LA TRAVERSÉE DE L*OOÉAN
26 jours, et est entrée avec les 3 frégates qu'elle avait rencontrées {{). »
On se souvient que partie le 3 mai, c'est-à-dire le surlendemain du départ de Tamiral Magon» la frégate la Didon emportait toutes les instructions jusqu'au 1®' mai inclus. Celles-ci impliquaient le retour en Europe, si dans un délai de 35 jouts Oanteaume n'avait pas paru, et la marche sur le Ferrol, mais en outre Tobligation d*entreprendre de vigoureuses opérations aux Antilles. Enfin, les nouvelles que Ton donnait de Nelson devaient amener Villeneuve à compter sur un temps assez considérable avant de voir se produire une attaque que sa supériorité numérique pouvait Tempêcher de craindre. Voici comment Villeneuve comprit son nouveau rôle.
Fort- de -France, à bord du vaisseau de S. M. I. le Bucentaure, le 12 prairial an xm (!•' Jotn 1805) (t). Monseigneur,
La frégate la « Didon >» est arrivée avant-hier 10, elle m'a apporté votre dépêche du 9 floréal (29 avril), à laquelle était Joint un duplicata de celle du fi germinal (17 avril) et de mes nouvelles instructions.
Je ftuifl assurément au désespoir du retard qu'éproutc Tarritée de M* l'amiral Ganteatime, mais Je h*aî pu lire sans bien de Tétonnement le paragraphe de ▼otre lettre du t7 où tous me dites t Toutes celles que vous avet reçues jus^ qu'ici, Monsieur, se sont toutes accordées sur ce point que votre séjour aux lies du Vent devait être marqué par la conquête des possessions anglaises, ou au moins par des expéditions qui anéantiraient pour longtemps la prospérité des établissements appartenant à rennemi.
Comment ai-je pu trouver Vordre de faire des expéditions contre les possessions ennemies dans des instructions qui me prescrivent, en arrivant à la Mar^ Unique, de remplacer mon eau le plus promptement possible, de me tenir toujours en appareillage au premier signal qui me sera fait par Vamiral Oanteaume, qui doit passer et ne pas même mouiller, de me faire nourrir des magasins de la colonie pendant le temps que je serais à la Martinique, et que de Vexécution de ces mesures et du départ de Varmée navale dépendent les destins du monde, lorsque de son côté le général Lauriston avait Tordre de débarquer, en arrivant à la Martiifique, la majeure partie de ses troupes et de son artillerie et de ses munitions de guerre. Tout cela est exécuté : les hommes et Tartillerle sont h tetTc, nous allons les embarquer et songer K faire quelques expéditions ; mais je vous proteste que je ne sais par où commencer. Depuis un mois, l'ennemi est informé de mon arrivée, il s'est fortifié sur tous les points, ses bâtiments de commerce sont enfermés dans des ports fermés ou ont
(1) Journal de Reille.
(2) Archives de la Marine, BBi^, 280-tlo.
filé à la Jamaïque et dans les îles neutres, et je ne m attends pas à de grands succès, du moment que toute opération pouvant traîner en longueur ou eii géant un siège nous est interdite.
Cependant, comme je vous vois condamner d*avance une inaction dans laquelle mes instructions seules in avaient enchainé, il était venu de moi de vouloir en sortir dès mon arrivée, et je le prouve par la lettre ci-jointe que j'écrivais au général Ernouf, le i*' de ce mois. Je ne veux pas, par là, justifier mon inaction, mais vous faire connaître qu'elle m'était insupportable. Quoi qu'il en soit, dès que l'afiaire du Diamant sera terminée, nous partirons pour attaquer soit Antigue, soit la Barbade. Les dispositions sont prises pour embarquer l'artillerie et les troupes.
Je prie Votre Excellence d'agréer l'hommage de mon respect.
Villeneuve.
A bord du vaisseau de S. M. I. le Bucentaure, en rade de Fort<le-Pranoe, Martinique, le 12 prairial an xm (!•' juin 1805) (1).
Monseigneur,
J'ai reçu, par la frégate la Didon, le duplicata des nouvelles instructions de l'Empereiu". Je vous ai mandé combien il était fâcheux que mes instructions précédentes, ne m'aient pas mis en mesure d'agir dès le moment de mon arrivée. Aujourd'hui tout est bien différent : l'ennemi est sur ses gardes, il avait été prévenu, par la frégate le Mercury, expédiée par V amiral Orde et arrivée le t mai, de ma sortie du détroit; elle m'avait précédée de treize jours. Voilà, par conséquent, plus d'un mois qu'ils se préparent à notre visite. Cependant, nous allons nous mettre en mesure d'exécuter les ordres de l'Empereur.
Les intentions de Sa Majesté seraient que f attende encore dans les colonies trente-cinq jours après V arrivée du général Magon; mais. Monseigneur, je vous prie d'observer que Vétat de mes vivres ne me permet pas absolument d'attendre un terme aussi reculé (2). En effet, je suis parti de Toulon avec six mois de viyres pour 11,500 rationnaires composant les équipages de l'escadre ; les passagers ont porté t\e nombre à près de 15,000, en sorte que mes six mois de vivres n'équivalent pas à quatre mois et demi. Quels que soient la bonne volonté et l'empressement du préfet colonial de la Martinique, il aura beaucoup de peine à me réunir la valeur d'un moisdeyivres pour toute l'escadre, et ce sera excéder les facultés qu'il a en son pouvoir. Me voilà donc avec cinq mois et demi de vivres à dater de mon départ de Toulon. Je ne puis pas entreprendre les opérations qui me sont prescrites à moins d'avoir, en partant d'ici, au moins deux mois et demi de vivres ; et, en calculant sur la marche pesante de l'escadre et sur les calmes qu'on éprouve en cette saison, trois mois ne seraient pas de trop.
Je suis parti de Toulon le 9 germinal, c'est-A-dire depuis deux mois et trois jours ; je ne puis plus compter par conséquent, de ce moment-ci, que sur
(1) Archives de la Marine, BB>^, 230-218.
(2) A comparer avec la lettre de l'Empereur du 30 avril.