LA TRAVERSÉE DE L'OCÊAN
trois mois douze jours de Tivres, et là-dessus je ne compte pas les déchets journaliers par la vétusté des vivres, et nous allons entreprendre une opération ; mais je ne puis pas vous répondre que, suivant les événements, je ne serai pas obligé de quitter immédiatement après les Antilles par le défaut de vivres et, dans ce cas, ce serait mon retour sur le Ferrol directement, ainsi que me le prescrivent mes instructions.
Je prie Votre Excellence d'agréer Thommage de mon respect.
P. S. — L'escadre espagnole est dans le même cas pour ses vivres et, depuis son arrivée à la Martinique, Tamiral Gravina a réduit la ration d'un qaart, qu'il paye en argent comptant à ses équipages.
ViLLENEUX'E.
L'expédition du Diamant, déjà entamée, exigea trois jours de combat contre un adversaire de force tout à fait minime (1).
Le 41 (31 mai) au matin, le Diamant a été enlevé. A la première volée des vaisseaux, la batterie du bas a été abandonnée et le débarquement s'est fait avec beaucoup d'ordre et de bravoure.
L'ennemi, retiré sur la cime et dans des cavités de rocher, a fait pleuvoir une grêle de pierres et faisait une fusillade qui nous a tué et blessé quelques hommes. Cependant, on s'y est étibli. Gomme il n'y avait avec le haut de communication qu'avec des échelles, il a été impossible de grimper. Le 12 (1*' juin), les vaisseaux ont canonné encore le rocher, mais l'ennemi se cachant dans des grottes, les boulets ne pouvaient pas l'incommoder. Le 13 (2 juin), quelques matelots et grenadiers sont parvenus, par le moyen de cordes, à monter et à s'emparer d'une grotte où étaient les vivres de la garnison ; de suite, elle a mis le pavillon parlementaire et s*est rendue prisonnière avec une capitulation qu'on a bien voulu lui donner. Sa force était de 128 hommes. La Didon ayant porté les ordres d'agir, on a rembarqué l'artillerie de campagne et (>U0 hommes du 84^ le 14 (3 juin) ; le 15 (4 juin), les bâtiments qui étaient au Diamant sont rentrés.
Extrait d'une lettre adressée au Ministre de la marine par le contreamiral Villeneuve (2).
A bord du vaisseau le Bucentauret en rade du Kort-de-France, île do la Martinique, le 15 prairial an Xiu (4 juin 1S05).
L'occupation du poste le Diamant par l'ennemi paralysait les communications des divers quartiers de la colonie et portait un tort considérable aux habitants et aux commerçants, qui désiraient ardemment de s'en voir délivrer. Depuis
(1) Journal de Reille.
(t) Archives de la Marine, BB'^, 230.
54S TROISriBMB PARTIE. — OHAPITBE VIU.
Umftenipt, le eapiUiiie général, indigné de toît les eoiUetm britanniques sur ce rocher, afait oonçu le projet de les en chasser; il a désiré fkire œ eoup de main avec les troupes de la colonie, sans le seeours de celles de Teipédition ; il m*a demandé seulement d'y employer deux Taisseaux et quelques bâtiments légers.
Il entrait trop dans mes instructions d'assurer, par tous les moyens possibles, la sâreté de la colonie et ies sTantages pour ne pas me prêter au fOMi du capitaine général et de le seconder de tous mes moyens. J'ai, en conséquenee, chargé de cette expédition le capitaine de vaisseau Cosmao, qui fit foile pour le Diamant avec quatre chaloupes et quatre canots armés. Le 11 prairial, les Taisseaux sVtant élevés au vent du Diamant, donnèrent dans le canal, entre le roc et la terre ; leur feu fit bientôt taire les batteries basses que Tennemi y ayait établies, et les chaloupes et canots, ayant les troupes à leur bord, purent aborder le roc sur le seul point qui (ut abordable.
Rien n*égale les preuves de courage et de résolution qui furent données dans cette ooeasion.
Cette affaire, peu importante en elle-même, peut être considérée comme un beau fait d'armes par les difficultés qu'elle présentait et la réunion des moyens de défense que Fennemi avait rassemblés. Elle fait le plus grand honneur à tous ceux qui y ont été employés, aux capitaines Cosmao, Demay, au lieutenant de vaisseau Fournier.
Je dois TOUS citer IVnseigne de vaisëOdU llacquet qui, par son courage et son activité, a contribué particulièrement au succès de cette expédition.
VlLLEKKl'N-B.
A cela s'étaient bornées les entreprises de Villeneuve depuis son arrivée aux Antilles. Mais on sait que cette inaction, plus tard si durement reprochée à Famiral, est justifiée par le texte môme des ordres du 2 mars. Decrès lui-même osa prendre la défense de son subordoimé (1).
Dans toute autre circonsUnce, l'armée auniit pu s«» livrer à des entreprises plus marquantes, mais il est à observer que, par ses ordres primitifs, le viceamiral Villeneuve était retenu à la Martinique Jusqu'à l'arrivée de l'armée navale de Brest, que l'expédition sur la Dominique et quelques autres îles anglaises n'avait aucun résultat, et qu'enfin Tamiral ne sachant rien de ce qui se passait, et ne connaissant pas la marche des escadres ennemies, devait se borner à l'objet qui lui était recommandé, celui de sa jonction avec l'amiral Gantcaume.
L'arrivée de Magon avec ses 2 vaisseaux de 74, ÏAJgésiras
(1) Rapport d'ensemble, loc. ciL
Ul TaAVBR8BE DK l'oCÉàN. S43
et V Achille et ua renfort de 861 soldats (1) porta les forces des alliés h 30 vaisseaux, dont 14 français et 6 espagnols.
Par une singulière coïncidence, le même jour, 4 juin, Nelson arrivait à la Barbade et y ralliait les deux vaisseaux de Tamiral Gochrane depuis longtemps dans ces parages.
Parti du cap Saint- Vincent le 11 mai au soir, Nelson était le 14 à 38 lieues de Madère, d'où il écrivait : « J'aimerais bien mieux pour ma santé être allé en Angleterre on ne pensera pas que c'est une partie de plaisir, de poursuivre jusqu'aux ludos occidentales 18 vaisseaux quand on n'en a que 10 avec soi. )i La traversée se poursuivit sans incidents à
raison de 135 milles par jour soit 5 à 6 nœuds à Theure
parfois on atteignit la vitesse de 9 nœuds (2). Le vieux vaisseau le Superb retardait Tescadre. Pourtant, le 21 mai, Nelson comptait arriver à la Barbade le 3 ou le 4 juin (3). « J'espère disait-il à cette occasion, que Gochrane va nous renseigner sur l'ennemi. Je crois toujours que son but est la Jamaïque, mais
beaucoup opinent pour Surinam, la Trinité d'autres
croient que les Français débarqueront des troupes à Saint- Domingue Ils avaient 35 jours d'avance sur nous, nous
en aurons bien gagné 14 sur le passage. Ils seront donc arrivés 17 jours avant nous à la Martinique, où je pense bien
qu'ils iront. Je ne jetterai pas l'ancre à la Barbade » En
chemin il avait rédigé un « plan d'attaque » ayant surtout pour objet de mettre ses capitaines en demeure d'agir de leur propre initiative sans attendre de signaux. « Si les deux escadres sont toutes deux décidées au combat, il y a peu à manœuvrer ; le moins sera le mieux, car on perd facilement un jour ainsi. Le premier procédé consistera à percer la ligne ennemie
(1) Dépôt.
l^ légion da midi 50 hommes.
Z* bataiUon du midi 185 —
3* bataillon colonial 78 —
t6* de ligne 78 —
!•' régiment suisse 171 —
l** demi-brigade suisse tOO —
!»• demi-brigade helvétique 99 —
Total 861 hommes.
(2) Mahan.
(3) Lettre au capitaine Keath du Supet^à.
544 TROISIÈME PARTIR. — CHAPITRE YlII.
en son centre, à re virer de façon avec tout votre inonde, à engager 5 ou 6 vaisseaux seulement, laissant Tarrière-garde ennemie maîtresse de faire ce qu'elle veut. ... Le second est de courir sur le vaisseau de tête, de telle sorte que l'ennemi ne puisse savoir si je passerai au vent ou sous le vent. Je ferai alors le signal d'engager Fennemi sous le vent pour couper sa
ligne à hauteur du 6« vaisseau Courant grand largue,
nous le couperons comme nous voudrons. Les vaisseaux de tête de rennemi, au moment où notre arrière-garde arriverait par le travers du vaisseau d'avant-garde, seraient coupés et notre avant-garde ne pourrait éviter des avaries. Je ferai donc virer notre dernier vaisseau, puis tous les autres, Tun après l'autre pour continuer le combat, soit avec le vaisseau de tête, soit avec le second, suivant celui qui paraîtra le plus
éprouvé Les autres vaisseaux ennemis seront assez loin
sous le vent pour qu'après avoir écrasé les 5 ou 6 premiers, nous ne nous soyions pas mis en état de les recevoir. . . Il n'y a pas de signaux à faire pour de pareils mouvements, lorsque
chacun est résolu à faire son devoir »
Le 3 juin, à 8 heures du matin, on apprit positivement, par deux bâtiments de commerce, la présence de Tescadre française aux Antilles. Le lendemain, à 6 heures du matin, on était en vue de la Barbade et les vaisseaux mouillèrent à 4 h. 50 du soir dans la baie de Carlisle. Là se trouvait l'amiral Cochrane avec le Northumberland^ et bientôt après arrivait son second vaisseau le Spartiate,