IV
706 TROISIÂME PARTIE. — GHAPITRB XJV.
Au jour, la ligne se trouva extrêmement allongée, on plutôt il n'en existait plus ; la tête était trM éloignée de Tarant. Je fis signal de ralliement général et, bientôt après, nous reconnûmes que les vaisseaux espagnols le Firme et le Saint'Bapftaél nous manquaient.
Nous eûmes en même temps connaiss^ince de Tesoadre ennemie, très loin, sous le Tent, et tenant les amures k bâbord ; à 5 heures, Je fis signal de Tirer de bord lof pour lof, pour prendre les mêmes amures. Plusieurs vaisseaux me signalaient des aTaries dans leurs voiles et leur mAture. Je répondis par le signal de se préparer au combat. Le temps était encore à la brume et paraissait devoir bientôt nous oouvrir comme dans la journée d'hier.
Frappé des inconvénients qui en étaient résultés la veille, de Fimpossibilitë de juger des événements du combat, de donner des ordres et de faire les signaux que les circonstances nécessiteraient, en restant sur mon vaisseau par le temps qui menaçait, lorsque lui-même serait engagé dans le feu, je cédai aux instances que m'en fit le général Lauriston, au nom de TEmpereur, et Je passai avec lui et mon état-major à bord de la frégate VHortense et j'en fis pré* venir Tannée par les frégates, en annonçant à chaque vaisseau de se préparer à une action décisive. A 9 h. 3/4, je signalai la ligne de bataille bAbord amures, ordre renversé, à l'escadre légère de prendre la tête. L'amiral Gravina signala aux siens de prendre la queue de la ligne française et lui-même se plaça en serre-file.
La DidoTij que j'avais envoyée reconnaître l'ennemi, me signalait ses araries; qu'il était au nombre de 16 vaisseaux; qu'il en avait trois à la remorque; elle demanda à m'envoyer un canot à bord. Le capitaine me rendit compte qu'il croyait que les deux vaisseaux espagnols étaient dans l'escadre anglaise. Cependant la ligne de bataille se formait, quoique avec peine ; le vent était mou et la mer asses grosse. Je faisais, en parcourant la ligne, tous les signaux particuliers qui pouvaient en accélérer la formation.
A midi, je me trouvais par 43* 4i' latitude observée, et 4i* 48' de longitude.
Du 4 au 5 thermidor (23 au 24 juillet 1805).
A 1 h. 10, la ligne était suffisamment formée, quoique allongée à l'arrièregarde. Je fis signal cTarriver tous à la fois au nord-est, peu après à Vest-nord" est et, àt h. 4Siy à Fest-sud-est.
L'ennemi nous restait à peu près dans cette aire de vents, à grande dis* lance ; il avait fait porter une partie de la matinée. A 4 heures, le vent mollissait, l'ennemi paraissait se former en ligne, mais il était eneore si éloigné qu'il me tut démontré que nous ne pourrions l'atteindre qu'à la nuit, et, comme un combat de nuit ne pouvait me convenir, Je fis signal à l'armée de tenir le vent tous à la fois, et je signalai que mon intention était de renvoyer le projet d'attaque à demain matin, au point du jour.
La nuit suivaute, le vent calma presque entièrement, les vents varièrent du nord-ouest au nord et au nord-nord-est ; la ligne de bataille no put se conserver pendant la nuit et, à tl h. 45, je fis signal, aveo des feux et des coups de canon, de virer lof pour lof tous à la fois.
Dès que le jour se fit, nous eûmes connaissance de l'escadre ennemie A rE.-l/4-S.-E.. je fis prendre à l'armée la bordée qui portait dessus^ en formant
la ligne de bataille bâbord amures. Je fis porter toute la matinée pour l'approcher, mais les vents ayant refusé, elle se trouva au vent, elle forçait de voiles, serrant le vent, un seul vaisseau se tenait en intermédiaire, à trois lieues de nous. La frégate la Didon était en reconnaissance fort près de lui. A 9 heures, voyant que Tennemi continuait à serrer le vent, qu'il me serait impossible de l'amener à mon aotion, que son projet ne pouvait être que de nous occuper en attendant des renforts qu'il pouvait recevoir à chaque instant, je me décidai h. faire route et je signalai le S.-E.-1/4-B.
Du 5 au 6 thermidor (24 au 25 juillet 1805).
La latitude observée de 43** 40' m*a bientôt fait reconnaître que j'avais une erreur assez forte en longitude. Je m'en suis aussitôt référé à celle que m'avait signalée le vaisseau V Argonaute, qui me mettait i® 38' plus à l'ouest (soit 13*^ 51' longitude ouest), j'ai aussitôt signalé la roule à l'est-sud-est, ensuite à rE.-l/4-S.-E., les vents paraissant vouloir reprendre dans la partie du nordest, j'ai fait signal à la Didon de chasser en avant pour reconnaître la terre ; à 4 heures du soir, elle était à plus de six lieues en avant de l'armée et elle ne l'avait pas reconnue. L'escadre naviguant toujours sur la ligne du plus près bâbord, l'ennemi toujoiu*» en vue du haut des mâts, dans l'est-nord-est, j'ai fait chasser la Thémis sous le vent, sur un bâtiment que Ton me signalait désemparé et appartenant à l'armée ; la Thémis me l'a signalé bientôt navire neutre. A l'entrée de la nuit, la Didon avait reviré sur l'escadre pour rallier ; un b&timent de l'avant m'a signalé des voiles étrangères faisant route sur l'armée ; j'ai soupçonné son erreur, j'ai néanmoins fait le signal à coups de canon et avec des feux, de serrer la ligne pour tenir tous les vaisseaux sur leurs gardes contre une entreprise de ce genre que pourrait tenter l'ennemi.
Dans la nuit, le vent a passé au nord-est grand frais et la mer est devenue très grosse.
Au jour, l'ordre s'est trouvé rompu par l'effet du gros temps, l'horizon couvert de brume, je n'ai eu aucune connaissance de l'ennemi ; l'armée, sans ordre, sous le grand hunier et la misaine. Plusieurs vaisseaux ont eu leurs voiles emportées, V Espagne a cassé la barre de son gouvernail, il est tombé beaucoup sous le vent, ainsi que V Atlas,
VHermione a pris et coulé un lougre ennemi de commerce qui traversait l'armée.
Du 6 au 7 thermidor (25 au 2Ô joillet 1805).
A midi, la Didon, qui était à trois lieues en avant de Tescadre, a signalé la terre et le cap Finistère à l'est-sud-est. Je l'ai estimé à cinq lieues, les vents toujours au nord-est, gros frais, la mer très grosse ; le Neptune a signalé une avarie dans son grand mftt, à 4 h. i/4. Voyant la continuation de ce temps, craignant à chaque instant de voir démâter quelques vaisseaux, surtout de ceux dont les mâts avaient souffert par Veffet du combat, les vaisseaux mauvais voiliers extrêmement sous le vent et devant éprouver des réparations en tenant la cape la nuit suivante; après en avoir conféré avec V amiral Gravina, je me suis
708 TROmÈME PARTIE. — CHAPITRE XIT.
décidé à arriver pour Cadix et jai signalé la route mu 5.-0.-I i-S., en se foniuint sur r ordre de marché de trois colonnes.
Les fjvgates de l'arrifre m*ont signalé im Taisseau, pois une frégmte quelles oot bientôt après reronno être la Dûfofi, qui avait été reconnaître la terre.
A 8 heures du soir, le Tent et la mer ont calmé. A iO heoret, il s'est élevé un Tiolent ora^, de la partie du sud, qui a duré jusquli 2 heures du matin ; le tonnerre est tombé sur le màt de misaioe du Bueentawrey mais n*a causé aucun accident çrafe. Au jour. Tannée s*est trooTée sans ordre et en calme, le temps très brumeux. J*ai quitté VHortense pour repasser sur le Bttceniaure, A 1 1 heures, il s'est élevé une petite brise du sud ifai dû renoncer à la route de Cadix pour reprendre ceVe du Ferrol, et Je l'ai sif^uilée an N.-E.-1/4-N.
Da 7 aa 8 ikeriidor (t6 aa t7 jafllet 1805).
Latitude observée : i2*,tT nord.
Longitude : 12*,S0' nord.
Xai expédié le brick le Furet pour Vigo, avec une lettre, pour annoncer au contre-amiral Gourdon mon arrivée sur ces parages. Dans l'après-midi, les vents ont encore varié du sud à l'ouest, puis au nord-ouest et au nord. J'ai pris bâbord amures. Cependant, les rapports que je recevais de tous les bâtiments de l'escadre, particulièrement de ÏAlgésiras^ de VAehUley de Vlndomptable, de V Aigle étaient très affligeants; les malades augmentaient dans toute Cescadre, le besoin d'eau «c faisant sentir, TAchille n'en avait plus que pour cinq jours; il me devenait indispensable de toucher dans quelque port, pour y débarquer les malades et blessés qui encombraient les vaisseaux sans avoir de secours à leur donner, et d'y prendre quelque rafratchissement ; le seul port de Vigo était à portée et je me décidai à y entrer.
J'ai prolongé la bordée à Test-nord-est jusqu'à minuit ; 1 cette heure, ne me faisant qu'à trois lieues de terre, j'ai pris le bord au large; â 4 heures, j'ai reviré à terre.
An jour, le temps très brumeux, presque calme, l'armée naxiguant sans ordre mais bien ralliée, j'ai donné avis â l'amiral Gravina de la nécessité où je me trouvais d'aller relâcher â Vigo.
A 6 heures, nous avons eu connaissance de la terre. A iO heures, ayant bien reconnu les îles Bayona, j'ai fait route pour le mouillage de Vigo ; l'armée, formée sur une ligne de convoi, grand largue, est entrée dans la baie, où elle a jeté l'ancre à l'entrée de la nuit.
L'après-midi, les frégates VHortense et VBermione ont chassé un lougre ennemi qu'elles n'ont pu rejoindre.
Voici comment l'amiral Galder raconta le combat et les incidents qui le suivirent :
Extrait d'une lettre du vide^amiral air Robert Calder, à bord du u Prinoe-de-Gallea », le 23 juillet 1805, à l'ami rai Cornwallie (reçue le 25 juillet (I).
Monseigneur,
Hier à midi, par la latitude de 43*30' nord et I7<>11' de longitude ouest (2), j'eus la Tue des escadres combinées de France et d'Espagne, consistant en 20 Taisseaux de ligne, 3 gros Taisseaux armés en flûte, d'environ 50 canons, 2 frégates et 3 bricks. Les forces sous mes ordres consistaient en 15 vaisseaux de ligne, 2 frégates, 1 cutter et 1 lougre ; je marchai aussitôt vers Fennemi, faisant les signaux nécessaires pour combattre dans Tordre le plus serré ; et, en arrivant à portée, je Hs signal d'attaquer le centre. Lorsque j'eus atteint l'arrière-garde, tous les vaisseaux de l'escadre virèrent de bord successivement ; cette manœuvre nous amena très peu sous le vent, et lorsque les vaisseaux de la tête furent arrivés au centre de la flotte ennemie, tous ses vaisseaux virèrent aussi successivement, ce qui m'obligea h répéter cette manœuvre, par laquelle j'engageai un combat qui dura près de quatre heures. Alors, je jugeai nécessaire de mettre l'escadre en panne pour mettre en sûreté les deux vaisseaux pris. Je dois observer que l'ennemi avait l'avantage du temps et du vent pendant toute la journée. Le ciel avait été brumeux, de temps en temps, une grande partie de la matinée ; et, peu de temps après que le combat eût commencé, la brume était si épaisse, par intervalles, que nous voyions difBcilement les vaisseaux à l'avant et à l'arrière de nous. Cela me mit dans l'impossibilité de faire des signaux pour profiter de mes avantages sur l'ennemi. Si le temps eût été plus favorable, je suis porté ii croire que j'aurais obtenu une victoire plus complète.
Liste des tlés et des blessés a bord de l*escadre de l'amuial Calder.
Navires. Taés. Blessés.
Hero
Ajax
Triumph
Barfleur
Agamemnon
Windsor-Castle
Défiance
Prince-of'Wales
Repuise
Raisonnable ,
Glory
Thunderer
(1) Record Office do Londres, Channel Flect.
(2) Méridien de Oreenwieh.
Narires. Taéi. Blette*.
Malta 5 40
Dragon (1). . , » »
Warrior (1) » »
Egyptienne (i) » »
Sirius 2 3
iVc7 (lougre) (i) » »
Frisch (cutter) (4) »
Total 4i 458
Le lendemain du combati Calder, alors à 40 lieues du cap Finistère, écrit à lord Gomwallis (2) :
L'ennemi est maintenant (13) en vue au ?ent ; lorsque J'aurai mis en
sûreté mes prises et réparé mes aTaries, je profiterai de toute occasion qui me permettra de vous parler davantage de l'escadre combinée (sic). Il faut aussi que Je me garde contre les navires qui sont au Ferrol, car J'ai sujet de croire que l'ennemi a profité de la nuit pour y envoyer quelques bâtiments avariés. Je puis donc me trouver forcé de me joindre à vous sous Ouessant.
Je suis obligé de vous envoyer le Windsor-Castle, maltraité dans le combat Les prisonniers disent que Varmée combinée était destinée au
Ferrol
Et il ajoute que ses deux prises sont remorquées par V Égyptienne et \e Sirius. Le Firme a 180 tués et 40 blessés, le San-Raphaël 20 tués et 80 blessés.
Le 26, Calder écrit à Famiral Cornwallis (2) :
Je me propose de croiser au rendez-vous n" 52 pendant quelques jours dans Tespoir de rencontrer lord Nelson, qui doit être à la poursuite de Tescadre combinée. S'il ne me rallie pas, je laisserai le Dragon pendant une semaine au rendez-vous, pour diriger Sa Seigneurie si elle y venait.
Je vais reconnaître si l'escadre combinée est au Ferrol. Si elle y est, je me propose de reconnaître Rochefort, puis je m'efforcerai de vous Joindre sous Ouessant, car je pense que vous ne m'approuveriez pas de rester devant le Ferrol ou de laisser l'amiral Stirling devant Rocbefort, car tous mes navires ont besoin de réparations
EfiPectivement, le 29, Calder était arrivé devant le Ferrol, où, d'après les dires des prisonniers, Tennemi devait se porter. A sa grande surprise, l'armée combinée n'avait pas paru.
(1) Poiut de rapport.
(2) British Muséum^ vol. 34930.
A l'ami rai Cornwallis (i).
SlJaUlei.
Je suit arrifé le 29 aTee l'escadre deiant le Ferroli où le Dragon^ seul faisseau qui n'a pas eu d'ayaries dans le combat du 22, a reconnu que rien n'était
changé et que la flotte combinée n'ayait pas paru Je reprends le blocus
du Ferrol aTec 9 vaisseaux et j'enierrai l'amiral Stirling aTeo les quatre restant deyant Rochefort, en attendant de nouveaux ordres
Il est très probable que la flotte combinée est allée à Cadix h cause du vent du nord-est. Le vent était tout à Mi contraire pour aller à Rochefort, mais Stirling le saura bientôt
Voici comment Tamiral Collingwood eut connaissance de la bataille :
Traduction d'une lettre en portugais, datée de Vigo, 29 juillet 1805
(papiere de Collingwood) (2).
Le 23 au matin, au milieu du brouillard, à quarante lieues est du cap Ortegal, Tatant-garde de la flotte combinée franco-espagnole rencontra la flotte anglaise, forte de 13 vaisseaux à deux ponts et 3 à trois ponts. L'action commença dans une grande confusion et au milieu du brouillard ; 9 vaisseaux français tombèrent sous le vent et ne purent revenir au feu.
Le combat dura six heures et fut très acharné des deux côtés. On dit qu'un trois-ponts anglais a été complètement démâté et que tous les autres ont reçu de graves avaries.
Le 24, les Franco-Espagnols donnèrent la chasse aux Anglais qui refusèrent le combat en se retirant constamment. Le blocus du Ferrol s'est ainsi trouvé levé
Le 27 au soir, l'escadre alliée, forte de 19 vaisseaux de ligne, 4 frégates et 2 bricks, est entrée à Vigo, suivie d'un galion espagnol venant de Lima avec un chargement d'argent, et qui avait été repris aux Anglais. Deux navires sont restés en observation à l'entrée du port. Il manque deux navires espagnols, séparés pendant le combat, dont l'un a été démâté et l'autre très avarié dans son gréement. A cause de l'épaisseur du brouillard, on ne sait encore où ils sont allés et s'ils sont ou non tombés aux mains des Anglais. L'escadre alliée est composée de vaisseaux excellents, spécialement les Français ; ils sont très bien montés. Plusieurs ont reçu des avaries. On dit qu'il y a eu 300 blessés qu'on va débarquer demain et mettre h l'hôpital. Il y a eu 40 ou 50 tués.
L'escadre a 12,000 hommes à bord. Elle est commandée en chef par
(1) Record Office^ Channel Fleet.
(2) British Muséum, Add. MS, 36525.
ramiral espagnol Gratina (sic)^ et en second par le Tice-amiral français Villeneuve (sic).
Hier, un courrier a été envoyé d'ici au Ferrol et Ton pense que, d'ici trois ou quatre jours, la flotte combinée sera jointe par Tescadre qui est au Ferrol et qui compte 17 vaisseaux de ligne, et qui partiront d'ici tous ensemble avec la frégate Sabina, qui a été quelque temps ici. On ignore où ils vont porter leurs coups. L'escadre du Ferrol a 13,000 hommes à bord. Ici on craint fort que Nelson arrive avant Tescadre du Ferrol.
L'amiral Collingwood au contre^amiral Biokerion (I).
DreadDOUght devant Cadix, 7 aofti 1805.
Cher Monsieur,
Je vous envoie ci-joint un paquet de renseignements arrivés ce matin de Lisbonne.
Vous apprendrez que sir Robert Calder a eu un engagement avec la flotte combinée, avant l'entrée de celle-ci à Vigo. D'après le témoignage de l'ennemi lui-même, le résultat de l'affaire parait avoir été favorable à nos armes, puisque les alliés ont dû aller à Vigo au lieu du Ferrol, et cela non sans avoir perdu des navires.
Les renseignements que je reçois de Cadix annoncent positivement que les navires qui y sont doivent mettre à la voile dès qu'ils auront été joints par 8 vaisseaux venant de Carthagène, renforcés de quatre autres venant de Toulon. On dit que cette escadre a été vue devant Malaga dimanche dernier. J'espère que vous êtes renseigné, si le fait est vrai, et que nos forces sont concentrées à l'entrée du détroit où ïHydra est en observation. J'espère que nous allons terminer tout cela heureusement, à la gloire de notre pays et à la déconfiture des projets de nos adversaires.
Je vous envoie aussi une copie des signaux que doivent faire les éclaireurs pour annoncer l'ennemi au moyen de leurs voiles de perroquet. C'est fort utile, car, à gninde distance et par la brume, on ne peut reconnaître les pavillons. Je compte que vous m'annoncerez le plus promptement possible tout mouvement de l'ennemi.
Je joins à cet envoi les dépAches adressées à lord Nelson avec le renseignemont relatif à la première apparition de l'ennemi devant Vigo
Telle avait été cette bataille, si mollement conduite de part et d'autre. Si on ne devait la juger que par ses résultats immédiats, on devrait en conclure au succès des Anglais, puisque Calder avait pris deux vaisseaux et maintenu le blocus du Ferrol, où Villeneuve renonçait pour le moment à
(l) Brilish Muséum, Add. MSS, 36525.
pénétrer. Mais, quelques jours plus tard, la jonction des forces franco-espagnoles se fera dans cette baie, sans que les Anglais s'y opposent ; le dommage se réduit donc pour les alliés à la perte de deux vaisseaux espagnols, perte plus que compensée par les sérieux renforts préparés au Ferrol.
î XV
Le brick le Furet , expédié le 27 juillet à Vigo, y portait, oulre Tavis donné à Gourdon de l'arrivée de Villeneuve, un premier rapport sur le combat du 22 et la relâche imprévue qui allait retarder la jonction de Tarmée combinée avec les forces du Ferrol.
Copie de la Isttre du Wca-a/n/ra/ Villeneuve, adressée au Ministre
de la marine et des colonies.
A bord da vaisseau de l'Empereur, le Bucentaure, le 8 thermidor an xiu (27 Joillet), à 40 lieues ouest-sud-ouest du cap Finistère (1).
Monseigneur,
J'ai rhonneur de tous rendre compte que la flotte oombinée a qaitté la Martinique le i6 prairial. Le 20 messidor, étant à la hauteur du cap Finistère» j'ai été pris par les yents d^est-nord-est et de nord-est, qui ont soufflé atec ▼iolence. V Indomptable a démAté de son grand mât de hune^ et la flotte t souffert plusieurs avaries dans ses yergues et sa Toilure.
Les Tents ayant calmé n*ont point yarié et se sont maintenus dans la même partie, et je suis resté ainsi sans pouvoir m'éleTer et luttant contre la contrariété des tents jusqu'au 3 thermidor, où j'eus connaissance de 21 Toiles ennemies.
J'ai aussitôt formé l'escadre sur la ligne de bataille bâbord amures. L*amiral Gratina a fait à l'escadre espagnole le signal de prendre la tôte de la ligne et lui-même s'est mis à la tête de Tesoadre combinée.
Le temps était excessitement brumeux ; nous gouvernions sur l'ennemi
(1) Archives de la Marine, BB»^, 130.
qui, lui-même, goufernait sur nous sur uue ligue largue, ayec riotention apparente de serrer le Tent sur notre arrière-garde et de la mettre entre deux feux par une contremarche Tent devant.
Dès que je le tîs sous le vent par notre travers, je fis le signal de virer lof pour lof par la contremarche.
La brume commençait à gagner. Dès que mon signal a été parvenu à l'amiral Gravina, il s'est empressé de Texécuter avec beaucoup de résolution et il a été suivi successivement par tous les vaisseaux de Tescadre. Dès qu*il est panrenu à la hauteur du serre-file, il a engagé le combat avec des vaisseaux ennemis qui avaient déjà commencé leur mouvement vent devant. Mais alors la brume est derenue si épaisse qu*il m'a été impossible de plus rien aperceToir ; chaque vaisseau ne voyait à peine que son matelot d'avant.
La canonnade s'est successivement engagée sur presque toute la longueur de la ligne.
Nous tirions à la lueur du feu de Tennemi, presque toujours sans Tapercevoîr; ce n'a été qu'à la fin du combat que, dans un court moment d'éclaircie, j'ai pu apercevoir sous le vent de la ligne un vaisseau portant pavillon espagnol qui tenait le vent sous ses basses Toiles, ses huniers amenés. Près de lui étaient deux vaisseaux reconnus ennemis, dont l'un démâté de tous ses mâts, et l'autre à trois ponts, démàlé de son petit mât d'hune et fort dégréé, faisant l'un et l'autre vent arrière.
Le vaisseau démâté paraissait dans une grande confusion et suffire à peine au travail de toutes ses pompes.
La brume la plus épaisse couvrait alors toute l'avant-garde et l'arrièregarde de l'escadre et m'ôtait la faculté de faire exécuter aucun mouvement. Dans ce que j'apercevais, tout l'avantage du combat était à nous.
Nulle éclaircie le reste de la soirée; la nUit, les deux escadres sont restées en présence, faisant leurs signaux de conserve. Je crus cependant m'apercevoir que l'ennemi s'éloignait. Dès que le jour fut fait, nous le vîmes beaucoup sous le vent à nous. Tous les rapports reçus des bâtiments français étaient satisfaisants ; ceux de l'amiral Gravina se montraient pleins de détermination à poursuivre et réattaquer l'ennemi, d'autant que depuis l'éclaircie nous n'apercevions pas deux vaisseaux espagnols, le Firme et le Saint-RaphaéL J'ordonnai le ralliement général et la ligne de bataille bâbord amures, et fis porter sur l'ennemi. Le vent mollit, la mer était grosse, l'ennemi arrirait et il fut impossible de toute la journée de parvenir à l'engager comme je le Toulais.
Je m'occupai, pendant la nuit, à maintenir l'armée en ordre pour être prêt à recommencer l'affaire au point du jour.
Dès qu'il se fit, je fis porter sur l'ennemi qui s'était mis à une grande distance, en forçant de voiles, de manière à éviter un nouvel engagement.
Dans l'impossibilité de le forcer au combat, j'ai cru devoir ne pas m'éloigner d'avantage du but de ma destination, et diriger ma marche pour opérer, conformément à mes instructions, ma jonction arec Tescadre du Ferrol. J'éprouve des contrariétés des vents du nord-est à l'est-nord-est qui, hier, ont soufflé avec la plus grande violence.
Voici les seules nouvelles que j'ai eues des deux vaisseaux qui manquent à l'escadre espagnole :
Le capitaine Gosmao, eommaodant le vaisseau de Sa Majesté Impériale, le Pluton, m'a rendu compte que, dès le commencement du combat, le Taisseau le Firme avait été démâté de son mât d*artimoa et de son grand mât, qu*il rayait couvert tant qu'il l'aTait aperçu, en se mettant entre lui et Tennemi, mais qu'ensuite il TaTait perdu de vue dans la brume.
Quant au Saint-Raphaélf il parait certain qu'il n'a pas été démâté, mais ce vaisseau, mauvais voilier, et dérivant beaucoup, sera tombé sous le vent et nous aura perdus dans la première nuit.
Au reste, la brume a été si constante et si épaisse que je n'ai pu distinguer la force de l'ennemi. Mais le lendemain du combat, j'ai vu 14 vaisseaux, dont 3 à trois ponts, et la plupart m'ont paru très maltraités ; et s'il est vrai, comme Tassure le capitaine de la Didon, qui avait bien reconnu l'ennemi avant le combat, qu'il avait 15 vaisseaux, on peut présumer que l'un d'eux aura disparu dans l'action.
Toutefois, Monseigneur, cette affaire a été honorable aux armes des deux puissances, et sans la brume aussi épaisse que continue qui a favorisé les mouvements et la retraite de l'ennemi, il n'eût point échappé à nos efforts ni â une affaire décisive.
J'ignore encore le nombre des tués et blessés, mais je le crois peu considérable. J'ai à regretter le capitaine de Péronne, du vaisseau de Sa Majesté, Y Intrépide^ qui a été tué.
Le capitaine Rolland, de V Atlas ^ a reçu une blessure. J'aurai l'honneur de vous rendre incessamment des comptes détaillés à cet égard.
Je prie Votre Excellence d'agréer mon respect.
Villeneuve.
Ainsi qu'on Ta vu, Tamiral, à son entrée à Yigo, ne trouva et ne pouvait d'ailleurs trouver, ni ordres, ni instructions, ni nouvelles. Les deux lettres qu'il écrivit dès qu'il eût pris le mouillage, contrastent singulièrement avec les précédentes.
A bord da Bucentauret en rade de Vigo, le 9 thermidor an xiii
(28 juillet 1805) (1).
Monseigneur,
Une nécessité impérieuse, irrésistible, m'a forcé d'entrer à Vigo. Les malheurs se sont accumulés sur cette escadre dans une progression toujours croissante, depuis vingt jours que je lutte contre les vents constants de nord-est et d'est-nord-est, à 60 lieues du cap Finistère, sans pouvoir le doubler.
Nous avions obtenu enfin un Tent faTorable lorsque, le 3 thermidor, nous avons eu connaissance de 20 Toiles ennemies ; j'ai aussitôt formé l'escadre sur la ligne de bataille bâbord amures. L'amiral Gravioa a fait à l'escadre espagnole le signal de premlre In tête de la ligne et lui-roéme s'est mis à la tête
(1) Villeneuve au Minisire do la marine. Archives de la Manne, BB«v, 130-135.
718 TROISltont PARTU. — CHAPITRB XV.
de l'esoidre Mmbinée ; le temps éttit très brumeux, nous goufemions sur l'ennemi qui, lui-même, goufemait sur nous sur une ligne largue, arec Tintention apparente de serrer le rent sur notre arrière-garde, et, par une contremarche vent deTant, de la mettre entre deux feux. Dès que nous TaTons eue par notre traders sous le fent, j*ai fait signal de Tirer lof pour lof par la eontremarehe. La brume commençait à regagner ; dès que mon signal est parrenu à l'amiral Gratina, il s'est empressé de l'exécuter àiec beaucoup de résolution, et il a été suiti successifement par tous les Tsisseaux de l'escadre; et dès qu'il est parrenu à la hauteur du serre-61e de l'escadre, il a engagé le combat atcc des yaisseaux ennemis qui ataient déjà commencé leur mouvement Tent derant. Mais la brume étant devenue très épaisse, il m'a été impossible de plus rien apercevoir, et chaque vaisseau ne votait à peine que son matelot d'avant. La canonnade s*est engagée successivement sur presque toute la longueur de la ligne ; nous tirions à la lueur du feu de l'ennemi, presque toujours tans Tapercevoir. Ce n'a été qu'à la fin du combat que, dans un moment d'éclaircie, j'ai pu apercevoir sons le vent de notre ligne un vaisseau portant pavillon espagnol et, près de lui, un autre vaisseau démâté de tous ses mâts et un vaisseau à trois ponts démâté de son petit mât de hune et fort dégréé, que nous avons reconnus pour ennemis, faisant l'un et Tautre vent arrière tandis que le vaisseau espagnol serrait le vent sous ses basses voiles et ses huniers amenés. La brume couvrait encore toute l'avantgarde et toute Tarrière-garde de l'escadre, et m'ôtait la faculté de faire exécuter aucun mouvement.
La nuit, les deux escadres sont restées en présence, faisant leurs signaux de conserve; l'ennemi, cependant, paraissait s'éloigner; dès que le jour s*est fait, nous l'avons aperçu beaucoup sous le vent à nous, mais j'ai eu la douleur de voir qu'il manquait deux vaisseaux dans la ligne espagnole. J'ai ordonné, en Tirant de bord tous à la fois, le ralliement général, et dès que quelques vaisseaux eurent réparé leurs avaries, j'ai signalé la ligne de bataille bâbord imarea et fait porter sur l'ennemi. Le vent ayant molli, la mer étant grosse, la ligne ayant eu quelque peine à se former, nous ne pouvions être à portée d'engager le combat qu'à la nuit, ce qui m'a décidé à faire retenir le vent et renvoyer l'affaire au lendemain, au jour. Dans la nuit, les vents ont varié au nord ; dès que le jour s'est fait, nous avons gouverné sur Tennemi qui nous restait à une grande distance, mais il ne s'est point prêté à un nouvel engagement et il a forcé dévoiles en tenant le vent. Comme Je n'avais aucune espérance de le forcer au combat ni de pouvoir le joindre, que je lui soupçonnais l'intention de vouloir nous occuper en attendant des renforts et de ma détourner de ma destination, où la situation de la plus grande partie des vaisseaux me forçait de me rendre sans délai ; je n'ai pas cru devoir m'obstiner à sa poursuite et j'ai fait route ; mais les vents ont tourné an nordest et à l'est-nord-est, et le 7 ils ont soufflé avec tant de violence que l'escadre a encore dérivé sous le vent du cap Finistère.
i'ai appris depuis, par le capitaine Gosmao, commandant le Pluion, qui suivait immédiatement la ligne espagnole, que dès le commencement du combat le vaisseau espagnol le Firme avait été démâté de son grand màt et de son màt d'artimon, qu'il l'avait couvert en passant sous le vent à lui, mais qu'il l'avait ensuite perdu de vue dans la brume. Quant au second vais-
ViaO. — LB PBRROL. — LA « DIDON ». 719
seau qui nous manque, le Sain^-Baphail, il n'atait pai perdu de mai, nuit oa Taisseau, mauTaU toilier et démant beauooupi ayant en quelques avarie» dans son gréement, a dû être entraîné sous le vent de la ligne et ensuite peut-être ôoupé par l'ennemi à la faveur de la brume. Je n*ai pas pn distinguer la force de l*escadre ennemie, mais par le rapport de la frégate la Didon, qui a été le reconnaître, il parait qu*ello n'était que de 14 à i5 vaîsseaui, dont 3 à trois ponts.
Il est h présumer que, sans les circonstances d*une brume aussi épaisse et aussi continue, le combat qui paraissait commencer sous d'heureux auspices, aurait eu des suites bien différentes.
J*ignore encore le nombre des tués ou blessés ; dans Tescadre nous avons perdu le capitaine de Péronne, commandant V Intrépide ; le capitaine Rolland, commandant VAUoi^ est blessé. Je vous rendrai, à oe sujet, des comptes plus détaillés ainsi qu'un extrait de mon journal, sur tous les sigoaui et toutes les manœuvres qui ont été faites.
Je prie Votre Eicellenoe d'agréer l'hommage de mon respect.
YlLLINBUVI.
Le Woe-am/ra/ Villeneuve, grand^offtcler de la Légion d'honneur, oommandant en chef /'escadre Impériale à VIgo, à S. £. M. /'>ln?6aesadeur de Sa Majesté l'Empereur dee Français.
En rade de Vlgo, le 9 thermidor an xni (tS joinet 1805) (I).
Monsieur l;* Ambassadeur,
Je me fais un devoir d'informer Votre Ëxcellenoe que les escadres combinées de France et d'Espagne, sous les ordres de l'amiral Gravina et de moi» venant de la Martinique et se dirigeant sur le Ferrol, ont été obligées par suite des vents contraires, par les besoins pressants d'eau et quelques rafraîchi»^ sements pour leurs malades et blessés, de donner un pied d'ancre sur eette rade.
Le 3 de ce mois, nous avons eu une rencontre, près le cap Finistère, avec une escadre anglaise ; il y a eu un combat au milieu d'une brume tellement épaisse, que les vaisseaux ne s'apercevaient qu'aux éclairs de leurs oanonS| et c'est avec un vif regret que j'ai à vous informer que le lendemain nous avons trouvé deux vaisseaux de moins dans lar ligne espagnole.
Ce résultat a été bien différent de celui que nous nous promettions de la manière dont le combat a été engagé.
L'amiral Gravina, qui avait pris la tête de la ligne, l'a conduite avec cette résolution qui caractérise son caractère, et la perte que nous avons faite ne saurait ôtre attribuée qu'à la circonstance de cette brume qui est survenue.
Nous avons resté en présence les deux jours suivants, mais l'ennemi t constamment refusé le combat, et jugeant de son intention de nous occuper* en attendant des renforts, et me trouvant pressé par le besoin d'eau et le
(1) Archivée de la Marine, BB^r, 184.
nombre Je malades, j*ai dirigé ma roule sur le Ferrol ; mais par suite du malheur qui s'est appesanti sur cette escadre, depuis plus de trois semaines, les vents sont encore contraires.
Nous aTons lutté ayee eux ju8qu*à hier, que les circonstances sont deTenues assex graTes pour m*obliger de prendre ce port. Je n*j resterai que le temps nécessaire pour mettre quelques mal.ides à terre.
ViLLBNBUTB.
A bord da Bucentaure, en rtde de Vigo, le 9 thermidor an xni
(3S Juillet 1805) (1).
Monseigneur,
Je TOUS ai dit qu'une nécessité impérieuse et irrésistible m*ayait forcé d'entrer à Yigo. Le 20 messidor, étant à la hauteur du cap Finistère, j*ai été pris par les yents d'est-nord-est et de nord-est qui ont soufflé arec Tiolence. V Indomptable a été démâté de son grand màt de hune ; plusieurs Tergues ont été cassées et des Toiles emportées. Les fents ayant calmé, n*ont pas Tarie et se sont maintenus dans la même partie ; la marche extrêmement désavantageuse de Tescadre, particulièrement de la .division espagnole, le seul Argonaute excepté, nous faisait perdre du chemin, bien loin de nous permettre d'en gagner. Ge|>eodant les malndies faisaient des progrès rapides à bord de plusieurs vaisseaux, particulièrement à bord des deux vaisseaux de Rochefort, VAlgésiras et l'AcAt/Ze, qui avaient déjà au delà de 450 hommes sur les cadres, et le besoin d'eau s'y faisait sentir. Enfin le 3 thermidor, nous faisions route avec un vent favorable et nous comptions arriver le lendemain au Ferrol, quand nous avons rencontré l'escadre ennemie ; le combat qui s*en est suivi a ajouté encore à la détresse des vaisseaux, par les avaries qu'ils ont reçues, et les blessés qui en ont été la suite, et pour comble de malheur les vents ont repassé au nord-est, avec force ; l'escadre ne pouvant tenir de la voile, nous avons encore dérivé sous le vent du cap Finistère. Je me détermine donc à arriver, avec l'intention d'aller à Cadix, après en avoir fait part à l'amiral Gravina, qui était fortement de cet avis. Il y avait A peine six heures que nous en faisions la route, que le vent qui soufflait en coup de vent vint à calmer et passa peu de temps après au sud et sud-sud-ouest. Je repris la route au nord pour aller au Ferrol. Le soir les vents calmèrent ; dans la nuit ils passèrent au nord-ouest, puis au nord, enfin au nord-ouest. Enfin le commandant de r Achille m'écrivit , par r intermédiaire da général Magon, qu'il avait 200 hommes sur les cadres; qu'il avait fait démolir toutes les cloisons et galeries du faux-pont pour y placer les malades; qu'il n'avait que cinq jours d'eaû. Le général Mngon, sur TAlgésira-, me fit connaître quHl était dans la même situation,
L'Indomptable, Tlntrépide, i' Aigle avaient chacun plus de 150 malades sur les cadres ; tous les vaisseaux en avaient de 60 à 120, sans aucune espèce de secours à leur donner. Obligé de prendre une détermination, n'nynnt d'autre
(1) Villeneuve au Minisiro do la marine. Archives de la Marine, t30 133.
port à portée, pour porter quelques remèdes à ma situatiou, que celui de Vigo, j'ai été obligé d'y rentrer.
Je me regarde ici comme à la mer, ce port n'a aucune ressource ni aucune défense.
Dès que fy aurai fait un peu d'eau et mis les malades les plus embarrassants à terre, je mettrai sous voiles; fen préviens le général Gourdon. Mais si les vents me contrarient pour le Ferroly je fais route pour Cadix, Je n*ai pas un mois complet de vivres ; enfin, notre situation est extrêmement fâcheuse. Du rosJe, la maladie qui nous afflige n'a rien de dangereux, c'est le scorbut et la dysenterie, très peu de fiéirreux ; quelques rafraîchissements pourront en remettre un grand nombre.
J'ai tant de détails A tous donner que je suis obligé de les renyoyer à un prochain courrier.
Je prie Votre Excellence d'agréer l'hommage de mon respect.
VlLLBWBOTK.
Dès le lendemain, Gourdon avait, au Ferrol, connaissance de cette importante nouvelle et était sollicité de prendre part à la bataille qui paraissait certaine. Mais, malgré les ordres réitérés qu'il avait reçus, Gourdon, ne s'étant pas encore porté à la Gorogoe, se trouvait hors d'état d'intervenir si, comme on devait s*y attendre, Galder était resté dans ces parages.
10 thermidor an xui (20 Juillet 1805) (1). Monseigneur,
J'ai l^onneur de tous annoncer, deyant Yigo, Tarrifée de Tamiral Villeneuve ; je transcris la lettre que cet amiral m*écrit: « Je tous écris à la h&te. Général, pour tous annoncer mon arrivée sur ces parages. J'ai donné, dans la brume, dans une escadre anglaise ; il y a eu un combat. L'escadre a de grands besoins ; j'ai des vaisseaux qui manquent d'eau. Faites tous vos efforts pour venir nous joindre. Je vais faire route pour le Feirol, où il me parait probable qu'il y aura encore bataille; je m'en rapporte à vous pour être sûr que vous ferez tout ce qui sera possible pour y prendre part. Datée de 16 lieues dans le Sud-Sud-Ouest du cnp du Finistère.
Signé : Villeneuve. »
Les vents ne m'ont pas encore permis de me rendre à la Corogne. Je vais faire mon possible pour me trouver en dehors.
J'ai rhonneur d*étre, Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur.
GOCRDON.
(l) Archives de la Marine, BBiv. M9.