CHAPITRE XIII
La situation de Villeneuve au 4 juin était la suivante :
Les instructions du 2 mars, qu'il avait emportées de Toulon, lui prescrivaient en substance :
D'attendre 40 jours à la Martinique l'arrivée de Ganteaume ;
Après ce délai, de débarquer aux Iles du Vent et à Saint- Domingue les troupes de Lauriston ;
D'aller à Santiago, aux Canaries, croiser 20 jours pour attendre Ganteaume ;
Enfin, d'entrer à Cadix.
Les ordres qu'apportait Magon, contenus dans la lettre de l'Empereur du 13 avril à Lauriston, celle du 14 à Villeneuve, celle de Decrès en date du 17, consistent à attendre 35 jours après l'arrivée de Magon, puis à gagner le Ferrol. Entre temps, il faut « assurer la possession de nos îles de la Martinique, de la Guadeloupe, de Sainte-Lucie et de la Dominique », dont les deux dernières sont aux mains des Anglais, et y « joindre d'autres possessions ».
La Didorij arrivée quatre jours avant les vaisseaux de Magon, apporte, outre la copie des ordres précédents, ceux rédigés par Decrès le 29 avril, l'avis que « Sa Majesté regarde « comme très possible d'expulser les Anglais de toutes leurâ
« colonies des Iles du Vent que l'Empereur compte aussi
« la Trinité au nombre des conquêtes importantes qu'on peut « espérer », mais aussi que « toutes ces entreprises doivent « être subordonnées au grand objet de l'opération essentielle « qui doit couronner les armes de Sa Majesté ». La lettre du
1**" mai confirme une fois de plus l'injonction, en tout état de cause, de se diriger sur le FerroL
Le 5 juin, à cinq heures du matin, après avoir embarqué 796 hommes fournis par le capitaine général de la martinique, Tescadre partit pour la Guadeloupe, où la précédait Lauriston :
Le Capitaine général de la Martinique et dépendances à Son Excellence Monseigneur le Ministre de la marine et des colonies (i).
Fori-de* France, le 19 messidor an xni (8 juillet 1805).
Monseigneur,
J'ai l'honneur de rendre compte à Votre Excellence de Varrivéede la frégate la « Didon », qui mouilla ici Ke 10 prairial (30 mai), et dont les dépêches décidèrent sans doute l'amiral Vjlleneuye et le général Lauriston à me demander 796 hommes de ma garnison pour commencer leurs opérations contre les colonies anglaises.
Le contre-amiral Màgbn ayant rallié le pavillon de l'amiral aTec ÏAlgésiras qu'il monte et le vaisseau VAchille, Tarmée combinée mit à la Toile le 16 (5 juin), à 4 heures du matin, portant environ 8,000 hommes de débar*^ quement ; elle fit route pour la Guadeloupe, où elle devait encore prendre 80O hommes et des munitions.
Le 16 (5jwm), à 5 heures du matin, dit de son côté Reille, V armée a mis sous voile. Cette attaque du Diamant, différée d'un jour à l'autre, a retardé le départ de l'armée de cinq jours.
Le 17 (6 juin), passé sous le vent de la Dominique; reconnu dî^ns la Grande- Anse une frégate, une corvette et une vingtaine do bâtiments de commerce qui s'y étaient réfugiés sous la protection du Morne à Cahrit. Cette position, formée par deux mamelons couronnés chacun par un ouvrage et séparée de rtle par un marais, parait assez forte et est le réduit de sa défense. Arrivés à 3 heures après-midi devant la Basse-Terre de la Guadeloupe, pris à bord de différents vaisseaux 700 hommes des troupes de cette île et des pilotes, l'armée rejointe par deux de nos frégates qui, la veille, ont pris un corsaire anglais de 2Ç canons, 120 hommes d'équipage. A 9 heures du soir, l'armée a fait servîi* et fait route au Nord.
L'arrêt à la Guadeloupe n'avait servi qu'à affaiblir de 700 hommes la défense de cette colonie.
Ayant à ce moment le projet d'attaquer la Barbade, Villeneuve ne croyait pas avoir assez de soldats :
(1) Archives de la Marine, BB»v. Î33.
Le 16 prairial (i), rarmée, accrue de deux iraisseaux entrés la Teille au Fort-de-France, mit à la Toile a^ec le projet . d'attaquer la Barbade. Cette expédition exigeait un corps de troupes considérable, et Ton yoit par la correspondance, qu*en outre de celles embarquées et de 796 hommes de la garnison de la Martinique, le général Lauriston précéda Farmée à la Guadeloupe pour y prendre 600 hommes de la garnison de cette dernière colonie.
Le total des troupes embarquées est ainsi do 8,600 hommes.
Quelles que fussent, dès ce moment, les intentions de Villeneuve, après avoir négligé d'attaquer la Dominique, il allait aussi épargner Antigoa, pourtant sur son chemin :
Le 18 (7 juin) (2), continué la route au Nord, passé la nuit sous le Tent d' Antigoa, qui a tiré toute la nuit des coups de canon d'alarme.
Le lendemain on fit une capture importante :
Le 19 (8 juin) (H) au matin, Tescadre légère a donné chasse à un petit bâtiment de guerre et Ta amené le soir. Le môme jour, à 10 heures du matin, étant sous le Tent de la Barbade, les Tigies ont signalé un conToi de quinze voiles; l'armée a couru dessus et, après cinq heures de chasse, quatone de ces bâtiments ont été amarinés. Ce convoi, chargé de denrées coloniales, était parti la Teille au soir d' Antigoa. Passé la nuit en panne pour rallier tous les bâtiments.
C'est à ce succès insignifiant que devait se borner Villeneuve ; les nouvelles qui lui parvinrent à ce moment allaient lui faire abandonner tout projet d'attaque contre les colonies anglaises et prendre une décision qui eut sur les opérations ultérieures une grave influence.
A bord da vaisseaa de S. M. L le Bucentaure, en mer, le tt prairial
anxui (11 juin 1805) (4).
Monseigneur,
Les vaisseaux VAlgésiras et V Achille^ sous le commandement du général Magon, ont rallié mon pavillon dans la baie du Fort-de-France, le 45 de ce mois (4 juin). Toute Vescadre était en appareillage, ayant les troupes et les munitions à bord, avec Vintention d'aller faire une attaque sur Vile de la
(1) Rapport d'ensemble de Decrès, 22 Juillet.
(2) Journal de Reille.
(3) Journal de Reille.
(4) Archives de la Marine, BB", 230-224.
Barbade, et le 16 (5 jain) j'ai mis sous voile, me dirigeant sur la Basse-Terre, tle de la Guadeloape, le frénéral Lauriston ayant désiré prendre 600 hommes de troupes sur les garnisons de cette colonie. Le 17 (6 juin) au soir, j*ai paru deTant la Basse-Terre (Guadeloupe), et le général Lauriston, qui m'avait précédé afec deux frégates, a fait embarquer ces troupes sur les vaisseaux de Tescadre.
La même nuit, nous avons fait route pour débarquer entre Antigoa et Mont- Serrât. Le 49, à iO heures du matin, après avoir doublé Antigoa, nous avons eu connaissance, dans le nord-nord-ouest, d*un convoi de quatorze voiles, sous Tescorte d'une seule goélette. J'ai ordonné une chasse générale et, à Tenbrée de la nuit, tout le convoi était pris, à l'exception du bâtiment d*escorte; ces bâtiments, sortis d'Antigoa, tous destinés pour l'Europe, sont chargés de denrées coloniales.
Nous avons appris par les prisonniers f arrivée à la Barbade de V escadre anglaise de la Méditerranée, forte de douze à quatorze vaisseaux et de plusieurs frégates; cette force, réunie à celle de Vamiral CochranCy dispersée dans ces mers, suffisait pour balancer nos forces combinées, si même elle ne nous était peu supérieure, attendu la force des vaisseaux, dont plusieurs sont à trois ponts. Dans cet état de choses, non seulement V attaque de la Barbabe, mais tnéme toute autre entreprise sur les possessions ennemies devenait impossible; il ne nous restait plus qu'à retourner à la Martinique attendre, dans tme inaction pénible et destructive de la santé des équipages, V époque fixée pour effectuer un retour en Europe, Mais les vents étaient au sud-est, la chasse du convoi nous avait écartés beaucoup sous le vent, il nous fallait dix jours pour regagner la Martinique et probablement courir les chances d'un combat, après lequel nous n'eussions trouvé aucun moyen de nous réparer; et dans la supposition même d'une victoire, Vescadre, dans V impossibilité d'effectuer son retour en Europe, serait restée à charge à nos colonies qui n'auraient pu subvenir à sa subsistance et à son entretien. Bans cette perplexité, je voulus en conférer avec Garnirai Gravina, Je le trouvai abonder dans le sens de la nécessité deffectuer immédiatement notre retour sur le Ferrol, y faire notre jonction et donner suite au but principal de notre destination. H ne put même être détourné par la possibilité qui pouvait exister encore de l'arrivée de l'amiral Ganteaume, dont le départ ne devait être arrêté (1) que le 10 de mai. Bans cette hypothèse, même quelque peu probable qu elle fàt, notre opération était encore bonne en ce que nous avions dès lors la certitude de ne rencontrer aucune force devant Brest, et la suite de notre mission en devenait plus facile. Le général Gravina était particulièrement excité par la considération de l'état de ses équipages qui, déjà extrêmement faibles, étaient journellement diminués dans les colonies par la maladie et par la désertion. Je me suis déterminé donc^ pour le plus grand intérêt de VÉtat, à faire route pour l'Europe, J'ai chargé la frégate
la (2) du soin d'escorter les prises au premier port de nos colonies où
elle pourrait arriver.
Le 21, j'ai fait embarquer les troupes appartenant aux colonies sur les
(1) Mot douteux dans le texte.
{t) En blanc dans le texte.
frégates VHortense, VHermioney la Didon et la Thémit, avec ordre aux commandants de venir me rallier aux Açores, à vue de .... (1), après avoir débarqut^ ces troupes à la Guadeloupe, comme le port le plus à portée, et les vents continuant dans la partie du sud-est, j'ai fait route au nord-nord-est. Je prie Votre Excellence d'agréer Thommage de mon respect.
ViLLENErVE.
Ainsi donc, contrairement à ses instructions, Villeneuve se décidait à repartir pour l'Europe sans attendre Ganteaume.
Journal de Reille.
Le 20 (9 juin), Tarmée étant ralliée a continué sa route. Les bâtiments pris ont été expédiés pour la Guadeloupe sous l'escorte de la frégate la Sirène.
Le 21 (10 juin), au matin, l'armée a mis en panne, les 1300 hommes de troupes, pris à la Guadeloupe et à la Martinique, ont été mis sur les frégates VHortense, Yffermione, la Thémis et la Didon^ et ces frégates sont parties pour aller les déposer à la Guadeloupe et venir ensuite joindre l'armée. A six heures du soir, tous les vaisseaux ont fait servir faisant route au nord-nord-est. Les troupes renvoyées à la Guadeloupe ainsi que les pilotes avaient été pris pour une expédition sur les Antilles, ce projet a été bien vite abandonné pour faire route pour TEurope.
n parait que Ton a quelques avis que Nelson peut être arrivé dans les Antilles avec 10 à 12 vaisseaux, et que l'intention de l'amiral n'est pas d'avoir un combat ; nous verrons par la suite quel sera le résultat de cette détermination prudente. Nous avons été maîtres de la mer pendant trois semaines, ayant 7,000 à 8,000 hommes de troupes de débarquement, et nous n'avons pu attaquer qu'une seule île.
Il est intéressant de voir comment Decrès crut pouvoir justifier Villeneuve de cette violation formelle de ses instructions.
Le vice-aminil Villeneuve apprit par les prisonniers que l'amiral Nelson venait d'arriver à la Barbade avec 12 à 14 vaisseaux ; et cet événement le conduisit à calculer que l'escadre de Nelson réunie à celle de Gochrane suffirait pour balancer les forces combinées^ qu'ainsi il devenait impossible de tenter l'attaque de la Barbade ou de toute autre colonie anglaise ; qu'il ne lui restait d'autre parti que de retourner \ la Martinique, ce qui entraînait des lenteurs et de graves inconvénients, ou d'effectuer immédiatement son retour en Europe.
Dans cet état de choses, l'amiral Villeneuve, après en avoir conféré avec
(1) En blanc dans le texte
68î TROISIÈBIE PARTIE. — CHAPITRE XHI.
i'nmiral GraTÎna qui partagea son opinion, bim persuadé comme Inique Camiral Ganteaume ne pourrait quitter Brest ou que, s*tl en était parti, il ne te trouverait plus de croisière anglaise sur ce port; sachant enfin que la maladie et la désertion faisait des prog^rès parmi lea équipages espagnols, se dérida à partir immédiatement pour le Ferrol ; toutes ces considérations paraissent suffisantes pour légitimer le parti que le vice-amiral Villeneuve crut devoir prendre de concert avec Tamiral Gravina ; et, en effet, quand bien même les forces anglaises eussent été inférieures à l'armée combinée, le résultat d'une action aurait été de paralyser une grande partie de nos vaisseaux dans les Antilles.
Mais il fallait encore opérer le retour, à la Guadeloupe et à la Martinique, des soldats provenant des garnisons de ces colonies, et le vice-amiral Villeneuve pourrait être blâmé d'avoir gardé des hommes si précieux en les faisant embarquer sur des frégates.
Mais les motifs qui le décidèrent à faire son retour en France ne lui permettaient guère de prendre une autre mesure ; on voit d'ailleurs qu'il avait l'intention de choisir ses meilleures frégates, de les expédier sur la Guadeloupe dont l'abri est facile ; et enfin le succès a justifié complètement sa détermination puisque ces troupes sont heureusement parvenues à leur destination.
EflFectivement, il était urgent de rendre à la défense des deux colonies de la Martinique et de la Guadeloupe, les quelque 1500 hommes qui leur avaient été si malencontreusement enlevés. Les frégates chargées de cette mission y réussirent, mais il n'en fut pas de même de la Sirène qui ne put mettre ses prises en lieu sûr.
Ce fut le 1®' juillet seulement que Villeneuve reçut cette nouvelle. Depuis 20 jours déjà il avait fait route au nord, puis à Test et se trouvait tout près des Ac^ores.
Journal de Reille.
Les 22, 23, 24, 25, 26 (11, 12, 13, 14, iô), continué la route du nord, rencontré quelques bâtiments neutres, rien d'ailleurs d'intéressant. Les frégates marchent au milieu de l'armée, au lieu de marcher \ deux lieues sur les flancs pour l'éclairer, défaut général dans notre marche depuis le départ.
Les 27, 28, 29, 30, 1", 2, 3 et 4 messidor (16, 17, 18, 19, 20, 21, 22 et 23), le cap au nord, mais fait très peu de chenvn à cause des calmes.
Le 5 messidor (24 juin), les vents ayant passé dans la partie de l'ouest, fait route à l'est.
Les 6, 7, 8, 9, 10, Il et 12 (25, 26, 27, 28, 29, 30 juin, 1" juillet), conti^ nué notre route à rE.-1/4-N.-E., vent grand frais, faisant environ 60 lieues par jour ; ce même jour, 12, chassé des bâtiments que nous avons bientôt
(1) Archives de la Marine, BB'v, 230.
reconnus être les i frigatt» qui noua an ient quitta le tl, et la frégate \aSirtne qui était restée aiee le coDfoi. D'après leur rapport, elles ont déposé leun troupe* i la Pointe-ft-PItre (Guadeloupe), le fS prairial, et le IcDdemain en •ont reparties ; elles ont rencontré, it 6i) ou 80 lieuei ou nord de In Barbade, le eonioi qui, h cause de la mauTnite qualité de pluiieuri des bAtîments, n'aiait pu s'élever assez au vent pour doubler les Iles et aller k la Guadeloupe. Elles ont essajé de le conduire k Porto-ltico - mais le vent ne les ayant pas seni, le commandsnt s'est décidé k le brdier et ^ emmener avec lui la Sirène, frégate d'sMorte. Ce qui justifie ce pnrti, c'est qu'on a aperçu deux frégates anglaises qui l'auraient infailliblement repris sur la ndtre.
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ITINftB'LIRE DO RETOUR DE VTLI.BNEUVR.
(D'après 1b iable d« locb do Taisiean l'Atla»)
Les prises faites avaient donc été brûlées.
Le IS niRi»dor an xiri (■•'jnillet 1805),
Les frégates que j'avais expédiées pour rapporter les troupes à la Guadeloupe m'ont rallié hier, après avoir rempli leur mission ; deux jours après leur départ de In Guadeloupe, elles ont rencontré le convoi de 14 prises que j'avais
mis sous la conduite de la frégate la Sirène, avec ordre de se rendre soit à la Guadeloupe, soit à la Martinique ; elles Tout rencontré presque au m^me point d'où je Tavais expédié depuis huit jours. Ces bâtiments extrêmement chargés, contrariés par les vents du sud-est, n'ont pu remonter au vent des îles. Le capitaine Lameillerie s'est déterminé à leur faire faire route pour Porto-Rico, mais voyant que ces b&timents ne marchaient pas, qu'ils étaient mal manœuvres, par le peu de soins qu'on avait mis à les amariner, qu'il ne pouvait pas s'attacher à les escorter jusqu'à ce point, dans la crainte de ne pouvoir rallier l'escadre ; informé d'ailleurs que des frégates anglaises étaient à leur recherche ; qu'ils ne pouvaient manquer de devenir leur proie ; voulant assurer le dommage occasionné au commerce de l'ennemi, il s'est déterminé à les brûler, après en avoir retiré les équipages que nous y avions mis. Au moment de l'incendie, deux frégates anglaises ont paru ; le commandant Lameillerie leur a donné chasse jusqu'à la nuit sans pouvoir les atteindre, et, dès qu'on les a eu perdues de vue, il a fait sa route pour me rallier au point de rendez-vous que je lui avais donné ; ce convoi pouvait valoir iouti înillions. La frégate la Didon vient de prendre un lougre, corsaire de 14 canons et de 49 hommes d'équipage, auquel elle a mis le feu.
Je prie Votre Excellence, d'agréer l'hommage de mon respect.
Villeneuve.
Le départ précipité de Villeneuve, bien que conforme aux intentions qu'avait TEmpereur dès le début de mai, dérouta toutes les prévisions. C'est ainsi que les frégates envoyées après le 3 mai pour porter à l'amiral des ordres et des nouvelles le manquèrent toutes.
Ce fut tout d'abord la Nayade, envoyée par le capitaine général ViUaret, deux jours seulement après le départ de l'escadre.
Des avis certains de la Dominique^ et le rapport de deux Américains n{ ayant annoncé V arrivée de V amiral Nelson à la Barbade, avec 10 vaisseaux, f expédie sur-le-champ (7 juin), la Nayade pour Vannée, avec ces avis, en prévenant r Amiral que le lord Nelson n était resté que vingt-quatre heures sur rade et avait été le cherchera la Trinité où Von croyait V armée française. Cette cor' vette appareilla dans la nuit du Î5 et rentra le 7 de ce mois, après avoir en vain cherché l'armée : elle a heureusement échappé à toutes les frégates anglaises, qui couvraient à cette époque les environs de Carlisle, qu'elle reconnut cependant à diverses reprises (1).
Puis, ce fut le tour de la Topaze^ partie de Nantes le 15 mai avec les nouveaux ordres de l'Empereur (1) et arrivée à la Martinique le 19 juin.
(1) Lettre de ViUaret, BBiv, 2î3.
La Topaze mouiia à la Martinique le 30 (i9juin), à 6 heures du matin ; et comme elle était chargée uniquement de paquets pour l'amiral, à neuf heures elle était sous voiles avec mes instructions, mais elle ne fut ni ne pouvait être plus heureuse que la Nayade, puisque l'armée avait quitté Tarchipel depuis le ±\ ; elle rentra le 5, après plusieurs chasse* (1).
Voici quelle avait été Vodyssée de cette frégate.
21 Juin 1805.
Instructions secrètes pour M, Baudin, capitaine de frégate, commandant la frégate impériale la Topaze, expédiée pour rejoindre Varmée de Vamiral Villeneuve le 30 prairial (i 9 juin) an XUL
M. Baudin, commandant la frégate impériale la Topaze, appareillera surle-champ et dirigera sa route vers la Barbade où il doit trouver l'armée française : il reconnaîtra en conséquence la baie de Garlisle, en prenant toutes les précautions qu'exige la présence de l'amiral Nelson dans cet archipel qu'il parcourt avec 12 vaisseaux et 7 à 8 frégates.
Si l'amiral Villeneuve avait été contrarié dans sa traversée et qu'il ne fût pas encore arrivé à la Barbade, M. Baudin le cherchera et l'attendra dans les parages de cette ile, en ayant soin de s'entretenir toujours au vent.
11 visitera tous les bâtiments qu'il croira pouvoir lui donner des renseignements sur la position de notre armée, afin de joindre le plus tôt possible et remettre à l'amiral les dépêches dont il est chargé.
M. Baudin croisera pendant deux jours dans les parages désignés ci-dessus, mais si A cette époque il n'avait nulles nouvelles de l'armée combinée, il fera son retour au Fort-de- France.
Signé : Villaret.
Pour copie conforme :
F. Baudin.
F. Baudin, commandant la frégate la m Topaze ». à l'amiral Villaret- Joyeuse, capitaine de la Martinique et dépendances.
En rade de Fort-de- France, île Martinique. 5 messidor an xiii, à cinq heures du matin (21 juin 1805).
Général,
Pour remplir vos instructions secrètes, en date du 30 prairial (19 juin) dernier, j'ai appareillé ce jour môme, aussitôt votre dernier ordre reçu, et je n'ai rien négligé pour m'élevor promptement ou vent, doubler Sainte-I^ucie et
(1) Letlro do Villaret, BB»^, 223.
(2) Archives de la Marine, BB»t, 233.
faire rouU' pour roa desLination. Mais reUirdé par lefl couranU, contrarié par les Tentt, ce n'a él<^ que le 2 meMJdor (21 juin), au point du jour, que la Martinique m'est restée au 0. 1/i S.-O. distance de 5 à 6 lieues ^- quoique j'aie eu ensuite beaucoup de vent d*E.>S.-E<^- JVtais le 3 messidor (iS juin), à onze heures du soir, par 13^ 22^ do latitude conclue de plusieurs hauteurs méridiennes d'étoile, la pointe nord de* la Barbade est par 13* 18', et je devais être aussi i\ 2 ou 3 lieues dans Test ou dans Touest de la Barbade; j'ai manœuvn* pour me tenir h cette distince. A cinq heures et demie du mutin, le 5, la vigie a crié : Terre et navires; c'était une frégate et un brick armé. J'ai pris les précautions d'usage. Ce bAtiment répondit mal h mes signaux de reconnaissance, il n'était plus qu'î\ une lieue et demie, je n'ai pas voulu qu'il approchât davantage, j'ai fait hisser le pavillon national et assurer d'un coup de canon. La frégate a encore hifsé quelque patillon, et elle a assuré le pavillon anglais. Alors j'ai pris cha8«*e au N. 1/4 N.-E. 2à 3 quarts largue — l'ennemi n'avait point d'avantage de marche sur la Topaze^ — il a serré le vent, je l'ai tenu aussi; il me gagnait beaucoup au vent et un peu de Pavant ; j'ai fait porter, et k midi je ne Tapercetais plus ; j'étais par 14* 17' de latitude. Alors, j'ai fait remettre le cap au sud pour rejoindre l'Ile que je devais reconnaître. A deux heures et demie, j'ai eu connaissance de trois frégates et d'une corvette qui m'ont chassé jusqu'à quatre heures et demie sans me gagner, quoique j'eusse pris chasse vent arrière au 0. 1/4 N.-O. qui était la route la plus directe pour revenir au Fort-de-France. A cinq heures et demie, J'ai aperçu la Martinique et Sainte- Lucie, et à cinq heures du matin, le 3, j'ai mouillé sur rade atec le chagrin de n'avoir pu remettre mes dépêches, mais avec l'espoir que vous serei convaincu, mon général, que j'ai fait tout ce que le «èle et la prudence me prescrivaient, et que vous voudrez bien, en ce sens, informer Son Excellence le Ministre de la marine de mes efforts pour remplir, comme je le devais, la mission dont j'étais chargé.
J'ai l'honneur d^étre avec respect, mon général, votre très humble et très obéissant serviteur.
Signé : F. Bai'din.
Il en fut de niôine des autre» bâtiments expédiés à la recherche de Villeneuve.
Lettre du capitaine général Villaret
8 Jaillet 1805.
Le !•' messidor, j'eus enfin des nouvelles de notre escadre par un officierde mon état-major que j'avais embarqué sur cette expédition ; il mVnnonça que Tarmée s'était emparée, sous Antigoa, de treize voiles faisant partie d*un convoi chargé de denrées coloniales; elle avait expédié ces prises pour nos îles, sous l'escorte de la Sirène^ qui fut obligée, vingt-quatre heures après avoir quitté l'escadre, de brûler tous ces bAtimenU k la vue de deux frégates anglaises qui les auraient indubitablement repris. Le général Villeneuve eut
sans doute^ par ce convoi, les mêmes avis que je lui avais transmis fur l'arrière des forces anglaises, et il se décida i\ quitter ces mers, on renvoyant les troupes coloniales sur quatre frégates qui alxirdèrent à la Guadeloupe le 25.
Le détachement de la Martinique se trouvant ainsi compromis, et me donnant infiniment d'inquiétude par la supériorité mciritime que le départ de nos forces laissait à Tennenii, Je ne perdis pas un instant pour envoyer la Torche (1 ) À la Guadeloupe, où elle fut suivie de très près par la frégate la Topaie et les bricks la Nayade et le Faune (f). Ces quatre bâtiments ont eu le bonheur de remplir avec succès et célérité'' la mission importinte dont ils étaient chargés.
Cet embarquement a eu néanmoins, à cet égard, des suites sur lesquelles je ne puis trop manifester de regi'ets, car ces troupes ont éprouvé autant de diminution que si elles avaient éU; li un combat, et nous avons à déplorer la mort d^une centiine d'hommes, morts de malais<!, de souffrances de tout genre et de fatigues, les soldats ayant été dans le cas de faire, à la Guadeloupe, des marches forcées, d'après le point éloigné où ils ont été débarqués.
Cette circonstance et celle de la saison malsaine de l'hivernage, dont on reconnaît l'approche aux ravages que fait déjî\ la fièvre Jaune qui, depuis le commencement de ce mois, nous fait perdre Jusqu'à cinq hommes par jour, me détermine à observer à Votre Excellence que, malgré les G57 hommes que l'escadre de Toulon nous a portés et qui, déduction faite des 80 hommes d'artillerie qu'elle a pria ici pour emmener en Europe, ont opéré une augmentation réelle, de 577 hommes , nos forces se bornent aujourd'hui à 2,800 hommes sous les armes et 409 hommes aux hôpitaux, et qu'ainsi nous ne tarderons pas à nous retrouver à peu près sur le pied où nous étions â notre arrivée. Votre Excellence sentira sans doute la nécessité de nous maintenir au moins sur ce pied jusqu'à la fin de la guerre, tous les regards de l'ennemi étant maintenant tournés vers les Iles du Vent, et je ne puis que vous renouveler encore, en cette circonstance, la demande que je vous ai faite de petits recrutements par des envois partiels, d'environ 200 hommes à la fois, qui arrivant sur des frégates de temps à autre, remplaceront imperceptiblement nos pertes et nous conserveront, sans le moindre embarras, notre attitude actuelle.
Il est aussi de mon devoir de porter les regards de Votre Excellence sur le vide que nous éprouvons par le défaut d'envois de fonds d'Europe ; je laisse au préfet colonial à vous faire le déUiil de la situation pénible où nous a mis à cet égard la présence des escadres de Toulon et de Uochefort ; et j'ose vous assurer que cet objet intéressant appelle de votre part la plus pressante solli* citude.
L'amiral Nelson parait avoir abandonné entièrement les mers des Iles du Vent; des avis certains m'annoncent qu'il est à la recherche de notre escadre; il a été rencontré, le 30 prairial, par les 27 degrés de latitude et 57 degrés de longitude méridien de Londres ; il n'a laissé ici qu'un vaisseau de guerre et quatre frégates aux ordres de l'amiral Cochranc.
(1) Plus tard prise par ronneroi en navignant avec la Topaze.
(2) Pris par l'ennemi.
L'ennemi fait courir le bruit que les amiraux Collingwood et Graines sont attendus journellement à la Rarbade avec douze Taisseaux.
La frégate le Président (I) est arrivée le 12 (!•' juillet) de ce mois ; la corvette le Départ pment-dcs- Landes (2) le 13 (2 juillet); et le brick le Néarque (3) le 15 (4 juillet).
Les ordres de Votre Excellence me prescrivent de renvoyer avec leurs dépêches tous les bâtiments expédiés par vous; je les ferai tous filer pour la France dans le courant de ce mois, et je ne garderai que la Noyade et la corvette la Cyane^ prise faite par Fescadre, et dont M. Meynard, lieutenant de vaisseau, prendra le commandement quand elle sera armée. Nos fonds, d'ailleurs, ne nous auraient pas permis d'entretenir dans ces mers cette quantité de bâtiments de guerre.
Les lettres que Vomirai Villeneuve tn écrivit en quittant cet archipel ayant été malheureusement jetées à la mer dans le trajet de la Guadeloupe^ ici je n^ai pu connaître ses dispositions, ni celles de Vomirai Gravina, relativement à la frégate la « Santa-Magdaleno », restée ici ; et je prends en conséquence le parti de l'autoriser à partir pour l'Europe en même temps que le Président (A) * qui porte cette dépêche.
Agréez, Monseigneur, l'assurance de mon respect.
ViLLARET.
Qu'était devenu Nelson depuis le 4 juin ? A son arrivée à la Barbade, ce jour-là, cet amiral y avait trouvé la lettre suivante :
Le brigadier général Brereton (5) au lieutenant général Myers (6).
Sainte- Lucie, t9 mai, 11 heares do matio.
a Je reçois à Tinstant un rapport du côté du vent de « Gros-Ilet (7) annonçant que Tennemi, fort de 28 voiles, est « passé hier soir. Sa destination doit être la Barbade ou la « Trinité. »
Comment un renseignement si absolument inexact à cette date put-il être envoyé ? Tout ce qu'avait fait Villeneuve avait été, le 28, d'envoyer trois de ses frégates croiser au vent des
(1) Partie ito Loricnt le 21 mai.
(t) Partie de Rochofort le 23 mai.
(3) Parti de Lorient le 21 mai.
(4) Cette lettre partit le 8 juillet.
(5) Commandant à Sainte-Lucie.
(6) Commandant en chef des forces de la Barbade et des lies soos le Vent.
(7) Pointe nord-ouest de Sainte- Lucie.
îles anglaises (1), mais de trois frégates à vingt-huit voiles, il y a loin. Toujours est-il que la précipitation de Nelson à accueillir cette fausse nouvelle l'attira dans une direction tout à fait erronée.
« Il n'y a pas de doute, écrit-il à F Amirauté, ni pour les « généraux, ni pour les amiraux, que l'ennemi va attaquer « Tabago ou la Trinité. Bien quQ je sois fort pressé d'atta- «. quer leurs 18 vaisseaux, comme sir Williams Myers m'a (« offert 2,000 hommes, je ne puis refuser une si gracieuse « offre. »
Le retard causé par cet embarquement fit lever Tancre le 5 juin seulement, à 9 h. 30 du matin; on avait le cap au sud^ et Nelson était si assuré d'une rencontre qu'à 2 heures du soir, il ordonna le branle-bas de combat. Le lendemain, à 5 h. 30 du soir, en vue de Tabago^ un shooner signala que f ennemi était à la Trinité, En y arrivant le 7, à 5 heures du soir Nelson n'y trouva personne (2). Il était donc joué une fois de plus.
Le 8 seulement, il reçut la nouvelle, exacte cette fois, de la prise du Diamant par les Français : le capitaine Maurice, qui avait capitulé, annonçait « que l'escadre française était toii- « jours à la Martinique et que le commodore français [sic) lui « avait dit que l'escadre du Ferrol, forte de 6 vaisseaux fran- « çais et 8 espagnols, était arrivée à Fort-de-France le « 4 juin ». C'était, on l'a vu, la division de Magon, dont l'appoint se bornait à deux vaisseaux ; mais quelque inquiétante que fût cette rumeur, Nelson ne s'en troubla point.
« Je doute fort, écrit-il, de l'arrivée de l'escadre du « Ferrol, car on ne peut entrer ou sortir de Fort-Royal « (Fort-de-France), sans être vu du Diamant. Mais, quelque « forts qu'ils puissent être, ils ne feront pas impunément de
(1) Voir ci-dessus.
(2) D'après Clarke et M. Arthur, la fausse nouvelle donnée par le schooner de Tabago s'expliquerait ainsi : Un négociant de cette île, particulièrement anxieux de savoir si les vaisseaux de Nelson étaient amis ou ennemis, avait envoyé son employé sur un shooner à la rencontre de Tescadre. Il arriva que le signal fait par le schooner correspondit justement à la réponse « oui » faite à la questicn posée : o Les Français sonl-ils à la Trinité ? »
Le capitaine' d'un brick américain, sans doute avec une intention hostile annonça aussi que, quelques jours plus tét, il avait rencontré la flotte française près de la Grenade, se dirigeant vers la Trinité.