CHAPITRE X
LES DIFFÉRENTS ROLES ASSIGNÉS A L'ESCADRE DE ROCHEFORT — LE PLAN DU 9-19 JUIN
La nouvelle de la rentrée de Missiessy paraît être parvenue à Paris le 23 mai. C'est ce jour-là, en effet, que Decrès expédia à cet amiral les instructions établies d'après les intentions manifestées par l'Empereur le 13 mai.
Paris, le 3 prairial an xm (23 mai) (1). M. le Contre-Amiral y
L'intention de Sa Majesté^ Monsieur le Contre-Amiral^ est que si, arrivant à la Martinique, vous avei l'espérance de rejoindre Vamiral Villeneuve^ vous ne négligiex rien pour vous joindre à lui, soit qu*il se trouve encore aux Antilles, soit qu^il en soit parti depuis assex peu de temps pour que vous puissiez opérer votre jonction avec lui.
Dans le cas où vous ne pourriez avoir cette espérance de le rallier, vous êtes libre de vos manœuvres et vous vous porterez partout où vous pourrez ravager le commerce de Tennemi.
Mais rintention de l'Empereur est que si le général Lauriston n^a pas pris la Dominique, vous favorisiez Texpédition que le général Emouf est chargé de diriger contre cette île. L'attaque en sera faite sur deux points ; il y sera employé 2,000 hommes de la Guadeloupe et 2,000 hommes de la Martinique* Ces derniers seront commandés par un général de brigade et ceux de la Guadeloupe par le général Emouf eh personne.
Cette expédition est subordonnée \ Topinion du général Ernouf sur la possibilité d'enlever la Dominique et aussi sur ce que comporte, à Tégard de votre
(1) Archives de la Marine, BB»\ «7.
escadre, la saison de Thivemage, dans laquelle vous serez près de vous trouver à votre arrivée aux Antilles.
Si le général Ernouf ne pense pas pouvoir enlever la Dominique, vous porterez à Saint-Domingue les secours que les Antilles pourront lui procurer et les hommes que vous avez «\ bord en supplément; vous pourrez consommer vos vivres à la mer de la manière que vous jugerez la plus nuisible à l'ennemi, et, selon la saison, vous pourriez vous porter au nord pour détruire la pèche de Tennemi ; mais le plus essentiel de votre mission est, par dessus tout, de rallier Tamiral Villeneuve, si vous jugez la chose possible.
Ces dispositions sont le supplément de vos instructions du 26 floréal.
Recevez Tassurance de mes sentiments inviolables.
! Degrés.
Sous plis séparés et fermés, Missiessy reçut aussi les deux lettres suivantes adressées, Tune au général Ernouf, capitaine général de la Guadeloupe, et l'autre à Famiral Villaret, capitaine général de la Martinique (1).
Jeadi, le 3 prtirial an xiu (t3 mai) (one heure du matin).
Monsieur le Capitaine général.
Le contre-amiral Missiessy reçoit de Sa Majesté l'Empereur et Roi Tordre de se porter de nouteau aux Antilles.
L'objet de sa mission est de se rallier à l'amiral Villeneuve; mais si la flotte combinée avait quitté les parages des Antilles à une époque assez reculée pour que le contre-amiral Missiessy n'eut pas l'espoir de la rallier, l'intention de Sa Majesté est que Vile de la Dominique soit attaquée par vous personnellement (par le général Ernouf personnellement), supposé toutefois que vous jugiez possible le succès que cet officier général juge de cette expédition, d'après les moyens que les Antilles peuvent fournir.
Pour cela, la Martinique fournirait 2,000 hommes, sous le commandement d'un général de brigade, lesquels devraient attaquer par le Roseau, en même temps que vous. Monsieur le Capitaine général, attaqueriez (le général Ernouf attaquerait) sur tel autre point que vous jugeriez (qu'il jugerait) convenable.
L'île de la Dominique au pouvoir de Sa Majesté, sous vos ordres (sous les ordres du général Ernouf), vous en donnerez (il en donnera) le commandement à tel général de division ou de brigade que vous choisirez (que le général Ernouf choisira).
Vous observerez que cette expédition dépend de Popinion que vous aurez (le général Ernouf aura) de son succès ; et j'écris au Capitaine général de la Martinique et de la Guadeloupe dans ce sens, pour que vous vous concertiez avec lui sans délai.
Si la Dominique avait été prise par le général Lauriston, ou que vous ne jugiez pas pouvoir (le général Ernouf ne jugeât pas) l'attaquer avec succès, le
(l) Archives de la Marine, campagne \805. BB»v, tSS.
RÔLES ASSIGNÉS A l'ESCADRE DE ROCHEFORT. 577
contre-amiral Missiessy est libre de se porter partout où il croira pouToir nuire à rennemi ; et particulièrement il lui est désigné de secourir Santo-Dommgo par tous les moyens que les Antilles pourront lui fournir, tant en personnel qu'en matériel.
ReceTex l'assurance de mon sincère attachement.
Quant à Ganteaume, il fut prévenu du nouveau plan par la lettre suivante :
4 M. l'amiral Ganteaume (1).
Paris» 1« 5 pnUrial an xui (t5 mai).
Monsieur l'Amiral,
J'ai reçu les deux dépêches, Tune télégraphique et l'autre ordinaire, par lesquelles tous m'informex que les circonstances ayant empêché votre départ au terme fatal du 30 floréal, prescrit par Sa Majesté, vous avex expédié un courrier à Lorient pour remettre au ^ice-amiral Thévenard les dépêches que, dans ce cas, vous deviez lui adresser.
Je confirme aujourd'hui très formellement V ordre que je vous ai transmis, au nom de f Empereur, de ne plus appareiller et d'attendre en rade de Brest le moment oit, d'après ce que je vais vous exprimer, toute l'armée devra mettre sous voiles. Ce sera probablement du iO au 20 messidor que ce mouvement décisif devra s'opérer; et, en attendant cette époque, l'intention de Sa Majesté est que l'organisation la plus sévère soit maintenue dans Farmée sous votre commandement; elle doit être constamment approvisionnée de tout ce dont elle aura besoin, munie de tout ce qui lui est nécessaire et ses équipages toujours à bord, d'autant qu'il est très possible, par le fait des circonstances qu'on doit prévoir, qu'avec cette époque du 10 au 20 messidor vous receviez l'ordre d'appareiller pour vous porter à telle ou telle aire du vent, d'où l'on pourrait d'avance calculer l'approche de l'armée du vice-amiral Villeneuve, par des avis venus de Rochefort ou de tout autre point de la cête.
Le plan d'opérations auquel l'Empereur s'était arrêté, dont il vous avait donné communication, se trouvant nécessairement changé par l'impossibilité où vous TOUS êtes trouvé d'opérer le mouvement qui ferait partie essentielle à son exécution, Sa Majesté n'en a pas pour cela renoncé au projet qu'elle avait formé et elle s'est décidée facilement à y porter une modification commandée par les circonstances.
Ne pouvant faire opérer aux Antilles la jonction .préméditée de toutes les forces navales, c^est sur Brest même que V Empereur a projeté d^opérer cette jonction importante; et tous ses ordres définitifs ont, en conséquence, été adressés à l'amiral Villeneuve.
Vous savez que ses forces navales se composaient, depuis la réunion à Cadix, de 12 vaisseaux, 6 frégates, 4 corvettes de l'Empereur, et 6 vaisseaux et 1 frégate de Sa Majesté Catholique.
Cette force s'est accrue de 2 vaisseaux français, sous les ordres du contre-
Ci) Archives de la Marine, BB»^, M4.