‹ 1793-1805 (volume 3)Chapitre 45 sur 81 · IV · texte numérisé non relu

IV

S94 TROISlàMB PARTIS. — CHAPITRE X.

1m mers éloignées. Il parait que iei Anglaii préparent une expédition de 8 yaisaeaux, tout lei ordres de Tamiral Gollingwood. En consultant mes états je Tois que ces vaisseaux sont pris parmi ceux des ports de Plymouth et Portsmouth et de Tescadre devant Brest. Ce qu il y a de certain, c'est que le 15 mai ils n'étaient point partis; le 16 mai répond au 26 floréal. Il parait qu*il y a d'autant moins k craindre, qu'elle ne sera pas en force et ne pourra se combiner ayec les premières escadres et la station de Brest. Je vois que le résultat de la flottille est de presser les Anglais. Us n'osent se résoudre à rien. C'est le M floréal qu'ils ont su le passage devant Cadix ; voilà un mois, et ils n'ont pu te résoudre à aucune opération.

Certainement, avec le contre-coup de la descente, les Indes sont à nous quand nous les voudrons prendre.

Les indices que j'ai me portent à croire que Cochrane est allé aux Indes orientales, et que les Anglais n'expédieront rien qu'ils n'aient des nouvelles certaines de la direction de Villeneuve. Ils ne connaîtront cette destination que tout au plut du 20 au 30 prairial.

Dant le fait, ti on te met à la place des Anglais, on voit qu'il n'y a pas d'autre parti à prendre que de se tenir, d'avoir des approvisionnements et d'attendre det renseignements, car un amiral biiarre ou trompé, qui, au lieu d'aller en Amérique, irait aux Indes, perdrait toute l'Amérique et vice versa.

Si l'amiral Missietty continue à être malade, je ne verrais point d'inconvénient à donner ce commandement au vice-amiral Rosily. Cependant laissez-y toi\jourt Mittietty.

Mon intention n*ett point qu'un officier de marine quitte les ports sans mon ordre.

Napoléon.

Au vioe-amiral Deorèê (1).

Milan, le 11 prairial an xm (31 mai 1805).

Tous les renseignements que je reçois de Londres, c'est que Ganteaume a eu cinq jours pour sortir, sans avoir d'ennemis devant lui. Il parait que cela a été du 7 au 12 mai. Quelle occasion il a manquée là! Le même renseignement m'avait été donné de Brest.

Vous n'avez jamais rien répondu îiux questions que je vous ai faites des fortifications de Bertheaume et des dispositions que Vescadre pourrait faire povr se trouver en position de sortir et participer au combat. Je crois que Ganteaume a besoin d'instructions. Envoyes*-moi une carte de Brest, et tracez en couleur la partie qui permet de sortir et les vents qui sont contre et l'empêcheraient et faites-moi sur cela quelques raisonnements qui me débrouilleraient la question. Villeneuve arrivera-t-il par des vents du sud, du nord-est ou d'ouest? Combien de vents le font arriver? Combien y en a-t-il qui empêcheraient Ganteaume de sortir et combien qui seraient favorables à l'arrivée et à la sortie?

Le désordre des Anglais est extrême; ordres et contre-ordres. Ils ont voulu un moment s'éloigner de Brest pour Torbay^ pour ne pas se trouver entre deux

(1) Correspondance de Napoléon ^ 8817.

RÔLES ASSIGNÉS A L'ESGADRE DB ROCHBFORT. 598

/eux, et se porter selon les circonstances; puis y cela leur a paru confirmer r abandon des Indes et de V Amérique, Ils ont fait embarquer différentes expéditions pour en finir, si les vents le permettaient au 16 mai. Aucune escadre n'est encore partie^ si ce n'est Nelson, qui occupait le détroit et qu'on supposait avoir V ordre de se ployer sur l'Angleterre. On ne lui croit pas assez de vivres pour aller en Amérique; A de ses vaisseaux font beaucoup d'eau; d'ailleurs, il n*a été joint par aucun ; avec cette force, il le pourrait, d'autant moins qu'il arriverait droit à la Barbade pour faire de l'eau et se ravitailler, et qu'une autre escadre prendrait le large.

Le 47, une escadre de 8 bâtiments (^tuit en partance à Plymouth ; généralement on la croyait destinée aux Indes orientales.

C*est aujourd'hui le 11 prairial ; quand messidor (20 juin) arrivera, mon intention est que vous confiiez le secret à Gourdon, parce qu'il peut y avoir une infinité de dispositions que les circonstances peuvent lui ordonner ; tàchei qu'il ait son cinquième vaisseau. Envoyez-moi copie de la lettre que vous pensez devoir écrire à Gourdon.

Enfin, écrivez à Missiessy, que la campagne finira quand il atteindra le premier semestre; que s'il quitte l'escadre, je ne pourrai le considérer que comme un général qui quitte la campagne ; dites-lui avec douceur et persuasion que son expédition est combinée, et qu'il en est le premier chaînon. Si ses équipages ont besoin de prendre terre, ils peuvent se promener dans l'île d'Aix.

Votre dernière lettre est du 7 prairial (27 mai) ; lorsque vous verrez celle-ci, j'aurai probablement réuni Gênes. Vous m'avez envoyé le projet d'organisation pour là marine de cette place et de la Rivière, et des classes, et les arrêtés à signer pour nommer les individus. Ne perdez pas une heure si vous ne l'avez pas fait. Je senti à la fin de ce mois dans cette place ; et je désire voir le chef des mouvements, le préfet, l'ordonnateur, afin d'approuver toutes les destinations des bâtiments et trancher toutes les difficultés.

Il faut également mettre deux autres vaisseaux sur le chantier de Gênes. Les Rivières et les peuples sont enchantés de se trouver français. Je vous ai déjà écrit que je désirais que, ce moment arrivé, l'f/rante, la Muironei Vlncorruptible s'y trouvassent.

Je suis toujours dans l'espérance que j'aurai en mer, au l»' fructidor, le Borée y VAnnibal et le Génois. Je n'ai pas besoin de vous faire comprendre quel gain ils pourront nous faire, et de quel résultat immense ils pourront être dans nos opérations.

Napoléon.

Au vioe-amiral Deorès (1).

Milan, le 12 prairial an xiu (l*'Juin 1805).

Je vois, par la dépêche télégraphique du 7, qu'il y avait 22 vaisseaux devant Brest. Il est possible qu'à celte époque l'escadre de Collingwood ne soit pas partie, mais soit en armement à Plymouth. Toutefois, quand elle serait partie et irait directement sur la Martinique, il me semble qu'il n'y aurait rien à

(1) Correspondance de Napoléon, 88X3«

craindre. Je ne compte pas être à Paris avant le 25 messidor. Écrivez aux gazettes de Hollande et même dans celles de Paris, que les affaires de Gènes me retiendront très longtemps; que j'irai à Gastiglione, où je resterai quinze jours à faire manœuvrer les troupes, que, de là, j'irai à Bologne. Faites connaître, à l'appui, la nouvelle du départ du Ministre des finances et de M. TAfchitrésorier. Le départ de ces deux grands fonctionnaires publics pourra être la transition pour les journalistes.

Napoléon.

En somme, dans tout cela il n'y a plus aucun ordre ferme. Decrès est invité, s'il « goûte cet avis », à rédiger des instructions pour faire faire une diversion en Irlande.

Mais voici d'autre part comment le Ministre de la marine apprécie à ce moment la situation et le très curieux renseignement qu'il donne sur les articles de journaux anglais.

Le M'juin 1805.

Sire,

C'est une tâche difficile que de raisonner sur ce qu'exige l'état présent des affaires, car toutes les données sur lesquelles le raisonnement peut se fonder ont un degré d'incertitude impossible à fixer.

Ce qui parait certain, c'est que, si le ministère anglais n'a pas deviné la pensée de Votre Majesté, il n'est pas moins vrai qu'elle a été pénétrée par les journalistes de Londres, qui en ont donné Véveil au gouvernement. On en trouve tout le développement dans le Moming Ghronicle du 9 maiy dont l'extrait est inséré au n^ 241 du Moniteur (!•' prairial), article Londres, et je lis, dans le Sun du \6 tuai, qu'on regarde commp un bonheur qu'une division, commandée par l'amiral Collingwood, ne soit pas mise à la poursuite de la flotte cornbinée, attendu que la route de celle-ci sur les Indes occidentales peut bien n'être qu'une ruse de guerre pour y attirer des forces anglaises, tandis qu'elle fera son retour dans les mers d^Europe, avec Vespoir de s'y trouver en forces supérieures. Le Sun ajoute : Nous avons maintenant la supériorité aux Antilles, et nous avons lieu d'espérer des nouvelles heureuses.

Pour que cette espérance soit fondée, il faudrait que Gochrane avec ses 6 vaisseaux, Nelson avec ses 11 eussent rallié celui que l'ennemi avait aux Antilles, ce qui lui ferait 18 vaisseaux dont plusieurs à trois ponts. Si le contreamiral Magon a, comme je l'espère, rallié heureusement le vice-amiral Villeneuve, il aura 20 vaisseaux, et il n'est pas douteux qu'il y aura une affaire aux Antilles, car la Martinique ne pourra noiurir cette quantité de bouches et la mauvaise marche de quelques vaisseaux de l'amiral Villeneuve laisse peu d'espoir que, voulant quitter ces parages, il ait pu éluder le combat. Dans cette hypothèse, le sort en est jeté, et, d'ici à quinze jours, le dieu des batailles aura prononcé.

Admettons cependant que l'amiral Villeneuve ait évité ce combat, et qu'il quitte les Antilles vers le l""" messidor (20 juin), comme le portent ses instructions.

RÔLES ASSIGNES A L'ESCADRE DE ROCHEFOUT. 597

Ceci est possible dans le cas, particulièrement, où Nelson aurait été seul aux colonies occidentales, et qu'il n*y ait pas trouvé Cochrane.

Dans cette hypothèse, aussitôt que Villeneuve aura appareillé, Nelson Faura suivi, et présumant bien que le FeiTol doit être débloqué, il tâchera d'y devancer la flotte de Votre Majesté pour se réunir à Tescadre du Ferrol et se trouver en forces égales à celles de Famiral Villeneuve, ou bien, s'il désespère d'arriver à temps au Ferrol, il y enverra une frégate légère et se portera luimême sur Brest, ce qui donnerait sur ce point une force immense à l'ennemi (i).

Je ne Tois pas quelle autre combinaison Nelson pourrait faire s'il a été aux Antilles, et je crois qu'il s'y sera porté, car, où pourrait-il avoir été ailleurs en partant tout brusquement, sans avoir fait d'autre relâche que celle de cinq heures à Gibraltar, où il n'aura pas eu le temps de faire de l'eau ni des vivres ?

On peut toutefois espérer que Cochrane, s'il y a été aussi, dès qu'il aura appris le départ du général Missiessy, aura détaché des vaisseaux h sa poursuite, et se sera affaibli, ce qui donne autant de chances â l'amiral Villeneuve.

11 en a bien quelques autres contre lui, qui résulteraient de la division qu'il aurait faite de ses forces pour attaquer à la fois plusieurs colonies, mais comme il n'y aurait pas de remède à y porter, je me borne à les désigner pour épuiser ce sujet. 11 n'y a point d'inductions à tirer du caractère personnel de lord Nelson. Sa forfanterie égale son ineptie (et j'emploie ici le mot propre), mais il a une qualité éminente, c'est de n'avoir avec ses capitaines de prétention que celle de la bravoure et du bonheur. D'où il résulte qu'il est accessible à des conseils et que, dans les occasions difficiles, s'il commande nominalement, c'est un autre qui dirige réellement.

Je diffère à raisonner sur la possibilité des jonctions du Ferrol, Cadix et Boche fort, parce que l'armée de Brest trouve ici sa place.

Je ne ferai point la comparaison de deux colonnes d'une armée de terre, dont le moindre événement dérange si souvent les calculs de jonctions les mieux combinées. Je dois supprimer ici tout ce qui est oiseux.

Quels que soient les vents avec lesquels l'amiral Villeneuve se portera sur Brest, il est possible qu'au moment où il y arrivera, ces vents soient devenus contraires à l'armée du général Ganteaume.

Pour que cette jonction s'opérât avec succès, il faudrait que l'amiral Villeneuve parût sur Brest au moment opportun pour en faire appareiller la flotte.

Mais, si Vannée de l'amiral Villeneuve n'a pas une force telle qu'elle contraigne l'ennemi à refuser le combat, elle aura dix heures au moins à se mesurer avec lui avant d'être jointe par la flotte de Brest.

L'issue d'une pareille bataille livrée à ce taux de vaisseaux en laissera assez de disponibles au vainqueur pour soutenir une seconde attaque.

Mais comment espérer de combiner les avis à donner à l'amiral Ganteaume de manière que son appareillage se fasse précisément à point nommé ?

Sera-ce par des signaux de cAte? Il faut alors que l'amiral Villeneuve s'enfonce dans le golfe de Gascogne, y perde beaucoup de temps et s'expose à ne pouvoir éviter un engagement décisif avec l'ennemi.

Je répète que les signaux de côte et l'arrivée de l'amiral Villeneuve ne con-

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