IV
610 TROÏSIBMB PARTIE, — GHAPITR» X-
Gorogne a rinconTénient de ne pouvoir contenir les deux divisions qui sont au Ferroi, et que cq qui est hors de la rade serait exposa à une attaque de Tennemi.
Je ne puis que regretter que vous ne me fassiez pas connaître combien cette rade peut réellement contenir de vaisseaux à Tabri d'une attaque.
On m'a rendu compte que, dans un temps où TEspagne en paix n'avait
point armé ses rabatteurs, le (i) était mouillé avec 4 vaisseaux, entrer les
forts Saint-Antoine et Saint- Vigo, et avait place pour 4 vaisseaux, ce qui aurait porté le nombre à 8.
Aujourd'hui que l'Espagne a probablement armé cette baie, que le fort Sainte-Croix doit être en état de défense, qu'on peut avoir placé des batteries sur les pointes, il me semble que la rade de la Gorogne a acquis une grande extension.
Dbcrès.
Au Wœ-am/ra/ Decrôa (2).
Milan, le fO prairial an un (0 juin 1806). Monsieur,
Je reçois Totre lettre du i5 prairial, 8 heures du soir, et celle du {Q. Tout me porte h penser que les Anglais ont enfin expédié |Si vaisseaux aux Grandes Indes, du moment où ils ont appris que l'amiral Cocbrane était arrivé h la Barbade, et que notre escadre était partie de ces parages quinne jours avant. La prompte rentrée de Tescadre de Rochefort a eu cela d'heureux, qu'elle a ôté toute idée de réunion des deux escadres. L'esc^adre de Taroiral Orde a été tout entière devant Brest; il n'a jamais eu que 3 vaisseaux de 74; le reste est de 64 ou 50. Il est très incertain de savoir ce qu'a fait Nelson ; il serait très possible que \e$ Anglais, ayant envoyé 15 vaisseaux aux Grande^ Indes, armés et équipés h neuf, eussent fait partir en môme temps Nelson pour TAmé^ rique. Je suû d'opinion^ cependant, que Nelson e$t encore danf les vmts dEi^ rope. Le sentiment le plus naturel est qu'il devrait être resté en Angleterre pour se ravitailler et verser ses équipages sur d'autres bâtiments; car ses vaisseaux ont besoin d'entrer danii le bassin, et son escadre peut ôti*e considérée comme étant en très mauyais état. Je pense que Tamiral GolUngwood n'est parti pour sa destination que le SI mai. L^ encadre de l'amiral Gochrane est dans le plus mauyais état; je ne doute pas qu'il ne s^ourne à la Jamaïque pour s'y réparer et se ravitailler.
Je vois avec plaisir le bon état de Toscadre du Ferrol et la bonne situation de ses approvisionnements.
Il paraît que le Ferrol n'eit point bloqué ; ainsi Villeneuve n'aura là aucune espèce de combat à essuyer. Il parait que le oontre^amiral Gourdon a besoin de courriers; éorives-lui par des courriers extraordinaires qu'il gardera, et du retour desquels il profitera pour vous donner des nouvelles*
(1) Lacune dans la minute.
(2) Correspondance de Napoléon, 8871.
RÔLES A8SI0NÉS A L*BSCADRE DE ROGHBFORT. 611
Faites-lui connaître que J'ai demandé h TEspagne d'augmenter l'escadre du Ferrol et de la porter jusqu'à 10 Taisseaux. Il serait peut-être conTenable de charger un transport de farine, lequel en porterait quelques sacs à chaque Taisseau de Tamiral YilleneuTe ; car ma crainte est que, s'il n'a pas Técu à la Martinique sur le Journalier, il ne manque de Titres. Je ne puis que tous réitérer ce que Je crois tous aToir déjà dit, do tenir en règle et d'approvisionner de Tivres les deux frégates ou au moins une, afin de pouToir y verser les équipages, si quelque bâtiment de l'escadre était obligé d'entrer dans le port.
Venons aux opérations de V escadre de Roche fort : les Anglais détacheront, sans nul doute, quelques vaisseaux pour courir sur cette escadre; mais ils ne rentreront pas à Ouessant. Votre défaut est de calculer comme si les Anglais étaient dans le secret; il faut calculer comme doit le faire V Amirauté : 100,000 hommes sont à Boulogne ; 7 vaisseaux de guerre sont au Texel avec une armée de 30,000 hommes, et une escadre de ^ vaisseaux de guerre est dans le port de Brest, Il peut arriver que Vescadre de l'amiral Villeneuve revienne brusquement sur V Europe; mais aussi elle peut aller aux Indes ou à la Jamaïque ; et quelle immense responsabilité pèse sur la tête de ces ministres, s'ils laissent passer trois ou quatre mois sans envoyer des forces au secours de ces colonies ! Les Anglais doivent donc envoyer une escadre à la suite de Vomirai Villeneuve, Le parti qu'ils ont pris d'en envoyer une aux Indes, dès qu'ils ont su l'arrivée de l'amiral Cocbrane aux lies du Vent, prouve qu'ils n'ont pas de doute que Villeneuve soit allé là. Si j'étais dans l'Amirauté de Londres, il me semble que j'aurais envoyé quelques escadres légères aux Indes et en Amérique et que j'aurais préparé une forte escadre d'une vingtaine de vaisseaux, que je n'aurais expédiée qu'au moment où j'aurais été certain de la destination de l'amiral Villeneuve. Dans la seconde hypothèse, j'caurais craint aussi le brusque retour de l'amiral Villeneuve sur l'Angleterre, sa réunion avec Tescadre de Brest sans passer pîir le Ferrol ; et, dès lors, je n'aurais laissé qu'une légère croisière au Ferrol pour maintenir une plus grande force devant Brest, Mais j'aurais pu craindre aussi que l'escadre ennemie vint au Ferrol, et, forte de 35 vaisseaux, fît le tour de l'Irlande pour se joindre à l'escadre du Texel ; ou que, sans passer devant Brest, ni au Texel, elle vint, par le chemin le plus droit, reconnaître la Norwège et se laisser affaler sur Boulogne. Ces craintes se seraient changées en certitude et auraient acquis un grand poids le jour où j'aurais appris que 6 vaisseaux sont sur les côtei* d'Irlande. Qu'ont*-ils été faire là? Evidemment se réunir à une autre escadre française, ou bien faire route pour les Orcades. La moindre chose à faire aurait donc été de tenir 5 ou 6 vaisseaux et frégates sur la côte d'Irlande pour éclairer et être promptement instruit de tout ce qui se passe, et pouvoir se porter à Yarmouth pour renforcer la croisière anglaise. Si l'Angleterre est pénétrée du jeu sérieux, qu'elle joue, elle doit débloquer Brest ; mais je ne sais pas, en vérité, quelle espèce de précaution elle peut prendre pour se mettre à l'abri de la terrible chance qu'elle court. Une nation est bien folle lorsqu'elle n'a point de fortifications, point d'armée de terre, de se mettre dans le cas de voir arriver dans son sein, une armée de 100,000 hommes d'élite et aguerris. Voilà le chef-d'cnivre de la flottille ! Elle coûte de l'argent, mais il ne faut être maître de la mer que six heures pour que l'Angleterre cesse d'exister. Il n'y a
point de pécheur, pas de mauvais gazetier, pas de femme à sa toilette, qui ne sache quMl est impossible d'empêcher une escadre légère d^arriTer devant Boulogne. Quant à moi, j'en suis tellement convaincu que Je ne doute pas que les 6 Taisseaux de Tescadre de Rochefort en tournant Tlrlande, avec quelques chances heureuses, sous pavillon anglais, n'arrivent devant Boulogne.
Faites mettre dans les journaux de Hollande un article contre le système de blocus ; faites-y sentir que nous sommes sortis de Brest quand nous Tavons voulu ;'que Bruix est sorti tel jour, Morard de Galle tel jour, Ganteaume tant de fois ; que dans sa dernière sortie à Bertheaume rien ne Tempéchait de sortir, et que Tescadre le savait tellement, qu'elle mit à la voile ; qu'il est donc impossible de bloquer le port de Brest, surtout au mois de septembre et d'octobre. Cet article fera sentir que nous ne voulons pas sortir, mais tenir l'ennemi en échec.
Appreneï-moi que le Suffren est à l'Ile d'Aix ; qu'on désarme, s'il le faut, une frégate et les bâtiments gardes-côtes, et que, vingt-quatre heures après l'arrivée de votre courrier, le Suffren soit à la voile pour l'Ile d'Aix.
Napoléon.
Au vice'àmirRl Decrès (i).
Château de Montironc, Î5 prairial an xiii (14 juin 1805).
Monsieur,
J'ai reçu votre lettre du 20 prairial matin. Toutes les nouvelles qui me reviennent me porteraient à penser que les Anglais sont dans la Méditerranée. Il paraît que, depuis la rentrée de l'escadre de Rochefort, l'escadre sous les ordres de l'amiral CoUingwood, composée de 6 vaisseaux pris en Angleterre, et 6 vaisseaux de l'escadre devant Brest, a filé vers les Indes orientales. Je ne sais point où est Nelson Je le crois retourné en Angleterre ou dans la Méditerranée, Ses vaisseaux sont hors d'état de faire de grandes expéditions et ses équipages sont extraordinairement fatigués. Il sera bien possible que, lorsque les Anglais sauront Villeneuve arrivé en Amérique, ils craignent son retour par les Orcades, et que cela les oblige î\ tenir une réserve aux Dunes ; ce qui permet d'espérer qu'ils auront au plus 20 vaisseaux devant Brest. La croisière que fai ordonnée à V escadre de Rochefort fera des miracles ; par Dieu, faites qu'elle parte ! L'incertitude et la confusion où est l'Amirauté de Londres ressortent de toutes parts : ordres et contre-ordres et la plus grande indécision, voilà son état actuel. Soyez bien tranquille sur la crainte que l'ennemi tente
rien dans l'île d'Aix. ... 3, . j
l 'Angleterre n'est pas aujourd'hui dans une position à rien donner au
hasard. Rien n'est si fou que le projet de l'attaque d'une escadre française à
l'île d'Aix. Je suis fâché de vous voir ces idées. Rien n'empêche cependant que vous écriviez au général de terre, non pas
(l) Correspondance de Napoléon» 8802.
RÔLES ASSIGNÉS Â L'ESGADRE DE KOGHEFORT. 613
pour lui communiquer vos alarmes, mais pour lui recommander de veiller au ravitaillement et k la défense de cette lie, puisque la sûreté d'une escadre française en dépend. Écrivez à cet ofûcier de manière à ne point lui donner d'inquiétudes, car Talarme abat les esprits et paralyse le courage. Que diable Toulei-Yous qu'une escadre de 5 vaisseaux, ayant de la poudre, des munitions, étant protégée et pouvant faire le coup de fusil, ait à craindre à Tile d'Aix ?
Je vous envoie la lettre de l'amiral Missiessy. Il répond d'une manière pitoyable à tous les reproches que vous lui faites ; il n'a pas pris le Diamant parce qu'il n'avait point d'instructions pour cela. En vérité, on ne peut que hausser les épaules; parce qu'il aurait eu des avaries dans ses agrès, qu*il aurait perdu vingt-quatre heures à réparer ; on ne peut encore que hausser les épaules d'une pareille raison et n'avoir que bien peu d'espérance d'un homme qui dit de pareilles bêtises. Sans doute que, pour cette attaque, une frégate et deux bricks auraient sufQ, et la frégate aurait pu supporter le premier feu. Ce rocher sera un monument éternel de honte pour cette expédition.
Non seulement je suis mécontent de la précipitation avec laquelle il a abandonné Santo-Doroingo, mais encore de ce qu'il n'y a point laissé un ou deux bricks, lorsque le général Ferrand lui a dit qu'un seul misérable brick anglais le désolait ; que, lorsqu'à sa vue ce brick a été arrêter des neutres et assurer son pavillon à la vue de l'escadre, qu'il croyait anglaise, il n'a pas fait le signal à un de ses vaisseaux de le prendr^ S'il a manqué de vivres, c'est qu'il a mal navigué, qu'il s'est trop élevé ; s'il n'avait point fait de fausse navigation, avec ses 5 vaisseaux de marche si bonne et si rapide, il serait arrivé 15 ou 20 jours plus tôt.
Quant h. l'article du Roseau et de Saint-Christophe, ses raisons sont encore plus pitoyables. U a été huit jours devant le Roseau ; c'est bien plus de temps qu'il ne fallait pour embarquer l'artillerie: Il ne fallait pas se tenir à iO lieues en mer, et, si cette précaution était nécessaire, il pouvait laisser au Roseau un brick qu'il aurait chargé de cette opération. Il y a les mêmes reproches à lui faire sur l'Ile Saint-Christophe. Les habitants lui ont offert plusieurs millions de marchandises sur quelques bfttiments de transport, il n'en a pas voulu. S'il n'eût pas craint de perdre soixante- douze heures pour embarquer, il eût fait beaucoup de mal à l'ennemi et enrichi son escadre.
La Martinique et la Guadeloupe n'étaient pas des points de dépôt assez éloignés.
Quant à Santo-Domingo, il ne devait pas y rester un mois ; mais il pouvait y rester quatre jours et y laisser des bricks, et même une frégate, puisque cela était nécessaire au salut de cette colonie et de quelques malheureux Français.
Enfin j'ajouterai que Fescadrç a rencontre plus de 40 convois, qu'elle n'en a chassé aucun, et que, s'il n'a pas enrichi ses équipages, c'est qu'il ne l'a pas voulu, et cela par son excessive pusillanimité et peut-être une extrême ignorance et inhabitude du commandement.
On dit beaucoup de bien du capitaine Trullet, officier de cette escadre ; on en dit encore davantage du capitaine du pavillon de l'amiral Missiessy, Willaumez, frère de celui que j'ai fait, il n'y a pas longtemps, contre-amiral. Il ne faut pas se le dissimuler, il faut que je choisisse désormais mes amiraux parmi de jeunes officiers de trente-deux ans, et j'ai assez de capitaines de
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frégate qui ont dix ans de bonne naiigation pour en choisir six auxquels je pourrai confier des commandements.
Le général Lagrange m'a dit que le capitaine Willaumei letait les épaules quatre fois par jour des manœuTres fausses qu'ordonnait Tamiral Missiessr, et de ce qu'il ne faisait pas ce qu'il devait faire. Dans le fait, en y réfléchissant, Missiessy, Rosily, sont des hommes qui n'ont commandé que des frégates, qui ont l'inconvénient de l'âge et qui en savent moins que beaucoup de nos jeunes officiers. Présentes-moi une liste de choix de six jeunes officiers de marine, commandant des vaisseaux ou des frégates, ayant moins de trente-cinq ans, les plus capables d'arriver à la tète des armées. Mon intention est de les avancer et de les pousser par tous les moyens.
En attendant, faites partir l'escadre de Roohefort, soit avec Missiessy, soit avec tout autre, et développes-lui bien que son but est de faire à l'ennemi le plus de mal possible.
Je vois, dans un extrait de journaux anglais, toute l'instruction donnée à Missiessy ; je serais porté à croire que c'est le général Prévost qui en a instruit son gouvernement. Il paraîtrait donc concevable, probable, que cette instruction a été livrée par quelques individus qui environnent le général Villaret. J'espère que Villeneuve ne communiquera pas les siennes à ce capitainegénéral. Ce serait un très grand malheur ; car il parait qu'il est fort mal entouré et qu'il a autour do lui un tas de petits gueux qui vendent ses secrets
aux ennemis.
Napou^On.
Les ordres du 9 juin furent transmis à Rochefort sous la forme suivante :
A M. le contre-amiral Missiessy (1).
Paris, le 30 prairial an xm (19 joiti 1805).
Monsieur le Contre-Amiral,
Sa Majesté a décidé que les vaisseaux, le Majestueux^ le Jemmapes, le Magnanime, le Suffren, le Lion, la Gloire, V Action, formeront une division sous vos ordres, laquelle doit être munie de sept mois de vivres, autant que chacun de ces bâtiments pourra en porter. L'intention de l'Empereur est que cette division appareille sous votre commandement, aussitôt que les vents le permettront et que la présence de l'ennemi ne s'opposera pas à sa sortie. L'objet de votre mission est de telle nature, qu'il demande que tous les bâtiments que je viens de vous indiquer fassent partie de la division que Sa Majesté vous confie.
Cependant, comme son succès tient aussi à ce que vous n'ayez point de bâtiments trop mauvais voiliers, s'il résulte de la connaissance que vous avez de
(1) Archivei de la Marine, BBt^, tti.
RÔLBS AB810NÉS A l'ESOADRB DE ROCHEFORT. 615
la marche des bricks, que Tun d'eux doit retarder celle de la diyision, tous êtes autorisé à ne point Temmeher avec tous et à le laisser en fade de Tile d'Aix, ce dont tous me rendrez compte sans délai. Je dois voui préyenir aussi que le vaisseau le Rigulus a reçu Tordre de se rendre à Tlle d'Aix pour faire partie de la division sous votre commandement ; et vous devrez correspondre ; chaque courrier, tant avec le vice-amiral Thévenard qu^avec lé CApitAine qui le commande^ pour les tenir informés, soit de la présence et des mouvements de Tennemi, soit de son absence^ s'il n'est pas signalé.
Cependant, iil se présentait une occoiion favorable pour apparetltet, avant que ce vaisseau vous eût rallié^ vous devriez la saisir sans délai et sans attendre d'autres ordres.
Le paquet ci-joint renferme vos instructions^ et vous ne les décacheterez qu'au moment de mettre sous voiles et assez à temps pour donner, aux commandants des bâtiments sous vos ordres, des paquets de rendez-vous très forts et scellés de 5 cachets, et à décacheter seulement en cas de séparation. Vous deveSi M* le Contre-Amiral, presser de tous les moyens possibles et de toute votre activité ce qui reste à pourvoir de réparations et d'approvisionnements dans la division.
Si i'oocasion du départ se présentait et qu'il n'y eût que quelques bricks qui ne fussent pas prêts, vous ne les attendriez pas, et vous saisirez cette occasion pour appareiller, car Sa Majesté met un tràs grand intérêt à ce qu'il ne soit pas perdu un instant pour entreprendre la mission qu'elle vous confie.
Vous devez cependant observer que son succès tient à ce que vous n'ayiez pas en sortant un combat dont le résultat pourrait être de vous forcer de rentrer. Ainsi, en même temps que je vous recommande de saisir la première occasion qui vous permettra de sortir, je ne vous recommande pas moins de ne le faire qu'autant que vous aurez la probabilité de n'avoir pas à éprouver un engagement qui vous ferait manquer l'expédition. Il no devra être embarqué, par la division des troupes régimentaires, que ce qu'il faut pour mettre vos équipages au complet.
Tels sont, Monsieur le Contre-Amiral, les ordres définitifs de l'Empereur ; vous n'en avez pas d'autres à attendre pour mettre sous voiles, dès que la division sera prête et que les circonstances le permettront.
Jusqu'à son départ, il ne doit pas être omis de me rendre compte, chaque courrier, de tout ce qui est relatif k cette division.
Votre expérience acquise, et la confiance dont Sa Majesté vous honore, lui font désirer que vous puissiez en conserver le commandement.
Mais si votre santé ne s'est point améliorée ; si en ce moment vous ne vous jugez pas en état d'entreprendre cette expédition, Sa Majesté vous autorise à prendre le congé dont vous aurez besoin pour votre rétablissement. Et, dans ce cas, l'Empereur ayant fait choix du capitaine Allemand pour vous remplacer ; Sa Majesté lui confie celui de la division composée des bâtiments cidessus désignés. Ce capitaine restera chargé de leur exécution, et considérera les instructions comme lui étant adressées personnellement.
Recevez, Monsieur le Contre-Amiral,
l'assurance de mes sentiments inviolables.
DEGRiS.
616 TROISIÈME PAETIE. — CHAPITRE X.
A M. Allemand, capitaine de vaisseau, commandant le vaisseau le u Magnanime », en rade de l'île d'Aix (i).
Paris, le 30 prairial an xui (19 juin 1805). Monsieur le Commandant,
Sa Majesté, informée du mauvais état de la santé du contre-amiral Missiessy, a prévu le cas où il serait impossible à cet officier général de conserver le commandement de la division mouillée en rade de TUe d'Aix.
Sur le rapport fait à l'Empereur de \os services et de vos talents. Sa Majesté a fait choix de vous pour remplacer le contre-amiral Missiessy dans le commandement qu'elle lui avait confié ; en conséquence cet officier général a Tordre de vous remettre, avec cette dépêche, le commandement de la division et de vous reconnaître comme son commandant. Vous porterez votre guidon à bord du vaisseau de Sa Majesté, le Majestueux, et ce mouvement donnant lieu i\ diverses autres dispositions, elles sont Fobjet d'une lettre spéciale jointe à celle-ci.
Le contre-amiral Missiessy vous remettra en même temps, avec des instructions cachetées qui ne doivent être ouvertes qu'au moment de votre appareillage, une dépêche par laquelle je lui transmets les ordres définitifs de Sa Majesté pour le départ de la division.
Cette dépêche et ces instructions, qui vous seront remises par le contreamiral Missiessy, doivent être considérées par vous comme si elles vous avaient été personnellement adressées, et vous serez chargé et responsable de leur contenu.
Je suis fort aise, Monsieur le Commandant, d'avoir à vous transmettre ce témoignage particulier de la confiance de l'Empereur, et c'est avec plaisir que je me suis rendu garant près de l'Empereur de tout le zèle et de tout le dévouement que vous porterez dans la mission qui vous est confiée pour justifier le choix dont elle vous honore.
J'ai l'honneur de vous saluer.
Decrès.
A M. le commandant de l'escadre, en rade de l'île dAix (2).
Paris, le 3 messidor an xm (22 jaiD 1805). Monsieur le Commandant,
Vous trouverez, ci-jointes, des instructions de l'EmpereiU' données par Sa Majesté elle-même et signées de sa main, qui vous expriment la mission qu'elle vous confie. Quoiqu'elles soient assez développées pour n'avoir pas besoin d'explication, je vais cependant vous donner des détails dont l'intelligence vous mettra plus j\ même de pourvoir à ce que pourront exiger les circonstances dans h'squelles vous vous trouverez.
(1) Archives de la Marine, BB'v, 228.
(2) Archives de la Marine, BB". 227.
RÔLES ASSIGNES A l'ESCADRE DE ROCHEFORT. 617
Je n'ai pas besoin de tous dire (|ue les ii^tructions de Sa Majesté et le contenu de cette dépêche tous sont confiés sous la garantie de votre honneur et de la fidéUté que tous devez à TEmpereur.
L'armée combinée aux ordres de Tamiral Villeneuve doit être partie des Indes occidentales du i^' au 15 ynessidor (tO juin au  juillet). On peutj par conséquent, calculer son arrivée sur le Ferroly où elle a ordre de se diriger pour Vépoqm du 10 au 15 thermidor {±9 juillet au 3 août).
L'objet essentiel de votre mission est que vous paraissiez sur les côtes d'Irlande du 15 au 20 messidor (4 au 9 juillet), et qu'à cette époque vous y fassiez assez de ravages, d'abord pour nuire sensiblement à Tennemi, mais surtout pour qu'il soit forcé d'envoyer à votre poursuite une escadre dans le nordouest de l'Irlande. Vous devez donner lieu de penser que vous doublez les lies Britanniques au nord, afin de forcer l'ennemi à une diversion dans ces parages.
La première partie de vos opérations subordonne la route que vous avez à faire et le temps de Totre croisière au large, en partant de l'Ile d'Aix, au double but de laisser ignorer à l'ennemi la direction que tous aurez prise, et de pouvoir arriver sur les côtes d'Irlande duiii au 20 messidor (4 au 9 juillet).
Cette époque ne doit point être devancée pour que l'effet de Totre apparition sur cette côte existe encore tout entier, lorsque l'armée arriTera sur les côtes d'Europe.
Votre croisière sur les côtes d'Irlande dcTra être dirigée de manière à faire croire que vous y attendez l'armée combinée, et même que tous en faites partie.
Après avoir ainsi fait ce qu'il faut pour attirer vers le nord toute l'attention de l'ennemi et une partie de ses forces, le plus grand succès de votre mission est d'arriver assez à temps sur les côtes d'Espagne pour rallier V armée combinée aux orâres de V amiral Villeneuve,
Par ce moyen, vous aurez rempli d'abord l'objet de forcer l'ennemi à se diviser.
Vous arriverez donc sur le parallèle du Ferrol du 10 au 15 thermidor (29 juillet au 3 août) ; la distance de 40 lieues qui vous est désignée, comme point d'attente, a pour motif de ne pas vous laisser apercevoir par l'escadre ennemie qui est dcTant ce port au nombre de 4 ou 6 Taisseaux. D'un autre côté le parallèle qui tous est désigné a pour objet de tous mettre sur la route d'où l'armée combinée est présumée deToir Tenir. Gomme il serait possible qu'elle naTiguàt plus h l'est, il sera couTenable que tous tous fassiez éclairer dans le sud-est par tos frégates les meilleures Toilières, mais placées à de grandes distances; leurs instructions deTront être, si elles aperccTaient des voiles, qu'on ne pât présumer être la flottille combinée, de se faire chasser et de manière à ne pas tous faire aperccToir ; d'autres éclaireurs aTCC les mêmes instructions, et toujours choisis parmi les meilleurs Toiliers, pourront tous serTir de Tedettes dans le nord-ouest.
ATec ces précautions, il parait difficile que l'armée combinée arrive sur le Ferrol, sans que vous en ayez connaissance.
Mais il est possible que, par des circonstances quelconques de votre naTigation, TOUS ne puissiez être arriTé sur le Ferrol du 10 au 15 thermidor (29 juillet au 3 aoôt). Alors tous tous porterez au second point de rendez-
618 TROlBlftlfB PAET» CHAPinUi X.
VOUS, indiqué par tos itifttruetion», êur lequel ramind Villeneuve tous enTtrra ses ordres.
Recevez, Monsieur le Commandant,
Tassurance de me^ sentiments inviolables.
DKcafts.
Cette fois la date admise pour le rendez-vous, à Fouest du Ferrol, était celle donnée par TEmpereur et elle devaiti ainsi qu'on Fa vu, être trop tardive (1).
I I I II i^^J— ^— J.M^fc»»^Nfc^hiM>J^»^B^M^fcJ^-^>M^I^.^— ^^<i^
(1) A toatM ces lettres Tinrent s'i^ooter, les tt et 23 juin, deox misslTes reUtiTet aux signaux pour le cas de jonction des eteadres. Begistre corres. du Ministre, BBi^, tlT, n» 8.