‹ 1793-1805 (volume 3)Chapitre 39 sur 81 · IV · texte numérisé non relu

IV

562 TROISlàMB PARTIB. — CHAPITRE IX.

En même temps, les renseignements qui parvenaient au sujet de l'activité déployée par les Espagnols, étaient propres à donner confiance. Mais l'Empereur était fort sceptique à ce sujet (1).

Madrid, le It floréal an xdi (2 mai 1806). Monseigneur,

Le courrier que Votre Excellence m'a expédié de^ Turin m*a assuré être sorti de cette TÎlle au moment où y entrait celui que j*ai fait partir de Bayonne avec une dépêche du Î3 germinal (13 avril), relative à la jonction de notre eêcadre et (Tune division de celle de Cadix.

Votre Excellence n'aura donc pas tardé à être satisfaite sur un des points les plus intéressants de Tordre général qui fait Tobjet de la lettre qu'elle a bien voulu m'écrire.

Je crois utile, néanmoins, de mettre de Tensemble dans les récapitulations qu'elle me demande sur toutes les opérations préparées et exécutées dans les principaux ports de l'Espagne, et c'est pour en compléter le tableau que Je fais de nouveau mention de la sortie de l'amiral Gravina à l'article Cadix.

Cadix.

L'escadre de Toulon a fait sa jonction avec la division espagnole dans la nuit du i9 au 20 germinal [9 au iO mars).

Le 2i au matin, l'escadre combinée éUiit hors de la vue de Cadix, forte de i7 vaisseaux seulement, mais on a la presque certitude qu'elle aura été rejointe par le Saint-Raphaël, qui a appareillé dans la matinée du 21, et duquel on n'a plus entendu parler, ce qui est un bon signe.

Cet événement a été annoncé directement à Sa Majesté Impériale par an courrier que je lui ai expédié, d'après l'invitation du général Lauriston.

Depuis lors, on n'a aucune nouvelle de l'escadre et, h la date des dernières nouvelles de Cadix, de Lisbonne et du Ferrol, aucun bâtiment n'était encore entré dans ces ports qui l'eût rencontrée ; dès qu'on en aura la moindre connaissance, j'espère que je serai le premier à en informer Votre Excellence.

(1) Correspondance de Napoléon, 8745, à Decrès, 16 mai.

Milan, 26 floréal an xiii (16 mai 1805).

Il ne fkat pas trop ajouter foi à tout les bmita da général Beurnonville. Je doute que reieadre de Carthagène aoit sortie ; ai elle Test, tenei pour oertaln qu'elle n'a pas été à plut de 3 lieues de la e6te. Du moment que j'aurai des nouvelles du 1» prairial, j'écrirai en détail en Bipagne ; alors aussi, mais alors seulement, vous pourrei écrire pour lui tiire connaitre qu'il n'est pas probable que l'escadre soit bloquée dld à un mois ou six semaines ; qu'au lieu de six viJsseauz, j'espère qu'il y en aura dix ; que toute l'aetivité doit se tourner là-dessus.

J'approuve les conventions des vivres que vous faites, montant à neuf milliont, dont quatre existants ; presses de manière que partout tout soit prêt dans le courant de thermidor.

Napolkon.

l'immobilité db oântbaume. 563

Nelion ii*a point paru au détroit et, depuis près d'un mois, on n*a aperçu aucune ditision de sa flotte à la o6te de la Méditerranée.

A l'apparition de Tescadre française, le commodore Orde s*est retiré de la station qu'il occupait de? ant Cadix ; mais on a tu reparaître, depuis, quelques vaisseaux de sa croisière.

Une seconde division de six vaisseaux est armée à Cadix. En voici les noms :

Le Glorieux; La Sainte-Trinité ; Le Saint'Léandre ; La Cas tille; La Foudre; Le Juste,

Une troisième division de quatre vaisseaux seulement est destinée à suivre la seconde, dès que celle-ci sera entièrement formée. Voici les noms des quatre vaisseaux désignés pour cette troisième :

Le Bahama; La Sainte-Anne; Le Migno ; Le Vainqueur,

Si le département de Cadix était aussi riche d'hommes et de vivres qu'on Ta lait riche d'argent, ces deux divisions seraient facilement prêtes pour la mijuin. Mais en définitif, et sauf le délai matériellement nécessaire, il y aura eu seize vaisseaux de préparés à Cadix, dont six ont déjà appareillé, plus une Régate, et dont le surplus, à force d'activité et de sacrifices, pourra être utilisé ou partiellement, ou en masse, d'ici à la fin de juin.

Ferrol.

Dix vaisseaux, dont quatre français et six espagnols, sont mouillés et se tiennent sur une seule ancre, prêts à appareiller au premier signal qu'ils attendent.

Pour peu qu'ils demeurent quelques jours dans cette situation, l'escadre se renforcera d*un vaisseau espagnol et du vaisseau français le Redoutable^ qui a encore besoin de ses pièces à eau pour prendre la mer.

A moins d'un très prompt départ, Tescadrc combinée sera donc de douze vaisseaux. Le contre-amiral Gourdon et le lieutenant général Grandellana y travaillent à force, décidés à ne point quitter le mouillage du Ferrol ; on est hors de doute, dans ce port, que les deux commandants s'attendent à être débloqués par la flotte de Brest.

Le bataillon du 79* régiment d'infanterie a été réparti sur nos vaisseaux, et la frégate la Revanche j mouillée à la Corogne, est venue au Ferrol se joindre à la division française.

Les Espagnols n'ont de vivres que pour un mois, ce qui rend la destination de l'escadre plus difficile et restreint beaucoup le choix des opérations qu'elle aurait pu exécuter sans cette circonstance. Le contre-amiral Gourdon a du pain pour trois mois, et plus on différera d'appai*eiller, plus sa provision deviendra abondante, il fait fabriquer à force à la Corogne.

L'escadre qui bloque le Ferrol n'était que de huit Taisseaux à la date du 4 floréal, mais il parait que le deToir du contre-amiral Gourdon est d'attendre, sans quoi il me marque qu'il n'aurait pas hésité de sortir.

Je n'ai pas un tableau assez nouveau des \aisseaux susceptibles de former la seconde division du Ferrol, mais je ferai ce qu'il fuut pour l'avoir et pour l'adresser promptement à Votre Excellence.

Carthagène.

L'escadre qui était dans ce port a appareillé le 7 floréal au matin et l'on n'a point encore d'avis sur les opérations qu'elle aura exécutées ; il eût été extrêmement désirable qu'elle pût se rendre à Cadix , de conserve avec l'amiral Villeneuve. Réunie aux dix vaisseaux de Cadix, elle générait bien davantage les Anglais. Maintenant, on ne sait trop quand elle pourra entrer dans l'Océan et l'on attend avec une curiosité inquiète l'issue de la manœuvre qu'elle a faite.

M. le Prince de la Paix m'a confié avoir donné à Tamiral Salcedo l'ordre indéfini de sortir dans un but utile quel qu'il soit : d'observer la mer, de donner chasse à l'ennemi partout où il se trouverait inférieur, de manœuvrer enfin, d'après les avis et la connaissance des parages, soit pour rentrer après avoir excité l'attention de l'ennemi, soit pour passer le détroit si toutes les chances sont favorables à cette navigation et à la jonction des escudres dans Cadix.

L'opinion que je dois me former d'une telle opération est que, en efiet, le Prince de la Paix a été bien aise de faire sortir momentanément d'inactivité une escadre dont les équipages, trop neufs pour la mer, ont besoin de s'y exercer peu .\ peu avant de tenter une entreprise positive. Cependant, M. de Salcedo aura eu Tordre de mettre à profit tout ce qui pouvait favoiiser une opération utile et, sans avoir de désignation spéciale à cet égard, je pense qu'il aura eu du moins la faculté de faire pour le mieux.

Au surplus, comme la navigation est rétrécie vers le sud de Carthagène, qu'à l'est il y aurait beaucoup de danger à prendre un trop grand essor, et qu'à l'ouest on entre bientôt dans les eaux du détroit, les premières nouvelles que j'attends de Carthagène sont que l'escadre y est rentrée, car il n'y aurait qu'une réunion des circonstances les plus heureuses qui eût pu déterminer M. de Siilcedo à la conduire à Cadix.

Je résume tout ce qui précède et je trouve pour résultat :

vaisseaux.

i® Six vaisseaux sortis de Cadix 6

2* Six vaisseaux sortis de Carthagène 6

3® Dix vaisseaux en armement à Cadix, dont partie sur le

point de sortir 10

4** Sept vaisseaux sur une seule ancre au Ferrol et prêts à

appareiller au premier signal 7

En tout vingt-neuf viiisseaux qui, réunis aux six vaisseaux français qui se sont trouvés dans les ports du Ferrol et de Cadix, mettent les Anglais dans la nécessité d'observer ou de combattre trente-cinq vaisseaux de ligne, six mois après la rupture de l'Angleterre et de l'Espagne.

l'immobilité de oanteaume. 565

Quelque satisfaisant que soit cet aperçu, Sa Majesté Impériale aura besoin, pour le trouver tel, de le comparer à la situation intérieure de ce pays et aux désavantages de tout genre malgré lesquels il a fallu qu'il se présentât à la lutte. Un temps Tiendra sans doute où notre alliance avec TEspagne, dirigée vers son véritable but, deviendra définitivement funeste à T Angleterre. Mais déjà ne peut-on pas éprouver un contentement relatif et s'étonner de l'activité et des efforts que nous sommes parvenus à faire déployer au gouvernement espagnol, comme aussi des sacrifices pécuniaires auxquels il a dû se décider dans un moment où l'esprit public était mort, le crédit éteint, le peuple accablé de calamités et les finances sensiblement affaiblies par Pacte de violence même qui a déterminé la guerre ?

J'aurai soin de donner successivement à Votre Excellence tous les renseignements qui me seront transmis, soit sur les croisières et les passages de convois, soit sur les mouvements de Gibraltar, de Minorque, et en général sur tous les objets que je croirai vraiment dignes d'exciter l'intérêt de Sa Majesté Impériale.

Veuillez agréer, Monseigileur, Thommage de ma haute considération et de sincère attachement.

Le Général : Beirnonville.

P. S. — Je joins à cette dépêche le tableau de la division espagnole sortie de Cadix et qui a fait sa jonction avec celle de Toulon.

En ce qui concerne Fescadre de Carthagène, sa sortie avait rapidement pris fin à la seule assurance que Nelson n'avait pas encore quitté la Méditerranée. S'il n'avait pas paru devant Carthagène, il n'en avait pas passé très loin dans sa route vers Tétuan, où il était arrivé le 5 mai (1).

Âranjoei, le 16 floréal an xiii(6 mai 1805).

Nelson a paru vers Carthagène avec il vaisseaux de ligne et 8 frégates. Sa présence a fait rentrer l'escadre de Carthagène, dont je n'avais pas vu la sortie avec beaucoup de tranquillité.

M. de Salcedo a du moins eu le bonheur de ne faire aucune perte et il a ramené dans le port G vaisseaux qui pourront reprendre la mer en temps plus utile, dans un but déterminé, et avec des chances de succès moins incertaines. Il s'agit maintenant de savoir si Nelson passera le détroit et quelle direction il prendra ensuite ; les renseignements que nous obtiendrons sur l'état de ses forces, sur celles qu'il a peut-être laissées dans la Méditerranée et sur ses différentes combinaisons avec les amiraux Orde et Calder, qui croisent devant

(1) Voir ci-dessus.

666 TR0I8IÈMB PAETIB. — CHAPITRE IX.

Cadix et le Ferrol, contribueront beaucoup à fixer le choix du Prince entre les deux partis dont Sa Majesté Impériale lui a offert TaltematiTe.

Le général : Biuri«oi«yillb.

Arai^aex, le t5 floréal an xm (15 mal 1805).

Monsieur le Vice- Amiral (i),

Aussitôt que le contre-amiral Gourdon m'a fait part d'un objet quelconque de nécessité pour Fescadre qu'il commande, j'en ai fait la demande au minis* tère espagnol, de qui je Tai obtenu sur-le-champ toutes les fois que la chose a été possible.

C'est ainsi que le Fougueux a été récemment garni de manœuyres qui lui manquaient et que, plus nouvellement encore, le prince de la Paix a fait passer l'ordre au capitaine général du Ferrol d'approvisionner ce vaisseau des articles de pharmacie dont il a besoin. J'ai à cœur. Monsieur le vice-amiral, de seconder, autant qu'il est en moi, les grands travaux de votre Département, du moins sous les rapports qu'ils ont avec le port que j'occupe, et si les intentions de Sa Majesté Impériale ne sont pas toujours aussi pleinement remplies que je le désirerais, toujours est-il constant que je n'ai rien à m'imputer à cet égard. Je ne crois pas que la cour d'Espagne puisse prendre un système assez contraire à celui qu'elle a toujours eu depuis que je réside auprès d'elle, pour se refuser à une seule des choses vraiment utiles que je lui proposerai; et lorsque vous vous apercevrez, Monsieur, que telle ou telle chose ne répond pas à l'idée que Votre Excellence s'en était formée , Votre Excellence devra croire aussi que, sans doute, il ne m'aura été donné aucun ordre et que j'ignore absolument la chose sur laquelle il lui resterait le moindre désir.

Tous les ordres ont été expédiés d'ici pour que les réparations du Redoutable soient poussées avec vigueur ; et d'après les moyens que Votre Excellence a misa la disposition du contre-amiral Gourdon, je ne doute pas que ce vaisseau ne puisse incessamment suivre en rade les quatre autres ; l'équipage était ce qui souciait le plus ce contre-amiral, mais il ne tardera pas à en avoir composé un aux dépens des frégates et corvettes qu'il a la liberté de laisser au

Ferrol ; je pense qu'avec les (2) nécessaires on aura bientôt fabriqué les

pièces à eau, et pour peu qu'il s'écoule de jours avant le départ des escadres, le vaisseau le Redoutable en fera infailliblement partie.

J*ai adressé il y a huit jours, au Ministre des relations extérieures, un état des armements espagnols. Sa Majesté Impériale y aura vu que l'escadre du Ferrol est de 6 vaisseaux en rade ; depuis lors, il leur en a été adjoint un septième et, dès que le Redoutable sera entré en ligne, la division combinée dans ce port sera de 12 vaisseaux; elle est aujourd'hui de il seulement, mais déjà ce nombre excède celui dont Votre Excellence me témoigne qu'elle désire être parfaitement certaine, et dès lors je dois croire que les choses lui paraîtraient dans un état satisfaisant au Ferrol.

(1) Archives de la Marine^ BB«^, Î34.

(S) Lacune dans la minute.

L'nOfOBILITé DB GANTEAX7ME. 567

Votre Excellence n'ignore pat combien les départements de Cadix et de Garthagène ont souffert des maladies et de la disette des années précédentes ; ils ont fait des pertes disproportionnées à Fétat maritime de TEspagne et il a fallu n'être pas infiniment difficile sur le choix des hommes de mer pour armer les 29 vaisseaux et les 4 frégates que nous Tenons de tirer du néant en moins de cinq mois ; les équipages ne sont donc pas aussi expérimentés qu'il le faudrait.

Le biscuit est le seul article dont on ne soit pas suffisamment approvisionné, mais on y trayaille avec force. Tous les autres vivres sont à bord, et j'ai la parole d'honneur du Prince qu'ils sont en abondance pour le temps déterminé.

Sur la proposition que Votre Excellence a faite au prince de la Paix d'envoyer à Toulon ou à Cadix la division de Garthagène, le Prince s'est déterminé pour Cadix; je n'ai pas été suffisamment autorisé à lui fkire préférer la destination de Toulon et, d'ailleurs, on lui laissait quelque liberté à cet égard ; cependant, la navigation actuelle de Nelson promet une sécurité temporaire aux vaisseaux qui seraient dirigés sur Toulon, i\ vaisseaux de ligne ayant mouillé à Gibraltar dans la nuit du 16 floréal et, selon toutes les apparences, étant entrés à présent dans l'Océan.

Malgré cela le Prince a pensé que de grandes forces réunies à Cadix seraient par la suite une ressource infiniment utile pour Sa Majesté Impériale ; et comme les 6 vaisseaux de Garthagène, réunis à six autres qui sont sur le point d'être armés à Cadix, formeront dans l'Océan une escadre de i2 vaisseaux, que l'on espère pouvoir porter à 16 pour la fin de juin , il n'est pas douteux que le Prince n'ait d'asses bons motifs à faire valoir pour justifier sa préférence et pour couvrir par des raisons admissibles la répugnance secrète que je lui suppose pour la division des forces de l'Espagne, et surtout pour les mettre trop positivement à notre disposition ; une des causes dont il m'a parlé, et qui doit en effet être de quelque poids dans le jugement à porter du parti qu'il a pris, c'est que la ville de Garthagène n'était point encore entièrement purifiée de la dernière épidémie et que la santé des équipages, bonne pour des hommes acclimatés, serait peut-être de quelque danger pour des hommes d'un climat différent.

Je vous prie, Monsieur le Vice-Amiral, de vouloir bien agréer l'hommage de ma haute considération.

Beurnonvilue.

Pendant ce temps, l'Empereur, escomptant l'arrivée de Missiessy attendu de jour en jour, édifiait un nouveau projet destiné à réparer l'échec de la réunion aux Antilles de cet amiral avec Farmée de Villeneuve.

Au Wce-am/ra/ Decrès (i).

Milan, 20 floréal an xm (10 mai 1806). S'il ne faut pas réunir des vivres à Gherbourg, il en faut beaucoup réunir

(1) Correspondance de Napoléon, 8714.

au Hayre et à Honfleur. Il est nécessaire qu'on en fasse faire à Cherbourg pour le Havre.

Je n'ai rien à répondre à votre lettre du 45 (5 mai) ; tous verrez, par ma dernière, que j'ai prévu qu'il faut au 1*' prairial (21 mai) que la Topaze (i) et autres de Lorient partent si vous le jugez nécessaire.

Je vais prévoir une autre circonstance y celle de V arrivée de Missiessy à Lorient ou à Bochefort. Dans ce cas, mon intention est qu'il prenne ses vivres et qu'il parte sur-le-champ pour joindre f amiral Villeneuve,

Je suppose qu'il fût arrivé et put partir au (2) ou le 5 prairial (25 mai).

Il n'y a pas pour lui les mêmes conséquences que pour Ganteaume de rester en arrière. Il est donc nécessaire que vous envoyiez des dépêches cachetées à Rochefort et à Lorient, et qu'on soit prévenu de lui remettre ses dépêches et ses vivres en quarante-huit heures. Vous y ajouterez l'instruction que, si un vaisseau était hors d'état de suivre, il resterait et le reste continuerait sa route.

Vous donnerez à l'amiral des ordres cachetés, dans lesquels vous lui direz que si, à son arrivée à la Martinique, l'amiral Villeneuve était parti et qu'il puisse espérer de le rattraper, il ait à se diriger sur le lieu où va l'amiral Villeneuve. Et enfin , si Missiessy arrive après le 5 prairial (25 mai), mon intention est que, avant qu'il soit bloqué, il se rende à Cadix et, dans ce dernier cas, six jours de retard n'étant pas une affaire, j'aurai le temps de donner des ordres sans éprouver de retard. Je regarde sa station à Rochefort ou à Lorient comme mauvaise et contraire à mes projets, parce qu'elle réunit un grand nombre de vaisseaux anglais dans les mêmes parages.

Envoyez un courrier à Cadix, avec l'ordre de vous rapporter sur-le-champ la situation des croisières ennemies dans ces parages. Vous sentez bien qu'ayant ce projet, c'est que je n'ose pas espérer de pouvoir faire parvenir au Ferrol, et puis on peut peut-être mettre en discussion si cela serait avantageux.

Napoléon.

Ces ordres firent Tobjet de deux lettres de Decrès, en date du 16 mai (3).

La première, adressée à Gourdon, lui prescrivait d'obtenir des Espagnols que leurs vivres soient portés à cinq mois, ou au moins trois.

La seconde^ adressée à Rochefort, pour être remise à l'amiral Missiessy à son arrivée, contenait Tordre de se pourvoir de six mois de vivres, quatre mois d'eau et de reprendre la mer avant le 5 mai.

(1) Elle partie 15 mai.

(S) Lacune dans la minute.

(3) Archives de ta Marine, BB»^, 229 -M7

l'immobilité de oanteaume. 569

Dans rintervalle, TEmpereur modifia le rôle attribué à Missiessy.

Au vice-^mirtil Deorès (i).

Milan, t3 Aorétl an xin (13 mai 1805).

Je reçois tos lettres des 17 et 18 floréal. Il parait que Tescadre de Tarairal Missiessy est partie le i5 ou 26 Tentôse (16 ou 17 mars); elle est restée à la Martinique moins d'un mois. Elle a dû partir de Santo-Domingo ayant le 1*' avril ; elle ne doit pas mettre plus de quarante jours pour revenir de Santo-Domingo en France. Elle devrait donc être rentrée au iO mai; nous sommes au 13. Si elle est arrivée, hfttez-vous de m'informer en détail des affaires.

Vous aurez reçu la lettre que je tous ai écrite il y a deux jours. Faites que Tescadre (2) ne communique point avec la terre ; faites~y mettre des vivres et envoyet'là sans délai à la Martinique; ne partirait-elle que le 5 prairial (25 mai), elle arriverait à temps. Je pense qu'il est probable qu'elle arrivera avant le 10 messidor (29 juin). Vous pouvez faire embarquer, sur chaque vaisseau, 100 hommes de supplément d'équipage, qui peuvent être fournis par les canonniers de Rochefort. Au pis aller, voici un ordre que je vous envoie pour que 600 hommes soient mis à votre disposition. (}uand vous recevrez cette lettre, vous aurez reçu l'ordre de faire approvisonner sur-le-champ l'escadre du Ferrol.

Si l'escadre de l'amiral Missiessy est arrivée le 14 ou le 15 (i ou 5 mai), comme le fait croire la lettre du commissaire de la Rochelle, elle peut partir avant le 5 prairial (25 mai).

Cependant, si le cas arrivait, qu'arrivée à la Martinique elle trouvât que V amiral Villeneuve en est parti, et qu'elle n'eût plus aucun espoir de le joindre au Ferrol, vous laisseriez manœuvre indépendante à l'amiral Missiessy; il ravagera le commerce ennemi partout où il se trouvera ; et surtout, si le général . Lauriston n'a pas pris la Dominique et Sainte-Lucie, t7 /avomera Vexpédition de la Dominique, qui sera faite par le général Emouf ; l'attaque en sera faite sur les deux points de l'Ile ; il y sera employé 2,000 hommes de la Guadeloupe et 2,000 hommes de la Martinique ; ceux de la Martinique seront commandés par un général de brigade et ceux de la Guadeloupe par le général Emouf en personne, qui aura le commandement général de l'expédition. // faut donc qu'à tout hasard l'amiral soit porteur d'une dépêche dont l'objet sera que, si le général Errumf juge l'expédition de la Dominique possible, il l'attaque avec ses forces, et que le capitaine général Villaret expédie, le plus tôt possible, 2,000 hommes de la garnison de la Martinique, pour attaquer l'Ile par le Roseau. Une fois conquise, l'Ile serait sous les ordres du général Ernouf, qui la ferait commander par un général de brigade ou de division.

Dans tous les cas, approvisionnez l'escadre de tout ce dont elle a besoin et

(2) De MisBiessy.

faites'là partir. Je ne pense pas qu'elle soit bloquée à Rochefort avant le 10 prairial (30 mai).

Si la Martinique, la Guadeloupe et la Dominique étaient en bon état, et que YilleneuTe fut parti, Missiessy attaquera Sainte-Lucie et, si celle lie était en notre pouvoir, il porterait à Santo-Domingo les 600 hommes qu'il a. II y débarquera aussi de la poudre.

Je vous renvoie vos dépêches. Je fais mettre dans le Moniteur Thistorique des opérationi aux Hes du Vent.

Napoléon.

Au Wo6*am/ra/ Deords (!)•

Milan, 23 floréal an xiii (13 mai 1805).

Je reçois votre lettre du 19 floréal. Je suis étonné que Tescadre de Rochefort ne soit pas arrivée ; il y a près de cinquante jours qu'elle est partie de la Martinique. Je suis porté \ croire qu'elle y est restée plus de temps et que lorsque l'ayiso est parti de la Guadeloupe, le 27 germinal (17 avril), Tescadre n'en était pas encore partie. Toutefois, prenez toutes vos précautions pour pouvoir l'approvisionner promptement et la remettre sur-le-champ en activité.

Napoléon.

On arrive ainsi au 20 mai : ce jour-là surviennent deux événements importants. D'abord l'arrivée de Missiessy à Rochefort, puis l'abandon de toute tentative de faire sortir de Brest l'escadre de Ganteaume.

Ainsi qu'il était convenu, cette dernière nouvelle, sous la forme ci-dessous, fut envoyée à Villeneuve, d'abord de Lorient par la frégate le Président et le brick le Néarque^ qui partirent ensemble le 21 mai, puis deux jours plus tard, le 23, par le Département-des-Landes expédié de Rochefort.

Aucun de ces navires ne devait rallier Villeneuve.

4 /'am/ra/ Villeneuve (2).

Paris, le 30 floréal an xui (tO mai 1805). Monsieur T Amiral,

Cette lettre n'a pour objet que de vous informer que Vamiral Ganteaume rCapu appareiller de la rade de Brest, et que V ordre de Sa Majesté est quHl n* en appareille plus, mais qu'il reste prêt à mettre sous voiles au moment que tous partirez.

(1) Correspondance de Napoléon, 8731.

(2) Archives de la Marine, BBi», t30.

l'immobilité de oantbaume. 571

UEmpereur veut que, aussitôt que cette dépêche vous arrivera^ vous grattiez les Antilles sans délai j avec toute V armée combinée ^ pour vous porter sur le Ferroly conformément aux instructions en date du 24 germinal, qui vous ont déjà été expédiées par trois occasions différentes, ainsi qu'une dépêche du J7, qui accompagnait lei instructions de Sa Majesté.

Ces instructions de FEmpereur et ma dépêche déterminent les opérations importantes que vous avex à remplir après votre départ des Antilles, et les communications que tous defes avoir avec Tamiral Gravina.

Vous devrez donc, Monsieur rAmiral, appareiller aussitôt la présente lettre reçue ; et Je n'ai rien à ajouter au contenu des instructions de Sa Majesté sur la grande entreprise qu'elle vous confie ; encore quelques semaines d*infoiitune et votre nom. Monsieur T Amiral, est à Jamais consacré par le plus grand et le plus glorieux des succès.

Le Ministre de la marine (i),

DeCR^.8.

(1) Toute l'histoire de cette eorrespondanet le trouve résumée dans les deux pièces toivantet (Registre de la corrtspondanee de ramiral Deerès) :

Instructions de Sa Majesté.

t4 germinal (U avrU 1805).

Il doit être à la Martinique avec It vaisseaux français et 6 vaisseaux espagnols.

Le contre-amiral Magon Ta le rejoindre avec deux Taisseaux.

Si 35 jours après l'arriTée de ce contre-amiral, l'amiral Oanteaume n'a pas paru, il reviendra sur le Ferrol.

n 7 trouvera 15 vaisseaux français et espagnols.

Il se portera arec ses 35 vaisseaux devant Brest oè il en ralliera 21.

Avec cette armée de 56 vaisseaux, il entrera dans la Manche et se portera devant Boulogne.

Il doity pendant son s^our à la Martinique, assurer la possession des Iles françaises.

Envoi des instructions de Sa Majesté»

27 germinal (17 avril 1805).

On suppose que la Dominique a été prise par le général Lagrange. Ordre de se concerter avec ce général et le général Lauriston pour attaquer telle antre tle anglaise qu'il sera possible d'enlever pendant son séjour aux Iles du Vent.

9 floréal (20 avril).

Envoi du duplicata des instructions du 24 (14 avril) et de la dépêche du 27 (17 avril). Ordre itératif de s'y conformer.

Recommandation d'attaquer, avec les 1 ,200 hommes que l'on présume réunis aux Iles du Vent, toutes les colonies anglaises et particulièrement la Trinité. L'Empereur pense que toutes les iles peuvent être enlevées.

11 floréal (I«rinal).

P. S. — • Ordre itératif de revenir sur le Ferrol ; le contre-amiral Magon est prêt à

appareiller.

23 floréal (13 mai).

Le oontre-amiral Magon est parti le 11 floréal (l«r mai). L'amiral Oanteaume est eneore à Brest. *

Si le 10 messidor (29 Juin), le viee-amiral Villeneuve n'a pas avis du départ de l'amiral

En résumé :

Les deux vaisseaux de Magon partirent le !•' mai et rejoignirent Villeneuve le 4 juin.

La Didon partit le 3 mai, rejoignit Villeneuve le 30 mai.

Oanteaame, il doit partir, arriver sur le Perrol, et remplir les instmctions du 24 germinal (U avril).

Il partirait également si, avant le 10 messidor, il était averti que Tamiral Ganteaame est encore retenu à Brest, d'où il ne partira pas après le 30 floréal.

11 ne doit rien négliger poor augmenter ses vivres à la Martinique et en restreindre la

consommation.

30 floréal (20 mai 1805).

L'amiral Oanteaame n'est pas parti de Brest et il y restera.

Ordre d'appareiller à la réception de cette lettre, de se porter sur le Ferrol et de

saivre les instractions du 24 germinal.

(Archives de la Marine^ BBi^, 230.)

Mouvement de la flotte.

L'armée commandée par le vice-amiral Villeneuve a mis à la voile de la rade de Toulon le 9 germinal (30 mars), au nombre de 11 vaisseaux et 6 frégates.

Les instractions de Votre Majesté prescrivaient au vico- amiral Villeneuve de se rendre à la Martinique après avoir rallié, à Cadix, le vaisseau V Aigle et deux corvettes ; cet officier général était prévenu que l'armée navale de Brest recevait en même temps l'ordre de partir pour la Martinique, et qu'il devait se ranger dans cette colonie sous les ordres de l'amiral Oanteaume.

II devait attendre l'armée navale au Fort-de-France pendant 40 jours, et, ce terme écoulé, débarquer ses troupes passagères, soit aux Iles du Vent, soit à Santo-Domingo, et croiser dans ces parages pendant 20 jours, pour effectuer ensuite son retour à Cadix.

Le viee-amiral Villeneuve parut le 20 germinal devant Cadix et, le jonr même, le vaisseau V Aigle, deux corvettes françaises, six vaisseaux et une ft^gate espagnols se rangèrent sous son pavillon.

Il est à remarquer qu'à cette époque l'amiral Nelson, commandant une escadre de 11 vaisseaux, était spécialement chargé d'observer les mouvemrats du vice -amiral Villeneuve et qu'il était très important de tromper la surveillance de l'ennemi, et même de lui donner le change sur la destination de l'armée; c'est ce qui a été heureusement efl'eetué.

L'armée combinée, forte de 18 vaisseaux, 7 frégates et 3 bâtiments légers était réunie au Fort-de-France du 24 au 26 floréal.

Les vaisseaux espagnols étaient généralement mal armés et bientôt ils eurent un a&ses grand nombre de malades.

Cependant, l'armée navale de Brest était retenue sur la rade par les vents contraires et la présence de l'ennemi.

Dès le 27 germinal (17 avril), de nouveaux ordres furent expédiés au vice-amiral Villeneuve, le plan général do l'expédition lui fut confié. Dans la supposition que les troupes embarquées sur l'escadre du contre-amiral Missiessy avaient forcé la Dominique et Sainte-Lucie, il était enjoint à l'amiral d'agir de concert avec les généraux Lauriston et Lagrange pour s'emparer de cette autre colonie anglaise qui paraîtrait susceptible d'être enlevée ; il lui était spécialement recommandé d'assurer la possession de la Martinique, de la Guadeloupe et des fies conquises au moyen des troupes et des munitions qu'il avait & bord ; ces troupes se montaient à 3,600 hommes, non comprises celles que le général Missiessy pouvait avoir débarquées. Larmée combinée avait fait là faute de consacrer 35 jours à cette opération, après quoi, si Kamiral Oanteaume ne paraissait pas, elle avait ordre de se porter sur le Ferrol et sur Brest, et d'entrer dans la Manche avec tontes les

l'immobilité de ganteaume. 573

La Topaze partit le 15 mai, arriva le 19 juin à la Martinique, ne rejoignit pas.

Le Président partit le 21 mai, arriva le 1®' juillet à la Martinique, ne rejoignit pas.

Le Néarque partit le 21 mai, arriva le 4 juillet à la Martinique, ne rejoignit pas.

Le Département-des-Landes partit le 23 mai, arriva le 2 juillet à la Martinique, ne rejoignit pas.

Villeneuve resta donc, après le 4 juin, dans une complète ignorance de la situation générale et des intentions de l'Empereur. Quant à Napoléon il ne sut rien de Fescadre, qui jouait le rôle principal, depuis son passage à Cadix, le 10 avril, jusqu'au 11 juillet, jour où arrivèrent les lettres portées par le Lynx, Encore ces dernières ne fournirent-elles aucun renseignement sur les intentions qu'avait Famiral Villeneuve au moment où il les expédiait.

forces qu'elle aurait ralliées dans ces deux ports. Ces instructions furent portées à l'amiral Villeneuve. Les frégates la Didon et la Topaze furent expédiées, la première partit de Lorient le 13 floréal (3 mai), la seconde de la rade de Mindin le 25 floréal (13 mai).

La seule modification que reçurent les instructions fut de borner au 10 messidor (29 Juin) le terme du séjour de l'armée combinée aux Antilles, en cas de non apparition de l'amiral Oanteaume. Enfin, la frégate le Président partit de Lorient le l*** prairial (21 mai) et porta au général Villeneuve l'avis que l'armée navale de Brest ne se rendrait plus aux Antilles, et l'ordre à l'armée combinée de revenir sur-le-champ en Europe.

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