RÔLES ASSIGNÉS A L'ESCADRE DE ROCHEFORT
« Que le naTire la Comtessc-de-Chanclos étant, le 10 mai 1805, au 36* degré de latitude nord et au 18** de la longitude comptée du méridien de Greenwich, il avait eu connaissance de 22 ou 23 vaisseaux, dont plusieurs très forts, faisant route vers le sud-ouest. La grande distance à laquelle on les a aperçus n'a pas permis de déterminer plus exactement leur rang. »
Cette relation trop vague ne donne lieu à presque aucune conjecture solide, mais toutes celles que Ton pourrait former avec quelque apparence de raison, ne tendraient à rien moins qu*à prouver que ce fut Tescadre combinée qui a été aperçue dans ces parages et à Tépoque dont il est mention au rapport du capitaine.
Ayant eu l'occasion d'expédier un courrier à Son Excellence le Ministre de la marine, pour lui expédier ses dépêches de TIle-de-France, j'en ai profité pour lui communiquer les mêmes détails que ceux dont j'ai eu l'honneur de faire part à Votre Excellence aujourd'hui et dans mes lettres précédentes, relativement à l'état des ports et aux événements maritimes. Il m'a semblé que cette double correspondance, qui ne doit être que momentanée, serait utile, en ce que M. le vice-amiral Decrès pourrait, au moment où il reçoit de moi quelques nouvelles, avoir la certitude que Sa Majesté en est déjà informée comme lui, et ii y a telle circonstance où cette disposition pourrait lever des incertitudes et économiser le temps.
Je prie Votre Excellence de vouloir bien agréer l'hommage de ma haute considération et de mon sincère attachement.
Le général : de Beurnonville.
C'est là-dessus qu'est édifiée une nouvelle combinaison.
Au vice-amiral Decrès (i).
Milan, le 17 prairial an xiii (6 juin 1805).
Monsieur,
Je ne puis considérer que comme une calamité ce mauvais esprit de l'amiral Missiessy ; parce qu'il a été quatre mois à la mer, il croit que tout doit être désarmé. L'amiral Missiessy n'a point répondu, au reste, à l'idée que je m'en étais faite. Il y répond bien moins par sa conduite depuis sa rentrée (2).
J'ai vu avec grand intérêt la conduite du Sylphe^ faites-en mettre le détail dans le Moniteur; demandez au capitaine de ce bâtiment un détail circonstancié des vents et des mers qu'ils a trouvés au delà des Orcades.
J'apprends avec plaisir que le Redoutable sera prêt. Prévenez le contreamiral Gourdon qu'il serait possible que l'escadre qui viendra le débloquer eût
(1) Correspondance de Napoléon, 8846.
(t) Correspondance de Napoléon à Decrès, l»' juin, 8824.
Si Missiessy est malade, il faudra finir par le remplacer. Je vous ai écrit pour Rosily, s'il s'en sent le courage, ou bien pour tout autre. Qu'il ne vienne pas à Paris avant que je ne Taie décidé.
Napolbon.
602 TROISIÈME PARTIB. — CHAPITRE X.
un bâtiment qui ait besoin d'entrer dans le port. Peut-ôtre terait-il bon qu'une de« deux frégates eût une maistranoe h bord, afin que, si une fWgate aTait besoin de rentrer, elle pût être réparée sur-le-cbamp.
Vous Toyei que M. Grandellana a 7 Taisseaux ; j'ai écrit pour qu'il en ait 40. Veillez à ce qu'il ait les vivres demandés. 11 faut pourvoir aussi à ce qu'il ait des vivres à Rochefort, car voilà une chance à prévoir : c'est que l'amiral Villeneuve n'ait point de vivres pour aller jusqu'à Brest ; je dis pour aller jusqu'à Brest, car il ne doit point s'arrêter là, et que s'il est obligé de prendre chasse selon les circonstances, il faut qu'il trouve au moini un mois de vivres s'il se présente devant Rochefort, ce qui pourrait servir à sa double jonction avec l'amiral Missiessy.
Je suis surpris que le général Lagrange ne soit pat tenu me joindre ; cela m'eût paru plus naturel que d'aller voir sa femme.
Écrivez au général Missiessy qu'il ne peut pas venir à Paris ; que ce n'est
rien que de commencer une campagne : il faut l'achever. Enfin je crois que
Mme Missiessy est une femme raisonnable, qui a un peu d'ambition. Engagei-
la à partir pour Rochefort ; il est juste que l'amiral Missiessy voie sa femme !
qu'elle lui fasse bien comprendre qu'il faut qu'il achève la campagne. Je suis
fâché que vous ne vous soyez pas avisé de cela plus tôt.
Napolégk.
Au Wce-am/ra/ Decrès (1).
Milan, le 17 prairial an xui (6 Juin 1805).
J'ai lu avec attention votre lettre. Je vois avec plaisir que les Anglais n'ont plus devant Brest que 2î ou 23 vaisseaux. J'ai vu également avec plaisir qu'il y a 5 vaisseaux français au Ferrol et 8 espagnols. J'envoie un courrier pour que toutes les mesures soient prises pour qu'il y en ait 10 espagnols. N'y en aurait-il que 9, nous aurons donc 14 vaisseaux au Ferrol. Je vous ai écrit que Mme Missiessy devait aller joindre son mtiri.
Il a acquis de la gloire ; on lui en a donné plus qu'il n'en mérite ; dans le Moniteur, il est bien traité. Je serais fâché de faire revenir sur son compte. L'affaire du Diamant, surtout, a fait un très mauvais effet dans l'Amérique. Après votre lettre, c'est le dernier des hommes s'il ne prend point de la chaleur.
Vous devez avoir reçu une instruction (i)pour la mission ultérieure de 1^ escadre de Rochefort, Il me semble que ce que vient de faire le Sylphe prouve assez de quel bien peut être cette expédition et quel mal elle peut faire aux Anglais.
J'espère que vous serez content des calculs hypothétiques que j'ai faits. Être maître de la Méditerranée n*est rien. Je désirerais 2 vaisseaux à Villeneuve plutôt que 40 dans la Méditerranée.
Il me semble que vous n'avez pas Vesprit assez exclusif pour une grande opération. C'est un défaut dont il vous faut vous corriger, car c'est là l'art
(1) Correspondance de Napoléon^ 8847.
(î) Non retrouvée.
RÔLES ASSI0NB8 A L'BSCADRE DE ROOHEFORT. 608
de$ grands tuccès et des grandes affaires. Je vous ai dit ma pensée en grand en vous donnant des instructions pour Vamiral Missiessy, vous devei calculer les détails. S'il était possible de rester cinq ou six jours dans la Baltique (sic) et se jeter ensuite sur Terre-Neuve, après avoir insulté V Irlande ^ quelle confusion on jetterait en Anglelerre, Je serai à Fontainebleau, mais pour vous seul, le 20 messidor.
Napoléon.
Au vice 'amiral Decrès (1).
Milan, le 18 prairial an xm (7 Juin 1805).
Je ne Terrai pas d^inconvénient à prendre le fils de Tarn irai Linois dans ma Garde. Cela lui servira de petite compensation. S'il s'est trompé sur le convoi de la Chine, ce n*est pas faute de bonne volonté. Nous avons dû le blâmer publiquement, pour que cela serve pour la gouverne de nos marins.
Faites part au prince de la Paix de Texpédition de la frégate pour Manille.
Dans des circonstances ordinaires, nul doute que nous aurions gagné à donner trois mois à réparer Tescadre de Rochefort ; mais vous savex, comme moi, qu'il n'est pas question d'une longue campagne et qu'il est absolument nécessaire que cette escadre soit en mer dans la première quinxaine de messidor.
Au reste, il me semble que vous ave2 fait sur cela tout ce qui était pos* sible. Que Nelson n'ait pas été à la suite de V escadre française, cela ne m'étonne pas, mais je suis étonné qu' il n'ait pas été en Angleterre (2). Toutes les probabilités sont que, le 22 mai, une escadre est partie pour les Indes. Une quinzaine de vaisseaux sont prêts à partir ; j'attends donc avec impatience d'apprendre qu'ils le sont.
Vous devez vous souvenir que les vivres ne permirent à Nelson d'attaquer l'escadre d'Aboukir qu'un mois après. Les Anglais ne sont forts que de notre
immense (3) Un gouvernement collectif a des idées moins simples, est
plus long à se décider.
Je suis bien aise d'apprendre que Mtssiessy se décide enfin. Sinon, le vieux amiral Rosily serait peut-être bon pour cette expédition. Tâchez de joindre à l'escadre le brick qui vient de faire le tour de l'Irlande et aussi tous les autres bricks que vous pourrez : 1® parce que ce sont des voiles ; 2® parce que plus on fera de prises sur les côtes d*Irlande, plus on portera la crispation h Londres et plus on obligera à suivre l'escadre; et c'est là le but principal. Mon intention est également de Taire faire, dans la première quinzaine de mes* sidor, de grands mouvements au Texel. J'y ai déjà 7 vaisseaux réunis, et je ne désespère pas de combiner Vescadre de Missiessy avec celle du Texel, de manière à faire croire que Missiessy, et peut-être Villeneuve, tournent l'Irlande, ce qui leur fera dégarnir l'escadre de Brest. Je suis sûr d'avoir gain de cause si
(1) Correspondance de Napoléon, 8856.
(2) Beomonville a éerit le 26 mai qu'on croyait Nelson rentré dans la Méditerranée.
(3) Lacune dans la minute.
l'ennemi n'a que 22 ou 23 vaisseaux devant Brest. Peut-être serait-il nécessaire de faire rentrer dans le port 2 vaisseaux, afin que cela les détermine plus aisément à se diminuer. Mon intention est que les Français, Génois, Mahonais et Napolitains pris à bord du chebec anglais soient traités comme des forbans ; que le capitaine, s'il n*est point Anglais, soit fusillé, et les autres condamnés et conduits aux galères sous bonne escorte à Rochefort. Je dis à Rocbefort parce qu'ils auront plus de peine à se sauver des galères de Rochefort que de celles de Toulon. Faites passer cette lettre au général Marmont.
Napoléon.
Au Wce-am/ra/ Decrôs (1).
Milan, le 19 prairial an xui (8 juin 1805). Monsieur,
Il paraît que les Anglais croient l'amiral Villeneuve destiné pour les Indes. La réjouissance qu'ils ont faite parait avoir pour but de faire parade de quelque succès qu'ils ont obtenus contre Holkar ; ipais, en réalité, ce n'est que pour rassurer l'Angleterre et pallier leurs craintes sur le tort qu'éprouverait leur crédit si une armée française débarquait aux Indes. Vous avez bien prévu que je consentirais à ce que l'amiral Missiessy partit un peu plus tard, plutôt que de le laisser partir avec 3 vaisseaux. Tftchez, au contraire, de joindre \eSuffren k son escadre et mettez-y le plus de frégates possible. Faites partir cet amiral le plus tôt qu'il le pourra. Écrivez-le lui d'une manièi*e bien positive.
C'est un homme assez actif, qui a besoin d'instruction claires et fermes. Etudiez les côtes d^ Irlande, Prescrivez-lui de faire entrer ses bricks et une ou deux frégates dans le fond de quelque rade foraine. Qu'il se présente sur deux points de Flrlande. S'il pouvait croiser six jours à Vembouchure de la Baltique y ce serait charmant. Au reste, ces chances sont calculées sur la possibilité de le réunir à t amiral Villeneuve.
Pourquoi, par exemple, après avoir alarmé l'Irlande, ne se porterait-il pas à telle latitude derrière le Ferrol, où Villeneuve V enverrait chercher par une frégate f Ou, dans les mois de juillet et août, ne pourrait-on pas faire croiser Missiessy dans un tel espace de vingt lieues qui serait à peu près la route de Tamiral Villeneuve ; que celui-ci, instruit, y passât exprès et fit battre la mer par ses bricks, pour se joindre à lui ? Mon but principal est de le réunir à l'amiral Villeneuve et, comme ce que f imagine est tout simple dans la saison où nous sommes, je pense donc que Vamiral Missiessy, avec ses 6 vaisseaux, doit le plus tôt possible se rendre sur les côtes d Irlande, s'y montrer deux fois, la première du côté sud, la seconde du côté nord, disparaître, et tâcher d'être le \0 thermidor (29 juillet) rendu hors de la route commune entre le Ferrol et Brest, plus près du Ferrol, Villeneuve et Gourdon en seraient instruits et feraient tout ce qui serait nécessaire pour opérer la réunion, 11 faut pour cela deux choses : i® Faire aux Anglais douze ou quinze prises, soit bricks, soit caboteurs, n'importe quels petits bâtiments, sur les côtes d'Irlande ; 2« Brûler ou mettre à son bord tout ce qui raisonnerait, afin de ne pas laisser connaître
(1) Correspondance de Napoléon, 8864.
RÔLES ASSIGNÉS A L'ESCADRB DE ROOHEFORT. 605
qui il est. On croira que c'est un détachement de Tamiral Villeneuve, comme tout autre chose.
J'avais déjà les nouvelles de Gorfou que vous m'envoyez ; il est bien évident que la tenue d'une armée de 12,000 hommes à Gorfou doit les ruiner.
J'aurais une grande joie d'apprendre que l'amiral Gollingwood doit aller à Malte se combiner avec cette célèbre armée russe ; rien ne pourrait nous arriver de plus heureux ; mais la responsabilité des ministres est devenue si grande, qu'ils ne peuvent pas ne pas l'envoyer aux Indes. Je le crois destiné h prendre le Gap. S'ils vont à Malte, ils ne pourraient pas mieux faire s'ils exécutaient mes ordres.
Je vous envoie une lettre de M, Jérôme, qui me parait extraordinaire ; si Ton ne s'est pas trompé et que l'on n'ait pas pris des vaisseaux marchands pour des vaisseaux de ligne, ce qui arrive souvent, ce ne peut être que l'escadre espagnole ; on bien Nelson serait-il rentré dans la Méditerranée ? Tant mieux. Mais alors, que ferait-il entre la Gorse et Toulon ?
Napoléon.
Au général Marmont, commandant le camp d'Utrecht (1).
Milan, le 18 prairial aa xm (7 juin 1805).
Je donne ordre que deux compagnies du bataillon du train se rendent à votre armée pour prendre 400 chevaux. Les plus fortes instances vont être faites pour presser les deux vaisseaux d'Helvoet-Sluys. Faites joindre le ?• et exécutez ponctuellement ce que je vais vous prescrire.
Que votre camp d'Utrecht soit parfaitement formé au 15 messidor. Faites tous les mouvements d'embarquement ; que l'escadre soit prête à sortir si les Anglais sont inférieurs, ou, ce qui remplira également mon but, qu'on les tienne en alarme et qu'on attire le plus possible de leurs forces. Faites-moi connaître le genre de mouvement que l'escadre hollandaise peut faire pour remplir ce dernier objet. 11 ne m'est pas indifférent qu'après le 15 messidor vous teniez sur vous deux vaisseaux de plus ou de moins. Galculez tous vos moyens pour en attirer le plus possible.
Rendez-vous à Flessingue, concertez-vous avec Schimmelpenninck pour que l'escadre hollandaise ait 9 vaisseaux au lieu de 7. Quant aux frégates, ce n'est rien. Je vois que vous ne pouvez embarquer que 1400 chevaux et vous en avez davantage.
Faites-moi connaître combien vous avez de cavalerie disponible. Vous ferez d'abord embarquer ces 1400 chevaux, cela est suffisant ; mais comme il est possible que les écuries reviennent en chercher d'autres, ayez-en pour ce cas encore 1400.
Je ne puis croire que le 3^ bataillon ne puisse servir que 400 chevaux ; mais je crois que vous êtes bien aise d'amener assez d'hommes pour en servir un millier; je ne puis blâmer cette précaution. On vous fournira autant de bâtiments légers qu'il sera possible.
(1) Correspondance de Napoléon, 8S57.
606 TROISIÈME PARTIB. — CHAPITRE X.
Vous ne me dites pas dans Totre lettre combien vous avez d'approvisionnements, car ce n'est rien que de dire que les approirisionnements pour 25,000 hommes sont complets et de bonne qualité. Faites-moi savoir pour combien de jours sont ces approvisionnements. Je pense qu'il convient que les vaisseaux de gueire soient approvisionnés de quatre mois de vivres pour les équipages et de quinze jours pour les passagers et tout le convoi et Tarmée. 11 faut que les écuries le soient de manière à faire un deuxième voyage sans ôtro obligées de faire de Teau et des vivres, et enOn, avoir en réserve 400,000 rations de biscuit et d'eau-de-vie pour débarquer avec Tarmée. Ce n'est pas beaucoup que quinze jours de vivres. Ce serait une ineptie que d'en avoir moins. Je pense que vous avez fait faire 4 ou S fours portatifs ; que vos soldats ont une paire de souliers aux pieds et deux dans le sac ; et qu'enfin vous embarquerez 4,000 ou SfOOO paires de souliers et autant de fusils ; dans l'embarquement et
le débarquement on en perdra beaucoup.
Napoléon.
Au vice-amiral Decrès (I).
Milao, X8 prairial an xm (7 juin 1805).
Le général Marmont demande 2 frégates qui sont à Flessingue, et 2 frégates qui sont dans la Meuse, pour les joindre à l'escadre batave à son départ. 11 fait sentir Timportance d'avoir le plus de bâtiments légers possible. Voyez ce que j'ai de disponible dans ces ports pour joindre à l'escadre hollandaise. Le général Marmont m'assure qu'elle est forte de 7 vaisseaux et 3 frégates. VoiiiV déjà un résultat. Ecrivez à M. Schimmelpenninck et au Ministre de la marine pour leur faire sentir l'importance que j'attache aux vaisseaux d'Helvoet-Sluys ; que, s'il ne faut que des matelots, on les ait avant la fin de messidor ; qu'on travaille nuit et jour. Quant aux matelots ce n'est point un obstacle sérieux en Hollande; qu'on fasse une presse h Amsterdam. Enfin, faites connaître que je ne saurais me contenter de 7 vaisseaux de ligne, lorsque la France et l'Espagne font tous les efforts possibles.
Napoléon.
De tout ce chaos de suppositions, de projets contradictoires, finit enfin par se dégager un ordre ferme qui eut sur la campagne ime influence décisive.
Instructions pour le commandement de l'escadre de Rochefort (2).
Milan, le f 0 pndritl ao xm (9 Juin 1805).
Monsieur (3), Commandant l'une de nos escadres,
Notre Ministre de la marine vous fera connaître les noms et l'armement dos vaisseaux de tout rang (jue nous mettons sous vos ordres.
(1) Correspondance de Napoléon, 8858.
(2) Correspondance de Napoléon, 8870.
(3) En blanc dans la minute.
RÔLES ASSIGNÉS A L'bSCADRE DE ROGHEFORT. 607
Notre intention est que vous partiez le plus tôt possible de notre rade de rUe d'AiXj et que vous vous portiez sur les côtes (t Irlande, où Vintérêt de nos opé' rations maritimes exige qu'il soit fait tme diversion qui oblige l'ennemi à y diriger une partie de ses forces navales.
Notre intention est que vous reconnaissiez les côtes d'Irlande comme si vous arriviez d'Amérique ; que vous reconnaissiez le premier point de ces côtes du 15 au 20 messidor (4 au 9 juillet), et surtout que vous ne vous laissiez ni rencontrer ni voir à portée de ces côtes avant le 15 messidor {A juillet).
Du moment que tous aurei appareillé de notre mde de l'tle d'Aix, tous parcourrez Vespace de 400 lieues à l'ouest et croiserex aux euTirons de ce méridien le nombre de jours nécessaire pour n'arriver sur les cAtes d'Irlande que le i5 ou 20 messidor.
Vous ne conserverez aucune prise qui i-etarderait votre marche et affaiblirait vos équipages. Vous brûlerei ou coulerez bas tout bAtiment de commerce, soit ennemi, soit neutre qui pourrait déceler votre marche, et prendrei les équipages prisonniers à votre bord, en recommandant qu'ils soient sévèrement tenus. Si ce sont des neutres, vous traiterez les équipages avec égards et déolarerei aux patrons que Je payerai la valeur des bMiments.
Arrivé à ladite époque, du 15 au 20 messidor, sur la côte occidentale d'Irlande, vous tâcherez d'aborder aux environs de l'embouchure du Shannon, plutôt comme venant du nord que comme venant du sud, c'est-à-dire, reconnaissant plutôt les caps de la rive droite que de la rive gauche. Vous croiserez là l'espace de huit à neuf jours ; vous ferez entrer dans cette rivière vos petits bâtiments et quelques frégates, pour y prendre tous les bâtiments qui s'y trouveraient et augmenter le plus possible le nombre de vos prises.
De là, vous vous porterez aux Iles Clare ; vous tâcherez de vous faire voir près d'une autre baie, vous dirigeant de manière à faire croire que vous allez au nord et que votre mission est de doubler l'Irlande. Après quoi vous disparaîtrez au large et prendrez, par des routes inusitées, votre direction de manière à être du 12 <7U 15 thermidor (29 juillet au 3 août), à 40 lieues à V ouest du Ferrol, par le 43» 32' de latitude et 13» 22' de longitude.
C'est vers cette époque que l'armée navale combinée aux ordres de l'amiral Villeneuve, forte de 20 vaisseaux de guerre et de 40 à 12 frégates, se rendra au Ferrol et s'y réunira à l'escadre du contre-amiral Gourdon.
Du moment que vous aurez joint l'amiral Villeneuve, vous vous rangerez sous son pavillon; cet amiral, qui saura au Ferrol votre destination, vous ira chercher.
S'il vous était impossible de vous trouver au \^ thermidor (3 août) au point qui vous est désigné, vous vous dirigeriez sur le point placé par les 46* 55' de latitude nord et 9® 30*^ de longitude occidentale. Si, dans Vune ou Vautre de vos stations, au 25 thermidor (13 août), vous n'avez entendu parler de rien, vous vous approcherez des côtes d'Espagne ; vous arriverez devant Vigo où vous trouverez des nouvelles, ou peut-être des instructions chez mon commissaire des relations commerciales.
Si, lorsque vous paraîtrez à 40 lieues du Ferrol, vous êtes certain que ce port n'est point bloqué et que l'amiral Villeneuve n'y est pas encore arrivé, vous pourrez entrer à la Corogne et vous joindre au contre-amiral Gourdon^ dont la division sera alors sous vos ordres (le plus ancien prendra le comman*
dément ; si c'est le capitaine Allemand qui est chargé du commandement de la diTision, il sera sous les ordres du contre-amiral Gourdon) ; ce qui porterait Tos deux escadres réunies à 20 vaisseaux de guerre et tous attendriez l'arrivée de Tamiral Villeneuve.
Mais, comme il ne faut point donner à l'ennemi lieu d'augmenter sa croisière du Ferroly vous nétes autorité à y entrer qu'après le 15 thermidor (3 août).
Vous avez trop d'expérience des mouvements combinés pour ne point sentir l'importance de votre opération. Il est impossible que, croisant à Fembouchure du Shannon, vous ne preniez pas une grande quantité de bâtiments, ce qui portera l'alarme en Angleterre et obligera l'ennemi à renforcer sa croisière d'Yarmouth et de Boulogne.
Vous jetterez le» proclamations irlandaises, que vous trouverez ci-jointes ; vous pourrez même en laisser sur les eûtes.
Dans votre nouvelle croisière et sur les différents points de votre mission, vous n'épargnerez ni ennemis, ni neutres, ni Français, de manière que rien ne puisse démasquer votre croisière.
Il sera possible que, dans la première partie de votre mission, vous tombiez sur des convois anglais qui vont d'Amérique en Angleterre et, dans la seconde partie, sur ceux qui vont de Lisbonne en Angleterre. Vous ferez en sorte d'en tirer tout le parti possible et de faire le plus de prisonniers que vous pourrez.
Si, par des circonstances imprévues, vous communiquez avec des bâtiments sans les arrêter, chose que je ne pourrais prévoir, à moins que ce ne fussent des bâtiments de guerre suédois ou autres neutres que vous ne dussiez pas prendre, vous vous ferez passer pour un détachement de l'amiral Villeneuve.
Si, après le 23 thermidor (13 août), il arrivait, par des circonstances quelconques, que Vamiral Villeneuve fût entré dans quelqu'un de nos ports et que vous n'ayiez aucune instruction à Vigo, vous finiriez de consommer vos vivres, en croisant dans les parages où vous pourrez faire le plus de mal à Vennemi, et vous ne rentrerez dans nos ports que six jnois après votre départ.
Si, au contraire, vous apprenez qu'une de nos armées soit entrée, soit en Angleterre, soit en Irlande, vous tâcherez de vous mettre en communication avec elle, et vous ferez tout ce qui sera possible pour opérer votre jonction avec mes autres escadres.
Nous nous reposons, pour le succès de cette expédition, sur votre zèle, sur votre bravoure et sur votre attachement â notre personne.
Napoléon (1).
(1) Il n'est pas sans intérêt de comparer la date admise par l'Empereur ponr rarrivée probable de Villeneuve devant le Ferrol avec celle que prévoyait Decrès et qui se réalisât d'ailleurs, puisque Villeneuve, ainsi qu'on l'a vu, agit comme s'il avait reçu l'ordre de revenir immédiatement en Europe.
RÔLES ASSIGNÉS A i/eSCADRE DE ROCHEFORT. 609
Au contre-am/ra/ Gourdon, oommsindant une escadre de Sa Majesté,
au Ferrol (1).
I>e t\ prairial an xiii(10 juin 1805).
Par une dépêche antérieure, Monsieur le Contre-Amiral, je vous avais prévenu que Tarmée qui doit tous débloquer viendrait du Nord.
Je vous ai informé depuis que, si vous n'étiex pas débloqué le 15 prairial, vous le seriez probablement à la fin de messidor, mais que, dans ce cas, ça ne serait plus du nord qu\in*iverait Tarmée h laquelle vous devez vous réunir.
Cette hypothèse de la direction des flottes se trouve fixée aujourd'hui. Je vous ai prévenu, tous les paquets de rendez-vous à décacheter en cas de séparation, qui vous ont été adressés jusqu'à ce jour, sont sans objet ; et je me présume que, déjà, vous me les avez renvoyés, comme je Tai prescrit par ma lettre du 2 du mois dernier.
Maintenant que le système dos opérations auxquelles les escadres du Ferrol sont appelées à concourir est fixé, je vais entrer avec vous dans de plus grands détails.
L'armée combinée, de 20 vaisseaux de ligne et 10 frégates, a dû partir de la Martinique dans les premiers jours de messidor (19 juin). Elle a ordre de se porter sur le Ferrol, où Ton peut calculer son arrivée pour les dix ou douze premiers jours de thermidor (20 au 31 juillet).
Aussitôt qu'elle paraîtra, ou qu'une de ses frégates vous aura prévenu de son approche, l'escadre sous votre commandement, et celle aux ordres de M. de Grandellana, doivent appareiller pour se joindre à elles avec le moins de délai possible.
Cependant, vous aurez soin de combiner votre appareillage sur le mouvement et la situation des vaisseaux anglais qui pourront alors être sur le Ferrol, car si ces vais<^aux paraissaient avoir une sécurité qui donnât l'espoir de les voir surprendre par l'armée combinée, vous devriez éviter toute manœuvre qui les éloignerait ; et si, au contraire, ils se trouvaient en calme ou en situation d'être avantageusement chassés par vous, vous ne devriez hésiter à faire en sorte de les engager pour qu'ils ne puissent échapper ; aussitôt que les escadres du Ferrol auront rallié l'armée combinée, celle de Sa Majesté Catholique se rangera sous le pavillon de l'amiral Grayina et celle de l'Empereur sous celui de l'amiral Villeneuve, qui aura le commandement général de toute l'armée combinée ; par cette réunion, l'armée se trouvera forte de 32 vaisseaux de ligne, 10 frégates et plusieurs corvettes ; elle doit aussitôt se porter sur Brest, oà Vamiral Ganteaume commande 21 vaisseaux de guerre et prêt à appareiller poiu* se réunir à elle et entrer dans la Manche ; vous concevrez, Monsieur le Contre-Amiral, combien l'exécution de ce plan exige que les forces navales qui sont au Ferrol soient disposées à mettre sous voiles aussitôt que l'armée combinée paraîtra.
Vous m'observez, dans votre dépêche du 7 prairial, que la rade de la
(l) Archives de la Marine, BB»', Î89.