IV
quelque temps. On pourrait toute la baser sur le départ de l'escadre de Brest et sa jonction avec celle du Ferrol, puisque cela ferait 36 vaisseaux de guerre. Faites-moi connaître la saison où Ton pourra faire l'expédition d'Afrique. Écrivez donc en Espagne pour le cinquième vaisseau et, en désarmant s*il est possible une frégate, je me trouverai avoir le nombre de vaisseaux nécessaires.
Voyez à Brest si Ton peut, sans décider que Ganteaume ne peut sortir, s'attendre à être débloqué par Villeneuve. Voyez donc alors de tâcher d'y joindre V Océan; quand il ne suivrait pas Tescadre, il pourrait prendre part au combat, car vous ne doutez pas que Tescadre de Brest ne se batte, et un vaisseau h trois |)onts de plus no peut être que d'un grand avantage.
Napoléon.
Ce qui est bien plus sérieux, ce sont les inquiétudes manifestées dès le lendemain par TEmpereur lui-même, au sujet de l'exécution des ordres qu'il a donnés, particulièrement au sujet de ce délai de 35 jours imposé à Villeneuve, qui peut avoir de graves inconvénients et qui, on vient de le voir, donne déjà à Tamiral des préoccupations très justifiées.
Au Woe-amrra/ Deorèt (1).
Asti, 10 floréal an xui (30 avril 1805). Monsieur,
J*ai relu avec attention les instructions données à Tamiral Villeneuve. Je suppose qu'il arrivera à la Martinique le 15 (5 mai) de ce mois ; que dès lors il en partira pour se rendre, par Santo-Domingo, dans la baie de Santiago le 25 prairial (14 juin), y restera vingt jours (2) et, après, entrera à Cadix. Si r amiral Magon pari avant le 20 ou le 25 floréal (15 mai), il lui porte Vordre (C attendre trente-cinq jours, et après de se rendre, par le plus court chemin, devant le Ferrol, L'amiral Magon n'arrivera pas avant le 20 ou le 25 prairial (9 ou iÂjuin) et V amiral Villeneuve devra attendre jusqu'au 1«' thermidor (iO juillet); il ne serait alors rendu devant le Ferrol que le i^^ fructidor (19 août). Ainsi donc Tamiral Villeneuve est parti le 9 germinal (30 mars) ; lorsqu'il arrivera devant le Ferrol^ il y aura cinq mois qu'il sera parti et il n'aura plus qu'un mois ue vivres, en supposant que, pendant son séjour à la Martinique, il ait consommé les vivres de son escadre, ce qui n'est pas probable, surtout pour son biscuit. Toutefois dans cette hypothèse, qui est la plus désavantageuse, il aurait encore les vivres nécessaires pour quinze jours; l'amiral a donc séjourné deux mois et demi aux Antilles. Les Anglais ne seront certains de la marche du général Villeneuve que lorsqu'il sera arrivé, c'est-à-
(1) Correspondance de Napoléon, 8659.
(2) D'après les ordres du 2 mars (quarante jours).
L'ilfMOBILITB D8 GANTBAUMB. 647
dire le ÎO prairial (9 Juin). L amiral restera donc trente-cinq jours depuis que les Anglais auront la nouvelle de son arrivée à la Martinique ; cela est, je crois, trop au moins de quinze jours. Il faut donc que, si l'amiral Magon n'est pas encore parti, vous écriviez à V amiral Villeneuve que, dans la lettre que lui porte V amiral Magon, il est dit qu^il restera trente-cinq jours, mais qu'on avait espéré que le général Magon serait parti quime jours plus tôt ; que mon inten" tion est donc qu'il ne reste à la Martinique que jusqu'au it^ messidor {A juillet), Mail, gi le général Magon n'est point parti au 20 iloréal (10 mai) et que vous n*aye« expédié aucun bâtiment à cette époque, au général Villeneuve, pour lui dire d'attendre, il sera à penser que le général ne rencontrera plus le général Villeneuve qui, selon moi, partira le 20 ou le S5 prairial (9 ou 14 juin) ; et alors il n'y aura plus de possibilité de le joindre que dans la rade de Santiago (aux Canaries). Je pense qu'il sera alors convenable que l'amiral Magon se rende dans cette rade pour porter l'ordre an général Villeneuve de se porter sur*le«champ sur le Ferrol. Quant aux mouvements de l'escadre de Brest, ils dépendent des mouvements de l'escadre de Rochefort. Si l'amiral Magon est parti avant le iO floréal (10 mai), et que l'amiral Ganteaume ne soit pas parti au !«' prairial (2i mai), il ne reste plus k l'amiral Ganteaume que d'attendre tranquillement d*étre débloqué. Mais si, au contraire, l'amiral Magon, partant avant le 90 floréafflO mai), se dirige sur Santiago, je pense que l'amiral Ganteaume doit se rendre également dans cette rade avec l'escadre du Ferrol. L^amiral Villeneuve n'arrivera point k Santiago avant le 10 (29 juin) ou le 15 messidor (4 juillet) ; l'amiral Ganteaume peut donc se rendre à Santiago, quand il ne partirait pas avant le 15 prairial (4 juin). L'amiral Villeneuve, suivant ses premières instructions, arrivera donc à Santiago le 10 ou le 15 messidor (29 juin ou 4 juillet) ; il aura donc encore près de trois mois de vivres dans cette hypothèse ; l'escadre de Brest sera d'ailleurs dans le cas de lui en donner. Ainsi donc il convient, aujourd'hui, de bien déterminer ce que nous avons à faire : Si le général Magon part avant le 20 floréal ({0 mai), et que Ganteaume parte avant le !•' prairial (21 mai), mon armée peut encore se réunir à la Martinique; elle serait rassemblée avant le 1*' messidor (20 juin) et sertit de retour avant le 15 fructidor (2 septembre). Si, au contraire, le général Magon part avant le 20 floréal (10 mai) et qu'au 1*' prairial Ganteaume n'ait pas pu sortir, il faut qu'il ne parte plus et attende l'arrivée de l'armée qui doit le débloquer. Enfin si le général Magon n'est point parti au 20 floréal (10 mat), il convient qu'au lieu de se diriger sur la Martinique, il se dirige sur Santiago, pourvu qu'il parte avant /« 15 prairial (4 juin), et mes escadres pourraient alors se réunir dans les quinze premiers jours de messidor (20 juin au 4 juillet) dans la baie de Santiago.
H est certain que je préfère à tout la réunion à la Martinique; que je pré' fère même la réunion de Santiago au déblocus de Brest afin d'éviter toute espèce de combat. Dans tous les cas, il est nécessaire que vous me fassiez un rapport détaillé sur toutes ces questions; que tous me donniez les noms des bricks, goélettes on frégates que vous aurez expédiés; que, sans attendre d'autres ordres, vous écriviez au général Magon que, s'il n*est pas à la voile le 25 floréal (1 5 mai) au matin, il attende de nouveaux ordres pour partir. Je suppose que vous n'ayez expédié aucun bâtiment ni frégate à l'amiral Villeneuve pour le prévenir d'attendre ; il faut que vous écriviez une nouvelle dépêche à
Tamiral Magon en cas qu'il parte a^ant le 23 floréal (13 mai) et que vous prescriviez au général Villeneuve qu'au plus tard, le 15 messidor (4 juillet), il soit à la voile pour opérer son retour sur le Ferrol ; et qu'enfin vous fassiez connaître au général Magon, dans une dépêche cachetée, qu'arrivé à la Martinique et en trouvant l'amiral Villeneuve paHi depuis quelques jours, il doit se diriger en droite ligne sur Santiago, parce que, l'amiral Villeneuve devant passer devant Santo-Domingo et rester vingt jours à Santiago, il aura le temps de l'atteindre à cette baie, et que, dès le moment de sa jonction avec cet amiral, il doit lui remettre l'onlre de se rendre devant le Ferrol et de ne plus attendre l'escadre de Brest.
Quant au général Ganteaume, vous devez toujours l'encourager à partir jusqu'au S prairial (25 mai), si le général Magon est parti.
Je crois avoir prescrit au général Villeneuve, dans les instructions que lui porte le général Magon, de se rendre par le plus court chemin au Ferrol et de ne point passer par la Jamaïque, parce que c'est pour cette île que seront alarmés les Anglais, dès qu'ils le sauront aux Antilles. J'imagine que l'amiral Missiessy, dans quelque port qu'il arrive, trouvera ses vivres prêts. J'imagine que, s'il pouvait se rendre à Santiago, ses cinq vaisseaux pourraient aussi jouer leur rôle.
En cas que Ganteaume ne soit point encore parti au moment ou vous recevrez votre lettre, envoyez-moi des projets d'instructions pour le général Magon et pour le général Ganteaume, dans l'hypothèse que l'amiral Villeneuve suivra ses premières instructions et que la jonction de mes escadres doive se faire à Santiago.
Missiessy a dû partir le 22 mars; il devrait être de retour en Europe dans la première quinzaine de mai ; il ne devrait donc pas être loin. S'il arrivait à Rochefort et que l'amiral Magon ne fut pas parti; il y aurait possibilité de les faire partir sur-le-champ ensemble pour Santiago ; il faudrait pour cela que les vivres pussent être prêts à Rochefort. L'amiral Missiessy a emporté des vivres pour six mois : il est parti le 22 nivôse (12 janvier); au 22 messidor (Il juillet) il y aura six mois qu'il sera en mer; mais les hommes de passage ont dû lui manger un mois de vivres ; s'il n'en a pas reçu à la Martinique, il n'en doit plus avoir que jusqu'au 22 prairial (11 juin); raison de plus pour calculer sur sa prochaine entrée.
Dans tous les cas, je pense que l'amiral Magon ne doit pas emmener tant d'hommes; qu'il complète ses équipages avec de bonnes troupes, et qu'il embarque seulement une centaine de Piémontais sur chaque vaisseau ; qu'il épargne ses vivres, non pour lui, mais pour pouvoir en donner à l'amiral Villeneuve, il pourrait en donner trois mois pour deux vaisseaux, ce qui ferait un mois pour six vaisseaux et dix jours pour toute l'escadre de l'amiral Villeneuve ; c'est un secours qui n'est pas à dédaigner.
Napoléon.
P.-S, — Je vous recommande le Régulus; ce bâtiment peut très bien être armé, et prêt à partir pour le 20 prairial : et cela étant, il peut entrer dans nos combinaisons et figurer d'une manière bien avantageuse.
La saison étant déterminée pour les jours de départ et d'arrivée, vous êtes plus à même de le juger. Faudra- t-il à l'amiral Magon plus d'un mois pour
l'immobilité de oanteaume. 549
arriver à la Martinique? S'il ne lui faut qu'un mois, il est clair qu'en partant le 20 prairial (10 mai), il y a toute probabilité qu'il joindra Tamiral Villeneuve. J'ai mis que l'amiral Magon pourrait partir le 25 prairial (15 mai); comme cela dépend d'une manière de voir, tous pouvez ne mettre que le 20 prairial ; si TOUS craignez que l'amiral ne soit déjà parti.
Aucune de ces hypothèses ne devait se réaliser. Magon était parti le 1®' mai et Villeneuve, comme s'il avait deviné la pensée de TEmpereur ne devait pas attendre aux Antilles 35 jours après l'arrivée du renfort, mais repartir de suite.
Cependant, les renseignements qui arrivaient successivement, montraient l'avance que devait donner à l'armée francoespagnole l'erreur de Nelson.
Au viœ^amiral Deorès,
AlexaDdrie, 12 floréal an xni (2 mai 1805).
Un courrier de Naples m'apprend que Nelson était sur le Maretimo le 2 floréal, et a appris là, seulement, que l'escadre de Toulon a^ait passé le détroit. ]1 s'est aussitôt dirigé sur Gibraltar. Il n'est pas probable qu'il arriye deyant cette rade avant le 10 ou le 12 prairial. Notre escadre aura vingt jours d'avance.
Napoléon.
Au vice-amiral Decrôs (1).
Alexandrie, 14 floréal an xm (4 mai 1805). Monsieur,
Votre lettre du 8 floréal m'annonce que l'amiral Magon est prêt à partir. Vous devez être sans inquiétudes sur le Ferrol : l'escadre espagnole n'aura pas un mois de vivres, elle en aura six. Vous croyez que Beurnon ville fait quelque chose ; c'est la mouche du coche. Ce grand nombre de vaisseaux espagnols qu'il dit être en armement ne le sont pas ; les Espagnols ne peuvent en armer plus qu'ils n'ont d'équipages, et il serait ridicule que j'allasse refroidir leur zèle; ne faites donc rien. On ne réagit pas sur des alliés, et on fait à peine ce que l'on veut sur ce point, dans ses propres ports. Quant aux troupes qu'ils doivent embarquer sur l'escadre du Ferrol, elles sont indispensables pour dérouter l'ennemi, en supposant qu'elles se réunissent à l'amiral Ganteaume. Si, cependant, au lieu de se réunir à l'amiral Ganteaume, cette escadre se réunissait à l'amiral Villeneuve, je serais à temps de faire connaître, d'ici à deux mois ce qu'il faudrait faire. Les tempêtes que vous me dites exister sur l'Océan me font espérer qu'enfîn Ganteaume sortira. Je crois que
(1) Correspondance de Napoléon, 8685.
le nombre de yaisseaux eipagnols que Tamiral Villeneuve pourrait rallier à Cadix ne serait qu'égal à celui des vaisseaux anglais qu'il attirerait. Si VEspagne envoie la six vaisseaux de Cartfiagène à Toularij je ferai une telle peur aux Anglais, qu'ils seront forcés d'y tenir une force importante, car je menacerai TËgyptc de tant de manières et si évidemment » qu'ils craindront un grand coup ; ils croiront que mes escadres vont aux Indes orientales, ce qui, dès lors, paraîtrait une opération combinée. Ajoutez que la saison dans laquelle nous allons entrer est une véritable saison pour une expédition d'Egypte. Si les Anglais sont obligés de tenir six vaisseaux à Toulon et six vaisseaux à Cadix pour être maîtres du détroit, ce sera une belle et puissante diversion. Quand Tamiral Villeneuve se présentera devant Ferrol, il n'y trouvera pas une escadre anglaise égale à celle qui doit le joindre, car les Anglais observeront plutôt qu'il ne bloqueront le Ferrol. D'ailleurs l'escudre anglaise du Ferrol ne saura pas où va Villeneuve ; elle ne saura pas si l'escadre qu'elle voit n'est pas celle de Brest. Villeneuve a déjà avec lui tî vaisseaux; en supposant que Magon le rejoigne, cette force serait suffisante pour se présenter devant Brest, l'amiral Ganteaume surtout étant prévenu. Soyez certain qu'il trouvera au Ferrol plus de 14 vaisseaux français ou espagnols, ce qui rompra tout équilibre, quand môme les 7 ou 8 vaisseaux anglais du Ferrol joindraient à temps Comwallis.
Parlez à Vanlerberghe et à Ouvrard pour qu'ils fassent passer du biscuit au Ferrol.
Missiessy va arriver. Il y aurait un projet qui pourrait avoir quelque avan* tage, ce serait de le faire venir à Toulon, avec les 6 vaisseaux de Carthagène ; cela ferait M vaisseaux. VAnnibal, qui pourrait être propre à une campagne d'été, ferait le douzième. Ou les anglais me les bloqueraient, ou ils ne me les bloqueraient pas : s'ils les bloquent, je ne les fais point sortir, et j'occuperai ainsi, entre Cadix et Toulon, 20 vaisseaux de guerre anglais ; s'ils ne les bloquent pas, je les enverrai à Cadix se joindre aux 8 vaisseaux espagnols et venir débloquer le Ferrol.
C»ittc hypothèse ne parait pas très probable, car la garnison de Malte serait compromise et l'Egypte leur donnerait alors une alarme épouvantable.
J'ai une armée prête à Tarente, et j'y ai un million de rations de biscuit. Si Missiessy arrivait avant le i«' prairial, il pourrait être avnnt le 5 messidor 1^ Toulon.
Cependant mes combinaisons sont soumises au départ du général Magon. S'il ne partait pas avant le 20 floréal et qu'il dût aller à Santiago, il faudrait réunir beaucoup de forces à Cadix : l'escadre de Carthagène approvisionnée et l'escadre de l'amiral Missiessy pourraient nous offrir à Cadix une vingtaine de vaisseaux.
Dans cette hypothèse, il serait nécessaire d'avoir à Toulon une certaine quantité de vivres que l'on chargerait sur des flûtes, et que l'amiral Missiessy porterait h Cadix pour l'escadre de l'amiral Villeneuve. Ainsi, si le général Magon n'était point parti et que l'amiral Villeneuve dut aller à Santiago, quand même l'amiral Magon ne pourrait sortir assez à temps pour arriver dans cette baie, l'amiral Villeneuve doit retourner à Cadix d'après ses instructions. Il ne s'agit plus que de réunir dans ce port le plus de vaisseaux possible; les deux vaisseaux de l'amiral Magon, s'il n'a pu aller à Santiago, ceux de l'amiral
l'immobilité de gantbaumb. 561
Missiesiy et tous les espagnols de Garthagène. J*ai tout cet échiquier très présent.
A la fin de floréal, où il sera décidé si les généraux Magon et Ganteaume partent ou ne partent pas, les choses seront déjà éclaircies ; mais, pour être en état d'agir selon les circonstances, il faut beaucoup de vivres à Toulon, à Rochefort, à Brest, à Lorient. Ge n'est donc pas le cas de faire de ridicules économies, d*autant plus que cette dépense ne peut-être considérée comme de Targent perdu. Faites doubler les commandes qui ont été faites, afin que, dans le cas ou j'aurais besoin de Tiyres, je les trouve. Calculez les différentes chances qui se présentent, et que partout les vivres ne soient un obstacle à rien. Vous ordonnerez bien positivement que la fin de floréal et les mois de prairial et de messidor soient employés à confectionner le plus de vivres possible dans les ports de Brest, Rochefort, Lorient et Toulon» Après tout, une ration complète coûte vingt sous ; c'est donc une avance de deux ou trois millions; je dis une avance, car quand je n'en aurais pas besoin, les vivres me restent. Et si, par des événements qu'on ne peut calculer, mon grand projet venait à être déjoué, vous entendes bien que je ne veux pas être arrêté par le défaut de vivres.
J'ai fait faire du biscuit à Ostende ; Savary m'en a apporté de deux ans ; il est sain comme s'il était d'hier. Quand on peut si longtemps garder des vivres, et dans une guerre aussi active, c'est une grande ignorance de n'en pas avoir beaucoup» Je ne veux pas être retardé de deux jours pour raison de vivres. Foroes tous les moyens, et que j'aie dans mes quatre grands ports, au moins 7 à 8,000,000 de rations de vivres.
Ayez soin, si vous expédiez les bâtiments, indépendamment de l'amiral Magon, de ne rien écrire qui puisse nous gêner ensuite, dans l'incertitude de savoir si un bâtiment est ou non arrivé. G'est dans cette manière de voir que je vous ai prescrit de vous borner, en expédiant un brick à l'amiral Villeneuve, à l'instruire de l'état des choses, et lui ordonner d'attendre quelques jours, sans lui donner aucun ordre. Si le général Magon est parti, j'approuve que les deux frégates de Lorient partent, quand il sera décidé que Ganteaume ne doit plus partir, et portent à l'amiral Villeneuve l'ordre de se porter sur le Ferroly $ans perdre de temps.
Je n'ai pas besoin de vous dire que, en écrivant par ces frégates, vous devez remettre une lettre à chaque capitaine, afin d'en prévenir la perte en cas de séparation ou d'événements malheureux. J'imagine que vous avez fait autant de copies de ma dépêche que l'amiral Magon a de bâtiments, en faisant sentir à cet amiral la nécessité de la faire parvenir à sa destination ; et que vous avez donné ordre, en cas de séparation, à ces bâtiments d'arriver.
Napoléon.
C'est le 8 mai seulement que TEmpercur apprit le départ de Tamiral Magon. II avait donc fallu huit jours pleins pour que cette nouvelle si essentielle parvint à Napoléon. Cette fois, d'après les ordres qu'emportait Tescadre de Rochefort, Villeneuve, si on le trouvait encore à la Martinique le 5 juin,
devait rester aux Antilles jusqu'au 10 juillet, perdant son temps et consommant ses vivres. Il fallait y remédier promptement.
Au vicô-SL/niral Decrès (1).
PâTie, 18 norétl an zui (8 mai 1805).
Monsieur,
J*ai reçu Totre lettre du 14. Magon est parti ; cette nouvelle m^est bien précieuse ; dès lors, toutes les hypothèses sur Santiago sont à bas et il est de toute évidence que Tamiral Villeneuve se dirigera sur le Ferrol. Si la frégate la Didon n'est pas partie (2), vous la chargerez des modifications aux instructions dont le général Magon est porteur, et vous lui ordonnerez, au lieu de rester trente-cinq jours, de ne rester qu'un mois. Si la « Didon » était partie, faites alors partir la « Topaze » (3). Vous ferez connaître, par cette frégate, Tétat des choses à V amiral Villeneuve ; vous lui direz que mon intention n'est pas qu'il reste en A mérique plus d'un mots après V arrivée de V amiral Magon ; que si Tamiral Ganteaume peut sortir avant le i^' prairial (21 mai) il sortira ; que, passé le \*^ prairial, il ne sortira plus et l'attendra de pied ferme.
Ainsi donc, au plus tard le 10 messidor (29 juin), Villeneuve doit marcher et arriver comme un trait sur le Ferrol. Quant à Ganteaume, si, au 30 floréal (20rmzi), il n est pas parti, mon intention est qu^il ne sorte plus, mais qu'il reste cependant toujours embarqué, toujours en haleine, toujours bien approvisionné. Vous lui ferez connaître alors le plan de campagne; ma/s, pour qu'tl se tienne plus sur ses gardes, vous lui annoncerez que Villeneuve doit paraître devant Brest du 20 au 30 messidor. Je pense qu'il est assez utile que vous fassiez mettre dans les journaux de Hollande qu'une nouvelle escadre, sous les ordres de Tamiral Magon, forte de 3 vaisseaux et de 4 frégjites, est partie de Rochefort, qu'elle a à bord cet officier, que devait amener Lauriston, que vous nommerez et qu'on dira avoir été prisonnier à Sainte-Hélène tant de temps. En définitive, je tiens invariablement à ce système ; Ganteaume doit sortir, s'il le peut, jusqu'au 30 floréal à minuit. Au moment du lever du soleil du i*^ prairial, aurait'il toutes les occasions possibles, il attendra de pied ferme à Brest et ne sortira plus. L'amiral Villeneuve sera instruit de ces dispositions par la « Topaze y» ; il aura Vordre, le 10 messidor, départir ; le « Président » partira de Lorient le i»'' prairial; il fera connaître à Villeneuve que Ganteaume n'est pas parti, qu'il ne doit plus perdre une heure, qu'il est inutile qu'il attende davantage, A cet effet, vous ordonnerez à Ganteaume, si le 30 floréal à mimât il n'est pas parti, d'expédier aussitôt un courrier au commandant du « Président » pour le faire partir sur-le-champ. Par ce moyen, on gagnera beauc^oup de jours. Le paquet aura été envoyé d'avance au commandant du Président. Au 25 messidor (14 juillet) je serai sur la c^te et au 10 messidor (29 juin) j'attendrai le retour de mes escadres.
(1) Cotrespondance de Napoléon, 8699.
(2) Rlle l'est depuis le 3 mai.
(3) Elle partit en effet le 15 mai.
l'immobilité de oantbaume. SS3
Quant au Régulas et à la Cybéle, si je pouTais les euToyer au Sénégal raTager les colonies anglaises d'Afrique ; cela obligerait les Anglais à y envoyer deux vaisseaux. Si cela n'est pas possible, faites-les armer promptement et je combinerai afec Tescadre de Missiessy, dont le retour me parait imminent.
Quant au Ferrol, faites armer les 5 vaisseaux. Quand le i^' prairial sera arrivé, j'écrirai en Espagne pour que tous les efforts soient dirigés sur ce port; j'ai la confiance que j'y aurai 10 vaisseaux espagnols. Villeneufe aura alors 19 vaisseaux français et 16 espagnols : total, 35 vaisseaux. Il sera facile de faire que l'ennemi n'en ait devant devant Brest que 18, il n'y aura qu'à faire grand bruit de 2 vieux vaisseaux de l'escadre et les faire rentrer dans le port ; mais il faut d'abord gagner l'époque du 1*' prairial. Tâchez donc de faire armer VOcéarif si vous pouvez, ne serait-ce que pour le combat de Brest. Il y aurait tout le temps de faire à Bertheaume toutes les batteries qu'on voudrait. Donnez l'ordre à l'amiral Ganteaume et au préfet maritime de les faire faire sur-le-champ par la marine. Il me semble qu'il peut y avoir tel cas oiï une forte protection bien assurée là peut être très importante. Je pense aussi que vous ferez armer toutes les chaloupes-KMinonnières qui sont à Brest, ne fut-ce qu'afec les ouvriers et les mouvements du port. Ce seront des ressources pré-* cieuses au mois de messidor et au moment du combat ; mais nous avons le temps de penser à cela. Pressez l'armement du Régulus et des vaisseaux du Ferrol. Écrivez à M. Schimmelpcnninck pour faire armer les deux autres vaisseaux qu'on a, afin qu'on les envoie au Texel, pour obliger l'ennemi à renforcer sa croisière d'Yarmouth.
Je vous recommande les vivres ; que j'en aie à Cherbourg, à Brest, à Boulogne ; que l'amiral Missiessy , quelque part qu'il se présente, ne soit pas arrêté d'une heure : enfin, il me faut des vivres partout, arrangez- vous en conséquence.
Donnez ordre au contre-amiral Gourdon de vous enTover des courriers tous les cinq jours , pour vous instruire du mouvement des croisières ; cela est nécessaire pour les opérations de Missiessy.
Napoléon.
A l'amiral Villeneuve (1).
Pavie, 18 floréal an xm (8 mai 1805).