CHAPITRE XI
iiM*i II»
Cependant les renseignements restaient fttissl ûégatîfà en Ce qui concernait la jonction de l'escadre de Carthagène avec ceUe de Gadix^ et aussi obscurs relativement à Nelson^ dont la trace était perdue depuis le 25 mai.
AraAjael, le 19 prairial an xm (8 juin 1805) (1). Monseigneur,
Je profite du passage d*un courrier du Ministre de la mariaô pour répondre à la dépêche que Votre Eicellenoe m'a fait Thontieur de m*adresser le 4 de ce mois, et par laquelle elle m'instruit des intentions de Sa Majesté Impériale, relatiyement aux forces navales à réunir au Ferrol) et aux opérations maritimes à exécuter dans le détroit.
Sur le premier point, Votre Excellence possède à présent toutes les notions sur lesquelles Sa Majesté Impériale peut, avec confiance, arrêter ses plans et calculer remploi des forces effectlTes qui sont à sa dispositiob.
Difficilement Tescadre espagnole pourra-t-elle ôtre fortifiée de troife vaisseaux de ligne d'ici à Tépoque très prochaine du 10 messidor (29 jtiin)* Les rapports de M. le commissaire Ailhaud et Topitiion particulière de M. le contre-amiral Gourdon ne m'ont jamais donné à espérer qu'il fût possible d'armer un tel renfort avant l'automne, et les réparations dU vaisseau espagnol le Monlanès ont encore été retardées en dernier lieu par celles du vaisseau français le Redoutable ^ qui est maintenant en bon état, et dont l'équipement est sur le point d'être terminé.
Le pdnce de la Paix sera ici demain et je m'entretiendrai avec lui des grandes considérations qui doivent alimenter les efibrtM de l'Espagne pour l'intérêt des deux puissances, et pour le succès de leurs entreprises navales* Cette
(l) Archivei de la Marine » Bspagne» an xm.
conversation me mènera naturellement à la communication des vues de Sa Majesté Impériale, et je me propose d'inviter le Prince à prendre tellement à cœur de les satisfaire, que toute autre dépense négligée, tout autre travail suspendu, on dirige tous les efforts et tous les moyens du moment vers Tarmement des trois vaisseaux qui manquent encore h. Tescadre combinée du Ferrol pour être aussi forte que le désire Sa Majesté Impériale.
J*ai préparé le Prince à cette communication, dans une lettre que jai eu Toccasion de lui écrire sur des objets de nécessité pour le vaisseau le Redoutable. Cependant, Monseigneur, je ne puis encore donner à Votre Excellence aucune promesse fondée sur la possibilité de remplir les intentions de Sa Majesté l'Empereur.
J'ai Tespoir que nous pourrons bientôt faire appareiller 13 vaisseaux, et si Ton utilise bien le temps et les ressources (ce à quoi je pousserai le prince de la Paix avec ardeur), je crois que Ton pourrait en armer un quatorzième pour la fin de thermidor. Au surplus je ferai tout ce qui dépendra de moi pour que le prince de la Paix y mette du zèle et surtout de Tamojar propre.
Les vivres seront aussi abondants suf Tescadre que le désire Sa Majesté. On pourra même en faire une plus grande provision d'ici au départ des vaisseaux, et dès à présent il y en a à bord des douze qui sont prêts pour beaucoup plus de deux mois de campagne.
Les équipages français sont excellents ; on n'en dit pas autant des équipages espagnols, mais dans l'état où se trouvait l'Espagne au moment de la guerre, nous n'avons jamais pu espérer que son armée navale serait composée de matelots d'élite, et le mélange des bons, des médiocres et des mauvais, ne peut donner pour résultat que des équipages passables.
Je concerterai, avec le prince de la Paix, le blocus de Gibraltar et les croisières dans le détroit, qui font le second objet de la dépêche de Votre Excellence, et je vous ferai part. Monseigneur, du parti qui sera définitivement pris à cet égard.
Si V escadre de Carthagène était à Cadix, il n'y a pas de doute qu'on ne pût, avec les forces qui sont déjà dans ce porty intercepter le passage du détroit et bloquer Gibraltar, mais dans l'état actuel des choses il me paraît que les forces espagnoles sont trop divisées pour pouvoir exécuter sans risque cette opération. Le chef de l'escadre qui commande à Carthagène est toujours prêt à remettre à la voile, mais il a des équipages tellement neufs qu'il ne veut courir la chance d'aucun engagement avec les forces anglaises ; et tant que le convoi de troupes du général Craig sera à Gibraltar avec les 3 ou 4 vaisseaux qui Vy ont escorté et rejoint, le passage sera difficile,
La division de Cadix agit avec un peu plus de hardiesse ; elle a déjà plusieurs fois mis dehors un des vaisseaux qui lui appartiennent. L'objet de ce détachement est de purger la baie des corsaires qui l'infestent et de connaître les mouvements des Anglais. Ces tentatives amèneront peut-être quelques circonstances à la faveur desquelles les divisions de Carthagène et de Cadix pourraient se réunir. Alors, Monseigneur, nul doute ou qu'elles occuperont une forte escadre anglaise d'observation, ou qu'elles seront elles-mênes maltresses du détroit et des eaux de Gibraltar. Cette hypothèse est trop naturelle pour ne pas déterminer le prince de la Paix, et je n'aurai sûrement point d'obstacles à vaincre pour l'amener à ce parti, que la profonde sagacité de Sa
Majesté Impériale a indiqué, et qui est sans contredit d'une utilité réelle, tant comme opération active de guerre, que comme manœuvre d'instruction pour les escadres.
L amiral Orde a vraisemblablement quitté la station de Cadix; et, depuis que Nelson a mouillé à Lagos, on n*a plus aperçu de vaisseau de ligne anglaii. Je suis informé seulement, par une dépèche très fraîche de M. Le Roy, que, le 14 de ce mois, quatre fortes frégates anglaises croisaient \ la Tue du port et se trouvaient par là avoir coupé la rentrée du Taisseau espagnol Le Glorioso, sorti depuis peu. On n'avait pourtant aucune inquiétude décidée sur ce vaisseau, dont le retour serait protégé par la sortie d'un second vaisseau, si par hasard les frégates anglaises faisaient quelque tentative contre Le Glorioso,
On n'a plus de nouvelles de Nelson depuis le^ de ce mois (25 jnaî). On suppose qu'il est occupé à chercher des vivres de tout côté. Ce n'est cependant ni en Portugal, ni à la côte d'Afrique qu'il trouvera assez de secours pour réparer le temps perdu. L'escadre aux ordres des amiraux Villeneuve et Gravina n'a été rencontrée par aiÂCun des bâtiments entrés dans la péninsule.
La rentrée de notre escadre de Rochefort et la sortie de celle aux ordres du contre-amiral Magon ont fait une heureuse sensation sur Tesprit général. Chacun y voit le présage des plus éclatants succès, et la cause des Anglais, aujourd'hui totalement perdue en Espagne, le serait bientôt sur tout le reste du continent si des revers mérités achevaient de dissiper le prestige de la supériorité britannique et portaient une atteinte durable \ la propriété d'une puissance entièrement livrée aux extrêmes, dont les circonstances seules ont servi la gloire, et qui, de la domination suprême des mers, peut d'une année à l'autre, tomber dans l'humiliation et dans la plus complète décadence.
Je prie Votre Excellence d'agréer Thommage de ma haute considération et de mon sincère attachement.
Le général Beurnonville.
Nota. — L'escadre combinée, qui sera prête à sortir du port du Ferrol du 10 au 15 messidor prochain, avec quatre à cinq mois de vivres, sera de 12 vaisseaux de guerre, et de 16 si le Montagnes, pour lequel rien ne sera négligé, peut être prêt;
La division de Garthagène est maintenant de 7 vaisseaux de guerre, de 1 frégate et 1 corvette ; elle n'était que de 6 vaisseaux.
Le général Beurnonville.
Au vice 'amiral Decrès (t).
Mantoae, 30 prairial an xm (19 Juin 1805).
Monsieur,
Je reçois votre lettre du 24 prairial. Il parait que Gollingwood et Nelson ont conféré longtemps sur TEspagne, qu^un des deux est immédiatement entré
(1) Correspondance de Napoléon, 8906.
danf la Méditerranée et que Tautre a disparu. GolUnfWood a 8 taisfeaux, Nelson en a H ; •orome totale, 19 yaisseaux. lU n*ont pai été ensemble, eela est certain ; un des deux est entré dans la Méditerranée. Les Anglais parlent beaucoup d'une escadre de réserre aux Punet, qui parait deToir être de 14 Taisseaux,
Si cela est ainsi, ils ne tiendront devant Brest que 18li iO vaisseaux.
Si vom pouvet faire iortir Miisiesiy^ faitei-k sortir. Il me parait que c^est un homme qui a besoin d'instructions plutôt hardies que prudentes. Par exemple, il faut lui prescrire de chasser et de prendre le plus de bâtiments qu'il pourra. Mes dernières nouvelles d'Angleterre sont du 8 juin.
Napoléon.
Une seconde sortie de Tescadre de Carthagène fut de courte durée et sans résultat.
Araojaei, 14 pnuriid an xin (13 juin 1805) (1). Monseigneur.
' J'ai eu avec le prince de la Paix l'entretien dont Votre Excellence m'avait donné le motif par sa dépêche du 4 de ce mois ; et si je ne puis pas encore assurer positivement Votre Excellence que les intentions de Sa Majesté Impériales seront tout k fait remplies, du moins ai-je la satisfaction de vous apprendre, Monseigneur, que le prince de la Paix est fortement disposé à les seconder de tout son pouvoir.
Le nombre de vaisseaux à ajouter à l'escadre du Ferrol ne pourra pas être armé aussi promptement que le désire Sa Majesté Impériale, et la difficulté qu'il y a à le faire s'explique par l'emploi qu'on a fait du temps, et d'une grande partie des moyens de ce département, en faveur de l'escadre française. Trois vaisseaux, comme j'ai déjà eu l'honneur d'en informer Votre Excellence, seront mis en réparation successivement, et le Monianès, qui y est entré le premier, serait déjà armé sans les secours qu'il a fallu donner de préférence au vaisseau français le Redoutable, Le prince de la Paix se sert avec quelque avantage de cette circonstance pour rehausser le prix des services rendus par l'Espagne, depuis le commencement de la guerre, et il allègue avec adresse les choses déjà faites, afin de me rendre un peu plus accommodant sur celles qui restent à faire. Je l'ai néanmoins fortement pressé de porter le plus grand intérêt à l'augmentation de l'escadre du Ferrol, et il m'a formellement promis d'expédier des ordres très précis pour l'armement rapide du Montanès^ du Saint'Elme et de VOrient, Selon nos conventions verbales sur cet objet, les autres travaux seront suspendus, tous les ouvriers du Ferrol seront portés sur cette augmentation de forces et tout ce qui est possible sera fait.
J'ai trouvé cbex le Prince un même accord de bonne volonté aveo les vues de Sa Majesté Impériale sur l'utilité du blocus de Gibraltar et des croisières
(1) Archives nationales, Espagne, an siii.
DU iO JUIN AU 10 JUILLET. 6Î8
dam le détroil. Sa Majetté ne peut déairer une eondeto^ndance plus grande à aei désirs que celle qui m'a été témoignée à oe sujet. Déjà même Ton a anticipé sur cette opération autant qu*a pu le permettre Tétat actuel de forces natales qui sont à Cadix ; et la présence de quelques frégates ennemies ayant excité Tattention du lieutenant général Athava, qui commande Tescadre, deux autres vaisseaux, le Saint- Léandre et la Castillan ont pris la mer afin de chasser les frégates et dégager le GloriosOy dès qu'il reparaîtra pour effectuer sa rentrée.
La division de Carthagène a de nouveau rnisà la voile le id de ce mois^ à 6 h. 1/S du matin, et nom attendons à chaque instant la nouvelle de son arrivée à Cadix,
Sa Majesté Impériale apprendra avec contenternent que cette division s'est augmentée d^un vaisseau de 60 canons et qu'elle est conséquemment composée de 7 vaisseaux, dont je joindrai la liste à cette dépêche.
H. le chef d'escadre Salcedo est, à ce qu'on assure, un homme de beaucoup de mérite, et l'on met infiniment de confiance dans la manière dont il exécutera, cette Yois, les ordres qu'il a reçus* Us sont de conduire à Cadix la division et, chemin faisant, d'entreprendre quelque chose sur les bâtiments du convoi anglais, qui est toujours mouillé à Gibraltar.
M. de Salcedo doit, à cet effet, prendre à Algejtiras une flottille de canonnières et diriger son attaque sur la rade de Gibraltar, d'après les localités, l'état des choses et les renseignements qu'il se sera procuré; il lui est pourtant défendu de sacrifier trop de temps h cette opération, si elle ne lui paraissait pas susceptible d'un succès assuré et rapide, et il ne perdra pas de vue que le principal objet de sa mission doit être de conduire 7 vaisseaux dans le port de Cadix,
Les Anglais, fatigués d'un blocus devenu ridicule devant les ports d'Espagne, ont exercé une vengeance petite, et heureusement dépourvue de suites plus sérieu9eS| sur un point de la côte ; ils ont fait un débarquement de 500 hommes à Muros, petit fort situé entre Vigo et la Corogne. pes frégates ont protégé cette opération, dont le résultat a été de faire quelques prisonniers et de détruire deux bons corsaires de la maison Grammont de Bordeaux.
Ce petit éohoo n'a aucune valeur que celle du préjudice fait aux particuliers et, pour peu que le chef d'escadre Salcedo puisse exercer son artillerie devant Gibraltar, il est constant qu'il rendra aux Anglais, avec usure, le dommage insignifiant qu'ils ont causé aux armateurs de la baie de Muros.
J'adresse à Votre Excellence le tableau des forces navales du département de Carthagène. Cet état seul vous manquait, Monseigneur, pour avoir un aperçu complet et exact de la marine espagnole. Si l'escadre sortie entre à Cadix, 11 y aura dans ce port une réunion de il vaisseaux armés, qui seront portés à 13, aussitôt que les équipages et l'argent seront moins rares.
Il est de fait qu*on n'a épargné ni sacrifices, ni mesures extraordinaires pour s'en procurer et que les armements de TBspagne se trouvent ai^ourd^hui à un point où l'opinion générale était qu'ils ne pourraient jamais parvenir, dans une durée de temps bien supérieure à celui qui s'est écoulé depuis le commencement de la guerre. Cette réflexion est toute à l'avantage du prince de la Paix; et, en effet, la vérité prescrivait à mon témoignage d'être entièrement favorable à ce Prince, dans la supposition que Sa Majesté Impériale eût le désir
de former un jugement exact de FactiTité et des bonnes dispositions dont il nous a donné des preuTes que, sans doute, Votre Excellence aurait quelque plaisir à faire envisager à Sa Majesté TEmpereur, sous le jour avantageux où il est équitable de les voir.
Veuillez agréer, Monseigneur, Thommage de ma haute considération et de
mon sincère attachement.
Le général Brurnonville.
P. S. — On a répandu le bruit que le vaisseau le Glorioso était parti pour la Havane et que le lieutenant général de marine Villa- Vicenico en avait pris le commandement, pour le conduire à sa destination. On a ajouté à cette version que les deux vaisseaux, le Léandre et la Castille, étaient destinés à une mission, prétendue secrète, de la même nature. Je crois devoir prévenir Votre Excellence contre la fausseté de ces détails , qui ne manqueront pas d*étre transmis en France par les correspondances particulières, et l'assurer que le prince de la Paix, dont la sincérité ne peut pas m'étre suspecte, m'a confirmé, hier matin, que le Glorioso était attendu à toute heure à Cadix. Que la sortie des deux autres vaisseaux n'avait d'autre motif que la présence des frégates ennemies, enfin que le général Villa- Vicenico, absent de Cadix depuis près d'un mois, était effectivement parti pour la Havane, dont on lui a conféré le commandement, mais sur un bâtiment marchand, et depuis Lisbonne, où il s'est embarqué sans se faire connaître ; ce général doit toucher de fort
près maintenant au terme son voyage.
Général Beurnonville.
Madrid, 28 prairial an xm (17 juin 1805) (1).
L'escadre de Carthagène est heureusement entrée dans le port. Celle de Cadix est bloquée par une division anglaise de 7 vaisseaux de ligne, 5 frégates et 4 corvettes aux ordres de l'amiral Cotton. On assure aussi qu'il y a 9 vaisseaux ennemis devant le Ferrol.
Beurnonville.
Madrid, 19 prairial an xm (18 juin 1805) (2).
L'escadre de Carthagène est de nouveau et heureusement rentrée dans le port, deux jours après en avoir appareillé.
Des bâtiments marchands, venus de VOcéan, ont infonné M, le chef (Tcscadre Salcedo que les forces anglaises avaient reparu devant Caduc , et cet avis, qui était exact, a préservé la division espagnok du désastre qu'elle aurait infaillib'ement éprouvé, si elle eût passé le détroit.
Les forces navales de Carthagène se trouvent par là dans l'état où elles
(1) Archives de la Marine, BB«^ 234.
(2) Archives nationales, Espagne, an xm.
étaient auparavant, à une frégate près, dont elles se sont augmentées ; on tra- Taille à force à leur adjoindre un huitième yaisseau de ligne.
Tai la confirmation officielle de la présence d*une division anglaise devant Cadix. Elle est de 7 à 8 vaisseaux de ligne, de 0 k 7 frégates et d'un nombre à peu près égal de bâtiments légers. Cette division est aux ordres de sir Charles Cotton ou de sir John Knight. On ne sait pas exactement lequel de ces deux généraux commande en chef.
Le nombre des voiles de cette escadre, le mouvement des vaisseaux qui paraissent et disparaissent alternativement et la permanence du convoi anglais à Gibraltar, font présumer que peut-être Tenncmi veut entreprendre quelque chose sur la rade, Tarsenal, ou les magasins du département de Cadix ; cette inquiétude a produit des dispositions militaires assez empressées et M. Le Roy se loue de l'activité du général Solano qui commande en Andalousie.
Une obscurité assez inquiétante couvre toujours le sort du vaisseau espagnol le Glorioto, On n'en a aucune nouvelle certaine et il doit être inévitablement détaché pour une mission particulière, ou de relâche dans quelque port, ou pris. La crainte de cette dernière hypothèse me ferait presque désirer qu'il eût une destination lointaine; cependant cela ne pourrait pas être sans que le prince de la Paix n'eût à se reprocher de me l'avoir caché. Ce Prince ne s'est pas borné au silence à cet égard, il m'a répondu maintes fois d'une manière négative, sur les interpellations amicales mais positives que je lui ai faites, depuis que le Glorioso a appareillé.
Il serait bien flatteur pour moi, Monseigneur, de pouvoir donner à Votre Excellence la certitude qu'elle désire, relativement à l'augmentation de l'escadre espagnole du Ferl'ol, mais je crois qu'il est impérieusement de mon devoir de ne point prêter à Votre Excellence un espoir qui, ne se réalisant pas dans la suite, produirait un mécompte effectif dans les résultats sur lesquels il convient que l'Empereur puisse se reposer avec confiance.
J'ai lu au prince de la Paix le paragraphe obligeant que Votre Excellence a fait mettre dans sa dépêche du i8 de ce mois, pour intéresser la gloire et Tamour-propre de ce prince, au succès d'une combinaison à laquelle il a déjà si bien coopéré. Ce prince est constamment animé des mêmes désirs de montrer à l'ennemi une marine imposante, et je ne doute pas qu'il n'ait l'ambition de satisfaire au plus haut degré le vœu de Sa Majesté Impériale. C'est par une suite de ces dispositions qu'il a ordonné au capitaine-général du Ferrol de suspendre tout pour affecter exclusivement la totalité des ressources de ce département à l'armement des trois vaisseaux le Montagnes, le Saint- Elme et V Orient, Mais les moyens sont courts et l'époque du 15 thermidor est tellement prochaine qu'il sera miraculeux de mettre en rade le Montagnes. Il me semble, Monseigneur, que c'est là le plus grand espoir que je puisse vous donner, mais je dois au moins ajouter à cette promesse que, si l'on peut matériellement faire plus. Sa Majesté Impériale et Royale ne doit pas douter qu'on ne s'en occupe sans relâche. J'ai vu les ordres donnés par le prince de la Paix, ils sont tels que j'ai eu l'honneur d'en instruire Votre Excellence, et de la date à laquelle j'en ai fait mention précédemment.
La croisière anglaise du Ferrol est forte de 10 vaisseaux.
Le capitaine de frégate Uullot, commandant la corvette le Pandour, est arrivé de la Guadeloupe à Saint-Ander (Santander) avec son bâtiment, il est IV. 40
parti de suite pour Paris, avec des paquets pour le Ministre de la manne. Aucun autre détail ne m'est connu sur les nouvelles que peut avoir données cet officier.
Un capitaine portugais a déclaré avoir été visité le 8 mai dernier, par un vaisseau de guerre espagnol, sous la latitude d'un degré au sud de Téquateur. U a eu connaissance de trois autres vaisseaux et d'une frégate portant pavillon espagnol. Quelques personnes (écrit M. Le Hoy) supposent que c'étaient des tratneurs de l'escadre combinée. Quoique tratneurs, il faut espérer qu'ils ont marché assez vite pour que les Anglais apprennent avec beaucoup de dépit que, 28 jours après avoir appareillé, ils se trouvaient à une telle hauteur.
Je n'épargnerai pas les courriers pour informer rapidement Sa Majesté Impériale et Royale des événements qui me paraîtront de nature à exciter son intérêt et à mériter d'être connus d'elle le plus tôt possible.
Je prie Votre Excellence, d'agréer l'hommage de ma haute considération et de mon sincère attachement.
Le général : Beurnonville.
Quant au Ferrol, la situation se modifie lentement. Les préparatifs des Espagnols produisent peu à peu des résultats, mais, ce qui doit avoir plus tard des conséquences graves, on reste au port. Or les objections sont nombreuses et importantes contre le mouillage à la Corogne, condition essentielle pourtant d'une jonction rapide avec Tescadre de Villeneuve (1).
(1) Au début, et sans avoir une connaissance spéciale des localités, le prince de la Paix avait acquiescé de bonne grAee au désir de l'Empereur de faire stationner les escadres à la Corogne, mais, ce qui montre bien les inconvénients du prpjot impérial, dès le lendemain, Qodoy parlait un langue analogue à celui de Gourdon.
Lettre du Pnnce de la Paix à l'amiral Decrès.
ttjuin 1806.
Kn vista de la caria de V. Ë. del 22 do estes mes, en que se sirve dedrme que
S. M. 1. y R. ha mandado a su escuadra surta en el puerto de Ferrol« que d€(je aquel fondeadseo y pase a tomar el de la Coruna, posicion que el Imperador juzga mas venti^osa para las operationes de la fuenas combinadas ; he dado orden al commandante de la escuadra del Rey, mi amo, para que pase à fondear en la Coruûa con el numéro de narios que puedan estar alli resguardados de las ataques del onemigo.
S. M. pienxa que ^e este modo estaran ambas escuadras mas expeditas para hacerse a la vêla en el momento necesario que es lo mismo que crée S. M. I. y R., segun V. E. acaba de participarme.
»3juin 180B.
Observare que queda dividada la escuadra combinada en dos porciones ;
cada una de las quales es muy inferior a la escuadra inglesa que crusa en las aguas de ïk Coruna, porque este ultime puerto solo puede contenir 7 à 8 navios de linea, siendo précise
dejar lo restante en el Ferrol En la Coruna puede butir con ventaja a los navios que
alli estan y arrojarles brulotes y oiras maquinai de guerra
(Archives de la Marine, BBnr, î33.)
Lo oo/itre-am/ra/ Gourdon» of/lo/or de la Légion d'honneur, oomma/idànt /'etoadra franca/ae au Ferrol, k Son Exoellenoe h général Beurnonville, ambti8$Rdeur de Sa Maje$té Impériale prè$ aa Majesté Catholique.
Ferrol, 18 messidor an xiii (7 jaiUet 1805.) Mon Général,
Votre Excellence est instruite que j*ai reçu, par courrier extraordinaire, Tordre de me rendre à la Gorogno avec Tescadre sous mes ordres ; et qu'immédiatement après, M. de Grandellana a reçu celui de m'y accompagner; tous pouvez tous rappeler que j*ai toujours dit que l'établissement de plus de 4 ou 5 vaisseaux dans ce petit port exposait aux plus grands malheurs, et ces considérations doivent être soumises au prince de la Paix qui a pu ne pas voir la chose comme elle l'est réellement.
Tous les marins vous diront qu'il y a impossibilité de mettre dans un état passable de défense plus de 5 vaisseaux dans V enceinte étroite qui peut être pro^ tégéepar les fortications de la place; si nous sommes plus que ce nombre, nous masquerons le château Saint-Antoin$, seul point passablement fort et n*aurons aucun appui sur nos flancs, car on ne peut pas compter comme telles les batteries à Mer a et à l'autre pointe, attendu qu'elles sont peu de chose et que les ennemis les inutiliseraient (i^) quand ils le voudraient en y consacrant deux vaisseaux ; tandis que les autres attaquant notre première ligne, qui, quelqu'en dehors qu'on la place ne peut jamais être de plus de 5 vaisseaux, sera écrasée et tombera sur la 2* et la 3* en y portant le désordre et la destruction.
J'ai vu les ennemis, ils ont it vaisseaux dont 8 à trois ponts. 11 n'est pas possible de douter qu'aussitôt qu'ils verront sortir les vaisseaux du Ferrol, ils chercheront à les attaquer ; si, comme vous devez le penser, votre calcul a été assez bien fait pour qu'ils ne puissent atteindre la queue de la ligne, ils devront nécessairement se diriger sur le mouillage de la Gorogne pour y arriver en même temps que nous, ils attaqueront alors (et le plus timide des marins le ferait) parce que, quelque belle résistance qu'ils éprouvent, ils doivent nécessairement mettre dans l'armée combinée un tel désordre qu'il y aura des abordages et des vaisseaux à la cête, attendu qu'il est impossible de prendre une position en mouillant en ordre à la Gorogne sous le feu de l'ennemi, et qu'il faut au moins trois jours de tranquillité pour, avec 14 vaisseaux, en prendre, je ne dis pas une bonne, mais une quelconque.
Si les ennemis y mettent un peu d'audace, et ils ont trop d'intérêt à en mettre, ils doivent détruire cette escadre à moins de frais qu'à Aboukir, et, telle est la forme de l'anse où nous serons qu'il n'en échapperait pas un vaisseau.
Dans la position où nous serons, qu*un vaisseau prenne feu ou seulement ait ses amarres coupées, il tombe nécessairement sur ceux qui sont derrière, et le désordre est au comble. Il est impossible d'espacer les vaisseaux assez pour éviter ce malheur, et à ces probabilités se joignent celles de l'envoi des brûlots, qui, lancés de vent d'est ou de nord-est, toujours frais ici, sont inévitables, quelques moyens qu^on emploie pour les détourner.
Il est bien vrai que j'ai moi-même donné le conseil d'attendre à la Gorogne^
si on croyait qu'il fallût sortir d'Espagne par Tents d'ouest ; mais alors il n'y ayait que 6 vaisseaux en vue et nous n'eussions pas souffert que 6 vaisseaux Tinssent nous attaquer; aujourd'hui il y en a 1^, dont 3 de premier rang et ils auront l'avantage. 11 vaudrait mieux raille fois aller les chercher à la mer, parce qu'alors les chances s'égalisent.
J'ai l'ordre d'aller à la Corogne et de requérir M. de Grandellana de m'y accompagner avec autant de vaisseaux qu'en peut contenir ce port ; je devrais le requérir de n'y pas venir du tout, mais il a, lui, l'ordre de s'y rendre avec toute son escadre, et cet officier général trouve autant d'inconvénient à m'y laisser aller seul que j'en verrais moi-même à rester s'il y allait sans moi, car nous serions tous deux en contradiction avec nos ordres.
Je dois le répéter, il est certain que plus de 5 vaisseaux sont exposés aux plus grands malheurs à la Corogne. Si donc f y vais seul, il y a séparation, il ny a plus de combinaison, parce que les venls qui me mettront dehors pour faire une jonction avec un corps quelconque empêcheront les forces qui seront ici de sortir.
Dans cet état de choses il est instant que la Cour décide ; je viens d'expédier un courrier extraordinaire au Ministre de la marine pour lui donner tous ces détails ; mais je vous prie, mon général, de les faire connaître à Son Excellence M. le prince de la Paix pour qu'il décide ce que doit faire M. de Grandellana. M. de Tarranco, commandant général de la Corogne, demande 10 à i2 jours pour mettre sa place en état de défense, et cela est plus que suffisant pour nous répondre.
J'ai dit une chose qui me paraît vraie, mais qui est cependant soumise aux calculs d'un plan d'opérations que je ne connais pas du tout, puisque c'est le secret de Sa Majesté Impériale : c'est que si nous devions être débloqués par une force supérieure aux bloquants actuels et qu'on vint surtout avec des vents d'ouest ou de sud-ouest, vents avec lesquels l'entrée du port est toi^ours libre pour les entrants, on pourrait faire la réunion ici et sortir au premier changement de vent avant que l'ennemi eût suffisamment augmenté ses forces.
Ceci, au surplus, tient à une connaissance des projets de Sa Majesté impériale et je ne l'ai pas.
J'attends, mon Général, votre réponse avec impatience et vous prie de me l'envoyer par courrier extraordinaire.
J'ai l'honneur d'être, etc.
Signé : Gourdon.
Pour copie conforme à Toriginal :
Le général : Beurnonville.
Le blocus était donc rétabli partout par les Anglais. Quant à Ganteaume, Napoléon ne voulait plus qu'il sortît ; Tescadre de Rochefort seule, devait partir le plus tôt possible.
Monsieur,
Au vicô'^miral Decrèa (I).
Vérone, 27 prairial an xni (16 juin 1805).
Je vois, par votre lettre Ju 21, 8 heures du matin, que 7 vaisseaux et 2 frégates sont devant Rochefort. Je ne vois pas ce que Tamiral Ganteaume pourrait faire. A quoi aboutirait une bataille? à rien. Faites seulement mettre dans les journaux que les Anglais, ayant appris que Tescadre de Rochefort était arrivée le 18, ont envoyé 8 vaisseaux devant ce port, et qu'ils ont affaibli d'autant leur croisière de Brest; de sorte que les 18, 19 et 20, elle n'était que de 15 vaisseaux; qu*on ne conçoit pas comment l'escadre française ne profite pas de cette circonstance. Le lendemain, un autre journal dira qu'il est fort extraordinaire que les journalistes se permettent de pareilles réflexions; qu'avant de condamner ou d'approuver la conduite d'un amiral, dans une affaire de cette nature, il faudrait connaître ses instructions, et que probablement, comme l'Empereur ne les a pas fait connaître aux journalistes, tout ce qu'ils disent là-dessus est fort inutile ; que la flotte de Rochefort se prépare à partir au premier signal, car les Anglais ne tiendront pas ce blocus.
11 est inutile, dans votre lettre au contre-amiral Gourdon, de parler de Brest et de la Manche ; il suffît de dire qu'il marchera, avec l'escadre qui le ralliera, h de nouvelles opérations. Je trouve que le secret n'est pas assez recommandé ; il faut lui dire que le prince de la Paix ne le connaît pas et que M. de Grandellana ne doit pas le connaître ; qu'il n'y a que moi, vous et lui au monde qui le sachions ; qu'il doit donc sentir l'extrême importance et l'extrême nécessité de se taire. Je ne veux pas que M. de Grandellana commande mon escadre. Je regarderais mon expédition comme manquée si on le savait en Espagne ; ce serait capable de tout compromettre. J'ai donc brûlé cette lettre comme étant intempestive.
Vous n'avez qu'un mot à dire au prince de la Paix : qu'ayant ordonné à mon escadre du Ferrol de se rendre à la Corogne, j'ai jugé que l'escadre espagnole devait en faire de môme. N'entrez dans aucun détail de place ou non place. Je crains aussi que, si les escadres combinées se tiennent à la voile, elles n'attirent une grande quantité d'ennemis au Ferrol et, par contre-coup, sur la ligne d'opérations ; dans toutes les affaires, il faut laisser quelque chose aux circonstances.
Je ne sais jusqu'à quel point il est nécessaire de prescrire aux escadres de se rendre à la Corogne, je ne connais pas assez les localités ; toutefois, il me semble qu'il est beaucoup plus simple que Gourdon s'y porte et d'écrire au prince de la Paix d'y envoyer les vaisseaux espagnols qui pourraient s'y porter. Le petit nombre de vaisseaux qui resteraient au Ferrol auront toujours plus de facilité à sortir.
Ne prononcez ni le mot de Brest, ni celui de la Manche à qui que ce soit.
Je ne sais pas, d'ailleurs, jusqu'à quel point le gouvernement espagnol vou-
(1) Correspondance de Napoléon, 8897.
630 TROISlillB PARTIB. ^ OHAPITRE XI.
drait concourir à un projet de cette espèce. Aussi ai-je toujours éludé quand on ni'a demandé mon secret. Quant à tous, Totre réponse est simple : ^ous devez dire que tous ne le savez pas.
Au vice-amiral Deorèa (i).
Bolognt» 3 messidor an xm (tî joln 1805).
L'objection que vous faites à mon idée de faire rentrer quelques vaisseaux dans la rade ne m'avait pas échappé. Je trouve quelque Inconvénient aux sorties de Ganteaume. Il nV a aujourd'hui que i8, i9, 20 Ou Ji vaisseaux devant Brest. Rien de plus imprévoyant que le gouvernement anglais, c'est un gouvernement occupé de chicanes intérieures et qui porte son attention où il y a du bruit. Je ne suis point d'avis que Ganteaume sorte; je ne crains rien à Bertheaume, il est inexpugnable ; ÎO vaisseaux entourés de batteries, avec un port derrière, ne s'attaquent pas facilement.
Gela ne peut se comparer à Aboukir, à cause du voisinage de la terre, des équipages, de la position, et enfin l'amiral qui est devant Brest n'a pas, comme Nelson, une immense sottise à réparer. Mais, pour Dieu, qu'on me mette des c^ronades. Ce n'est qu'avec des canons qu'on arme des vaisseaux et, pour des vaisseaux, il n'y a que des canons de gros calibre.
Si Ganteaume fût donc sorti, je ne vois pas à quoi bon sa sortie, j'ai peine à le comprendre. Cependant, s'il le croit nécessaire, au lieu de la faire à la fin, qu'il la fasse avant le 13 messidor.
Quant au Borée ^ il faut y nommer un jeune homme. Il parait que VUranie est bloquée à Villefranche par 1 vaisseau et 2 frégates anglaises ; c'est la seule force qu'il y ait dans ces mers. Je suis porté à croire que ce vaisseau est un vaisseau de 50 canons. Qu'on arme le Borée jour et nuit. Faites-donc partir Vescadre de Bochefori. Je pense que, plutôt elle partira, mieux cela vaudra. Son départ aura encore ceci de bon, que les Anglais verront, dans sa sortie, le projet de faire la guerre dans les pays lointains.
Tâchez qu'elle ait lieu avant le 20 messidor. Dites à O'Gonnor et à ses compatriotes, dans les proclamations :
« Des hommes impatients et insensés vous font faire des mouvements inuu tiles. Le moment de reconquérir votre indépendance n'est pas éloigné. Alors t< seulement vous pourrez avec sûreté vous lever en masse. Déguisez vos sen- « timents, et conservez votre amour pour la patrie et votre indépendance «jusqu'au moment oil, secourus par vos alliés, vous pourrez le faire avec « succès. »
Mon intention serait d'endormir les Anglais le plus possible sur l'escadre de Brest, sans affectation cependant, et de diriger le tout vers le Texel.
Écrivez dans ce sens à Marmont. Il faut qu'il puisse partir vers le 20 messidor; moi-même je ferai marcher un piquet de ma Garde pour Utrecht et, arrivé à Paris, j'annoncerai mon départ pour ce point. Cela leur fera craindre que Villeneuve ne s'y dirige et les portera h s'affaiblir devant Brest, ce qui est le grand point.
(1) Correspondance de Napoléon, 8938.
Je TOUS renvoie la dépêche de l'amiral Ganteaume. Je pense que la division de 6 vaisseaux, bons marcheurs, dérouterait les calculs de Tennemi et lui donnerait le change. L*ennemi ne manquerait pas d'être fier d'avoir empêché de sortir cette escadre. Mais je ne crois pas qu'il faille en faire sortir davantage, sans quoi il pourrait ne pas se croire en force et devoir en faire venir d'autres.
Vous recevrez par M. Maret le décret relatif aux équipages des forbans. Je ne vois point de difficulté, sur l'autre décret, de supprimer l'etccetera et d'en suspendre l'exécution. Cependant, si irousne Taviez pas publié au 15 messidor, il faudrait m'en prévenir, afin que je visse la mesure h prendre.
Napoléon.
De plus, une nouvelle diversion, menaçant Flrlande, est préparée à la même époque.
Au général Marmont (1).
Parme, 8 mossidor an xtii (t7 juin 1805).
J'ai reçu votre lettre du 28 prairial. J'ai fait connaître mes intentions au ministre Decrès; mais comme il ne pourrait point le faire avec tous les détails convenables, je pense devoir vous écrire directement, et je vous parlerai comme à un officier sur le secret et la confiance duquel j'ai le droit de compter entièrement.
Les Anglais n'ont à Tannouth que 3 vaisseaux (Tun calibre plus fort que Ç4. Xai besoin d'en attirer davantage sur ce point, pour aider mes opérations. Voici comme je conçois ce que vous avez à faire. Passé le 15 messidor (4 juillet), mettez en marche les détachements de troupes qui doivent s'embarquer à bord des vaisseaux et frégates ; ils y seront arrivés le 20 messidor (9 juillet). Du 20 au 25 messidor (9 au 14 juillet) que les vaisseaux de ligne lèvent l'ancre et se rendent au point F de votre plan. Que le reste du camp ne bouge pas. Qu'il n'y ait qu'un général de division d'embarqué ; vous, ne le soyez pas. Faites courir le bruit que 5 vaisseaux et frégates avec six mois de vivres partent pour une expédition de long cours. L'escadre restera là jusqu'à ce qu'elle ait attiré devant elle une force ennemie supérieure; et si, même alors, elle peut y rester sans danger, elle continuera à y rester. Si la position n'est point tenable, elle rentrera, mais le plus tard possible. Au !•' thermidor (20 juillet), toute votre armée se mettni en marche. Les 0, 7 et 8 thermidor (25, 26 et 27 juillet), tout sera embarqué. Le 9 thermidor (28 juillet), vous vous embarquerez de votre personne, vous prendrez des pilotes et ferez croire le plus possible que vous allez en Irlande en doublant l'Ecosse ; vous mettrez dans l'erreur l'amiral et les officiers hollandais. C'est donc l'Irlande que vous menacez. Si, dans cette position vous pouvez aller avec votre escadre à la position F, vous le ferez. Sans quoi, vous aurez l'air d'attendre qu'un coup de
(1) Correspondance de Napoléon, 8953.
Tent chasse la croisière anglaise pour mettre à la Toile ; ce qui, nécessairement, obligera les Anglais à tenir une escadre de iO vaisseaux au moins, et leur donnera toutes sortes de sollicitudes.
le compte donc que les 10 et 11 thermidor (i9 et 30 juillet), tous ferez toutes vos dispositions pour l'embarquement, et vos dispositions feront en Angleterre un tapage considérable.
Vous prendrez vos mesures pour ne toucher en rien à vos munitions de siège et à vos approvisionnements jusqu'au 25 thermidor (3 août). Je serai près de vous alors et je vous ferai connaître fréquemment mes intentions.
Je vous ai dit que j'avais besoin que vous attiriez beaucoup de vaisseaux près de vos côtes, c*est mon premier but; mais il n'en faut point conclure que votre embarquement est un embarquement de parade. 11 est de parade dans ce sens, qu'il est anticipé d'un mois, mais ce temps là passé, il est probable qu'il deviendra réel. Et, comme dans les opérations de mer, les jours ne peuvent être calculés, quand je dis un mois, ce peut être quinze jours. Vous devez donc vous arranger pour être prêt à partir au reçu d'un ordre. Je crois que cela vous explique sufBsamment mes intentions.
Vous ne recevrez juste que le 15 thermidor (4 juillet) mon courrier. Organisez ce que vous embarquerez à bord de votre escadre, de manière à faire croire que c'est pour votre expédition, mais surtout faites que cela soit cru en Angleterre et en Hollande pendant dix ou douze jours. 11 ne faut point faire embarquer de chevaux, vu que cela décèlerait une expédition de descente.
Dix ou douze jours après, comme je l'ai dit plus haut, il faut que Ton croie en Angleterre à votre opération de descente. 11 vous est, en ce moment, impossible d'en comprendre toute l'importance et les raisons.
Trompez les généraux de division, que vous ferez embarquer sur les vaisseaux de guerre, en faisant faire des recherches sur le cap de Bonne- Espérance. N'embarquez que ce qui, selon l'opinion des marins, peut aller au Cap.
Dans votre état de situation, qui se monte à 20,000 hommes embarqués, je
désire que vous y joigniez deux compagnies d'artillerie batave de plus, et
quelques ouvriers et sapeurs de plus.
Napoléon.
Au vice -amiral Decrès (1).
Parme, 8 messidor an xm (27 JuIq 1805).
Collingwood n'est parti que le 3 prairial (23 mai] ; il a perdu quatre ou cinq jours à conférer avec Nelson dans la baie de Lagos. En supposant donc qu'il ait été en droite ligne où il devait trouver Villeneuve, il y arrivera beaucoup après lui. La Topaze est partie le 25 floréal (15 mai), le Président le V' prairial (21 mai) et, dès lors, il ne trouvera plus personne. Je ne vois pas non plus bien clairement où a été Nelson.
Cependant, très certainement, il y a dans la Méditerranée 1 vaisseau k Naples, 3 qui rôdent sur nos côtes depuis Gènes jusqu'à Toulon et 3 autres
(l) Correspondance de Napoléon, 8955.
qui r^ent sur les côtes de Gadix-Garthagène. J'estime donc qu'il y a 7 Taisseaux dans la Méditerranée. On veut me faire croire que Nelson est du nombre; alors il aurait donné 4 vaisseaux de son escadre à Collingwood, qui serait parti ayec 12 ou i 3 yaisseaux. Seion tos calculs, il n'y en aurait que 24 deyant Brest, dont 6 de la croisière de Rochefort, reste à 18; ajoutez-y les 4 du Ferrol, que tous supposez réunis, quoique ce soit incertain ; au moment du combat, il n'y aurait donc là que 22 à 23 vaisseaux. VilleneuTe aurait : en seuls vaisseaux français, 19 vaisseaux et 7 frégates, et 13 vaisseaux et 2 frégates espagnols. Selon votre état, il n'y aurait à Nore et à Yarmouth que 3 vaisseaux.
G'est pour augmenter le nombre de ces vaisseaux que tendent tous mes efforts. A cet effets mon intention est que, passé le 20 messidor j Vescadre batave du Texel sorte et rentre^ et qu'au 1*' thermidor toute l'armée s'embarque et reste embarquée. Certainement, 30,000 hommes embarqués, ce qui n'a jamais lieu, et 7 vaisseaux attireront beaucoup de forces de ce côté-là. Ecrivez sur cela au général Marmont.
Il est bon que vous fassiez courir légèrement le bruit que la portion de ma Garde partie de Paris se dirige sur la Hollande, et que moi-même je vais passer la revue du camp à Utrecht.
Si Missiessy sort, comme je l'espère, et qu'il psiraisse sur les côtes d'Irlande, il ajoutera à ces démonstrations plus de probabilités. Enfin, je suis plein d'espoir que l'amiral Villeneuve ne trouvera pas à Brest une force qui puisse lui en imposer et que nos escadres réunies, présentant plus de KO vaisseaux, seront longtemps maîtresses du passage des mers où elles doivent se rendre.
Le 15 messidor, écrivez à Villeneuve pour faire connaître l'état de la question. Le 20, envoyez-lui un second courrier; le 25, un troisième; le 1«' thermidor, un quatrième; le 5, un cinquième. Que ce soient tous des gens vigoureux.
Ecrivez au général Gourdon que, du moment que Villeneuve paraîtra, il expédie deux courriers, un à Brest et à un Paris, et qu'il promette 100 louis à ces courriers s'ils arrivent avant telle heure, en recommandant à tous deux, sous peine afflictive, de ne pas dire un mot de ce qu'ils ont vu et du lieu où ils vont.
Dans votre lettre au général Villeneuve, faites-lui bien connaître qu'il trouvera des vivres à gogo à Brest; que d'ailleurs l'escadre, qui en a pour six mois, pourra lui en donner tant qu'il voudra; qu'enfin il en trouvera aussi sur l'escadre de Gourdon, qui pourrait lui donner trois mois pour 5 vaisseaux, ce qui formera quinze jours pour 20 vaisseaux.
Écrivez également à Gourdon que, le 25 messidor, il vous expédie un courrier qui vous fasse connaître la situation de l'escadre espagnole, la sienne et celle de l'ennemi.
Je vous envoie la carte du Texel et la note des points où son escadre peut se porter, et de ce qu'elle peut faire, sans se compromettre, pour attirer le plus d'ennemis possible. Consultez-vous avec le Pensionnaire de Hollande et écrivez-lui une lettre dans laquelle vous lui direz que, dans mon attaque générale de guerre, j'ai besoin qu'il fasse tel mouvement ; donnez ordre au général Marmont de faire les démarches pour le faire exécuter auprès du comité de la marine.
Faites entreToir à M. Schimmelpenninck qu*il ne serait pat impossible qu'à mon retour d'Italie j'allasse visiter le carap d'Utrecht ; que je serais flatté de trouTer l'escadre du Texel forte de 9 vaisseaux de guerre.
J'ai peine à croire qu'il y ait 8 vaisseaux devant Rochefort, à moins que ce ne fût 6 vaisseaux de haut'-bord et 3 de 50.
R6iiérei donc vos ordres pour que le Borée soit armé sans retard. Je voudrais confier une expédition à M. Jérôme, mais de quelque importance. Si, au 1*' septembre, je pouvais avoir le Génois, le Borée et 3 frégates, je pourrais lui faire faire une très belle expédition. Faites-moi connaître le temps réel pour une expédition d'Afrique et si vous pensez que le Génois soit prêt. Si, ensuite, notre grande expédition réussissait, ces petites escadres pourraient bien servir à quelque occupation d'éclat importante.
Faites aussi terminer VAnnibal,
Napoléon.
Au vice^amiral Decrèa (1).
Plaitanee, 9 messidor an xin (tS juin 1805). Monsieur,
Je suis toujours sans nouvelles positives; il paraîtrait que Nelson aurait été aux Indes occidentales, mais seulement avec 10 vaisseaux. Dans tous les cas, il ne serait parti que le 25 floréal. Magon serait donc arrivé avant. Nelson aurait d'abord été devant Surinam, de là à la Trinité, et enfin à la Barbade, ce qui laisse des chances même pour l'arrivée de la frégate le Président, qui est partie le !•' prairial, c'est-à-dire à presque pas de jours de difl^érence, et avec l'avantage d'un bâtiment contre une escadre, suivant une route plus courte et ne perdant son temps ni à rien chasser, ni à prendre aucun renseignement. Nelson perdra deux jours au cap Vert, il perdra beaucoup de jours à se faire rallier, par les vaisseaux et frégates qu'il fera chasser sur sa route. Quand il apprendra que Villeneuve n'est pas aux Iles du Vent, il ira à la Jamaïque et, pendant le temps qu'il perdra à s'y réapprovisionner et à l'y attendre, les grands coups seront portés : voilà mon calcul. Faites embarquer à Brest le plus de vivres que vous pourrez sur les flûtes.
Comment n'est-il pas possible de tirer parti de ce vaisseau V Océan? N'oubliez point les canonnières. Donnez l'ordre, qu'au 5 thermidor, ce qu'on peut trouver dans les ports s'embarque sur les canonnières, qu'on y mette de bonnes troupes, et que tout soit armé, jusqu'aux péniches. Les pièces de 18 et de 24 sont partout des pièces de 18 et de 24. Pourquoi même les deux ou trois bombardes qui sont à Brest ne sortiraient-elles pas?
Expédiez un capitaine de frégate au Havre et un à Dunkerque, pour faire hâter le départ de l'un et l'autre côtés. Donnez ordre à la frégate canonnière de se tenir prête avec ses munitions, à partir vingt-quatre heures après la réception de votre courrier ; vous savez de quelle utilité doit nous être cette frégate. Ayez aussi, au Havre, un ou deux bricks bons marcheurs, pour porter des ordres. Dans des moments si critiques, c'est un soulagement de
(1) Correspondance de Napoléon» 8958.
reoeToir tous les jours des nouyelles. J'imagine que vous ayei à Cherbourg au moins un mois de titres pour tout le monde.
Je serai à Gènes les 11, 12, 13, 44 et iK. Voyex Lavalette pour que nos courriers prennent la route de Moulins, Lyon, Ghambéry, Turin, Casai, Alexandrie et Gènes, afin que Je ne manque aucune de tos lettres, et que je sois toujours au courant. Comme je marche arec deux voitures, incognito, sous un npm supposé, et sans gardes, cela exige un grand secret. Il sera cependant nécessaire, passé le i8 thermidor, qu'on dise aux courriers, en leur recommandant le secret, que, comme on ne sait pas mon itinéraire, ils observent bien siu* la route, en cas que je passe incognito. Indépendamment des courriers, s*il y a quelque chose d'important, il sera convenable que vous m'expédiiez un officier que vous mettrez dans le secret de ma route.
Napoléon*
Au Wce-amira/ Deorès (1).
Plaisance, 9 messidor an xm (28 juin 1805).
Je reçois votre courrier et vos lettres de la Guadeloupe.
Je vous prie de me rassurer par votre premier courrier et de me dire si Villaret sait quelque chose du but de l'expédition, car je tremble que les Anglais soient instruits de tout par ce canal.
Il parait bien positivement que Villeneuve sera arrivé le i6 floréal (6 mai) à la Martinique ; il devait y rester quarante jours ; il a donc dû en partir le 25 prairial (14 juin). Mais Magon est parti le 11 floréal (l''*' mai), il a dû arriver le. il prairial (31 mai), et, certainement avant le 20 (9 juin). Magon lui porte V ordre de rester trente-cinq jours; il devrait donc en partir au 20 messidor (9 juillet), et, en cas que Magon fût intercepté, la Didon, qui est partie le 13 floréal (3 mai), porte le même ordre. La Topaze, qui est partie le 25 floréal (15 mai), sera arrivée le 25 prairial (14 juin); elle lui porte Vordre de ne rester que vingt jours après Varrivée de Magon, c^est-à-dire ju$qu*au 5 messidor (24 juin). Ainsi, l'amiral Villeneuve partirait du 5 messidor (24 juin); mais le Président, parti le 1<" prairial (21 mai), lui porte Tordre de partir sur-le-champ : le Président arrivera au !•' messidor (20 juin). Le Département'deS'Landes, parti le 3 prairial (23 mai), lui porte le même ordre. On ne peut donc former aucun doute, et il n*y a pas moralement de chances pour que Villeneuve ne parte pas du 1®' au 10 messidor (20 au i9 juin). Il mettra un mois pour son retour; je ne le compte donc que du 1" au 10 thermidor (20 au 30 juillet) devant le Ferrol, du 10 au 20 (30 Juillet au 8 août) devant Brest, et du 20 au 30 (8 au 18 août) devant Boulogne.
Voyons actuellement ce qu^il y a contre nous. Il n^y a que 18 vaisseaux devant Brest, 6 devant Roche fort et 8 devant le Ferrol ; on ne sait pas ce qu'il y a dans la Méditerranée; de très-sûr, il n'y a que 4 vaisseaux. Il nous manque des connaissances de Nelson et de Collingwood; Nelson et Collingwood
(1) Correspondance de Napoléon, 8959.
étaient ensemble le 25 floréal (15 mai), sur les côtes d'Espagne, avec il vaisseaux de guerre; ils sont partis; on n*en a réellement, depuis, aucune nouvelle. S'ils ont été ensemble, ils sont arrivés le 26 prairial (15 juin) devant Surinam, et le l*** messidor (20 juin) à la Barbade. Si alors ils se sont présentés devant la Martinique, ils ont trouvé notre escadre composée de 14 vaisseaux français et 6 vaisseaux espagnols. Si je ne me trompe, messidor commence déjà rhivernage. Nelson aura fait ime de ces deux choses; il aura cherché à se rallier à quelque escadre, et Villeneuve sera parti ; ou, dès que Villeneuve aura appris l'arrivée de Nelson dans ses parages, il sera encore parti (1).
Mais il est difficile de croire que, sans aucune nouvelles, les Anglais aient expédié 17 vaisseaux de guerre aux Indes occidentales, tandis que Nelson, devant se joindre avec ses dix vaisseaux à Cochrane qui en a 6, et aux 3 qui sont à la Jamaïque, se fait une force de i9 vaisseaux qui lui donne la supériorité sur notre escadre, et que Collingwood, parti avec 8 vaisseaux pour les Grandes Indes, en trouve là 9 qui lui donnent une force de 17 vaisseaux, qui, avec les vaisseaux d'escorte, lui donnent encore la supériorité sur notre escadre; il est, dis-je, difficile de penser que, lorsque Tenneroi a ainsi des chances de se trouver maître partout, il ait, à l'aveuglette, abandonné les Grandes Indes.
Enfin, il y a une autre observation.
Si les deux escadres anglaises réunies ont été en Amérique, elles auront passé au cap Vert, et n'arriveront que le 5 messidor (24 juin), c'est-à-dire, mettant 40 jours dans la traversée Si, au contraire, Nelson était seul, il aura été sans hésiter et sans chercher aucun renseignement. Alors que fera-t-il avec 10 vaisseaux ? Il perdra 8 oti 10 jours à se réunir à Cochrane, et pendant
ce temps-là Villeneuve partira (1) ^^ V ennemi se trouvera affaibli au moment des combats, des escadres de Nelson et de Cochrane. 11 est certain que Nelson était peu approvisionné ; il a dû mouiller sur la côte d^ Afrique pour faire de Veau. Ses équipages étaient très fatigués ; il a débarqué à Gibraltar tous ses malades. Je crois ses équipages très incomplets, ce qui doit lui inspirer plus de prudence et de réserve. Mon opinion est que Nelson est parti et est allé en Amérique ; que Collingwood est parti et est allé aux Grandes Indes,
Dans tous les cas, nous devons avoir tous les jours de nouvelles données.
Enfin le but de Villeneuve est si difficile à deviner que, même Nelson, se ravitaillant à la Barbade, ne croira pas faire une si grande faute qu'il la fera en perdant trois ou quatre jours puisque Villeneuve n'est pas attaquable dans la rade de la Martinique.
Je compte Villeneuve parti pour se rendre au Ferrol, du 20 prairial au 10 messidor (9 juin au 29 juin), avant que Nelson puisse paraître. Je hâterai mon arrivée de quelques jours, parce que je pense que l'arrivée de Nelson en Amérique pourrait pousser Villeneuve à partir pour le Ferrol (1). Nelson avec 10 seuls vaisseaux ne paraîtra pas devant la Martinique ; il s'arrêtera quelques jours à la Barbade, afin de méditer sa réunion avec Cochrane.
(l) Il est remarquable que NapolAon paisse prévoir que, eontrairement aux ordres reçus, Villeneuve quittera les Antilles dès qn'il saura Tarrivée de Nelson.
Voici mes données sur la situation des escadres anglaises : 18 vaisseaux deTant Brest, 6 devant Rochefort, $ devant le Ferrol, 4 dans la Méditerranée, 9 ou iO de Tescadre de Nelson, 7 ou 8 de l'escadre de Gollingwood.
Tous les renseignements présentent Nelson comme croisant sur le cap Saint-Vincent, mais tout porte à penser que Tun et Tautre sont lancés. Dans cet état de choses, s'il est prouvé que Nelson et Collingwood sont lancés et que Ganteaume trouvât jour à s)rtir, ne serait-il pas convenable de le faire sortir pour avoir Vair de menacer V Irlande ; mais, au lieu de cela, pour s'emmancher et se porter devant Boulogne ; ou bien de le faire aller devant le Ferrol se joindre aux iî vaisseaux, et avec ces H3 vaisseaux entrer dans la Manche ? C'est un jeu mêlé, sans doute, mais qui nous sera toujours une ressource, s'tl arrivait que Villeneuve fût bloqué; d'autant plus que, dans ce cas, l'escadre de Brest sortie, on la croirait destinée pour la Martinique.
Ecrivez-en toujours à Ganteaume, en thème général, pour savoir ce qu'il en pense.
Napoléon.
Au ¥100' amiral Decrèa (i).
Géaes, 14 messidor an xm (3 joillet 1805).
Je ne vois pas d'inconvénient à donner à l'escadre de Rochefort un peu plus de latitude. Il parait que les Anglais ont vraiment 9 ou 10 vaisseaux devant la Méditerranée, puisqu'il y en avait 7'devant Cadix. Est-ce Nelson ou une autre escadre, c'est ce qu'on ne sait pas bien. Tout porte h. croire, cependant, que Nelson est parti.
Napoléon.
Le Ministre de la marine au général en chef, Marmont, commandant
le camp d'Utrecht.
Paris, 16 messidor an xni (5 juillet 1805;.
Monsieur le Général en chef,
Sa Majesté l'Empereur et Roi m'ordonne, par une dépèche en date du 8 messidor, de vous informer que son intention est que, le 20 messidor passé, l'escadre batave du Texel fasse des sorties qui, sans la compromettre, appellent r attention particulière de V ennemi.
On ne peut, sans avoir une connaissance plus précise de la côte que je ne l'ai, assigner positivement quels sont les mouvements que peut faire l'escadre batave pour remplir cette intention de Sa Majesté.
Il ne s'agit pas de chercher à combattre l'ennemi et à avoir une affaire qui, forçant Tescadre à rentrer, la rendrait inhabile à remplir ultérieurement la mission & laquelle elle est destinée.
Il faut, au contraire, bien éviter un engagement de cette nature.
(1) Correspondance de Napoléon, 8966.
A rinspeetioa de la carte, il semble que Tetcadre pourrait lortir par la passe ordinaire, se porter au sud du banc dit Zuyderhaacks, et là prendre son mouillage, après a^oir loutoyé autant que le comporteraient les vents, la mer et la distance de Tennemi.
Mais si les renseignements que j'ai sur l'entrée du Texel sont exacts, il parait qu'une escadre ne pourrait rentrer en rade par des vents depuis le nordnord*ouest jusqu'au sud-est.
n doit donc être essentiellement recommand<^ à Famiral batave de ne faire de ces sorties qu'autant qu'il n'aura pas à craindre que les vents passent dans cette partie ; car la libre rentrée au Texel doit toujours être réservée à l'escadre dans les mouvements que l'Empereur désire lui voir opérer, et c*est ce que vous ne pouvez trop recommander à l'amiral Kikkert.
C'est à lui qu*il appartient de juger jusqu'à quel point doivent être modifiés les détails dans lesquels j'entre: il vous suffira de lui faire connaître que Tobjet de ses sorties est d'exercer ses équipages, mais qu'il doit le faire avec la précaution nécessaire pour préserver l'escadre qu'il commande d'une attaque de Tennemi ; et il devra répéter ses sorties et ses rentrées autant que le comporteront les vents et les diverses circonstances précitées.
Tel est, Monsieur le Général en chef, l'ordre que Sa Majesté m'a onionné de vous transmettre ; et elle m'a prescrit en même temps d'y ajouter ce qui suit, pour que vous en assuriez l'exéculion.
L*intention de Sa Majesté est que, au 2 thermidor, toute Tannée sous votre commandement s*embarque et reste embarquée; et je crois pouvoir ajouter qu'il est permis de présumer qu'avant peu cette armée aura l'honneur d'être inspectée par l'Empereur lui-même.
Veuillez donc, Monsieur le Général en chef, diriger l'amiral Kikkert, de manière qu'il opère, autant qu'il lui sera possible, de ces sorties qui sont désirées par l'Empereur et dont le mouvement devient nécessaire à l'exécution des grands desseins de Sa Majesté.
Et veuillez pourvoir aussi à ce que, au 2 thermider, toute l'armée s'embarque et reste embarquée, conformément à ses intentions.
J'informe en même temps M. le maréchal Berthier de celles de ces dispositions qui le concernent et dont Sa Majesté m'a ordonné de vous faire la transmission en son absence.
Recevez, Monsieur le Général en chef, l'assurance de ma haute considération.
Le Ministre de la marine^
Degrés.
P, S, — Lorsque l'escadre batave sortira, il serait important que les deux bricks de Sa Majesté, le PhaÙon et le Voltigeur ^ qui sont à Helvoet-Sluys, pussent profiter de cette circonstance pour appareiller de ce port et se réunir à cette escadre. Je vous prie d'en donner Tordre au lieutenant de vaisseau Freycinet, qui les commande. Il est nécessaire que le capitaine Nouvel leur rédige des instructions pour que leur sortie concoure avec celle de l'amiral Kikkert, qui les fera protéger, autant que les circonstances le comporteront. Je vous prie de ne leur donner qu'un ordre facultatif, afin qu'ils ne se croient
point obligés à courir la chance de tomber au pouvoir de Tennemi pour ion
exécution. Ces jeunes gens sont pleins de zèle et d'intelligence, et je les
recommande à \otre bienveillance lorsqu'ils seront dans Tescadre ; et cette
bienveillance ne pourra mieux s'exercer qu'en les faisant appareiller tous les
jours, ce qui leur fera le plus grand plaisir.
Au général Marmont (i).
FonUinebleaa, 24 mewidor an xm (13 joilltt 1805).
La volonté de Sa Majesté est que vous formiez sans délai, sur Helvoetsluys, un camp de 12 ou 1500 hommes de troupes hollandaises. Vous devez y joindre un des bataillons français qui n'est pas de l'armée.
Vous y réunirez 6 pièces d'artillerie, dont vous aurez soiii que l'arrivée et l'embarquement fassent grand bruit. Vous nommerez un général de brigade français pour commander particulièrement cette expédition. Vous lui donnerez le nom d'Expédition secrète de l'armée de Hollande.
Vous ferez en sorte que l'on croie qu'elle se compose effectivement de 3,000 hommes.
Cette division, sur laquelle il ne sera réellement embarqué que 6 À 700 Hollandais, mettra à la voile avec celle du Texel pour se joindre à Texpédition générale.
Vous observerez qu'aucun de ces détails particuliers n'est connu de M. Schimmelpenninck.
Sa Majesté vous ordonne de faire tout ce qui sera possible pour que cette division force l'ennemi à tenir 2 vaisseaux devant Helvoetsluys, et Je vous réitère qu'il est d'une grande importance pour les desseins de l'Empereur que cette division inquiète l'ennemi avant le 13 thermidor, et que, par conséquent, il faut faire travailler jour et nuit à son armement.
Napoléon {sic).
L'Ambassadeur en Hollande au Ministre des Affaires étrangères.
8 thermidor (f! juiUat 1805).
Les mouvements de l'armée expéditionnaire continuent d'être très rapides. Déjà le camp de Zeist est levé en plus grande partie, et l'armée embarque au moment où j'écris. D'un autre coté, rexpéditio^^ que le général Sébastian! prépare à Helvoet est poussée avec la plus extrême vigueur. Elle sera composée du beau vaisseau le Chatam de 90, du Pieter^Paulus de 64, des frégates VÉrine, VEurydice^ VAurore^ et des corvettes impériales le Phaëton et Voltagim. 3,000 hommes seront h bord de ces bâtiments et de quelques autres de transport. Il est impossible de développer plus d'activité que le général n'en met à l'accélération des travaux. Déjà le Chatam est très avancé, 600 ouvriers y sont occupés jour et nuit. Le Pieler-Pauhis suivra de
(I) Correspondance de Napoléon inédite.
{%) Archives des Affaires étrangères, HoUanda, 1805*
près. On calcule que tout l'armement pourra être prêt h mettre k la voile dans quinze jours.
Il y a donc là un nouveau plan, destiné à parer au cas où Villeneuve serait bloqué, c'est celui qui consisterait à se servir de Ganteaume seul pour dégager la Manche. Transmis à cet amiral par lettre du 6 juillet, ce projet fut déclaré par lui une fois de plus irréalisable.
A bord dn vaissean V Impérial, le 25 messidor aa xui
(14Joillet 1805).
Monseigneur,
Je me hâte de répondre à Tobjet important de Totre dépêche confidentielle du 17 de ce mois.
Depuis le terme fatal, du i*' prairial dernier, où il ne nous a plus été permis de sortir, pour suivre les grands projets de Sa Majesté, et connaissant ses desseins, j*ai eu Thonneur, dans une de mes lettres particulières, de tous témoigner mes regrets de n'être plus autorisé à profiter des occasions favorables, que la fortune pourrait nous offrir contre Tennemi, et je présentais à Votre Excellence une chance de succès que Von pourrait espérer : celle de profiter d'un moment où V ennemi n aurait sur Ouessant qu'une réunion de i6 ou 17 vaisseaux de ligne, et de sortir, de le combattre ou de lui dérober nos nwuvements, s'il prenait chasse, pour nous porter subitement sur Rochefort, où nous pourrions espérer de surprendre les vaisseaux qui bloquent les nôtres et rallier notre escadre.
Je Tois aujourd'hui, Monseigneur, avec une satisfaction infinie, que la partie de la question que Votre Excellence me fait, dans sa dépêche du 17, s'accorde parfaitement avec les idées que je me suis permis de lui soumettre à cet égard. Si Tarmée navale, sortant de Brest, était assez heureuse pour se dérober à la vue de l'escadre qui la sunreille, il n'existe aucun doute qu'elle ne doive faire route pour le Ferrol de préférence à Rochefort, puisque les forces qui sont dans ce port porteraient notre armée à 34 vaisseaux et qu'il nous serait facile, après la réunion des escadres du Ferrol, de manoeuvrer poiu* rallier celle de Rochefort, sans être obligé de nous porter dans les perthuis et que nous aurions enfin par là une supériorité bien décidée sur l'armée anglaise.
Mais si, ainsi que le porte la première partie de la question que contient votre dépêche, nous nous hasardions dam la Manche avec les 2f vaisseaux seulement qui composent notre armée, nous ne tarderions pas à être observés et joints par les vaisseaux dont nous aurions trompé la surveillance, et auxquels on n'aurait pas manqué de réunir toutes ces forces qui se trouvent disponibles sur les côtes et dans les ports de V Angleterre, et alors il me parait que toutes les chances seraient contre nom.
(1) Archives de la Marine, BB^^ Î24.
La mer de la Manche est trop resserrée pour pouvoir y être longtemps satin y être aperçu et pour y manœuvrer avec succès devant des forces supérieures,
SuÎTant les dernières lettres de rarraée anglaise, il parait que Farmée destinée à nous bloquer est de 2i vaisseaux de ligne, parmi lesquels il y en a eu i2 à trois ponts ; une escadre de 5 yaisseaux croise entre les Sorlingues et la Baye pour surveiller les côtes dlrlande ; indépendamment de ces forces, nous savons qu'il y a dans la Manche et dans les poi-ts d'Angleterre encore 45 vaisseaux armés; la réunion de tous ces moyens me parait prompte et facile.
Pour tenter une expédition aussi importante que Vest celle de Boulogne dans une mer aussi orageuse que celle de la Manche, et qui n'est pas toujours praticable pour les bateaux qui sont employés à cette expédition, je crois qu'il faut au moins pouvoir espérer d'avoir le passage libre pour quinze jours. Avec 2i vaisseaux seulement nous serions continuellement dans la crainte d'en voir arriver subitement trente, dont les forces doubleraient presque celles de notre armée. Ces réflexions, Monseigneur, me portent à me refuser au projet d'entrer dans la Manche, avant d'avoir obtenu une supériorité bien décidée sur Vennemi, par la réunion des forces que nous avons au Ferrol, à Roche fort ou à celles du général Villeneuve,
Quoique les papiers publics anglais annoncent que Tamiral Nelson a fait route pour les Antilles avec il vaisseaux seulement et, malgré la jactance ordinaire de cet amiral, je ne pense pas qu'il ait osé se hasarder à la poursuite de notre armée avant d'avoir rallié les 9 vaisseaux qui, aux ordres du contre-amiral Collingwood, lui ont été envoyés, et alors ces forces, au nombre de 20 vaisseaux, parmi lesquels il y en avait 6 ou 7 de première grandeur, se trouveraient bien supérieures à celles de l'armée combinée, en y comprenant même la difision du général Magon ; mais j'espère que le retard qu'aura éprouvé l'amiral Nelson nous aura été favorable et que l'amiral Villeneuve aura pu être prévenu h temps et repartir des Antilles avant l'arrivée des forces ennemies.
Le prochain départ du courrier ne me permettant pas de répondre au second objet confidentiel de votre dépèche, je me réserve de le faire par le prochain.
Je suis avec respect, Monseigneur,
votre très humble et obéissant serviteur.
Ganteaume.
Le 5 juillet, TEmpereur quitta Gênes; le 10, il était à Varennes ; le 12, à Fontainebleau. Il avait mis quatre-vingtcinq heures pour franchir la distance qui sépare cette ville de Turin (1). Pas une seule lettre, entre le 3 et le 16 juillet, n'a le moindre rapport avec les mouvements des escadres. Aussi, est-ce sans transition apparente que se découvre un nouveau plan d'opérations.
(1) Lettre au prince Eugène.
Au vic&'amiral Vilhnmif^ (i).
PontainebleAn, 27 mestidor an xm (16 jaillet 1805).
Monsieur le Vice-Amiral,
Votre Jonction est faite a^ec les escadres du Fenrol, tous manœutreres de manière à nous rendre maîtres du Pas-de-Calais, ne fÛt-ce que pendant quatre ou cinq jours; ce qui peut s'opérer, soit en réunissant sous votre commandement nos escadres de Rochefort et de Brest, soit en réunissant seulement notre escadre de Brest, soit en réunissant notre escadre de Hochefort, et doublant af ce cette escadre Tlrlande et TÉcosse, pour faire fotre Jonction a^ec Fescadre hollandaise du Texel.
Notre Ministre de la marine vous fera connaître la force de ces escadres et les différentes combinaisons qui nous ont paru les plus probables. Nous nous reposons entièrement, pour leur succès, sur Totre expérience et sur fotre zèle pour la gloire de nos armes.
Si, par TefTet de combats que vous auriez essuyés, de quelques séparations considérables ou d'autres événements que nous n'aurions pas prévus, Totre situation se trouvait considérablement changée, notis n* entendons pas que, dans aucun cas y notre armée entre dans le port du Ferfol ; dans ce cas qui, avec Taide de Dieu, n'arrivera pas, nous désirons qu'après avoir débloqué nos escadres de Rochefort et du Ferrol, vous mouilliez de préférence dans le port de Cadix. L'Europe est en suspens dans l'attente du grand événement qui se prépare. Nous attendons tout de votre bravoure et de votre habileté.
Napoléon.
Cet ordre fut transmis à Villeneuve par Tamiral Decrès sous la forme suivante :
A M. ramiral Villeneuve (2).
Fontainebleaa» le 27 messidor ao xm (16 juillet 1805).
J'ai reçu le 2î courant (\0 juillet). M, VAmiraly les diverses dépêches que vous m'avez adressées par le brick le « Lynx », commandant Fargurel, et dont vous aviez chargé le lieutenant de vaisseau Aouet.
Je les ai mises aussitôt sous les yeux de TËmperear, et l'attention de Sa Majesté s'est fixée avec satisfaction sur les détails de votre navigation, de votre réunion à Cadix et sur la sagacité de toutes les dispositions que vous avez prises dans votre traversée et depuis votre arrivée aux Antilles. Elle a vu aussi, avec un intérêt particulier, les comptes avantageux que vous rendez des capitaines commandant les bAtiments de votre escadre et du capitaine Prigny, votre
(l) Correspondance de Napoléon, 8985.
(î) Archives de la Marine, BBit, 230-64.
adjudant et de tos rapports avec Famiral GraTina et êeê officiera. Sa Majesté en aTait été préienue par la loyauté du caractère et le défoueraent de cet aminri.
Il est probable que TarrÎTée à la Martinique du contre-amiral Magon, ayec les Talsseaux VAlgésiras et V Achille, a suÎTi de très près l'expédition du Lynx,
Cet officier général, parti de Rochefort le 41 floréal, a dû tous remettre de nouvelles instructions de FEmpereur, qui tous expriment l'intention de Sa Majesté qu^aussitôt que vous aurez rallié les forces navales mouillées au Ferrol, vous TOUS portiez sur Brest pour y rallier l'armée aux ordres de Famiral Ganteaume, qui se rangera sous les vôtres immédiatement après sa jonction.
Aussitôt qu'elle sera opérée, tous tous porterez sur Boulogne, où vous recevrez les ordres de Sa Majesté elle-même.
Ces nouvelles instructions vous ont été successivement adressées, en duplicata, par la Bidon, la Topaze, le Président, le Néarque et le Départemeni-deS' Landes,
Je ne doute point que l'armée sous vos ordres ne se trouve, en arrivant au Ferrol, composée de 34 vaisseaux de ligne, indépendamment des frégates qui en font partie, savoir : M vaisseaux partis de la Martinique, 6 vaisseaux espagnols avec vous, 5 vaisseaux français qui sont au Ferrol sous les ordres du contre-amiral Gourdon, et cnfln 9 vaisseaux espagnols qui s'y trouvent sous le commandement de M. Grandellana.
Le contre-amiral Gourdon et M. Grandellana ont ordre de se joindre à vous dès que vous partirez.
J'ai lieu de croire que ces 14 vaisseaux du Ferrol sont pourTus de six mois de vivres ; ils ont reçu l'ordre d'être disposés à en verser une certaine quantité sur les Vaisseaux de votre escadre, K supposer qu'ils en aient besoin ; mais là sollicitude que je devais avoir sur cet objet s'est atténuée par le compte que me rend M. Laupat : i75,000 rations qu'il vous aura fournies en biscuit ; il vous aura nourri pendant un mois, au journalier, à la Martinique.
Il résulte de l'addition de ces suppléments avec les vivres que vous aviez à bord en partant, et le nombre des consommateurs de l'escadre, que vos vaisseaux doivent être pourvus, en rations de biscuits, jusqu'à l'époque du 25 vendémiaire.
Ce sera à vous. Monsieur TAmiral, à prendre en arriTant sur le Ferrol telle disposition, â cet égard, que commandera Totre état réel de situation.
Mais je dois tous informer que des flûtes sont chargées, à Brest, de 450,000 rations, que les magasins en sont pourvus, que l'armée de l'amiral Ganteaume a six mois de TÎTres à bord, qu'il y a des approTÎsionnements à Cherbourg et à Boulogne pour fournir à Farmée deux mois de TiTres enTiron pour chacun de ces points. Après m*étfe arrêté sur cet objet important, je vais entrer dans d'autres détails sur la principale affaire.
Vous avez vu que l'intention de l'Empereur est que, après votre jonction, vous soyei revêtu du commandement en chef de Farmée combinée. Je pense que vous êtes préparé à toutes les dispositions qu'exige l'organisation générale de toutes ces armées, après leur jonction, et que vous aurez concerté avec M. Famiral Gravina ce que demande l'intérêt des opérations communes.
Pour pourvoir autant qu^H était en moi à ce que votre situation ne vous permettait pas d'établir, j'ai adressé au contre-amiral Gourdon une quantité suffisatite d'exemplaires de signaux propres à particulariser les ordres que
vous aurez à donner, et dont cependant Tadoption est subordonnée à l'ordre que vous en donnerez, ainsi que je vous le mande par une dépèche du 12 de ce mois.
Vous connaissez, Monsieur TAmiral, la force et les qualités relatives des bâtiments qui viennent avec vous de la Martinique.
Quant à ceux qui sont au Ferrol, les 8 vaisseaux de TEmpereur doivent être bien armés ; ce sont de vieux équipages qui ont fait plusieurs campagnes, et notamment celle de Saint-Domingue.
Les 9 vaisseaux espagnols paraissent bien commandés et pleins de zèle, mais leurs équipages n'ont pas été exercés à la mer depuis cet armement.
L'intention de TEmpereur n'est point de vous prescrire les dispositions que vous aurez à prendre pour la formation des divisions organiques de l'armée. Vos méditations et vos conférences avec l'amiral Gravina vous ont préparé sur cet objet, soit que vous intercaliez les vaisseaux espagnols individuellement dans votre ligne générale, soit que vous fassiez opérer l'armée espagnole en masse, ce qui parait plus avantageux sur plusieurs points.
Mais je vous réitère que Sa Majesté ne vous prescrit rien à cet égard et qu'elle s'en rapporte entièrement à ce que vous dictera votre sagacité.
Vous jugerez, par les instructions nouvelles de l'Empereur, que Sa Majesté m'a ordonné de vous expédier et que vous trouverez jointes à la présente dépêche, de toute la confiance qu'elle vous accorde dans cette affaire si importante.
Ces instructions vous expriment ses vœux.
Elle désire que Vannée sous votre commandement puisse faire exécuter le grand projet d'invasion de V Angleterre, conçu depuis longtemps par son génie. Mais tant de temps s'est écoulé depuis V émission de ces ordres primitifs, tant d^événements peuvent être survenus, que, dans sa sagesse, V Empereur a pensé qu'il ne devait point vous donner à cet égard un ordre absolu, malgré toute sa persévérance dans ce vaste desseiji, mais bien s'en reposer en même temps sur votre bon discernement et votre audace ; et, pour vous mettre à même de juger aussi parfaitement de tout ce qu*il est possible d'être entrepris avec des chances de succès, je dois vous informer de la distribution et de Vétat présumé des forces de Vennemi.
11 y a habituellement sur le Ferrol 9 vaisseaux de guerre. Le nombre s'en est accru récemment ; mais je m'arrête peu à cet objet, les indications que vous recevrez en arrivant étant plus positives que tout ce que je pourrais vous dire. Les signaux d'Ouessant ont le plus constamment annoncé 18 vaisseaux; le nombre en a été porté quelquefois jusqu'à 20.
Il y en a eu 7 sur Rochefort et, dans ces derniers temps, le nombre en a été réduit à 5; et, pour vous tenir aussi informé que je le puis des armements de l'ennemi et de leurs stations, vous trouverez ci-joint un état coté A, qui contient tout ce que j'ai pu recueillir jusqu'à ce jour de documents à ce sujet. Je joins enfin à cette dépêche un état coté B des armées et escadres que vous avez la faculté de réunir sous vos ordres.
Peut-être, à votre arrivée sur le Ferrol, aurez-vous pu surprendre l'escadre de l'ennemi; si vous n'avez pu y réussir, il est présumable qu'elle se repliera sur celle qui croise devant Brest. L'armée sur Ouessant peut donc être calculée, dans ce cas, de 25 à 30 vaisseaux de ligne lorsque vous approcherez de Brest.
L'intention de VEmpereur serait que vous parvinssiez à entrer à Berteaume sans combat.
Vous trouTerez ici le plan de la ligne de mouillage que va occuper Tamiral Ganteaume, et il tous présente Tétat des nouyelles batteries qui défendent ce mouillage; elles sont armées de plus de 100 mortiers ou canons.
Sa Majesté compte que, pour atteindre ce but inappréciable et tous réunir sans combat à Tamiral Ganteaume, tous profiterez de toutes les circonstances et de tout ce que votre expérience pourra tous suggérer pour tous rendre dcTant Brest.
Mais, si tous êtes obligé de combattre, il serait important de ne liTrer la bataille que le plus près possible de Brest, afin que Tamiral Ganteaume en soit préTcnu et puisse tous secourir.
L'Empereur obserTe que la position de Tennemi ne laissera pas que d'être embarrassante car, s'il s'éloigne de Brest, il peut ne pas tous rencontrer et tous donner tous moyens de faire Totre jonction. Il peut craindre aussi que l'amiral Ganteaume, qui a des troupes à bord, ne profite de son absence pour se porter sur l'Angleterre ou l'Irlande.
Dans tous les cas, soit que Totre jonction s'opère aTec ou sans combat, il ne faudrait point mouiller à Brest, mais entrer sans délai dans la Manche aTec tous les Taisseaux en état de tenir la mer, afin d'être maîtres du canal, car des troupes sont embarquées sur la flottille et il ne faudra que peu de moments après Totre arriTée pour que les 2,000 bâtiments qui la composent appareillent et se rendent sur l'Angleterre, et en opèrent l'inTasion.
J'ai dit que l'ennemi tient 5 Taisseaux sur l'Ile d'Aix. Si l'on n'aTait pas à craindre que, lorsque tous arriTerez, ces vaisseaux ne reçussent, par l'escadre devant le Ferrol, l'ordre de se replier siu* celle d'Ouessant, il n'y a nul doute que TOUS ne deTriez pas songer à entrer dans le golfe pour rallier le capitaine Allemand puisque cet officier, aTec les 5 vaisseaux sous son commandement, remplit son objet qui est d'occuper un pareil nombre de vaisseaux ennemis.
Mais, dans r incertitude à ce sujet, le capitaine Allemand reçoit V ordre d'appareiller pour se porter sur le Ferrol, dès que V ennemi disparaîtra, parce que Von pourra considérer son départ comme le signal de votre arrivée.
Ou le capitaine Allemand tous ralliera ou il arriTera sur le Ferrol après que TOUS en serez parti ; dans le premier cas, l'objet est rempli et il se range sous Tos ordres.
Dans l'hypothèse du second, tous laisserez à M. Ailhaud, à la Gorogne, un paquet cacheté portant au capitaine Allemand l'ordre de tous rallier sur tel point que tous jugerez conTenable, et il est présumable que son escadre, moins nombreuse et plus mobile que Totre armée, y panriendra.
Je donne enfin à M , commandant le Taisseau le Régulus qui est à
Lorient, des ordres de la même nature.
Mais je laisse au capitaine Allemand le soin de donner des instructions à ce Taisseau, dans le cas où, en arriTant par le Ferrol, il ne l'aurait pas rallié ou ne tous y aurait pas trouTé, ou enfin n'y trouTerait pas des ordres de