CHAPITRE
La manière dont furent menés les travaux des ports, à partir du printemps 1804, ne forme pas l'épisode le moins curieux des vicissitudes subies à cette époque.
On a vu que Thiver 1803-1804 avait été marqué par une période d'activité considérable qui avait produit des résultats réels. Mais rien n'était terminé et tant s'en fallait, comme il a été dit plus haut. Pendant l'été, les travaux furent continués, mais avec une lenteur dont on trouvera plus loin la preuve, et subitement, à l'entrée de l'hiver, sans que rien soit conforme aux projets primitifs, alors surtout que l'essentielle construction du barrage à Boulogne est à peine ébauchée, tout est brusquement interrompu pour plusieurs mois. On va voir les graves inconvénients qui résultèrent de cette mesure.
La raison, apparente au moins, fut le chiffre excessif auquel les dépenses s'étaient élevées. Le total des crédits demandés, le 3 août, par Sganzin, pour avoir terminé au 23 octobre les travaux du seul port de Boulogne, montent à 359,766 francs (1). Mais, en outre, il faut compter 50,000 francs par trimestre, rien que pour l'entretien du chenal. Pour l'écluse seule, et on va voir ce qui a été édifié à ce prix, on a dépensé 649,000 francs depuis le 22 juin jusqu'au 21 novembre (2). On a dépensé, à Ambleteuse, 113,285 francs, en l'an xi, et
(1) Lettre do 3 ao6t. (Archives des ponts et chaussées.)
(t) Lettre du 21 novembre. {Archives des ponts et chaussées.)
3,242,185 francs en l'an xii. Pendant les deux premiers mois de Tan xiii (23 septembre au 22 novembre) (1), les frais deviennent excessifs.
Sganzin à Grande/as (2).
22 fHmaire an xm (13 décembre 1805).
Le Ministre a été effrayé, et moi-même j'ai partagé son sentiment, en lisant un article de dépense sommaire qui lui a été adressé par le Préfet maritime, et qui porte notre dépense pour travaux maritimes pendant les deux premiers mois de cette année à 635,000 francs pour Boulogne, Ambleteuse et Etaples, . .
Ceci m'a conduit à une proposition que je peux regarder comme acceptée et que les circonstances ont rendue absolument nécessaire, c'est la suspension absolue des travaux maritimes pendant Vhiver, L'achèvement de la charpente de l'écluse, celle très prochaine, si ce n'est chose faite, du coffre en charpente d'Ambleteuse, permettent cette proposition avantageuse sous une foule de rapports. Cette proposition sera mise sous les yeux de l'Empereur, et je ne doute pas qu'il ne l'approuve.
En attendant, je suis autorisé à vous inviter à ralentir les travaux dans les trois ports, et à vous borner, surtout pour les bâtiments civils de Boulogne, au plus strict nécessaire. Laissez dans l'état où elle se trouve, toute la partie du barrage qui pourra attendre la belle saison. Renoncez absolument au prolongement du quai de l'arrière- garde.
L'ingénieur Grandelas, qui dirige les travaux en l'absence de Sganzin, a beau protester, on lui répond que ses états ne prouvent rien et que les dépenses sont réelles, puisque Tadministration des finances a payé. Effectivement, à la liquidation du premier trimestre, on se trouve avoir épuisé presque tout le crédit de Tannée.
14 nivôse an xni (4 janvier 1805).
Les états de dépenses des mois de vendémiaire et brumaire s'élèvent à la somme de 310^530 fr. 35 pour les trois ports
La dépense pendant le 1" trimestre s'élève à 968,102 firancs
Cela me trouble.... Les trois ports ne sont portés au budget que pour i million. Voilà déjà la presque totalité des fonds dépensés (3).
L'hiver va donc se passer dans une inaction complète, qui compromettra gravement les résultats obtenus. Tout à coup,
(1) Lettre du 21 novembre. {Archives des ponts et cliaussées.)
(2) Archives des ponts et chaussées.
(3) Archives des ponts et chaussées.
l'Empereur reprend la question, et comme toujours, avec une impatience fébrile.
A Mon$ieur Crétôl.
4 TentAte an xm (23 fémer 1805).
Mon intention est d avoir beaucoup de travaux sur les côtes pour donner de ^occupation de toute espèce. J'ai ordonnancé un nouveau fonds de 1,700,000 fr., qui, joint aux 3 millions accordés par le budget de cette année, formera, pour la défense des côtes et ports, 4 millions. Mon intention est de faire fournir 2 millions par le Ministère de la Marine sur les fonds des invalides, pour être affectés aux mêmes travaux.
Mon intention est que 500,000 francs soient employés aux travaux maritimes de Brest, joint aux 900,000 francs, accordés par le budget.
J'ai demandé un compte accordé depuis Tan xni pour travaux extraordinaires pour ce chapitre et ce que vous avez fait. Moi, j'ai voulu vous écrire directement ceci ; pour que vous vous concertiez avec les ingénieurs de la marine. L'objet est de venir au secours des habitants des côtes, qui souffrent tant de la guerre ( f).
Notô pour le Ministre de l'Intérieur (1).
La Malmaison, 23 ventôse an xm (14 mars 1805).
La répartition des fonds des ponts et chaussées, pour Tan xui, n'est pas conforme aux intentions de Sa Majesté.
Les 6,550,000 francs accordés pour les routes, sur les fonds du Trésor public, sont insuffisants. Le temps viendra où Sa Majesté pourra accorder annuellement 20 millions d'extraordinaire.
Le sacrifice de 6,550,000 francs, fait cette année, n'est pas destiné à des réparations à faire à toutes les communications ; mais à rendre meilleures celles des routes qu'on peut considérer comme les grandes artères de l'Empire.
Dans la situation présente, les trois routes qui intéressent par-dessus tout l'Empereur, sont :
i« Celle de Brest à Paris ;
2* CeUe de Paris à Cherbourg, par le Havre et Honfleur;
3® Celle de Paris à Boulogne.
U convient de dépenser à ces trois routes tout l'argent nécessaire pour qu'elles ne laissent rien à désirer.
Les routes d'un intérêt de second ordre, où Sa Majesté désire qu'on emploie également une partie des fonds accordés, sont :
!• Celle de Paris à Plaisance, par Lyon, Turin et Alexandrie ;
2*> Celle d'Avignon à Toulon, par Aix, et celle de Toulon à Marseille ;
3® Celle de Paris en Espagne, par Bordeaux.
(1) Correspondance de Napoléon, 8430.
Les routes qui intéressent Sa Majesté, en troisième ordre, et où il convient aussi d'employer une portion des fonds, sont :
i® Celle Paris à Cologne, par Bruxelles, Liège et Aix-la-Chapelle ;
2<» Celle de Paris à Strasbourg.
L'Empereur désire qu'on lui présente une répartition des 6,550,000 francs, telle que les 5/6" de cette somme se trouvent employés à ces diverses routes, à moins qu'on ne juge que ces fonds ne soient pas nécessaires. Quant aux communications de l'armée d'Angleterre, l'Empereur désire savoir ce que l'on se propose de dépenser pour celles qu'il considère comme les plus importantes, et qui sont :
i** Celle de Boulogne à Dunkerque, par Calais;
2^ Celle de Boulogne à Étaples, par la ligne la plus courte ;
3<* Celle de Boulogne à Saint-Omer ;
4<* Celle de Wimereux à la grande route ;
5® Celle d'Ambleteuse à la grande route.
Son intention est que, sur le fonds de 6,550,000 francs, on n'omploie au département du Golo que 20,000 francs, et à celui du Siamone que 80,000.
11 ne faut pas faire, dans ces deux départements, de grands ponts, mais seulement des ponts de bois.
L'argent qu'on emploierait h des ouvrages d'art, au milieu des montagnes et dans un pays pauvre, serait de l'argent perdu.
L'Empereur désire que la route du Simplon soit terminée cette année, et qu'on ajoute, en conséquence, 200,000 francs au million proposé, en comprenant dans les travaux la route de Meillerie et celle du Valais.
Le Ministre de l'Intérieur est invité à présenter un nouveau tableau, dans lequel ces modifications auront été faites.
Il est convenable que, dans la colonne du service extraordinaire, on distingue les différents articles du budget qui composent la somme de 2,250,000 francs*
Par ordre de l'Empereur.
Au vioe'àmiral Decrès (i).
La Malmaison, 30 ventôse an xiu (21 mars 1805).
Monsieur,
Il n'y a plus un moment à perdre pour faire travailler au nettoyage des ports de Boulogne et d'Ambleteuse ; employez, s'il le faut, un fonds de 400,000 francs pour cet objet. On m'assure qu'il faudra 30 ou 40 jours de travail pour rétablir ces ports dans l'état où il étaient. Qu'on y travaille avec activité dès le 15 germinal (^ avril), de manière qu'au i5 floréal (5 mai), ces ports soient aussi bien qu'ils l'ont jamais été, et mieux s'il est possible. Je vois avec peine qu'on ait mis 130 bMiments de transport à la disposition des commissaires pour des ambulances et autres services, ce qui annule leur activité. Les installations des bâtiments ont été détruites. Donnez ordre que l'ingénieur Guarrigues, qui
dirigeait ces iostallations, soit chargé de les rétablir. Un grand nombre de barils sont cerclés en bois ; les eaux se perdent ; il y en a 400 à cercler en fer. Il manque une certaine quantité de barils pour compléter Teau des transports et des bâtiments de guerre. Cet objet est extrêmement sérieux ; pourroyez-y sans délai. II y a des bâtiments qui n'ont point de lisses de garde-corps ; il faut en établir partout.
Napoléon.
Sganzin a Tordre de partir pour Boulogne « pour mettre la plus grande activité dans les ports de Boulogne et d'Âmbleteuse ».
Au lieu de 400,000 francs, TEmpereur a accordé 280,000 francs de fonds (1). Ainsi qu'on va le vciir, le temps manquera pour que les travaux, repris trop tard, soient réellement achevés au moment où Texpédition aurait pu partir.
Les travaux du bassin demi-circulaire de Boulogne avaient été menés de telle sorte que, faute de revêtir les talus, les éboulements comblaient les excavations à mesure qu'on les avait terminés. Promis successivement pour le 6 janvier 1804, puis pour le printemps, Tachèvement n'était pas encore obtenu au mois d'août. A cette époque Sganzin écrivait (2; :
tt Le bassin a une profondeur telle qu'il y monte 7 pieds « (Teau sur les plus faibles mortes-eaux. Pour le débarrasser « des alluvions et lui donner partout une profondeur égale, il « faudra 20,250 francs et un mois; avec les revêtements des « talus, le total demandé est de 61,451 francs ».
La profondeur obtenue, déjà faible, se réduisait très rapidement vers les bords. Les canonnières, qui n'étaient à flot que pendant moins de quatre heures en vive eau, au point le plus profond (3), étaient donc presque constamment à sec dans la plus grande partie du bassin.
Ce fut encore bien pis à l'entrée de Thiver, les pluies eau-
(1) A Grandelas,
4 germinal an xiu (t5 mars 1805).
On n'a pas eneore repris les traTaox et Ton n'a pins d'argent à dépenser. La dépense exacte s'est trouvée être de 919,795 francs. Je suis chargé de vous donner les ordres nécessaires pour qu'on s'occupe de la réparation de l'avarie du quai en prolongement de U jetée sud. d'Ambleteuse et de l'enlàyement des bancs de l'entrée du bassin,
(S) Lettre du 3 août. {Archives des ponts et chaufsées,"! (3) Voir ei«d68SQ9.
378 TROISIÈBIE PARTIE. — CHAPITRE H.
sèrent de nombreux aJBFouillemeiits (1), les travaux devinrent plus pénibles; il fallut d'urgence consacrer 27,000 francs au déblai des « dépôts qui se sont formés dans le bassin, et 24,000 francs à la réparation du quai des paquebots (2) ».
Cette somme est engloutie en un clin d'œil, et l'effet produit est nul, car les travaux vont être suspendus pendant tout rhiver et le résultat de cette mesure sera lamentable pour le port de Boulogne.
Les travaux du port de Boulogne ont aussi été suspendus pendant Vhiver. Cette interruption a produit des accidents également graves. Le banc dit de la Cassonade, à Ventrée du port, et deux autres bancs dans V intérieur, se sont renouvelés; tous les jours ils font des progrès sensibles et, dans plusieurs parties, ils on/ 20 à 24 pouces d'élévation. Le bassin a aussi éprouvé des rapports; le cours de la Liane qui était à droite s'est porté à gauche et a fait changer remplacement des bancs. Il résulte de cet encombrement, que les bâtiments d'un grand tirant d*eau sont retenus dans le port pendant une partie des morteseaux (3).
A la reprise des travaux, l'activité porte surtout sur le chenal, les quais et l'écluse : en juin 1805, les déblais du bassin ne sont même pas terminés.
« he déblai du bassin demi-circulaire doit être fini le 30 « (19 juin). On enlève une dernière tranche de 3 pieds autour « DE LA circonférence. Le milieu et la passe sont déjà plus « profonds que le port lui-même ; il y a un pied d'eau à mer « ba^se (4). »
C'est à peine si en août le bassin pourra recevoir les bâtiments jusque-là réfugiés dans la partie supérieure de la Liane, c'est-à-dire dans une région d'où il leur est impossible d'atteindre la sortie du port en une marée.
Le barrage, décidé seulement en avril 1804, ne fut mis en adjudication que le 22 juin. Au début, l'activité fut considérable. En quelques jours 495 pieux furent battus sur un total
(1) Lettre de Sganzin du 17 octobre. (Archives des ponts et chaussées,) (t) Lettre du Ministre, 29 octobre. {Archives des ponts et chaussées,)
(3) Rapport d'ensemble de Soolt, 8 mars. (Archives de la Guerre,)
(4) Lettre de Sgansin du 7 jnin. (Archives des ponts et chaussées.)
de 550, les ventrières basses furent posées (1). « On espère, ajoute Sganzîn, que la charpente des avant* radiers sera terminé pour le 1*' fructidor (19 août) ».
« Les travaux de Técluse, du barrage et du prolongement « des quais seront terminés le !«' brumaire (23 octobre). La a dépense sera de 200,000 francs (2) ».
Or, au 4 octobre, les ingénieurs signalent les grosses difficultés qu'ils rencontrent pour les fondations de f écluse (3). » Le 17, ce sont les pluies et le débordement de la Liane qui retardent le travail. « La partie inférieure du radier seule est fondée. » Quand on interrompt la construction, à la fin du mois, « il manque encore plusieurs pilots du barrage, les cha- » peaux et les glaises ne sont posés qu'en deux endroits, « les fondements du radier et du faux radier sont seuls « établis (4) »•
A la reprise du travail, en avril 1805, une nouvelle difficulté se présente : l'insuffisance du bassin demi-circulaire a obligé à faire remonter de nombreux bâtiments au-dessus du barrage, dans la partie supérieure de la Liane. C'est là qu'on fait les nombreuses réparations nécessitées par les innombrables avaries qui signalent chaque mise en rade. Sganzin écrit donc « qu'il ne peut achever le barrage et Técluse, tant que la crique servira au carénage (5) ». Le 7 juin seulement, ordre est donné de profiter de la première marée de vive eau pour faire descendre tous les bâtiments qui sont au-dessus du barrage et d'achever ce dernier. Ce sera le 14 juin. Mais ce jour-là on ne peut dégager complètement Tarrière-port. Il faut donc laisser une brèche dans le barrage, de sorte qu'il se produit « un affouillement de 15 à 18 pieds de profondeur. »
(1) Lettre de Sgiiunii da 3 août.
(2) Lettre de Sgtnzin da 4 octobre.
(3) Rapport de Sonlt, 8 mars. (Archives de la Guerre.)
(4) Lettre de Sganzin.
(5) D'après Sganzin même, pour l'édase, an 30 brumaire an xm (21 novembre 1804), on a déjà dépensé depuis le mois de floréal (avril) :
franet.
447,000 pour les onvriers ;
90,522 de solde aux travailleurs militaires ; 112,479 de matériaux.
Total : 650,001.
Le 19 juillet seulement, on pose les portes et Sganzîn promet que le lendemain les 144 bâtiments qui sont enfermés au-dessus et immobilisés pourront sortir.
Or, c'est le 25 juillet seulement que commence ce mouvement. Le passage n'est praticable que pendant deux heures trente seulement, et rien qu'en vive eau, de sorte que le premier jour 23 bâtiments seulement peuvent passer. Le 7 août seulement les 144 sont passés dans le port.
Ce jour-là, on procède à une expérience.
Boulogne, le 20 thermidor an xui (8 août 1805).
Les portes de Técluse ont été fermées le 19 à la mer haute du matin, par ordre de Sa Majesté, et elles ont soutenu, ainsi que le barrage, toute la hauteur de Teau qui était entrée dans la Tallée ; l'échelle placée en amont marquait, au moment de la fermeture des poctes, 6p»<»<**6 pouces.
La Liane n*a produit en douze heures qu'un pouce d'élévation.
Mais on ne peut encore se servir de l'écluse pour produire des chasses, la brèche existe toujours. En outre, « les pieux qui soutiennent le barrage viennent de s'écarter, il y a eu des affouillements pendant que le barrage était ouvert. 11 faut construire une risbeme extérieure de chaque côté du barrage^ au moyen de pieux réunis par des planches et verser des blocs dans les affouillements ».
« La dépense sera d'environ 25,000 francs. Pendant la « construction, on achèvera le remplissage, en gros blocs, du « faux radier, afin de pouvoir donner des chasses quand Sa (( Majesté l'ordonnera (1) ».
Or, à ce moment, oli n'a plus ni argent, ni travailleurs, « L'armée de terre m'a absolument refusé, ainsi qu'au préfet maritime, les 150 travailleurs dont nous avons besoin pour le remblai de la brèche (2) ».
Enfin le 26 août, la grande marée crève la jetée qui complète le barrage, change de place le chenal, et retarde indéfiniment le moment où les chasses pourront approfondir ce chenal, dont la sortie restera jusqu'au bout aussi absolument insuffisante que par le passé.
(1) Lettre de Sgansin du 8 ao&t.
(2) Lettre de Sgansin du 7 août.
Rapport de Sganzin sur l'avarie du 8 fructidor an XIII,
26 août 1805.
La coupure de la jett^e en fascinage qui conduit à Cap<5cure et le nouveau chenal que la mer s'est pratiqué au delà du barrage par la crique du chantier des canots sont essentiellement dus au défaut du remblai de cette crique.
En effet, on réparait et carénait les bateaux et Ton avait besoin d'un passage, la mer attaquait donc la digue des deux c^tés. II y a eu une marée
extraordinaire le 8 fructidor des affouillements énormes, i8 pieds au
milieu de la brèche sur un sol qui, avant, était à 3 pieds au-dessus du niveau des basses mers.
Quant aux travaux de fortification, le fort Napoléon réclamait encore, le 3 août 1804, 20 jours et 6,775 francs pour être terminé (1). Il le fut à la fin d'août. Le fort en charpente fut achevé à la même époque, fortement armé et approvisionné avant l'hiver. Il put résister aux grosses mers de la mauvaise saison.
Le fort en bois est dans le meilleur état possible et entièrement terminé, son armement se compose de 8 pièces de 24 et 2 obusiers de 6 pouces à longue portée ; il est toujours approvisionné en biscuit, eau potable, eau-de-vie et fromage, pour 6 jours, à raison de 50 hommes ; on désirait qu'une banquette de 1 pied ou 18 pouces d'élévation eût été adossée au parapet pour faciliter le service des pièces, et donner la Tue jusqu'au pied du fort, mais ce travail a été ajourné. L'enceinte de pieux pour couvrir le fort et en empêcher les approches, qui avait également été demandée, a aussi été ajournée (2).
Les forts de l'Heurt et de la Crèche, presque démolis par le coup de vent du 30 mai 1804, furent l'objet de travaux très actifs dès le début du mois de juin, mais, même en cette saison, on fut parfois très gêné par le mauvais temps.
Le Sous-Oirecteur des fortiHoations k Monsieur le Maréchal,
commandant en chef.
Boulogne, le 20 prairial an xu (9 juin 1804).
Quoique le coup de Tent ait été très violent et la mer aussi rude qu'elle a pu Tétre pendant Thiver, il n'y a pas eu d'avaries considérables aux deux forts.
(1) Lettre de Sganzin, 3 août. (Archives des ponts et chaussées,) (S) Rapport de Soult, 8 mars.
382 TROISIÂME PARTIE. — CHAPITRE U.
Les assises supérieures ont été entamées sur la partie antérieure des forts, les pierres culbutées en ayant et tout le moellon fait en approTisionnement dans l'intérieur rejeté en bas de la gorge.
 la fin du mois, on était à peine arrivé à une hauteur que la mer ne recouvrit pas à chaque marée.
Rapport du général Bertrand sur les travaux du 15 au 30 prairial.
Forts de V Heurt et de la Crèche, — Malgré les coups de vent presque continuels pendant ce mois, on est arrivé au fort de THeurt au niveau des vives eaux du solstice. Comme le fort n'a pas couvert depuis plusieurs jours, les maçonneries ont séché et Ton doit espérer qu'il souffrira peu d'un coup de vent, s'il a lieu sous quelques jours.
Le fort de la Crèche est généralement plus bas de fleux ou trois pieds, quoique également élevé au-dessus du rocher, qui est plus bas et souvent couvert par la mer.
Le fort de THeurt est presque approvisionné pour la campagne. On s'occupera ce mois-ci de celui de la Crèche.
A partir de ce moment, on peut aller plus vite et même commencer l'armement avant d'avoir fini la construction.
Le SouB'ùirecteur des fortiUcationa à Monsieur le Maréchal Soult,
commandant en chef,
Boulogne, le 26 messidor an xn (15 Juillet 1804).
Les noyaux des deux forts sont actuellement terminés. Deux pièces de 36 sont déjà montées à la Crèche, et le seront ce soir à l'Heurt. Demain matin, les parapets seront à peu près terminés.
Salut et respect.
DODE.
Le SouS'Directeur des fortifications à Monsieur le Maréchal Soult,
commandant en chef,
Boulogne, le 27 messidor an xq (16 juillet 1804).
Les canons et obusiers sont actuellement en batterie sur les plates-formes provisoires des deux forts, et dès hier, à 3 heures après midi, une de celles de la Crèche a tiré sur une frégate anglaise qui s'est approchée avec deux bricks de la droite de la flottille. On s'occupe d'établir promptement des abris pour la Garde et les canonniers qui doivent servir ces batteries.
Salut et respect. j*.
DODB.
Le général dô division Maoors, inspecteur général d'artilleriey commandant celle du camp de Saint^Omer, à Monsieur le Maréchal Soult, colonel-général de la Garde de S. M, l'Empereur, commandant en chef le camp de Saint-Omer,
Boulogne» le 28 meuddor an xn de la République française, une et Indirisible (17 juillet 1804).
MoDsieur le Maréchal,
J'ai rhonneur de tous préTenir que la batterie du bas Alpreck est construite, qu'elle est armée et prête à tirer si Tennemi se présentait.
A compter d'hier au soir, le fort de l'Heurt a eu une garnison de 30 hommes et les canonniers nécessaires pour le service des six bouches à feu.
Je suis ayec respect, etc.
Macors.
Cependant on n'était pas encore à l'abri des grosses lames et parfois encore on eut des dég&ts.
Le Sous-Directeur des fortifications à Monsieur le maréchal Soult,
commandant en chef.
Boulogne, le 3 thermidor an xn (22 Juillet 1804).
Le mauvais temps de la journée d'hier a dérangé quelques pierres de taille et du moellonnage à l'épaule droite du fort de l'Heurt. Il n'y a rien eu à la Crèche. L'artillerie change les affûts des pièces de 36 aux deux forts. Les avaries de la flottille ont occupé la plupart des manœuvres et voitures du fort de l'Heurt à la marée d'hier.
Salut et respect.
DODE.
On continua donc à élever le niveau des deux forts. On posa chaque jour 40 à 45 grosses pierres de taille à chacun des deux forts, parfois un peu plus (1), mais une seule journée de mauvais temps anéantissait le travail de toute une semaine.
Le SouS'Di recteur des fortificaticns à Monsieur le Maréchal Soult,
Commandant en chef.
Boulogne, le 23 thermidor an xii (11 août 1804). La mer a causé encore quelques avaries aux deux forts dans la journée
(1) Rapports journaliers de Dode.
d'hier. A la Crèche, il y a eu 60 pierres déplacées, dont 10 seulement jetées à la mer; le moellon des Tides entre les contreforts a été boulerersé, ce quj retarde le dispositif provisoire des pièces sur cette partie du fort pendant qu'on travaillera au noyau. La rampe de gauche a encore tenu bon, mais elle a eu 25 madriers d'emportés, et la pile de celle de droite qu'on commençait à rétablir a été de nouveau endommagée. Les passants ont aussi beaucoup souffert. Un soldat du 57* a été trouvé mort au pied du fort. Il y a eu aussi quelques pierres déplacées à l'Heurt et du moellonnage d'enlevé. Les passants qui restaient ont aussi un peu souffert et une grande chèvre en permanence pour la construction de la pile de la rampe de gauche et fortement amarrée a été emportée.
Au Wimereux, 800 ouvriers.
Salut et respect.
DODE.
L'armement complet des deux forts devait compter 22 pièces de 36. L'ordre d'armement donné le 20 août (1), ne fut exécuté que d'une façon incomplète, car en septembre on n'était encore arrivé qu'à élever le noyau de chaque fort à la hauteur de la prejnière batterie (2). L'hiver approchant, on se borna à faire les parapets et on s'en tint là.
Les forts de V Heurt et*de la Crèche sont élevés à hauteur de la 1" batterie (41 pieds au-dessus du rocher) et armées rfe i6 bouches à feu, dont 12 pièces de 30 et 4 obusiers à longue portée à celui de l' Heurt; 6 pièces de 36, 6 de 24, et 4 obusiers aussi à longue portée pom- celui de la Crèche, suivant la disposition que le plan ci-joint présente. Aux deux forts, les casemates de la gorge sont terminées, on pose les lits de camp, portes et fenêtres. Le cordon est établi, le parapet est élevé de 3 pieds, et il y a déjà 48 pieds de pavé de fait sur le pourtour des plates-formes. Dans un mois, les marches de l'escalier seront placées, et les petits travaux auxquels on s'occupe dans l'intérieur, terminés; mais la tablette du parapet et le restant du pavé sur toute la surface de la plate-forme, sera encore à faire; on devra aussi rejointer en ciment le pavé déjà exécuté, et même élever un bâtiment au-dessus de la casemate, pour servir de corps de garde, pour empêcher l'infiltration des eaux, diminuer l'humidité et assécher les maçonneries. Ce surcroit de travail, pour lequel le génie demande Tautorisation et les fonds nécessaires, parait indispensable, car, à la moindre pluie, la troupe qui loge à la casemate ne peut y tenir, et les poutres sont presque toujours avariées, quelques précautions que Ton prenne.
On a remarqué que, depuis que ces forts sont armés, l'ennemi était beaucoup plus circonspect, et passait à une plus grande distance de la côte (3).
(1) Lettre dn Ministre de la guerre, tO août.
(2) Rapport de Dode da 21 septembre.
(3) Rapport de Soalt da 8 mars.
wr
{ On n'iyouta rien aux travaux nidimentaires qui avaient été
! entrepris à Etaples, sinon et très tardivement un pont sur la
! Ganche.
ï L'Empereur refusa de laisser construire le fort qu'on lui
I avait proposé d'élever sur le banc des Chiens, pour couvrir le
} mouillage dit d'appareillage (1). Il fallut donc faire remonter
les bâtiments très haut dans la Canche. Dès la fin de Tété 1804, on avait entassé 334 bâtiments (2). En août 1805, on arrivera à 365. L'étude qui a été faite de ce port permet d'affirmer l'impossibilité matérielle de faire passer au large, en une seule marée, la totalité de ces navires. La plupart d'entre eux restèrent à sec d'une façon presque permanente. Malgré l'argent et le travail dépensés à Ambleteuse, le résultat, en juin 1804, était faible, puisqu'une partie seulement du bassin avait été creusée. D'ailleurs ce port était très [ exposé, car on a vu tous les déboires survenus pendant l'hiver
î 1803-1804. En plein été, un simple coup de vent pouvait ensa-
'. bler le chenal et rendre le port inutilisable.
I Le dernier coup de vent du nord et du nord-ouest a amené une énorme
quantité de sable, qui a surmonté le terre-plein de la digue Vauban ; de là, le sable est journellement entraîné dans le chenal (3).
De fait, pendant tout l'été 1804, le port d' Ambleteuse ne servit qu'à un chiffre tout à fait restreint de bâtiments (50 au plus (4).
Mais la répartition du mois de juillet avait affecté ce port à toute la flottille batave, soit près de 300 bâtiments.
Dans ces conditions, Sganzin considérait comme essentiel l'achèvement du bassin, dont toute la partie supérieure restait à creuser.
« En ramenant au niveau de la partie basse à 3 pieds audessous du zéro de l'échelle, et à un niveau tel qu'il reste 11 pieds 6 pouces en morte eau, on aurait une superficie
(1) Voir earte d-dessos.
(2) 36 chaloupés, 100 bateaux, 72 péniehes, 54 écuries, 18 transports d'artiUerie, 36 de bagages et 18 bateaox de Terre-Neuve. (Situation du 2t novembre 1804.)
(3) Lettre de Sgansin du 6 fructidor an xn (24 août).
(4) 44 d'après la situation du 22 novembre.