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LA SORTIE D'ALLENAND ET LE PLAN DU 26 JUILLET. 6G

Peut-être, au moment où je vous écris, Famiral Villeneuve est-il sur les côtes d'Espagne.

Dam cette situation des affaires, Vcscadre que vous commandez doit être prête à appareiller au premier ordre; C intention de V Empereur est que vous occupiez sans délai le mouillage de Bertheaume.

Ne perdez donc pas un moment pour que Tarmée s*y rende et s'y maintienne, autant que les vents le permettront, car Famiral Villeneuve peut paraître d'un moment à l'autre.

Les flûtes chargées de vivres sont destinées au ravitaillement de Tamiral Villeneuve et doivent vous suivre ; tenez des escadres légères à la voile, pour empêcher un ennemi inférieur de vous observer.

Tout se prépare à Boulogne, et nous sommes à la veille des plus grands événements.

Je suis tout à vous.

Decrks.

A M. /'am/ra/ Villeneuve (1).

Paris, l*' thermidor an xiii (20 juillet 1902). Monsieur T Amiral,

Je vous préviens que la division aux ordres du capitaine Allemand a appareillé de nie d'Aix le 28 messidor (17 juillet), ce que J'apprends à l'instant.

Cet événement annule toutes les dispositions, relatives à cette division, qui se trouvent contenues dans les dernières expéditions de l'Empereur.

Il est probable que cette escadre s'est portée à quarante lieues à l'ouest du Ferrol, où elle doit croiser du\0 thermidor au 15 (±9 juillet au 3 août), dans Vespérance de vous rallier à votre atterrissage par les côtes d'Espagne.

Dans le cas où le capitaine Allemand ne pourrait pas se trouver sur ce point, il a ordre de se rendre par les 46" 56' nord et 9* 30' ouest pour vous y attendre jusqu'au 25 thermidor (13 août).

Vous devrez donc, si vous ne l'avez pas rallié à votre attennssage, lui envoyer vos ordres sur ce second point de station, s'ils peuvent y arriver avant le 25 thermidor, ou même sur le premier point, si vous avez lieu de croire, d'après la route que vous aurez faite, qu'il n'a pu vous rencontrer.

Je suis suis tout \ vous.

Degrés.

Il est inconcevable, étant donné Timportance de retrouver Tescadre de Rochefort, que chacune de ces deux lettres soit incomplète.

La première ne mentionne pas le deuxième rendez-vous par 46^56' nord et 9° 30' ouest, c'est-à-dire à hauteur de

(1) Archives de la Marine, BBiv, 230.

Rocbefort. La première et la seconde sont muettes au siget de l'ordre donné à Allemand, après le 25 thermidor (13 août), de se porter à Vigo.

A partir de ce moment, TEmpereur reçut des renseignements importants.

On apprit le voyage de Nelson aux Antilles, le départ de Villeneuve pour l'Europe et sa poursuite par Fescadre anglaise.

Lisbonne, le 13 jnilUt 1805.

Jeudi est entrée ane frégate anglaise, qui ressortit le lendemain et qui motiva l'expédition d'un paquebot le jour suirant. Cette frégate appartient à Tescadre de Nelson, qui arriTa à la Barbade en vingt-trois jours. Ayant appris que Tescadre combinée tentait un débarquement à la Trinité, Nelson s'y porta et y débarqua 2,000 hommes.

Aussitôt que Tescadre combinée sut que Nelson était arrivé, elle fit voile de la Martinique, où elle avait été pendant vingt jours.

Nelson était à sa poursuite, mais ne l'avait pas rencontrée à l'époque où il détacha cette frégate, qui se sépara de lui dans la latitude de 28 degrés nord et 59 degrés de longitude, méridien de Londres. Elle portait une lettre d'un capitaine de vaisseau pour la maison de commerce anglaise Mauri et Brouva. Cette frégate fut expédiée pour porter des dépêches.

Pour copie conforme au balletin du 5 thermidor an xiii.

Le général Beurnonvu^le.

Outre les nouvelles précises arrivées d'Angleterre, et qui seront visées ci-dessous, un avis du prince de la Paix devait nettement montrer que le plan de retour en Europe était éventé.

Lettre du prince de la Paix à Decrée (1).

21 JaiUet 180&.

Mas con todo eso no puedo occultar à Vuestra Excelencia que hasta saberlo asi viviré con inquietud, por que, si las escuadras se han detenido tan largo tiempo en la Martinica, es muy posible que le hayan tenido los Ingleses para ser superiores en el mar de las Antillas. En el esta desde principio de mayo la escuadra del gênerai Cochrane compuesta de seis navios, y parece cierto que el 13 de junio llego al puerto de San Juan de Antigua el almirante

(1) Archives nationales^ Espagne, an xiu.

LA SORTIE d'allemand ET LB PLAN DU 26 JUILLET. 667

Nelson con los 10 o 12 naTios de su mando. Este a^viso acaba de darmelo el embaseador de Su Majestad en la carte de Lisboa de resueltas de haber llegado al Taiea el dia de 10 de julio la fregata nombrada. Decada précédente de dicha isla en yentisiete dias de nayigacion. Esa fregata dejo pliegas que se despacharon immediatamente para Ingla-

terra en el paqueto de Londres y siguiô su comision à ignorado destino

Acahan los Ingleses de levantar el bloqueo de Ferrol donde se hallaban en faerza de M navios el dia 15, y habiendo desparecido aquella tarde, no se

han vuelto a venir mas Sabido y a en Europa el destino de la Escuadra

que saliô de Cadiz el iO de abril, ha llegado una época bastante critica para nuestras marinas, cuvas fuerzas seran perseguidas y atacadas con empeûo por los Ingleses en todas partes : pero esto mismo servira reaise a las ventajas que sobre el enemigo comun conseguiran las escuadras combinadas, como no puede dudarse.

En effet, l'amiral Calder avait disparu des abords du Ferrol.

Ferrol, 28 messidor an xm (17 juillet 1805). Monseigneur,

Depuis trois jours, les vigies n'ont signalé aucun bâtiment ennemi. Le 20 de ce mois, Tamiral Calder se montra avec 12 vaisseaux. Le 24, il n'en parut que 9. Le 25 (\}i juillet) au matin, on en aperçut iA, Le soir du même jour, toute V escadre disparut, et nous ne voyons plus un seul bâtiment anglais.

Cette escadre aurait-elle reçu une autre destination, ou bien voudrait-elle faciliter ie passage de celle-ci à la Corogne, pour Tattaquer au mouillage? Nous verrons si elle reparaît et j'aurai Thonneur de rendre compte à Votre Excellence de ses mouvements. J'ai soin d'en informer M. l'ambassadeur par tous les courriers.

Les vaisseaux le Montanès et le Saint-Julien sont prêts; ils poiuront sortir avec l'escadre combinée qui se trouvera forte de 14 vaisseaux. La division de Sa Majesté Impériale et Royale est approvisionnée pour plus de cinq mois, et les Espagnols pour quatre mois au moins; mais leurs équipages sont faibles et mal composés. Les vaisseaux de Sa Majesté sont bien armés sous tous les rapports.

Le vaisseau le Saint-lldefonse, de 74, sortira du bassin le 26 juillet.

Je suis avec respect, Monseigeur,

votre très humble et très obéissant serviteur.

GOURDON (1)

La situation devenait donc tout à fait mauvaise. Allemand errait sur les mers, sans qu'on sût au juste où il était ; Ganteaume restait bloqué à Brest ; quant à Villeneuve, la

(1) Archives de la Marine, BB", Î33.

date de son déparl de la Martinique fit suppo:ser qu aucun ordre ne lui étaii parvenu et que. par suite, il suivrait les ordres du 2 mars et irait croiser à Santiago pour venir ensuite à Cadix,

L'objet de la série des ordres du 26 et du 27 juillet fut de remédier à ce nouveau contretemps.

Au wict^amiraJ Oecrès ifi.

S2lLi-Ck>Dd, "i themJdor an xm (S6 joilkt 1805).

Moo^ieu^ le Ministre dt* la marine, y rons ^nvoi*' uit^ Uttrf pour le capitatne Alhiitand. Vous en ferez «ieu\ copies; vous en e\pédierex une aTant six heures, ce soir, par un offxcifT d^ marinf attaché à votrf état-major qui ira à Vigo, accompagné d'un courrier, el aTec la plus grande diligence possible.

Jl ^st nécessaire qui! y soit avant U \o du présent moi S de thermidor

faotit j. Vous lui ferez sentir C4*tte n»M:»^silé {i).

S'il Tenait à s*ap#»rceTuir en route qu'il ne pût y arriver, il adresserait la dép<^che par son courrier à mon commissaire ou à mon rice-commissaire à Vitro. Sur l'adresse de cette dépêche, il y aurait : Au premier capitaine de vaisseau de ligne ou de frégate de Sa Majesté gui se présentera devant Vigo; et, comme le capitaine que vous exjtédierez arrivera vingt-qtiatre heures ou trente-six heures aprèf, cette adresse ne peut être susceptible d'aucun tnronvénient. L'officier de Totre état-major que vous expédierez à Vigo, y restera jusqu'à ce que sa mission soit faite, et, s'il ne se présentait personne^ il y resierait au moins jusqn au iO fructidor (28 août).

Ce soir, avant six heures, vous ferez également partir, par courrier extraordinaire, l'autre copie de ma lettre au capitaine Allemand, aTec Tordre ci-joint au capitaine qui commande le Régulus; vous y joindrez une instruction pour lui faire connaître la route qu'il peut prendre pour trouver fescadre du capitaine Allemand. 11 ne faut pas cependant qu'il se détourne de plus de Tingtquatre heures ou trente-six heures, puisqu'il est certain de trouver à Vigo des nouvelles du capitaine Allemand. Vous recommanderez également au capitaine du " Régulus » de tt'icher d'arriver à Vigo avant le 15 thermidor (3 août) (3).

Quand ces deux expéditions seront faites, tous expédierez un troisième courrier à mon commissaire Le Roy, homme sage et prudent. Vous lui direz dans votre dépêche que je ne doute point que V amiral Villeneuve retourne à Cadix avant la fin de ce mois; que mon intention est qu'il y trouve un mois de vivres pour toute son escadre, et qu'il ne doit pas séjourner à Cadix plus de cinq jours, pour continuer sa mission avec les vaisseaux espagnols qui se trouveront prêts.

(1) Correspondance de Napoléon, 9019.

(S) On se souvient pourtant qu'Allemand ne devant quitter le second point de rendestoos que le 25 thermidor (13 août), ne pouvait être le 3 août à Vigo. (3) Ibid.

LA SORTIE d'allemand ET LE PLAN DU 26 JUILLET. 669

Vous ferez connaître également à M. Le Roy que je Tiens d'ordonner de lui expédier des lettres de change pour 100,000 écus, afin de lever tous les obstacles; qu'il y aura de la part des Espagnols les meilleures dispositions, mais qu'il faut que les vivres, provenant des Espagnols ou d'ailleurs, ne manquent pas. Il vous fera connaître, par le retour du courrier, ce que l'arsenal pourrait procurer en vivres. Vous lui donnerez également connaissance de l'ordre que j'ai donné à l'escadre d'Allemand. Vous y joindrez une lettre que M. Le Roy remettra au capitaine Allemand s'il arrive à Cadix avec son escadre entière et sans combat. Dans le cas où il arriverait après un combat, je me réserve de juger la manière dont il se sera comporté. Cette lettre annoncera au capitaine Allemand que je l'ai promu au grade de contreamiral, et qu'il doit en arborer sur-le-cbamp le pavillon. Vous enverrez égaleleinent à M. Le Roy la lettre ci-jointe pour V amiral Villeneuve (1). Vous ferez connaître à cet amiral que, dans peu de jours, je lui enverrai des instructions plus détaillées, mais que c'est pour le cas où il arriverait avant le moment où je l'attends, et si ce cas arrivait, vous ferez connaître à M. Le Roy que je compte sur son zèle pour que les vivres soient fournis, n'importe par qui, et que Tamiral soit à même de continuer sa mission. Vous recommanderez à ce commissaire de tenir le tout le plus secret possible, et de ne faire aucune démarche qui puisse, directement ou indirectement, donner aucun soupçon sur ce qui va arriver.

Quand vous aurez expédié ces trois courriers et que vous serez très certain du départ de votre officier d'état-major, vous viendrez ce soir à Saint-Cloud, et vous m^ apporterez les instructions que vous avez données au capitaine Allemand; alorSy je vous remettrai mes nouveaux ordres pour V escadre de Brest et

pour celle de Villeneuve.

Napoléon.

Au capitaine Allemand (2).

Salnt-Cload, 7 thermidor an xm (26 Jaillet 1805).

Monsieur le Capitaine, commandant notre escadre de Rochefort,

Notre intention est qu'immédiatement après que vous aurez reçu cette dépêche, soit par la voie de notre vaisseau le Régulus, soit par le capitaine de frégate que nous expédions à Vigo, vous manœuvriez pour opérer votre jonction avec Vamiral Villeneuve, cependant, après que le 15 thermidor (3 août) se sera passé sans que vous ayez des nouvelles de l'amiral Villeneuve.

Si l'amiral Villeneuve n'a pas paru au 15 tliermidor (S août) sur le Ferrol, il n'y apoint de doute qu'il n'ait été croiser vingt jours à Santiago ; de là, il doit se rendre à Cadix.

Si vous pensiez pouvoir le rencontrer encore au cap Vert, vous vous y dirigeriez ; mais le plus sûr sera de vous porter à Cadix et de l'attendre dans cette

(1) A Cadix» par conséquent.

(2) Correspondance de Napoléon, 9020.

670 TROlSIÂME PARTIE. — CHAPITRE XII.

rade. Vous éviierei le cap Saint-Vincent où V ennemi tient une croisière. Vous attaquerex la côte de TAfrique et tous arrii^erex par là deyant Cadix.

ArriTé à Cadix, votre premier soin sera de rallier sous votre commandement les Taisseaux espagnols qui s'y trouvent, d'expédier un courrier à l'amiral espagnol qui est à Cartbagène, pour qu'il se rende à Cadix, et de favoriser votre jonction avec l'escadre qu'il commande, qui doit se rendre à Cadix.

Si vous trouvez devant Cadix À vaisseaux ennemis ou moins, vous les attaquerez. Si l'escadre ennemie est de 5 vaisseaux, tous supérieurs à l'échantillon de 64 canons, notre intention est que vous entriez sans combat. Si vous êtes contraint de prendre chasse, vous naviguerei pour vous rencontrer avec l'amiral Villeneuve, dont vous pourrez supposer la navigation.

Et, comme après son entrée à CadiXy cet amiral doit se rendre au Ferrol, Cfi cas qu*il vous fût impossible de revenir dans cette rade, où Vamiral Villeneuve ne doit rester que cinq jours, vous reprendrez votre station, derrière le Ferrol portée dans vos premières instructions. Et, si vous passiez un temps considérable dans cette station sans entendre parler de Tamiral Villeneuve, vous enverriez prendre des renseignements à Vigo où il y aura des ordres ; et, dans le cas où il n'y eti rien, vous auriez manœuvre indépendante pour manger vos vivres à la mer, faire à l'ennemi tout le mal possible et retourner dans un port de France.

Nous comptons sur votre prudence, sur votre expérience de la mer et sur votre attachement à notre personne pour vous diriger de la manière la plus convenable dans une mission de cette importance.

Napoléon.

Au capitaine Lhermitte (1).

Saint-Gload, 7 thormidor an xiii (26 jaillet 1805).

Monsieur le Capitaine, commandant notre vaisseau le Régulus,

Notre intention est que vous partiez de noire rade de Lorient, que vous fassiez la navigation que notre Ministre de la marine vous tracera dans les instructions qu'il vous donnera, pour arriver à vous joindre au capitaine Allemand, parti de Rochefort avec une de nos escadres, forte de 5 vaisseaux de ligne et de 3 frégates. Vous aurez soin de vous tenir loin de la croisière ennemie du Ferrol.

Si vous ne rencontrez pas l'escadre du capitiiine Allemand par là simple direction de votre route, vous aborderez à Vigo, où nécessairement vous cmrei des nouvelles de lui, ayant des ordres d'y envoyer un bâtiment après le 15 thermidor (3 août), et vous rallierez l'escadre qu'il commande. Dans aucun cas, ne restez pas plus de trois à cinq jours à Vigo.

Si vous rencontrez l'escadre du capitaine Allemand, vous en ferez partie et vous suivrez ses mouvements. Vous remettrez au capitaine Allemand le paquet ci-joint.

LA SORTIE d'allemand ET LE PLAN DU Î6 JUILLET. 671

Si r on n'a\ait à Yigo aucune connaissance de Fescadre du capitaine Allemand, au 18 thermidor (6 août), vous tous dirigeriez sur Santiago pour faire votre jonction avec Famiral Villeneuve, et vous vous rangeriez sous ses ordres.

Si, arrivé à Santiago, vous trouviez que Tamiral Villeneuve en fût déjà parti, vous reviendriez à Cadix, où vous le trouverez infailliblement.

Si vous ne pensez pas pouvoir arriver à Cadix, huit jours au plus tard après lui, vous avez manœuvre indépendante, et vous vous porterez où vous jugerez pouvoir faire le plus de mal à Tennemi.

Si, au contraire, vous appreniez à Vigo ou avant, que Tamiral Villeneuve se fût laissé voir devant le Ferrol, vous n'iriez pas à Santiago, et vous manœuvreriez pour rallier ledit amiral.

Si, au 15 thermidor, on n'a pas eu connaissance' de Tamiral Villeneuve au Ferrol, il n*j a aucun doute qu'il aura été à Santiago, où nous supposons qu'il ne devra plus être au iO fructidor; et si, au 10 fructidor, on n'avait pas de nouvelles à Santiago, c'est que quelque dérangement aurait eu lieu dans ses instructions ; alors, également, vous êtes maître de votre navigation, nous nous en rapportant à votre zèle et à votre expérience de la mer, pour faire le plus de mal possible à nos ennemis.

Napoléon.

Au vice^amiral Villeneuve (i),

Saint-Oloud, 7 thermidor an xni (26 jalllet 1805). (2)

Monsieur l'Amiral,

tPai appris votre arrivée à la Martinique, et les nouvelles qui ine sont parvenues d'Angleterre m'ont appris que vous étiez parti le 16 prairial (5 juin). D'après tout ce que f ai pu comprendre, le contre-amiral Magon, que j'avais expédié avec deux vaisseaux de ligne pour vous renforcer, et avec de nouvelles instructions, sera arrivé à la Martinique après votre départ.

Cela étant, vous vous serez rendu à Santiago et, après y avoir croisé pendant vingt jours, vous vous serez porté sur Cadix.

Mon intention est que vous ralliiez à Cadix les vaisseaux espagnols qui s'y trouvent, que vous débarquiez vos malades et que, sans séjourner à Cadix plus de quatre jours au plus, vous remettiez à la voile, vous vous reportiez sur le Ferrol, vous vous joigniez aux 15 vaisseaux combinés qui sont dans cette rade et que, avec toutes ces forces réunies, vous vous portiez devant Brest et de là devant Boulogne, où, si vous me rendez maître pendant le seul espace de trois jours du Pas-de-Calais, et avec l'aide de Dieu, je mettrai un terme aux destins et à l'existence de l'Angleterre.

Si vous ne U*ouvez pas à Cadix le capitaine Allemand, parti de Rochefort avec 5 vaisseaux de ligne, dont i à trois ponts, et 3 frégates, il est possible

(1) Correspondance de Napoléon, 90! 2.

(2) Expédié à Cadix f sons le coavert de M. Lo Roy. Voir ci- dessus.

672 TROlSIÈBiE PARTIE. — CHAPITRE XII.

que vous le rencontriez sur la route de Cadit au Fcrrol, lui ayant donné Tordre d'aller à Cadi\, en attaquant la côte d'Afrique.

Dansée cas, vous trouverez au Ferrol des instructions qui vous feront connaître la station de l'escadre aux ordres du capitaine Allemand, devant le Ferrol, et vous la rallierez s'il vous est possible.

Les 15 vaisseaux qui sont au Ferrol sont approvisionnés pour six mois; ils pourront donc facilement vous donner des vivres. L'escadre de Brest est également approvisionnée pour six mois ; il y a, indépendamment, des vivres pour votre escadre pendant deux mois, chargés sur des flûtes, et il y en a à Cherbourg et à Boulogne. M. Le Roy, mon commissaire des relations commerciales à Cadix, et l'amiral espagnol, vous fourniront à Cadix tous les vivres possibles.

Je compte sur votre zèle pour mon senice, sur votre amour pour la patrie et sur votre haine pour cette puissance, qui nous opprime depuis quarante générations, et qu'un peu d'audace et de persé\érance de votre part vont faire rentrer pour jamais au rang des petites puissances.

150,000 hommes, un équipage complet, sont embarqués à Boulogne, Étaples, Wimereux et Ambleteuse, sur 2,000 bfttiments de la flottille qui, en dépit des croisières anglaises, ne forment qu'une seule ligne d'embossage dans toutes les rades, depuis Étaples jusqu'au cap Gris-Nez. Votre seul passage nous rend, sans chances, maîtres de l'Angleterre.

Napoléon.

Ainsi qu'on le voit, Tenvoi d'un officier à Vigo et celle du Régulus au même point sont fixés à une date antérieure de 10 jours à celle où la division de Roche fort peut faire son apparition dans ces parages (1).

Peut-on admettre que, dans des pièces aussi nombreuses, la mention 15 thermidor (3 août), au lieu de 25 thermidor (13 août), soit le résultat d'une simple erreur de copie? Ce qui pourrait le faire croire c'est qu'il n'est plus fait mention du rendez-vous indiqué pour l'époque du 3 au 13 août où seulement on a quelque chance de trouver Allemand avant cette dernière date. Il semble donc qu'il y ait eu une certaine confusion entre les ordres de l'Empereur, datés du 9 juin ; ceux du Ministre, en date du 19 juin et du 22 juin; et enfin les instructions non datées qui ont été signalées ci-dessus. Entre toutes ces pièces discordantes, mal renseigné peutêtre par Decrès, dont le trouble s'est manifesté par le manque d'accord entre sa lettre du 19 juillet à Ganteaume et du 20 à Villeneuve, Napoléon finit par prendre des mesures

(1) Voir ci-dessus.

LA SORTIE d'allemand ET LE PLAN DU 26 JUILLET. 673

qui ne répondent plus du tout à ce qui avait été prescrit à Allemand et à ce que ce marin devait exécuter (1).

Le lendemain, l'annonce de la disparition de Calder, devant le Ferrol, amène une autre supposition également contraire à ce qui se passait, et des ordres qui ne concordent pas avec les prescriptions en cours d'exécution.

Au vice^amiral Decrès (2).

SaintCload, 8 theimidor an xiii (27 juillet 1805).

L'csondre anglaise devant Rochefort a disparu le 23 messidor (i3 juillet). Ce n'est que le 20 (9 juillet) que le brick le Curieux est arrivé en Angleterre. L'Amirauté n'a pu se décider dans les \ingt-quatre heures sur les mouvements de ses escadres ; dans ce cas, il n'est pas probable que Tordre h l'escadre devant Rocbefort soit arrivé en trois jours. Je mets donc en fait que cette escadre a levé sa croisière par des ordres antérieurs à l'arrivée du Curieux à Londres, Le 26 messidor (45 juillet), cette escadre a fait sa jonction avec celle du Ferrol, et dans la journée du 26 et au plus tard le 27 (16 juillet), ces ii vaisseaux sont partis par des ordres donnés antérieurement à V arrivée du Curieux. Quelles nouvelles avaient les Anglais avant l'arrivée de ce brick? Que les Français étaient à la Martinique; que Nelson n'y avait que 9 vaisseaux. Qu'ont-ils dû faire ? Je ne serais pas étonné qu'ils y eussent envoyé une autre escadre pour fortifier celle de V amiral Nelson et avoir une supériorité propre non seulement à garantir toutes leurs possessions d'Amérique, mais encore à

(1) Cette question de date prendra une importance capiule, car le plus grand reproche qui sera fiait de Villeneuve sera de ne pas avoir rallié Allemand le i3 août à Vigo.

Ce désordre se manifeste clairement aussi, par la lettre suivante dont la date, postérieure de deux jours au 26 juillet, étonne.

Au vice-amiral Decrès.

Saint-Clond, 9 thermidor an xiii (t8 juillet 1805).

Je vous renvoie les instructions du capitaine Allemand. Je n'y vois pas celle que j'ai signée et où j'avais laissé plusieurs mots en blanc, que vous dévies remplir; comme par exemple, le point de rendez- vous au 25 thermidor ; je vous avais indiqué celui de Santander, de Vigo ou du Passage; il m'est nécessaire de savoir celui que vous avez désigné. L'apostille de votre lettre, où vous annoncez un plan de Vigo et du Ferrol, me ferait croire que c'est le port de Vigo que vous avez désigné.

La nouvelle donnée par le capitaine espagnol que notre escadre était à Porto-Rico le 16 mai, n'a pas le sens commun ; puisque l'escadre n'est partie de la Martinique que le 5 juin.

NàPOLBON.

(t) Correspondance de Napoléon, 9026.

détrmrt noirr étendra, et qur et **jirnt irs ÏA fiut^nai du Ferrol quih aient fait partir pour rAmérique,

Ils ont erninené aver eui ltri« is, frégates, ronelte«, soit pour se tenir en garde, soit pour chercher fann/'e rorahinée.

Si Cfld était ^ la premier f ekos^ à faire ^rait qur C amiral Gourdun m prévint le capitaine AlUinand pour qu^ (rlni-ci entnjt au Ferrfd. Je dt^ire donc que, dans la journée, tous e\p«'diifz un courrier au contiv--amiraJ Gourdon, pour lui dire qu^ la di</ffiritton de la crot*tèrr en ne mie du Ferrul^ si elle dure encore, doit If mettre à même de faire $a jonction avec le capitaine Allemand et que^ joint à lui, tl doit se diriger^ s'il n'a pns eu connaissance au 20 thermidor de Pamiral Villeneuve^ sur Caduc y «|u'il doit préTenir le capiUiine de frégate qui Ta à Viero pour que le Réqulus s't joijme également ; qu'avec ces forces réunies, il doit se joindre aux \ai>seau\ espagnols qui sont à Cadix et faire venir l'escadre de Carthagène, et attendre là Tamiral VilleneuTe. Lorsque ramiral Gourdon partira du Ferrol, il y aura plus de dix-huit jours que Tescadre ennemie aura disparu ; si elle axait paru défaut Cadix, il le saurait alors.

Napoleo5.

ku contre-amiral Gourdon (i).

Saint-Clood, 8 thennidor an xni (27 juillei 1805).

Monsieur le Contre- A mirai, commandant notre escadre du Ferrol,

La nouvelle que vous venez de me donner, par votre lettre datée du 29 messidor, que depuis trois jours les ii vaisseaux anglais en croisière devant le Ferrol ont disparu sans laisser aucune frégate ni escadre légère, rapprochée d'autres combinaisons, nous porte à penser que cette escadre pourrait s'être rendue en Amérique, h la poursuite de la nôtre.

Vous connaissez déjà, par vos instructions, la situation où doit se trouTer le capitaine Allemand, commandant notre escadre de Rochefort, et qui, le 27 messidor (16 juillet) a mis à la voile. Peut-^tro lui-même aura-t-il eu vent de la disparition de la croisière ennemie devant votre port et, selon ses instructions, il vous aura joint /wur se ranger sous votre pavillon. Toutefois, si cette jonction n'était pas encore opt'rée, vous enverrez des bâtiments à sa recherche et vous opérerez votre jonction ; et si^ le 20 thermidor (8 août) vous n'avez eu aucune nouvelle de Vamiral Villeneuve et que vous ne soye% pas bloqué par une force supérieure^ vous devrez penser que Vamiral Villeneuve ne reviendra plus sur le Ferrol mais reviendra sur Cadix, et dés ce moment vous vous dirigerez en toute hâte sur Cadix, Vous attaquerez toute escadre qui serait inférieure à vous, en calculant deux vaisseaux espagnols pour un.

Arrivé à Cadix, vous auret soin di' envoyer un courrier par terre à Carthagène, pour que l'escadre espagnole vienne sur-le-champ vous joindre et, dans

(1) Correspondance de Napoléon, 902'

LA SORTIE d'allemand ET LE PLAN DU 26 JUILLET. 67K

celle situalion, vous allendres V arrivée de l'amiral Villeneuve, qui ne devra rester que peu de jours à Cadix, et reprendre sur-le-champ la mer avec toutes nos esc^idres combinées.

Voui écrirez au capitaine de frégate que notre Ministre de la marine a entoyé h Vigo, pour lui faire connaître qu'il ail adonner une nouvelle direction au HéguluSf en le dirigeanl sur le Ferrai »M1 est encore temps, pour §e réunir k TOUS, ou en lui donnant Tordre d'aller k Cadix, en lui prescrivant d-attaquer la côte d'Afrique et d'éviter le cap Saint-Vincent.

Dans ces opérations combinées, nous ne foulons rien vous taire, comptant entièrement sur votre discrétion et votre attachement à notre personne.

L'amiral Villeneuve avait ordre, dans ses inslri^clions primitives, de se rendre à Santiago, d'y croiser pendant vingt jours et, après cela, d'arriver à Cddix» Nous sommes donc fondé à penser, par les nouvelles que nous avons reçues d'Angleterre, qu'il est parti de la Martinique le 16 prairial {4 juin) (i), ce qui ferait deux mois au 15 thermidor (3 août). Nous sommes également fondé à penser que le contre-amiral MagOn, que nous avions expédié, avec deux de nos vaisseaux de Rochefort, qui en est parti le 11 floréal f1«' mai), et qui portait Vordre à l'amiral Villeneuve de venir droit sur le Ferrol pour faire sa jonction avec vous, ne sera arrivé qu'après son départ et que Vamiral Villeneuve aura suivi sa destination (2).

Nous nous en rapportons du reste à votre expérience de la mer, aux combinaisons que vous pourrez faire, après la connaissance que nous venons de vous donner de l'état des choses, et à votre attachement pour notre personne.

Notre principal but est que vous parveniez à joindre F escadre de Rochefort à

votre escadre et à vous réunir, avec cette escadra, à l'escadre espagnole qui est

au Ferrol, sous le pavillon de l'amiral Villeneuve, qui vous donnera des ordres

pour vos opérations ultérieures.

Napoléon.

En partant du Ferrol, ne voulant pas négliger môme les suppositions les moins probables, vous laisserez, à notre commissaire des relations extérieures, un paquet pour l'amiral Villeneuve, en cas qu'après le 20 thermidor il arrivât encore sur le Ferrol. Dans cotte lettre, vous lui laisserez la copie de ces instructions avec cette apostille par laquelle nous lui ordonnons, dans ce cas improbable, de se rendre a Cadix pour se joindre à vous et, une fois votre jonction opérée, suivre les instructions dont vous avez été antérieurement porteur pour lui, et dont le but n'a pas changé. Il trouvera d'ailleurs, chez le commissaire des relations extérieures Le Roy, tous les développements dont il pourrait avoir besoin mais qui, cependant, ne lui disent rien de nouveau, notre but étant constamment le même que celui qui est porté dans les paquets que vous avez pour lui.

(1) Exact.

(2) On a vu que Magon ne portait cet ordre que comme exécutoire 35 jours après son arrivée aux Antilles, prévue pour les premiers jours de juin. Villeneuve ne devait partir que vers le* 19 juillet. Voir ci-dessus.

Chose singulière, l'essentiel étant pour Gourdon de joindre Allemand, le premier ne sait pas par cet ordre que Tescadre de Rochefort doit venir à Vigo après le 13 août, et il apprend qu'elle a des instructions pour venir au Ferrol, alors que Tordre du 9 juin dit seulement que si Allemand est sûr que le Ferrol n'est pas bloqué et que Villeneuve ny soit pas arrivé, il PEUT entrer à la Corogne. Quant au rendez-vous, à hauteur de Rochefort, il n'en est pas fait mention.

Conformément aux ordres de TEmpereur, le lieutenant de vaisseau Gauthier, aide de camp du Ministre de la marine, partit de Paris le 27 juillet au matin. Il arriva « à Vigo » le 5 août, à 3 heures du matin, après 10 jours de marche. « Allemand n'avait paru ni ici, ni à Cadix, ni au Ferrol (1). »

Le Régulus ne put quitter Lorient.

Quand à Tagent Le Roy, à Cadix, il reçut les ordres du 26, destinés à Villeneuve, et, sous plis fermé, ceux du même jour pour Allemand, avec sa nomination conditionnelle au grade de contre-amiral.

Rien de tout cela ne devait être mis en usage.

(l) Lettre au Ministre BB'\ 233.

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