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LA SORTIE D'ALLEMAND, 17 JUILLET ET LE PLAN DU 26 JUIUET

Voici ce qui s'était passé en ce qui concerne Tescadre de Rochefort.

Dès la réception des lettres en date du 9 juin et du 22, le capitaine Allemand avait pris le commandement de Fescadre que Missiessy quitta le 26. L'état des vaisseaux attesté par ce dernier était encore à ce moment très précaire. Les voiles et les cordages manquaient ou ne valaient rien, les vivres n'étaient pas préparés. En outre l'ennemi avait reparu fort de 5 à 7 vaisseaux, presque constamment mouillés dans le S.- 1/4-S.-E. (1). Le 5 juillet, le Jemmapes n'avait pas encore ses perroquets ; le 6, le Suffren recevait les siens ; le 11 seulement, Allemand pouvait rendre compte de l'achèvement des préparatifs. Ce jour-là, en eifet, les 5 vaisseaux : Majestueux^ Jemmapes^ Magnanime^ Suffren^ Lion, étaient désaffourchés en rade de File d'Aix ; les frégates Armide, Gloire, Thétis ; les bricks Sylphe et Palmyre étaient sous voiles dans la rade des Braques. L'ennemi était encore à l'ancre au milieu du Pertiiuis.

La journée du lendemain se passa de même. Le soir, à sept heures, les Anglais mirent à la voile et restèrent en panne en vue de la côte jusqu'à la nuit ; le 14 au jour, ils étaient à toute vue au large et bientôt disparaissaient.

(1) Lettres d'Allemand, BBiv, 2Z8. 27 juin au 10 juillet.

On verra plus loin à quoi correspondait ce départ.

Quoi que put en penser Allemand, il attendit toute la journée du 14 ; le 13, il annonça son intention de mettre à la voile le surlendemain, et, effectivement, Tennemi n'ayant pas reparu, le 17 à 5 heures du matin, Allemand ordonna de faire voile en profitant d'une jolie brise du nord-est (1).

Il est nécessaire, avant d'entamer le récit de ses opérations, de préciser quelles instructions il emportait.

Les ordres du 22 juin, reçus le 29, sous pli cacheté, prescrivaient au commandant de la division :

De paraître sur les côtes d'Irlande, du 4 au 9 juillet.

De se trouver sur le parallèle du Ferrol, du 29 juillet au 3 août.

L'ordre de Napoléon, en date du 9 juin, avait ajouté que si, au 3 août. Allemand ne pouvait être à 40 lieues à l'ouest du Ferrol, il croiserait vers 46^33' de latitude et 9*^30' de longitude ; enfin, qu'au 13 août, s'il n'avait rien reçu, il irait à Vigo.

Depuis cette époque, Decrès avait écrit la lettre suivante :

Ministre de la marine à Allemand (i).

Paris, 12 messidor an xiii (i*' juillet 1805).

J'ai reçu, Monsieur le Commandant, la dépêche par laquelle tous m'informez de la remise que vous a faite le contre-amiral Missiessy du commandement de l'escadre de Sa Majesté.

Je suis fort aise de vous voir en position de développer, d'une manière plus particulière, toute votre activité et vos talents, et je compte fermement qu'ils ne seront point «lu-dcssous de l'imporUince de la mission dont vous charge la confiance de l'Empereur.

Sa Majesté approuve que vous laissiez VActéon à l'Ile d'Aix. N'oubliez pas que vous devez m'écrire par chaque courrier.

Je présume que l'escadre est prête à mettre à la voile ; comme Sa Majesté attache un très grand intérêt à la promptitude de son départ, ne négligez rien pour l'effectuer, mais ne perdez pas de vue en même temps que je vous ai ordonné et que je vous ordonne de n'appareiller qu'autant que vous ne courrez point la chance probable d'un combat qui vous forcerait à rentrer, puisque cette rentrée ferait manquer l'expédition.

(1) Lettres d'Allemand, 29 juin BB^r, itB.

(2) Archives de la Marine, BBi^, «8-10.

LA SORTIE d'allemand ET LE PLAN DU 26 JUILLET. 637

Tous les comptes qui m'ont été rendus sur Tescadre jusqu'à ce jour mont présenté le progrès successif de ses travaux. Les derniers me portent h penser qu'elle est prête h mettre sous voiles.

Je vous prie de me dire textuellement ce qui en est et à quelle époque V escadre pourra définitivement appareiller^ si Vennemi cesse d^être en préserve. Vous trouverez ci-joint des duplicata de signaux qu'il est inutile de décacheter avant d'être sûr de pouvoir partir. On ne devra s'en servir que sur l'ordre que vous en donnerez. Je vous recommande le secret le plus impénétrable sur tout ce qui a rapport avec votre mission. C'est le secret qui assure le succès des entreprises et qui, surtout, déconcerte un ennemi accoutumé à fureter partout et qui est déconcerté de ne pouvoir aujourd'hui rien découvrir. Je vous préviens que c'est une des qualités auxquelles l'Empereur attache le plus de prix. Ainsi, ayez pour règle générale de ne jamais rien communiquer, même des choses qui paraissent indifférentes et que ma correspondance peut vous présenter.

Le temps écoulé entre Vexpédition de vos hxstructions et votre départ pourrait vous donner des incertitudes sur quelques dates qui se trouvent dans ces instructions.

Je vous préviens quelles ont été fixées sur V hypothèse où l'escadre aurait appareillé dans les premiers jours de messidor {après le 20 juin) y mais aujourd'hui que son départ se trouve différé ^ vous trouverez lorsque vous ouvrirez vos instructions j dans le but définitif que vous avez à remplir et V espace de temps dont vous pourrez disposer pour ce but, ce qui serait convenable à modifier sur toutes les dates, qui doivent se subordonner à celle du but définitif de votre expédition, et ce sera à votre sagacité à suppléer à ce que la prévoyance ne peut atteindre, vu V incertitude de V époque de votre départ.

Recevez, Monsieur le Commandant, l'assurance de mes sentiments inviolables ; personne plus que moi ne fait des vœux pour vos succès.

Cela n'était guère clair. Ce qui devait achever de tout embrouiller, c'est qu'au moment de son départ, Allemand, en rendant compte que la veille, 16 juillet, il avait décacheté ses instructions, ajoutait cette phrase mystérieuse (1).

L'escadre est sous voiles. Monseigneur, avec une bonne brise du nordest. Votre Excellence sait, par le temps déjà écoulé^ où je dois commencer ma mission. Je ferai tout pour remplir les vues de Sa Majesté Impériale ; il n'y

aura pas une minute de perdue Les côtes ne signalent rien. Dans

vingt minutes, je ferai 8 à 9 nœuds. Il est iO heures du matin.

Il paraissait toutefois logique d'en conclure que, partant le 17 juillet, et devant le 29 se trouver à 40 lieues à l'ouest du Ferrol, Allemand trouvait le délai trop court pour se porter auparavant sur les côtes d'Irlande. De fait, on verra qu'après

(I) Archives de la Marine^ BB", tî8.

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