‹ 1793-1805 (volume 3)Chapitre 43 sur 81 · RÔLES ASSIGNÉS A L'ESGADRE DE ROCHEFORT · texte numérisé non relu

RÔLES ASSIGNÉS A L'ESGADRE DE ROCHEFORT

Aranjaei, le t6 floréal an xiii (16 mai 1806). Monseigneur (1),

Les rapports officiels de Cadix ont tous confirmé le passage de V escadre anglaise à Gibraltar y et de Gibraltar dans V Océan.

On yarie sur le nombre des Taisseaux qui la composent; quelques relations relèvent à H, tandis que d'autres ne le portent qu'à iO.

C'est le 15 floréal (5 mai) au soir que l'escadre s'est dirigée sur le cap Saint- Vincent, après avoir mouillé quelques heures devant Gibraltar.

D'après les calculs de ceux qui ont observé ses mouvements depuis plusieurs mois, il ne doit être resté d'elle que 2 ou 3 vaisseaux au plus dans la Méditerranée.

L'apparition de Nelson coïncide parfaitement avec le passage du convoi de troupes qui est resté dernièrement trente et six heures à l'entrée du Tage, et il y a tout lieu de croire que l'escadre anglaise le prendra sous son escorte, afin de se porter avec lui sur tous les points où le cabinet de Londres aura appréhendé que notre escadre combinée ne continue en grand les opérations heureusement conduites de l'escadre de Rochefort.

U ne parait pas que Nelson ait eu l'intention de reconnaître l'état du port de Cadix, sur lequel il aura sans doute reçu à Gibraltar des informations suffisantes. J'ai néanmoins fait des instances convenables auprès du prince de la Paix pour que M. de Solano, capitaine général d'Andalousie, reçoive l'ordre de ne point relâcher sa défensive, et d'être, au contraire, toujours préparé à repousser l'ennemi jusqu'à ce qu'il n'y ait plus aucune inquiétude à conserver sur le parti qu'il va prendre.

Si Nelson va sur les traces de V escadre combinée ^ il a de grandes diligences à faire f puisque ce n'est que Tl jours après elle qu'il s'est porté au cap Saint-Vincent, et s'il n'est pas bien avéré, comme l'a déclaré à Cadix le capitaine d'une barque portugaise, que l'escadre combinée ait été vue à Sainte-Croix-de-Ténériffé, au moins est-il certain qu'elle a une superbe avance sur l'escadre anglaise, et que c'est avec raison que le système des blocus sera décrié à Londres.

Le général Beurnonville.

Ce qui devenait certain, c'était Fabandon à peu près complet de la Méditerranée par les Anglais et, par suite, la possibilité de faire passer de Garthagène à Cadix les six vaisseaux de Famiral Salcedo.

Les lettres qu'on va lire portent nettement la trace des renseignements reçus d'Espagne.

Au vice-amiral Decrès.

Milan, le 4 prairial an xm (24 mai 1805). Dans les dépêches télégraphiques des 28 et 29, je vois que l'ennemi n'avait

(1) Archives de la Marine, Espagne, an xm.

plus que 18 vaisseaux devant Brest. H faut donc supposer qu41 prépare de nouvelles escadres pour envoyer à la recherche de Villeneuve.

J'écris en Espagne pour réitérer Tordre à Tescadre de Cartbagène de se rendre à Cadix. J'ai demandé qu'il y eût 8 vaisseaux à Cadix, qui, avec les 6 de Carthagène, formeraient 14. Si nous pouvions y envoyer les 5 de Missiessy, cela nous ferait 19.

Nous aurions donc 19 vaisseaux à Cadix et 12 au Ferrol. Nous pourrions donc ordonner à Vamiral Villeneuve de se rendre^ arrivé au Ferrol, devant Cadix (1) et de se joindre à cette escadre, à moins que cela n'attirât à Cadix assez de vaisseaux anglais pour nous faire notre diversion. Si Vamiral Missiessy ne tarde pas à arriver nous pourrons nous trouver dans cette situation au 1^' messidor : 21 vaisseaux à Brest, 12 au Ferrol, 19 à Cadix, 1 àLorient ; je suppose que cet 1, qui est le RéguluSf ne puisse point joindre l'amiral Missiessy.

Je sais cependant qu'il y a quelque inconvénient à ce que Vamiral Villeneuve rétrograde ainsi du Ferrol, car il parait que le sentifnent de la peur est tel chez les Anglais qu'ils ne prendront point le change et que, Villeneuve arrivé dans les mers d'Europe, ils craindront pour Londres.

Les Anglais sont et seront bien davantage embarrassés, puisqu'il leur faudra au moins une escadre de 10 vaisseaux devant Cadix, une de 8 ou 10 devant le Ferrol et une yingtaine devant Brest, indépendamment de ce qu'ils auront aux Indes orientales et occidentales.

Si, dans le courant de prairial, les Anglais ne tenaient que 20 vaisseaux devant Brest et 8 ou 10 devant le Ferrol, la réunion de Villeneuve avec le Fenrol, qui formerait 34 vaisseaux, et avec Brest 55 vaisseaux, nous assurerait tellement la supériorité, qu'il serait inutile d*avoir recours à Cadix.

Si, au contraire, les Anglais tenaient ^8 vaisseaux devant Brest et 12 ou 15 devant le Ferrol en négligeant Cadix et ne tenant que quelques vaisseaux dans la Méditerranée, je pense que Villeneuve, après avoir fait sa jonction au Ferrol, devrait se réunir avec Vescadre de Cadix,

Cependant, si vous poussez convenablement à Lorient, le Régulus doit être prêt et Missiessy aurait alors 6 vaisseaux. Ce sont ces 6 vaisseaux que j'aurais spécialement intérêt de réunir au général Villeneuve. Il y aurait de Vinconvénient à envoyer ces 6 vaisseaux au Ferrol : d'abord, parce qu'ils courraient des dangers pour y arriver, ensuite, parce que cela porterait les Anglais à augmenter la croisière du Ferrol. Mais peut-être serait-il plus convenable d'envoyer ces 6 vaisseaux à Lisbonne; alors Villeneuve passerait au FmtoI et se feniit joindre à la fois par les 14 vaisseaux de Cadix et les 6 de Lisbonne, qui lui formeraient une escadre de 25 ou 26 vaisseaux français et de 15 ou 16 vaisseaux espagnols.

Enûn, il resterait un autre parti à prendre si Missiessy arrivait trop tard et ne pût sortir de Rochefort, et que les Anglais fussent en force devant Brest : c'est que Villeneuve se laissftt affaler sur l'île d'Aix et se réunît à ces 6 vaisseaux.

(1) A comparer avec les reproches que subit plus tard Villeneuve pour avoir ainsi opéré.

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Faitos-moi un raisonnement dans ces trois cas.

Indépendamment, il faut que Missiessy ait des vivres pour six mois sur deux flûtes chargées qui serviraient soit pour lui, soit pour Villeneuve.

Soyez certain que nous n'avons pas affaire à un cabinet prévoyant, mais très orgueilleux.

Ce que nous faisons est si simple, qu*un cabinet qui aurait eu un peu de prévoyance n'aurait pas fait la guerre. Ils ont eu peur im moment pour Londres ; bientôt ils enverront des escadres aux deux Indes. Si la Topaze a un bon vent, elle arrivera avant le 25 prairial.

J'imagine que vous leur avez donné des instructions pour se mettre en garde aux atterrages des lies.

Les Anglais tiennent devant Naples un vaisseau de 74 ; il est à la rade et peut facilement être enlevé. Si le Borée et YAnnibaly et deux ou trois frégates pouvaient être prêts en thermidor, ce serait une jolie expédition.

Napoléon. .

4 Cl Kioe-am/ra/ Deorèe (i).

Milan, le 5 prairial an xm (25 mai 1806). Monsieur,

n est donc décidé que l'escadre de Brest ne sortira pas. Soyes certain que les Anglais vont faire des expéditions de troupes et de vaisseaux pour V Amérique, et qu'ils ne garderont que 21 ou 22 vaisseaux devant Brest. L'amiral Villeneuve, avec ses 34 vaisseaux, pourra donc faire sa jonction avec l'amiral Ganteaume. Il reste aujourd'hui à correspondre avec ce dernier pour savoir les précautions qu'il y a à prendre pour être prévenu de l'arrivée de l'amiral Villeneuve et concerter les mesures nécessaires pour être à la portée de le secourir et d'opérer la diversion. L'escadre de Garthagène va se rendre à Cadix, et l'on me promet 15 vaisseaux de ligne avant le i5 messidor. L'amiral Missiessy, comme je vous l'ai écrit hier, pourra être envoyé à Cadix, mais il ne faut point s'épuiser en raisonnements. Le principal est de ramasser des vivres, et d'en avoir à Rochefort une ou deux flûtes chargées, pour le suivre. La célèbre expédition secrète est entrée le 7 mai à Lisbonne, et en est repartie le 10. Elle est composée de 2 bâtiments de guerre, 1 corvette, et 50 bâtiments de transport, portant 5,000 à 6,000 hommes; il parait qu'elle s'était réfugiée à Lisbonne (2), dans la crainte de l'amiral Villeneuve. Où va-t-elle ? C'est un problème. Mon opinion est qu'elle n'a rien de raisonnable à faire que de prendre le Cap ou de porter des secours à la Jamaïque ou aux Iles du Vent. Si elle est destinée pour Malte, tant mieur; rien ne prouvera davantage l'ineptie du cabinet anglais, car ces combinaisons de mouvements du continent, fondées sur des détachements de quelques 1 ,000 hommes, sont des combinaisons de pygmées. Si donc il vous revient que cette expédition est allée à Malte, réjouissez-vous, car les Anglais se sont privés de 6,000 hommes et d'un cer-

(1) Correspondance de Napoléon» 8787.

(2) Voir d-âessns.

584 TROISIÈME PARTIB. — CHAPITRE X.

tain nombre de bâtiments. Tous les rapports que je reçois d'Angleterre s^accordent à dire que les Anglais embarquent des troupes de tous c6tés. Il parait que Vescadre de tamiral Nelson a mouillé le 16 floréal à Gibraltar. Il résulte de Tétat de la marine anglaise que tous m'aTez envoyé, quMls sont 23 Taisseaux devant Brest, 6 contre la flottille et Tescadre du Texel, 3 à la Jamaïque, 8 aux Indes, i4 dans la Méditerranée, 6 à la poursuite de Tamiral Missiessy, et ii au Ferrol et à Gibraltar. Ce nombre de bâtiments n'est pas bien considérable. On peut compter que les 23 vaisseaux qui sont devant Brest y resteront; que les 6 d' Yarmouth et de la Manche y resteront ; que les 3 qui sont aux Indes y resteront; que les i4 qui sont dans la Méditerranée y resteront en partie; que les 6 qui sont à la poursuite de Missiessy ne seront pas de retour; et qu'ils vont expédier à la suite de Tamiral Villeneuve une vingtaine de vaisseaux, qu'ils composeront comme ils le voudront, mais qui, en dernière analyse, apporteront une diminution de 5 ou 6 vaisseaux dans la Méditerranée et environ autant aux escadres de Gibraltar et du Ferrol. Ils pourront les compléter avec tous r.eux qu'ils pourront armer et équiper par la presse avec toute l'activité possible. Enfin nous avons Tinitiative de la campagne. En total, je vois qu'ils n'ont que 72 vaisseaux de ligne, compris 12 aux Indes et â la Jamaïque. Il ne leur reste donc réellement que 60 vaisseaux dans nos mers. Je crois être certain que l'escadre qui est à la poursuite de Tamiral Missiessy est allée aux Indes orientales; si cela était, ils n'auraient que 54 vaisseaux dans nos mers. Ils en feront partir 20 â la suite de Tamiral Villeneuve, ce qui ne leur en laissera que 34 dans nos mers, mais l'urgence des circonstances leur fera armer les 12, ou environ, qu'ils ont dans les ports d'Angleterre; ce qui leur fera 46 vaisseaux, qu'ils distribueront de la manière suivante : 22 â Brest, 10 au Ferrol, 3 à Torbay, 6 à Gibraltar, 4 â Yarmouth. Je ne comprends pas dans ce nombre les vaisseaux au-dessous de 74, dont il paraît qu'ils ont à Brest 1 ou 2, au Ferrol 1 ou 2, â Cadix 1 ou 2, â Yarmouth 5 ou 6, contre la flottille de Boulogne 5 ou 6. Il est une vérité : c'est que, par Vétat que vous in avez remUy qui se trouve conforme aux miens, les Anglais ont 111 vaisseaux dont 3 de garde qui ne comptent pas, 16 servant de prisons ou hôpitaux, qui ne comptent pas ; il ne leur en reste plus que 92. Sur ces 92, 20 sont en armement, c'est-à-dire manquent d^équipage; reste donc 72; sur ces 72, ils en tiendront toujours, depuis les événements passés, 8 ou 1 0 aux Indes, 3 ou 4 â la Jamaïque, 3 ou 4 aux Iles du Vent, partant 16 ou 18 vaisseaux; il ne leur resterait donc que 54 ou 56 vaisseaux, et, avec cela, il faut qu'ils bloquent Cadix, le Ferrol, Brest, et qu'ils soient à la poursuite de Villeneuve et de Missiessy,

Voici l'état de nos forces, pour ne pas exagérer : 21 vaisseaux à Brest, 15 k Cadix, 12 au Ferrol, 20 de l'escadre de Tamiral Villeneuve, i â Lorient, 5 de l'escadre de Tamiral Missiessy : total, 74. Mais, sur ces 74, les 15 de Cadix ne m'occuperont que 6 vaisseaux anglais; il faut donc ôter 9 de 74; il me reste en total 65 vaisseaux, que je puis réunir avec quelques chances heureuses; et il y a toute probabilité que les Anglais, après toutes les opérations terminées, ne pourront jamais réunir 65 vaisseaux. Je pense que vous devez faire un tableau de cette situation do forces respectives à Tamiral Villeneuve, au moment de son arrivée au Fenol. Rien ne donne plus de courage et n'éclaircit plus les idées que de bien connaître la position de son ennemi.

Napoléon.

RÔLES ASSIGNÉS A L*BSCADRE DB ROCHBFORT. 585

Au Woo-am/ra/ Deorèe (i).

Milan, le 6 prairial an xin (26 mai 1805).

Il me semble que Cochraney qui était le 6 mars à Madère, a dû être avant le 30 à la Barbade, et que les Anglais auraient dû le saToir ayant le iO mai. J'ai des nouvelles du 15 mai, de Londres; il n'est point question ou de son départ ou de son arrivée. J'airais calculé que, s'il n'allait pas, en revenant au Brésil dans cette hypothèse, cela lui ferait un retard de quinze jours. Quant à moi, mon opinion est qu'il a été aux Indes orientales. Les Anglais n'ont paru en petit nombre, devant Brest, que depuis le 25 floréal. Leurs vaisseaux ont dû se réapprovisionner en Angleterre. Je ne pense pas que, du i*' prairial, ils aient rien fait partir* Je calcule qu'ils feront partir 6 vaisseaux d'Orde, 6 de la réserve d'Angleterre. Je ne sais pas où ils prendront les 8 autres vaisseaux» Certainement cela épuise toute réserve, et il ne leur restera que les 2i vaisseaux de Brest, 12 au Ferrol, et Nelson réduit à une escadre d'observation à Cadix. Faites charger des flûtes de vivres à Rochefort, Brest, et qu'on active les préparatifs à Lorient, afin d'approvisionner Missiessy, à l'instant qu'il arrivera, sans l'envoyer à Rochefort. Arrangez-vous pour que le Régulm s'y

réunisse.

Au vioe^amiral Decrèe (2).

Milan, le 6 prairial an xin (t6 mai 1805).

Voici l'état exact de la marine anglaise :

Dans la Tamise : i vaisseau de 74 VÉléphant, 2 de 50, 1 de 74 le Zealous, 5 frégates, 5 ou 6 bombardes, une vingtaine de bricks, avisos ou lougres. En parlant de la Tamise, je veux dire le long de la Tamise, soit à Londres, Chatham, Sheemess, etc.;

A Portsmouth : la Ville-de-Paris qui sert d'amiral, 5 vaisseaux de 80 ou 7i en commission, 2 de 50 en commission, un grand nombre de frégates, bricks de toute espèce ;

A Spithead : 3 vaisseaux et des frégates ;

A Plymouth : 4 vaisseaux de 74, i de 50, beaucoup de frégates et petits b&timcnts en commission ;

Ce qui fait 14 vaisseaux plus hauts que 74 et o moins forts, en commission dans les ports intérieurs.

Escadres en mer :

Aux Dunes : 1 vaisseau de 74 et 5 de petit échantillon ;

Côtes ouest et nord-ouest : 1 vaisseau de 64 ;

Armée de Brest : 20 vaisseaux de 74 et au-dessus, 2 de 64, 4 frégates;

Ferrol : 5 vaisseaux de 74 et au-dessus, 2 de 44, i frégate ;

Cadix (amiral Orde) : 3 vaisseaux de 74 et au-dessus, 3 de 64 ;

(1) Cotrespondance de Napoléon, 8703.

(2) Correspondance de Napoléon , 8794.

Diyision détachée après Missiessv, raTÏtaillée pour cinq mois : 5 vaisseaux de 74 et au-dessus, 1 de 64.

Tous les renseignements sont qu'elle va aux Indes orientales; il est certain que, si elle allait aux Indes occidentales, elle commencerait par le Brésil.

Expédition secrète en mer relâchée à Lisbonne : 2 vaisseaux de plus de 74 ;

Mer d'Allemagne, vis-à-vis les Hollandais : 1 vaisseau de 74, 4 de plus de 50.

Méditerranée : il vaisseaux de 74 et au-dessus, i de 50, plusieurs frégates;

Halifax : i vaisseau de 50 ;

Jamaïque : 3 vaisseaux de 74 ;

lies du Vent : 1 vaisseau de 74, 1 de 64 ;

Indes orientales : 5 vaisseaux de 74, 4 d'un échantillon plus petit.

D'après ce tableau, on peut voir que les forces anglaises ne sont pas aussi considérables qu'on peut le croire ; que, si l'on 6te les vaisseaux qui sont en Amérique, les 6 qui sont à la poursuite de Missiessy qu'on croit allés aux Indes, et qu'une escadre de 20 vaisseaux aille à la recherche de Villeneuve, et soit absente pendant quinze jours, les Anglais, en faisant l'impossible, ne parviendront jamais à réunir 40 vaisseaux.

Je prie le Ministre de faire vérifier ces états.

Napoléon.

C'est le 27 seulement que l'Empereur paraît avoir appris l'arrivée de Missiessy, le 20 mai, à Rochefort.

Monsieur,

Au vice-amiral Decrès (1).

Milan, le 7 prairial an xni (27 mai 1805).

Je ne vous donne pas V ordre pour V amiral Missiessy, Il sera parti, si vous lui avez écrit bien positivement. En cinq jours il doit être prêt. Si vous avez mis des si, des car, des mais, il ne sera point parti. J'ai étouffé d indignation en lisant qu'il n'avait pas pris le Diamant, Ce qu'il dit dans sa correspondance avec Villaret n'a pas de bon sens.

J'aurais préféré perdre un vaisseau de guerre et qu'il m'eût ôté cette bosse de la Martinique. S'il n'est pas parti, vous lui ferez connaître mon mécontentement.

Qu'il ne vienne pas à Paris, mais qu'il se tienne à bord de son escadre. 11 mérite, avec le reproche que j'ai à lui faire de n'avoir pas pris le Diamant, celui d'être resté si peu de temps à Santo-Domingo, qu'il n'a pas même vu lever le blocus et qu'il n'a pris aucun corsaire noir ; de ne s'être pas fait voir devant le Gap, ce qui aurait fait une diversion ; de n'avoir pas embarqué un millier de sacs de farine pour Santo-Domingo, ayant appris à la Martinique que cette colonie en manquait ; de n'avoir pas embarqué l'artillerie ennemie du Roseau, de Saint- Christophe. Je ne conçois pas comment, lorsqu'on a une si belle occasion d'enlever 100 pièces de canon de bronze anglais, on les laisse.

(1) Correspondance de Napoléon^ 8802.

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C'eût été un trophée et un grand secours pour la Martinique et la Guadeloupe. Vous lui ferez le reproche de n'avoir pas exécuté Tordre, que Je lui avais donné dans ses instructions, de faire des levées de nègres dans les colonies ennemies et de n'avoir pas rempli la partie de ses instructions relative à Terre-NeuTe. S'il avait osé paraître devant la Barbade, il aurait fait un tort immense aux ennemis. Si une expédition comme celle-là avait été faite avec un peu d'audace, ce n'est pas 40 francs de part de prise qu'aurait eu chaque matelot, mais 400 francs. U aurait été naturel, vu la situation de Santo- Domingo, qu'il se crût autorisé à y débarquer i 000 hommes au lieu de 500. Il fallait calculer que 500 hommes de moins n'étaient rien pour la Martinique. Mon intention est que vous n'écriviez aucune lettre conOdentielle à mes amiraux, aux capitaines généraux des colonies, aux préfets maritimes. Toutes les relations d'un ministre sont ofBcielles. Vous devez vous en exprimer à peu près de la même manière vis-à-vis du général Lagrange.

Puisque le général Prévost n'avait que 400 hommes au fort Gabril, J'avais lieu d'espérer que l'Ile aurait été prise. Il ne manquait pas d'artillerie à la Guadeloupe et à la Martinique ; celle du Roseau suffisait.

Écrivez, par une frégate ou un aviso, aux Iles du Vent, qu'on tAche de lEdre passer des renforts h Santo-Domingo. Prévenex Vamiral Missiessy que^ dans vingt-quatre heures^ il recevra un courrier avec des instructions pour mettre à la voile. Vous recevrez cette lettre le 42 (i'^Juin); vos ordres arriveront à Rochefort le 14 (3 Juin). Je vous expédierai demain les instructions que vous recevrez le 13 (2 juin) et que l'amind Missiessy pourra avoir le 15 (4 juin). Il partira donc avant le 20 (9 juin).

Comme sa mission est de nature à comporter qu'il ait besoin de tous ses vivres, vous lui prescrirez de ne prendre que le complet de ses équipages. Cependant, si vous pensez qu'une centaine de soldats de plus pût lui être un renfort en cas d'attaque, vous êtes maître de les lui donner. Ajoutez-lui, si cela est possible, une frégate ou un brick. Demain^ à midi, les instructiom de t amiral Missiessy vous seront expédiées.

Napoléon.

Au lieu des instructions positives annoncées pour le lendemain, ce n'est peut-être pas sans surprise qu'on lira la lettre suivante qui escompte un départ de Missiessy antérieur à la remise des derniers ordres et trahit tout au moins, chez l'Em pereur, une hésitation bien exceptionnelle chez lui.

Au Wce-am/ra/ Deorôe (1).

Milan, le 9 prairial an xui (t9 mai 1805). Monsieur,

Si Missiessy est parti avant le 5 prairial (25 mai), cela me donne, pour le

(1) Correspondance de Napoléon, 8809.

succès de nos opérations, dix probabilités de plus; tnais que faut-il faire s*il n^est pas parti? Voilà une question qui mérite la plus sérieuse attention. Les Anglais se Toient pris corps à corps; ils craignent pour les Indes, pour TAmérique et pour leur propre patrie. Ils sentent bien que 20 Taisseaux, perdus dans les mers, peuvent à chaque instant apparaître sur quelque point de leurs côtes ; ils savent bien qu'ils peuvent avoir été ou être suivis par d'autres, afln de porter la guerre au sein des Indes. Dans toutes ces incertitudes, la prudence, la nécessité ne leur font-elles pas une loi d'interrompre le commerce de la Méditerranée ? Une interruption de trois mois ne peut leur faire aucun tort réel ; et déjà le tableau s'est assez rembruni pour eux, pour qu'ils ne soit plus question de calculer quelques pertes d'argent ; tout leur paraîtra léger s'ils sortent avec honneur de cette lutte, qui leur présente des chances si sinistres aux yeux des moins clairvoyants et de ceux mêmes qui auraient le moins la volonté de voir.

Si f envoie Missiessy à Cadix ou à Toulon y et que les Anglais évacuent la Méditerranée y il est évident que les Anglais auront^ le jour de la bataille d'Ouessant, 6 vaisseaux de plus contre moi, que f aurais dû faire occuper par Missiessy, si Vamiral Missiessy, arrivé le 15 messidor à Cadix, y trouvait V escadre de Carthagène et partait avec 10 vaisseaux espagnols pour débloquer le Ferrol et se joindre dans ce port aux 14 ou 15 qui y sont.

Mais est-il prudent d'attaquer 10 vaisseaux anglais avec 5 finançais et 10 espagnols? Mais l'arrivée à Cadix n'est-elle pas soumise à quelques chances, et la défaite de l'escadre de l'amiral Missiessy ne porterait-elle pas la terreur au Ferrol et dans l'escadre de l'amiral Villeneuve ? Enfin, ces vaisseaux arrivés au Ferrol en attireraient 20 anglais; et cependant l'amiral Villeneuve ne serait-il pas trop faible alors pour se présenter devant ce port avec seulement 14 vaisseaux français et vaisseaux espagnols? Dans notre position, je ne puis envoyer famiral Missiessy à Brest, parce qu'il serait imprudent de faire augmenter la croisière ennemie de Brest ; je ne dois pas V envoyer au Ferrol parla mime raison; d'ailleurs, j'aurais trop de chance à courir. Je ne /)uw renvoyer à Cadix, ni à Toulon, parce que là je ne puis être certain d'occuper une escadre anglaise, et je puis me trouver affaibli de 6 vaisseaux, le jour de la bataille, ou trouver de 6 vaisseaux l'ennemi le plus fort. Le parti qui a été pris de renvoyer Vamiral Missiessy se joindre à Vamiral Villeneuve est un coup de maître. Peut-être aurait-on pu lui donner jusqu'au 10 prairial pour partir. Mais si ce projet est évanoui, il faut l'employer de manière que l'on soit sûr qu'il occupe 6 vaisseaux anglais. Si les Anglais bloquent Rochefort, voilà 6 ou 7 de leurs vaisseaux employés. L'amiral Villeneuve, du Ferrol filera sur Brest, se joindra à l'amiral Ganteaume ; et Missiessy imitera la manœuvre de l'escadre qui le bloquera, mais au moins les 6 ou 7 vaisseaux qui le bloqueront ne seront pas au combat d'Ouessant. Si Missiessy n'est pas bloqué, j'aurai deux partis à prendre. Je le ferai partir; il filera sur I'Irlande, dont il insultera les rades. Pour arriver en Irlande, il la doublera à quatre-vingts ou cent lieues du Cap (sic). Ce mouvement, portant la crispation à Londres, obligera à détacher 6 vaisseaux et fera penser à l'Amirauté que l'amiral Villeneuve va se porter à Terre-Neuve ou en Irlande et se joindre à l'amiral Missiessy; la diversion de 6 vaisseaux anglais devient certaine. En résumé, les Anglais ne prendront point le change; le théâtre de la guerre est déterminé aux grandes Indes, ou en

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Angleterre, ou à la Jamaïque; ils sauront au iO messidor (fQ juin) que Villeneuve est allé en Amérique; son retour sera prévu à Londres, Je courrai le risque de ne point les attirer dans la Méditerranée, j'aurai disséminé mes forces déjà faibles. Que tout le monde reste à bord et en partance ; qu'on témoigne ma satisfaction à tout le monde, car je n'ai à me plaindre que de Tamiral et du général ; qu'on tienne prêtes des flûtes chargées de vivres ; qu'on arme le Régulus et la Thétis; qu'on ne fasse entrer aucun vaisseau au bassin ; pour la campagne d'été, a laquelle je les destine, quelques avaries ne font rien.

Envoyez-moi un projet d'expédition pour TIrlande. Il ne s'agit que d'insulter une rade, de prendre 7 ou 8 caboteurs et de jeter l'alarme (en faisant supposer qu'on veut croiser sur la grande route du retour d'Amérique), et obliger par là l'ennemi à détacher 6 vaisseaux pour déloger cette croisière. Je conçois ainsi cette expédition. L'amiral Missiessy partirait de Roche fort, se lancerait dans la haute mer, tomberait ^aplomb sur une baie d'Irlande, comme s'il venait d'Amérique; la ravagerait, détruirait les batteries, ou brûlerait 7 ou 8 caboteurs; jetterait quelques proclamations ; selon les vents, quatre jours après il se porterait ailleurs, nord ou sud; tirerait pendant quatre ou cinq jours différentes bordées sur le chemin des convois, se jetterait dans des mers inconnues, et arriverait du iO au \ti, à trente lieues du Ferrol, afin de courir la chance de se réunir avec Vomirai Villeneuve, Je vois là une chance qui peut nous faire espérer une réunion avec V amiral Villeneuve, mais je vois là certainement une escadre qui partira du canal pour doubler V Irlande et chasser cet insolent et incommode croiseur. Il n'est pas douteux que l'ennemi ne détache une escadre pour protéger l'Irlande.

L'amiral Missiessy n'ayant aucun but, approvisionné de six mois de vivres, après avoir battu pendant douze ou quinze jours les parages frayés de l'Irlande ou de la Baltique (sic) pourrait se perdre dans l'Océan sans courir d'autres chances que celles de tomber sur des convois. Je vois plus d'avantages dans cette croisière que dans le voyage de Cadix. Vous prescririez bien à l'amiral Missiessy, s'il ne parvenait pas à se joindre à l'amiral Villeneuve, de se diriger sur différents points de l'Angleterre. Au pis aller, il aurait des vivres jusqu'en brumaire; et, dans cette saison, il n'y a pas de meilleur port que dans la haute mer.

Si vous goûtez ces idées, je ne verrais aucun inconvénient à accélérer son départ, de peur qu'il ne vienne à être bloqué, et à le jeter dans la haute mer le plus possible. Seulement, alors, il faudrait lui prescrire de croiser dans l'Océan pendant tout prairial (2i mai au 20 juin), et de ne se porter, pour donner l'alarme en Irlande, que du 10 au 15 messidor (29 juin au 4 juillet). Je vous autorise, dans ce cas, à lui expédier vous-même vos instructions et à le faire partir. En partant jusqu'à l'époque où il faut qu'il attaque l'Irlande, il faut qu'il croise sur la route de Londres aux Indes ; bien entendu qu'il ne restera jamais en place à tirer des bordées; et enfin, à l'époque fixée, il se dirigera pour venir reconnaître l'Irlande. Qu'il occupe 6 vaisseaux anglais, leur donne des inquiétudes, et mon but est rempli.

Au Woe-am/ra/ Decrèa (1).

UiUn, lo 10 prairial an xm (30 mai 1805).

Dans une instruction d*hier, je crois tous a^oir bien fait comprendre quel est mon but sur l'escadre de Rochefort; c'est à tous de déterminer le reste. Faites l'impossible pour y faire joindre le Régulus et la ThétiSj s'il était possible, aTant que Rochefort fût bloqué.

Napoléon.

Tel est le germe d'un projet dont la réalisation sera effectivement poursuivie. Pour arriver à rallier à Farmée de Villeneuve la division de Rochefort dont l'appoint paraît décisif, celle-ci ira insulter les côtes d'Irlande et de là croisera au large du Ferrol pour y rejoindre l'armée combinée à son retour d'Amérique. Toute l'incertitude proviendra de l'impossibilité où Ton est de fixer des dates précises.

Voici quelles nouvelles arrivaient à ce moment des mouvements de Tennemi et des préparatifs de l'Espagne.

Aranjuez, lo 30 floréal an xm (20 mai 1805) (S). Monseigneur,

J*ai rhonneur de communiquer h Votre Excellence les renseignements que j'ai obtenus sur Tétat actuel des armements de l'Espagne, au Ferrol, et sur les ressources navales dont on peut encore, avec le temps, tirer un assez grand parti dans ce même port.

L'escadre espagnole aux ordres de M. le lieutenant général Grandellana est composée de 7 vaisseaux, 3 frégates et 1 corvette; toute cette escadre est bien armée, et en rade.

Sa provision de pain n'est pas encore complète pour trois mois, mais elle s'augmente tous les jours, et, pour peu que l'escadre difiTère encore à mettre à la voile, elle partira approvisionnée pour trois mois de toute espèce de vivres.

Si j'avais été informé un peu plus tôt du désir que paratt avoir Sa Majesté l'Empereur que cette escadre soit de 8 vaisseaux, on aurait facilement appliqué un vaisseau de ligne de plus, avec les ressources que l'on a préféré employer pour l'armement de trois frégates et d'une corvette ; il en serait même encore tempS) si la destination de l'escadre était telle qu'un vaisseau de ligne lui soit plus utile que des bâtiments légers. Mais, comme l'escadre française vient, diaprés les ordres de Son Excellence M. le Ministre de la marine, de faire une opération absolument semblable, et qu'elle s'est augmentée d'un vaisseau aux dépens des frégates et corvettes qui en faisaient partie, je présume que l'in-

(1) CofTespondance de Napoléoriy 8312.

(?) Archives de la Marine, Espagne, an xm.

RÔLES ASSIGNÉS A L'BSOADRB DB ROCHBFORT. 591

tention de Sa Majesté Impériale se trouve déjà pleinement satisfaite, et ce ne serait qu*aotant que je serais de nouveau chargé d'inriter le gouvernement espagnol à renforcer d'un vaisseau la division du Ferrol, fût-ce en affaiblissant cette division des b&timents légers qui en font partie, que Ton s'occupera d'un pareil changement, et que Ton portera à 13 vaisseaux Tescndre combinée qui est aujourd'hui forte de H.

La croisière anglaise n'était encore que de 7 à 8 vaisseaux à l'époque du 21 de ce mois, et le blocus n'était pas serré; toutefois, M. le contre-amiral Gourdon n'a garde de s'écarter de la marche qui lui a été tracée, et il attend que l'escadre puisse exécuter les opérations maritimes auxquelles elle est réservée dans le plan général, mais il a eu plusieurs fois l'occasion de tromper la surveillance de l'ennemi, et il m'a écrit que les opérations des Anglais étaient conduites avec tant d'indécision et de mollesse, par comparaison avec l'activité qui a été déployée au Ferrol, que l'ennemi n'aurait pu contrarier la sortie de l'escadre, ou qu'il aurait eu le dessous s'il eût voulu le tenter. Je ne rends compte de ceci à Votre Excellence que par un principe d'exactitude. Du reste, l'état des croisi^res peut changer d'un jour à l'autre, et l'apparition de Nelson dans l'Océan a dû produire déjà une très grande sensation sur les chances de mer.

Le 21 de ce mois, le vaisseau français le Redoutable est sorti bien réparé du bassin du Ferrol; c'est d'après cette circonstance que je suppose la division française forte aujourd'hui de 5 vaisseaux, le contre-amiral Gourdon n'ayant eu besoin, pour arriver à ce résultat, que d'effectuer sur le Redoutable le transport des équipages des autres bâtiments légers de son commandement.

Je dois saisir cette occasion de rendre hommage au zèle éclairé et actif de M. Gourdon; c'est, je n*en fais nul doute, à son bon exemple et au caractère distingué qu'il a déployé pendant son long séjour au Ferrol, que nous sommes en partie redevables de l'empressement que les Espagnols ont mis à s'armer et à prendre une bonne «attitude dans ce port. Il est agréable pour moi de pouvoir émettre mon opinion, lorsque je la crois de nature à attirer sur l'homme de mérite Tintérêt et les marques de la satisfaction de Sa Majesté Impériale.

M. Ailhaud, commissaire franç^iis, s'est aussi montré d'une utilité extrême, et d'une intelligence bien précieuse pour l'armement de notre escadre ; il a pris une part très grande à l'état dans lequel elle se trouve, et la nature des services qu'il a rendus me parait faite pour lui rapporter une partie du mérite des opérations qui ont eu lieu. Dernièrement encore, il a procuré mille barils d'excellente farine à l'escadre, et il a puissamment contribué à la mettre sur un pied tellement bon, qu'on assure qu'une division sortie des ports de France ne pourrait être ni mieux armée, ni mieux pourvue.

Je Joins à cette dépêche la liste nominale des vaisseaux espagnols qui sont en rade au Ferrol, et celle des vaisseaux qui sont désarmés dans le port Ces derniers sont au nombre de huit et aucun d'eux n'est réformé. Selon l'avis de M. Ailhaud) ils sont même tous susceptibles de service. Mais, eu égard à la modicité des moyens d'armement, on ne peut pas espérer de les mettre bientôt à la mer. H y en a trois que l'on a désignés à entrer successivement en réparation et l'un d'eux est déjà dans le bassin. On pense qu'avec de l'activité, des efforts et les sacrifices indispensables^ ces trois vaisseaux pourront facile-

ment être prêts à la fin de septembre. Cette époque est bien éloignée, mais au moins, si Tescadre combinée ne trouvait pas jusqu'alors Toccasion de sortir, elle se trouverait à portée d'y réussir plus sûrement pour le commencement de l'automne, et elle serait, à cette époque, forte de 15 vaisseaux, de 5 frégates et de 2 corvettes. Car, indépendamment des trois vaisseaux de réserve à mettre en état successivement, il y a aussi deux frégates et une corvette susceptibles d'armement pour le même terme.

Je vous avais annoncé, Monseigneur, par une dépêche du 12 de ce mois, un supplément de détails sur les forces navales réunies et à réunir au Ferrol. L'aperçu qui précède acquitte ma promesse et complète le tableau, que j'ai eu l'honneur de mettre sous vos yeux, des moyens maritimes de l'Espagne et des forces dont Sa Majesté Impériale peut déterminer l'emploi.

Le prince de la Paix est vraiment animé de la meilleure volonté pour une résistance vigoureuse, telle qu'il convient de l'opposer aux entreprises de l'Angleterre; et ce qui s'est opéré depuis peu de mois dans les ports de l'Espagne prouve tout à la fois ce que peut un gouvernement réduit à la nécessité de faire usage de toutes ses ressources, les erreurs où le cabinet de Saint-James est tombé à cet égard et l'abandon absolu avec lequel je puis assurer Votre Excellence que le prince de la Paix s'est livré au soutien de la cause commune, depuis que Votre Excellence m'a autorisé à mettre, en quelque sorte, sous sa responsabilité directe l'exécution des arrangements pris entre nos deux cours, sauf à lui à arriver au but par un bon choix d'individus et par l'emploi des moyens qui lui sembleront préférables ; et, à cet égard, il ne parait pas qu'il y ait \ regretter de lui avoir laissé jusqu'ici la liberté tout entière.

Je prie Votre Excellence de vouloir bien agréer l'hommage de ma haute considération et de mon sincère attachement.

Le général : Beurnokville.

Ara^jaei, le 13 prairial an xin (23 mai 1805) (1). Monseigneur,

Les nouvelles de Cadix nous ont confirmé l'arrivée à Gibraltar du convoi de troupes qui avait précédemment paru à Lisbonne (f). Elles nous ont instruit de plus que V escadre de Nelson croisait à la hauteur de Lagos, le 2H floréal^ et n^ avait point encore doublé le cap Saint-Vincent.

On ne forme que des conjectures sans solidité sur la destination des convois et sur la marche de Nelson. Ce que Von peut uniquement apprécier de certain, c'est que la plus grande indécision règne parmi les Anglais depuis la sortie de Vescadre combinée, cet événement ayant dû influer sur l'exécution des ordres de l'Amirauté et mettre les commandants dans la nécessité d'en attendre de nouveaux.

On sait, à n'en pas douter, que les équipages de Nelson sont très fatigués et que les provisions de son escadre sont trop courtes pour qu'elle puisse se

(1) Archives de la Marine, Espagne, an xiir. (t) C'est celui de sir J. Criig, voir ci-dessus.

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