RÔLES ASSIGNÉS A L'ESCADRE DE ROCHBFORT
ae la préférence que Sa Majesté Catholique avait donné au port de Cadix sur celui de Toulon, pour la réunion de Fescadre espagnole de Carthagène.
Quelques considérations très puissantes motiyent c«tte détermination, telle que la position de Cadix, les aTantages qu'elle présente sous tous les rapports offensifs et surtout Tétat actuel des forces navales qui se trouvent dans le port, où, comme j'ai eu déjà Thonneur d'en informer Votre Excellence, il y a 6 Taisseaux h la Teille d'être complètement armés et 4 autres sur lesquels on peut compter pour la fin de juin.
De cette manière, on aura à Cadix une escadre de 16 \aisseaux, dès que celle de Carthagène y sera arrivée.
Pour ne pas omettre une seule des raisons qui ont influé sur le choix du prince de la Paix, je dois dire à Votre Excellence que celle de la santé des équipages m*a été alléguée.
Carthagène n'a pas été bien exactement purifiée des restes de la dernière épidémie, et Ton a pensé que des matelots acclimatés, dont une grande partie a d'ailleurs payé tribut à la maladie, n'étaient pas sans quelques dangers pour les matelots d'un autre climat avec lesquels on les ferait communiquer.
Sous ce rapport, ceux de Cadix sont moins exposés que ceux de Toulon et, pendant que les escadres seront réunies dans le premier de ces deux ports, la santé des équipages pourra acquérir le degré de pureté nécessaire pour ôter toute inquiétude sur l'avenir.
Je ne me serais pas contenté d'un motif aussi insuffisant si le Prince ne m'en eût donné de beaucoup meilleurs relativement aux vues de Sa Majesté Impériale et à la consistance des forces qui peuvent être bientôt rassemblées k Cadix. J'ai voulu seulement prouver à Votre Excellence qu'il n'avait épargné auanne des raisons qui peuvent faire nombre pour justifier son choix, et la vérité est qu'il n'en manque pas, même de très bonnes, pour pallier la répugnance secrète que je lui suppose pour un parti, tel que celui de mettre à la disposition absolue de la France une escadre espagnole.
Votre Excellence pourra donc, en toute sûreté, annoncer à Sa Majesté Impériale que M. de Salcedo a l'ordre de conduire à Cadix les 6 vaisseaux qu'il commande, aussitôt qu'il trouvera pour le faire une occasion absolument sûre et dégagée de toute chance mauvaise ou incertaine.
Je spécifie ainsi l'ordre donné à M. de Salcedo parce que, en effet, Monseigneur, les événements de la mer peuvent devenir très importants et contrarier longtemps l'exécution des ordres donnés à ce chef d'escadre.
Les nouvelles de Cadix sont que la flotte anglaise a mouillé à Gibraltar dans la nuit du iQ floréal (6 mai) e/, selon toute apparence^ elle est entrée dans V Océan.
Les nouvelles de Lisbonne sont qu*un convoi de 50 voiles anglaises, ayant à bord une armée de 6,000 hommes, est entrée dans le Tage sous V escorte de deux vaisseaux de ligne.
Quelle direction va prendre Nelson ?
Quelle sera la direction du convoi qui est à Lisbonne f
Ces deux questions peuvent être résolues d'une manière fort peu inquiétante pour les plans déjà exécutés et pour les plans que peut méditer encore l'Empereur, mais ils doivent éveiller toute la circonspection des Espagnols, et, loin de prendre la mer dans ce moment, je pense qu'il faut qu'on soit extrêmement en garde à terre pour la sûreté et la défense des établissements mari-
times auxquels un coup de main, fut-il mal dirigé et insuffisant, peut quelquefois porter le plus grand préjudice.
Je ne ferai, Monseigneur, aucune réflexion sur la conduite des Portugais, c'est mon collègue Junot qui a bien voulu m'informer des derniers événements, et Votre Excellence trouvera dans ses relations tout ce qui est digne de l'intérêt et de l'attention de Sa Majesté. Sans doute qu'il ne laisse pas non plus ignorer à Votre Excellence le bruit qui parait avoir acquis un certain caractère de confiance, que Goa soit tombé au pouvoir des Anglais.
Je ne reviendrai pas de nouveau sur les détails que j'ai eu l'honneur de donner déjà à Votre Excellence, concernant les forces en armement dîins les ports d'Espagne, et concernant la quantité de vaisseaux armés, et en rade. Je m'aperçois, par les dépêches de Votre Excellence et par celles de M. le Ministre de la marine, que la masse des forces navales dont Sa Majesté Impériale peut disposer dans la Péninsule, égale au moins Tidée qu'elle s'en était formée à l'époque où elle m'a fait exprimer ses derniers ordres.
La seule chose sur laquelle il y ait eu peut-être des diff*érences locales consiste dans le nombre de vaisseaux qui se sont trouvés prêts dans tel temps, ou dans tel port. *
A cet égard, je me permettrai une observation, et elle n'est point fondée sur la petitesse des susceptibilités personnelles; elle l'est uniquement sur le bien du service, et sur les lumières que je crois avoir acquises ici à force de zèle. C'est ce zèle lui-même qui me fait un devoir de vous assurer. Monseigneur, que je ne conçois aucun ordre que je ne puisse faire exécuter au nom de Sa Majesté Impériale, et que, plus elle daignera m'honorer de sa confiance, et mieux je servirai ici ses intérêts.
Votre Excellence m'a fait la peine de m'écrire que l'amiral Gravina n'^it sorti qu'avec 5 vaisseaux, et qu'il en avait pourtant promis 6 et même 8.
En effet, le départ de l'amiral Gravina parait avoir été concerté entre les deux gouvernements, mais je n'en ai jamais eu la connaissance positive. Mes instructions n'ont rien de déterminé qui concernât plus particulièrement l'escadre de Cadix que toute autre, et, actuellement, je reçois des lettres de M. le vice-amiral Decrès sur des objets dont il semblerait que je dusse avoir connaissance, et sur lesquels on ne m'a pourtant jamais donné aucun ordre spécial.
Je vous le réitère. Monseigneur, ce n'est qu'à intention dési/îtéressée et bonne que je fais ces remarques, mais Votre Excellence doit être convaincue que tout ce qui me sera ordonné par elle, sera fait avec autant d'exactitude que d'empressement. Si j'eusse été informé qu'il fallait un certain nombre de vaisseaux et qu'ils dussent êti-e prêts à sortir pour une certaine époque, je l'aurais obtenu avec toute l'économie de temps possible, parce que c'est à cela que je me serais attaché avec précision, et si la réserve avec laquelle je dois m'exprimer vis-à-vis de Votre Excellence permet cependant que je lui témoigne le désir d'avoir tous les ordres de Sa Majesté Impériale à l'avenir, j'espère, Monseigneur, que je justifierai autant qu'elle peut le désirer, et sa confiance et l'opinion que je regretterais éternellement de ne pas lui avoir conservée de mon zèle ardent à la servir.
Je prie Votre Excellence d'agréer l'hommage de ma haute considération et de mon sincère attachement.
Le général Beurnonville.