille, l'amiral avait donné l'ordre de faire l'eau et l'on s'en est occupé tous les jours suivants ; les frégates ont été faire la leur à Saint-Pierre ; il eût été i\ désirer que l'armée, après avoir fait de l'eau, eût pu entreprendre quelque chose sur les îles anglaises, mais des ordres précU la retenaient à For t-de- France ; on aurait pu cependant envoyer quelques frégates.
On ne s'y décida que le 28 mai, après 14 jours d'inactivité.
Pourtant Villeneuve parait, dès le 21, avoir pensé à une entreprise sur l'île de la Dominique toute voisine de la Martinique.
Au général Ernouf, capitaine général de Vile de la Guadeloupe
et dépendances (i).
Général,
Le \" prairial an xiii (21 mai 1805).
J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire ; le général Lauriston, qui se rend auprès de vous, vous dira des choses qu'il est impossible de confier au papier. J^ai le plus grand désir de inarquer par quelque événement notre apparition dans ces mers ; la nature ae ma mission m'empêche de
portant 1930 hommes de troapes rallient le vice -amiral Villeneuve, et l'escadre combinée se trouve composée comme il soit :
Bucentaure, vaisseau.
Formidable^ —
Neptune, — Indomptable» —
MonUBlanc, —
Pluton, —
Swiftsure, —
Scipion, —
Atlas, —
Intrépide, —
Bervoick, —
Aigle, — Hermione, frégate.
Comélie, —
Horiense, —
Rhin, frégate.
Thémis, —
Syrène, —
Magdalena, ftrégate espagnole.
l Torche.
corvettes..) ^^^^
^ . . \ Furet.
Bncks.....} ^^^^,
Vaisseaux espagnols.
Argonaute 80 canons.
Raphaël 80 —
Terrible 74 -
Sirène .... 70 —
Espana 64 —
America • . . . • 64 —
En tout 29 voiles.
Troupes françaises de l'autre part 3,332 hommes.
Troupes espagnoles 1 ,930 —
Total 5,262 hommes*
A défalquer malades d'après la situation du 26 mai. . 174 —
Rbstb 5,088 hommes.
(1) Archives de la Marine, BBiv, ^30.
584 TROISIÈMB PARTIE. — CHAPITRE Vin.
rn écarter dés parages de la Martinique ou de la Guadeloupe; vous en serez convaincu après avoir causé avec le général Lauriston ; mais je crois que oe serait bien entrer dans les Tues de l'Empereur et faire une chose aussi avantageuse pour nos autres colonies, si nous mettions à profit le temps que je dois rester ici en nota emparant de la Dominique; Tnspect des forces que nous pouvons y conduire et un peu de vigueur dans Tattaque doivent nous la faire emporter. Je penche beaucoup, pour diriger nos efforts, sur la Dominique plutôt que sur Antigue ; la première nous sera d'une utilité plus permanente, lorsque je ne serai plus ici, et elle peut être destinée à une réunion bien désirable i\ la paix. Antigue nous offre des difficultés maritimes pour la descente ; l'escadre qui y serait employée aurait plus de peine à s*y maintenir et à combiner les opérations avec celles des troupes, par les brises fraîches qui régnent en cette saison, et je m'y trouverais plus éloigné du point qu'il est si intéressant de ne pas perdre de vue.
Je vous engage fort, mon général, de bleil conférer avec le général Lauriston sur les moyens qui peuvent être réunis, et voyez si nous ne pouvons pas emporter, dans huit à dix jours, ce poste qui nous tient ainsi séparés de la Martinique et dont l'existence, après l'apparition des deux eioadres, aurait toujours besoin de justific«ition.
Le vice-amlràl Villeneuve à Son ExoellMoé te MInletfii de /a marine
et de^ ooloniee (1).
A bord da vaisse&a le Bucentaure, en rade de Port-de-Prance, le l*' prairial an xiii (21 mai 1805). Monseigneur,
Nous vous expédions, le capitaine général et moi, le brick le Lynx (2), pour vous informer de l'arrivée de l'escadre dans ces mers et de la situation de la colonie. J'ai atterri sur la Martinique le 23 floréal (13 mai) au jour, et j'ai mouillé au Fort-de-France le ii (14 mai). L'escadre aux ordres du contreamiral Missiessy en était parti le 2 germinal (23 mars), conformément à vos ordres. J'ai demandé à être nourri des magasins de la colonie pendant le séjour que je pourrais y faire; j'ai trouvé dans le préfet colonial, M. Laussat, toutes les dispositions favorables pour faire tout ce qui sera en son pouvoir pour cet objet, et j'espère qu'une partie des vivres que j'aurai consommés sera remplacée.
L'eau de l'escadre est faite. J'attends avec une vive impatience l'arrivée de l'escadre de Brest, et je suis prêt à la suivre au premier signal qui m'en sera fait. Dans le cas où elle ne serait pas arrivée le 2 messidor (22 juin)^ c'est-àdire le 40° jour de mon arrivée à la Martinique, je partirais pour suivre la destination qui m'est prescrite dans mes instructions; elles portent que je doii me rendre devant la baie de Saiitiago des Canaries» Je ne connais pas de baie de
(1) Archives de la Marine, BË>v^ J30-?03.
(2) Les dépêches portées par le Lynx parvinrent au Ministre le 1 1 juillet. (Registre de correspondance de la marine, BB'v, 230),
LA TaATBRSBB DE L'OOBAN. B3S
Santiago aux Canarietf maiêt comme l'objet de la croisière que Je dois faire est de chercher à intercepter les convois allant et venant de Vlnde, je suppose que c'est de Vile de Santiago et de la rade de la Praya, aux lies du Cap-Vert^ dont il doit être question, et cW ters ce point que Je me dirigerai pour y établir une croisière autant que me« titres pourront me le permettre.
Noui atons ici des nouirelles de Santo-Domingo, du 10 floréal (30 aTril). Il parait que tout y Ta bien« que les bandes de Dessalines ont été complètement battues et qu^elles ont été obligées de se retirer dans la paHie française.
Je regrette beaucoup d'avoir à paraître devant ce port, car j'ai des vaisseaux qui marchent si mal, que j'aurai de la peine à remonter dans le Tent pour débarquer entre Satito-Domingo et Porto-Rico. Le Formidable, Vlntrépide et Y Atlas, ainsi que deux vaisseaux de Tescadre espagnole, rendent la marche de Tescadre extrêmement pesante.
Des rapports indirects annoncent qu'une forte escadre a été vue de Saint- Thomas et de Porto-Rico, On la supposait française, je ne puis le croire. Serait-ce une escadre anglaise qui, me croyant destiné pour la Jamaïque, s'y serait dirigée à ma poursuite? C'est ce que l'avenir nous apprendra, mais comme je n'ai pu recueillir aucun renseignement positif ni sur la force de cette escadre ni sur Tépoque de son apparition, je n'en puis rien pr^uger.
La terreur est dans les lies anglaises, la loi martiale y a été proclamée. Il n'y a rien de si pénible que Vinaction dans laquelle me retient la nature de ma mission. J'ai proposé, en attendant, de faire une attaque sur la Dominique^ mais les renseignements qui ont été obtenus font penser que cette lie est à l'abri de toute insulte en ce moment, la garnison étant renfermée au morne Gabril, qui exigerait un siège long et difficile. Sainte-Lucie a paru également à l'abri d'un coup de main ; cependant une attente de quarante jours est bien longue et bien pénible, et si une force anglaise s'est portée sur la Jamaïque» il est bien possible qu'elle ait le temps de remonter ici avant l'expiration de ce terme de rigueur.
Je prie Votre Excellence d'agréer l'hommage de mon respect.
Villeneuve.
L'escadre signalée était celle de Gochrane, forte de 6 yais« seauXé Partie de devant le Ferrol, elle fut signalée le 4 mars (1 ) devant Lisbonne, puis elle se porta sur la Jamaïque où elle laissa 4 vaisseaux. Les deux autres rallièrent plus tard Nelson à la Barbade.
Tout dans les instructions du 2 mars éta t subordonné à la jonction avec Ganteaume. Si cet amiral n'arrivait pas avant 40 jours, Villeneuve et Gravina allaient faire croisière de prise aux Canaries. Rien ne les autorisait encore à penser que leur mission put alors se combiner avec la grande opé-
(1) Correspondance de Napoléon, 8582, 13 tTril.
ration de descente en Angleterre si l'escadre de Brest ne les ralliait pas.
En l'attendant, aucune opération n'était prévue et c'était de la part de Villeneuve faire preuve de grande initiative, que de tenter une entreprise contre la Dominique. Pour la préparer, Lauriston pai*tit le 22 mai avec deux frégates pour aller chercher des troupes à la Guadeloupe. Le 25, il était de retour.
Martiniqae, Pori-de-France, 6 prairiftl an xm (26 mai 1805) (1).
Monseigneur,
Nous Toilà donc arrivés à notre destination et fort heui*eusement. Nous eussions cependant désiré faire quelque rencontre depuis le détroit, tous Toyei comme l'intérêt me gagne, mais plus encore Tenvie de faire du mal à Tennemi.
Toute TEurope dit que les vaisseaux anglais couvrent les mers; dans la Méditerranée nous n'en avons pas rencontré, dans POcéan nous n'en avons trouvé qu'un seul, et encore aux atterrages.
Depuis douze jours nous sommes arrivés, depuis ce temps nous sommes en appareillage, nous attendons vos ordres.
Je suis allé le 2 (22 mai) à la Guadeloupe avec deux frégates, j'y ai pris des renseignements sur la situation et les besoins de cette colonie ; ils sont très satisfaisants.
Je n'entre pas dans des détails, que le capitaine général et le yice-amiral Villeneuve donneront à Votre Excellence; quant à moi, je n'ai encore rien fait, et je désire faire beaucoup et bien.
Je suis, do Votre Excellence,
Le très humble et très obéissant serviteur.
Alex. Lauriston.
Le vice-amiral, grand officier de la Légion d'honneur, commandant en chef l'escadre impériale dans les mers de l'Amérique, à Son Exoellence le Ministre de la marine (2).
Lo 6 prairial an xtit (S6 mai 1805).
Monseigneur,
Voulant mettre à profit le séjour de l'escadre dans ces mers, pour donner au moins quelque inquiétude au commerce ennemi, je fais partir les trois frégates VHortetise, VBcrmione et la Thémis, pour aller croiser au vent des îles anglaises; je prescris au capitaine de VHortense d'être de retour à la Marti-
(1) Archives de la Marine. — Colonies : Ile de la Martinique et dépendances, 1805. BBrv, 233.
(t) Archives de la Marine, BB»v, 230.