‹ 1793-1805 (volume 3)Chapitre 61 sur 81 · IV · texte numérisé non relu

IV

Dès qu'il eut débarqué ses malades et fait un mois d*eau, Villeneuve s'occupa du départ. Mais, à la veille d'un combat qui paraissait certain, puisque Calder était encore dans ces parages, l'armée combinée fut affaiblie de trois vaisseaux.

I>» 1 1 thormidor an xiii (30 juillet 1805) (1). Monseigneur,

Je ne puis eneort que vous écrire à la hdte pour vous annoncer que je vais remettre sous voiles; nous stons fait ici, malgré de grandes difficultés, pour un mois (Veau, ce qui équivaut à la durée de nos vivres.

Les vaisseaux ï Atlas, V Espagne oi V Amérique, de 60 canons, ne sont pas des Taisseaux navigables en escadre et sont faits pour tout compromettre ; nous aTons pris la détermination de les laisser ici, sans croire avoir de beaucoup diminué nos forces; l'Atlas sert d*entrepdt pour y loger plus df" 800 malades, en attendant que les établissements que Ton forme à terre soient prêts pour les recevoir ; nous avons en outre débarqué à terre plus de 400 malades ou blessés.

Je me suis servi des espèces monnayées de la prise espagnole la Minerve, pour faire payer un mois de solde et de traitement à toute Tesoadre ; le reste de ces fonds a été entreposé chei le commissaire des relations commerciales; la totalité de la somme qui sVst trouvée à bord de ce bâtiment se montait à 408,000 piastres, dont ^7 ont été remis au commissaire des relations commerciales, ainsi que la prise.

Je vais faire route pour le Ferrot, si les vents me le permettent, mais en cas contraire, je filerai sur Cadix ; il me parait assez difficile que je fasse ce passage sans être obligé de livrer combat; mais, dans f alternative de voir cette escadre se perdre dans ce port et de fy voir paralysée pour tout le reste, il me parait qu*il n'y a pas à balancer. Puisse une nouvelle rencontre être plus heureuse que la première.

Je donne avis au général Gourdon de ma sortie.

Je prie Votre Excellence d'agréer Thommage de mon respect.

YlLUNlUVH.

Effectivement, dès le 31, et malgré ime brise du large qui s'éleva un moment, toute Tannée parvint à sortir de la baie de Vigo,

Le vice-amiral Villeneuve au Ministre de la marine.

Vigo, k It thermidor «n xiu (31 jnilUt 1805) (I). Je suis en appareillage; je laisse ici deux vaisseaux espagnols et le vaisseau

(1) Archives de la Marine, BB«*', 230.

(t) Archives de la Marine, BB>', 230-2 44.

français VAtias. Ces bàtimenU n'ont pas beaucoup souffert dans le combat, mais Us marchent mal et je les considère comme moins propres i\ renforcer Tescadre qu'à gêner et retarder ses moufements.

J'ai débarqué ici mes malades : la longueur de la navigation et les mauvais temps m*en ont donné quelques-uns parmi les troupes passagères, mais ces maladies, qui ne sont que du scorbut, n'ont aucun caractère dangereux, l'air et les livres de terre les guériront très promptement. Je pars donc avec quinze vaisseaux, dont deux espagnols. Si nous n'avons affaire sur notre routo d'ici au Ferrol qu'avec Tescadre que nous avons combattue, nous n'en avons rien à redouter.

VlLLBNKUTI.

L'arrêt de quatre jours, fait à Vigo, du 28 au soir au 31 juillet, ne parait pas avoir été exagéré, si Ton tient compte, à la fois, de la tempête du Nord-Ouest qui continuait à souffler (4), et des besoins réels de l'armée combinée.

Journal de Reille.

Le premier soin a été de mettre à terre les malades et de se procurer les rafraîchissements. Un commissaire et l'ambulance de terre ont été débarqués; ils ont établi quelques fournitures dans quelques salles éparses dans le fau* bourg. oi!i l'on a débarqué environ 40 malades ou blessés de terre et de mer. Les amiraux ont laissé à Vigo trois vaisseaux qui retardaient l'armée par leur marche : ï America et V Espagne, espagnols, et VAtias, français. On a fait un hôpital de ce dernier vaisseau et mis dessus 800 malades. Toutes ces opérations se sont faites les 9, 10 et 11 (28, 29 et 30 juillet).

Avec les deux vaisseaux perdus dans le combat du 22, la force de Tarmée se réduisait donc à 15 vaisseaux, force sensiblement égale à celle que Calder avait montrée. On n'eut pas à combattre, mais le court trajet de Vigo au Ferrol prit plus de 48 heures.

Le 12 (31 juillet) au matin, Tarmée a mis sous voile n'ayant plus que treize vaisseaux français et deux espagnols, et s'est élevée dans la journée à cinq lieues de la côte. Le 13 (1<^' août), les vents au Sud-Ouest, fait route sur le cap Finistère, que nous avons doublé de très près dans la soirée. Le 14 (S août) au matin, aperçu le cap Prior et la tour d'Hercule, fait d'abord route pour rentrer au Ferrol. où les deux vaisseaux espagnols avaient déjà donné. Ensuite, venu mouiller à la Corogne vers les iO heures, le 2 août (2).

(1) Voir ci-dessous, à propos des mouvements de Nelson. {l) Journal de Reille.

Contre toute attente, il n'y avait pas eu combat, Calder ayant disparu depuis le 25 juillet et ne se trouvant pas devant le Ferrol (1).

C'est le 2 août que, pour la première fois depuis le 4 juin, jour où il avait été rejoint par Magon, Villeneuve put recevoir des ordres, des instructions et être mis au courant de ce qui s*était passé depuis le 3 mai, date du jour où la Didon avait quitté la France.

Le premier effet des ordres fut, d'après Reille, d'amener l'amiral à mouiller à la Corogne même.

Uâmiral avait d'abord fintenUon d*aUer an Ferrol, mais il en a été détourné par des dépêches du Ministre qui lui ont été remises à Centrée. Il était impossible d*étre plus mal qu*à la Corogne pour une réunion avec le Ferrol^ puisque les deux escadres ne pouvaient sortir avec le même vent, qu'il fallait tirer du Ferrol presque tout ce dont noua avions besoin, et qu'une armée anglaise, se plaçant entre deux, pouvait empêcher la réunion avec beaucoup moins de forces (2).

Ce fut au moment où, pénétrant dans la baie, Villeneuve allait entrer au Ferrol, qu'il reçut Tordre de s'arrêter à la Corogne. Malheureusement, l'amiral Gravina, qui était en tête de colonne, ne fut prévenu que trop tard pour pouvoir changer de route et dut pénétrer dans le port.

L'amiral Gravina au ministre de la marine Decrès, à bord de /' << Argonaute », à l'ancre dans le port du Ferrol (3j.

3 août.

Dira -à Votre Excellence, Tamiral Villeneuve, qu*hier au matin, après

avoir fait faire le signal de relâcher ici et m'avoir dit lui-même qu'il entrerait au Ferrol en suivant mon vaisseau, que, étant mol déjà dedans le goulet du port, il lit le signal de serrer le vent à l'escadre, chose déjà impossible à moi de pouvoir vérifier (exécuter) et qui me mit en grande confusion et désespoir, jusque à avoir su qu'un ordre absolu, venu dans le moment que allait à entrer, l'empêcha et Tavait obligé d'aller mouiiliT à la Corogne, comme luimême vint me dire l'après-dloer et me donna votre dépêche du 21 messidor, à Fontainebleau

(1) Ce Jour-là, il est signalé par les éclaireurs d'Allemand à 40 lieues au nord-nord* ouest du Ferrol.

(t) Journal de Rcillo.

(3) Archives de la Marine, BB»*", 232. - Note do la main de Gravina.

Le contre-amiral Gourdon, commandant les forces navales de Sa Majesté au Ferrol, à Son Excellence le Ministre de la marine et des colonies.

Le 16 thermidor an ziii (4 ao&t 1805) (1). Monsfïigneur,

Je m'empresse de tous préyenir que l*amiral VilleneuTe Tient de mouiller à la Gorogne avec treix« vaisseaux frnnçalR. f/amiral GraTiua, qui le précédait quand on les a vus le matin faire route vers le port, est entré ici croyant en être suivi, mais au moment de donner dans le goulet, il (Villeneuve) a tout d*un coup changé d'avis et fait route pour la Gorogne.

Je viens d'envoyer à son bord, et si les vents soufflent un moment du Nord-Est, je le rejoindrai h l'instant.

Je joins ici un paquet qu'il m'avait fait passer de Yigo pour Votre Excellence.

J'ai l'honneur d'être de Votre Excellence, Monseigneur, le trèii humble et très obéissant serviteur.

GOURDON

A bord da Bucentaure, en rade de U Corogne, le 1 5 thermidor an xni

(3 aoftt 1805) (2).

Monseigneur,

J'ai dû ne séjourner h Vigo que le temps nécessaire pour remédier aux causes qui m'y avaient fait entrer. J'en suis sorti le troisième jour avec treize vaisseaux français et deux espagnols et les frégates de l'armée. Le temps m'a favorisé, j'en ai profité et, longeant de près la côte du cap Finistère, h. Sizargue^ pendant la nuit, au jour je me suis trouvé presque à vue de ce port. Je savais que l'escadre anglaise y avait reparu, et je m'attendais à avoir un combat à livrer avant d'entrer, mais je n'ai rien vu. J'ai trouvé les escadres combinées dans le port du Ferrol; la situation de Tescadre en vivres, en eau, des mâts d'hunes à changer, des mâts à jumeller, me paraissaient des raisons suffisantes pour entrer au Ferrol et m'y réunir à la majeure partie des forces combinées qui s'y trouvent déjà, et avec laquelle j'aurai pu en sortir. Déjà je m'en approchais, quand j''ai reçu vos dépêches et notamment Vordre de Sa Majesté qui me le défend expressément (2). J*ai aussitôt fait le signal de tenir le vent, Lamiral Gravina, qui marchait en avant à moi, était trop engagé dans la passe; il n'y a pas été à temps et a été obligé d'entrer. Il en est incon solabie.

Je suis venu mouiller à la Gorogne, mais je m'y trouve beaucoup moins en appareillage et en état de faire notre jonction. Je vais éprouver beaucoup de difficultés pour faire do l'eau, pour prendre les vivres qui me sont nécessaires sur les vaisseaux du Ferrol et, en sus, tout ce qui peut accélérer la mise en mouvement des forces combinées.

Je n'entreprendrai pas. Monseigneur, de vous dépeindre mon état, il est affreux; lorsque Sa Majesté m'honore d'une grande confiance, qu'elle met à

(1) Archives de la Mâtine, BB»v, 229.

(2) Archives de la Marine, BB", 230-248.

ma disposition toutes ses forces navales et celles de ses alliés, je me trouTe empêché par les circonstances les plus fatales. Tout est contre moi, jusqu'au ciel; la foudre est tombée sur mon vaisseau amiral, le BucentaurCy a pénétré sous son faux pont, sans cependant y occasionner de graves accidents. Je tâcherai de ne pas en être abattu. Dans le malheur, on n*a pas d'amis; j*en trouve heureusement un dans Famiral Gravina : il sent et partage vivement ma position, mais, au milieu de si grands intérêts, il doit se taire sur ce qui m*e>t personnel.

Dès que j*ai été mouillé, je me suis rendu au Ferrol à bord de Pamiral Gravina et je lui ai remis votre dépêche en lui communiquant, suivant votre ordre, les instructions définitives dont je suis chargé.

J*ai vu le contre-amiral Gourdon, qui dans ce moment est très dangereusement malade.

J'ai vu Tescadre française et espagnole dont j*ai été très satisfait, plût au ciel que Tescadre de Cadix qui m'a rallié fut composée de vaitteaux semblables ; c'est encore le moment de dire : on ne mit jamais en mer d'aussi misérables bâtiments. C^esl la cause première de tous nos malheurs.

Suivant les rapports qui m'ont été faits, les vaisseaux français n'ont pas les six mois complets de vivres en biscuit. J'ai ordonné qu'on s'occupât du moyen de mettre toute l'escadre venant de la Martinique à 45 jours de vivres en prenant sur la division du Ferrol. Il y a un mois et demi que j'ai réduit la ration des équipages d*un quart, et cette réduction subsistera jusqu'à ce que je sois mieux approvisionné.

Dans l'escadre espagnole du Ferrol, il y a un vaisseau de 60, le Saint-Julien^ mauvais voilier, l'amiral Gravina n'en veut pas; il va faire verser son équipage sur le Saint-Ildephonsc, réputé très bon voilier et en état de nous suivre sous quatre jours.

Le vaisseau de l'amiral Gravina a sa guibrc enfoncée au point que les ingénieurs du port ont jugé qu'il était indispensable quelle soit réparée. Ce vaisseau sera prêt sous trois ou quatre jours.

J'ai éprouvé qu'il est préférable que dans la formation de la ligne de bataille nous intercalions les vaisseaux espagnols avec les français ; les circonstances d'un combat naval placent souvent des corps d'armée dans des positions extraordinaires; la gloire et le blâme qui en peuvent résulter doivent être partagés par les deux marines. Dès que je pourrai me mettre en mouvement, je par- * lirai si le temps me sert ; je tâcherai d'entrer à Brest ou de tromper la surveillance de Vennemi et de donner dans la Manche, en serrant le cap Lizard, si fy vois quelque apparence de succès ; enfin, je prendrai la route de Cadix, si les deux autres partis me paraissent impraticables dam fêtât actuel des choses.

Quant à la division aux ordres du capitaine de vaisseau Allemand, que je suppose rendue par la longitude et latitude que vous lui avez fixée et ou il doit croiser jusquau 25 thermidor, je crains de lui envoyer l'ordre de se rendre ici^ attendu que Cennemi ne s'en est pas éloigné et qu'il y est en grande force ; comme je suppose que vous avez également prévu le cas ou il n aurait aucune connaissance de l'escadre sur ses deux points de croisière, et qu'il a une destination, je pense quil est bien préférable qu'il la suive, bien assuré qu'il occupera toujours une force égale à la sienne, qui sera distraite des escadres d^Ouessant et de celles disponibles contre les escadres combinées du Feirol.

L'escadre ennemie a été signalée avant-hier et hier, Od la dit do 14 vaû* seaux, dont 4 à trois ponts, je ne sais si elle a été informée de ma relâche à Yigo, elle sera étonnée de notre jonction ici.

Je ne sais quels seront vos ordres sur le vaisseau V Atlas et les deux petits Taisseaux espagnols que j'ai laissés fi Vigo. J'ai chargé le capitaine de frégate Gohar, qui commande V Atlas par intérim, en attendant le rétablissement du capitaine Rolland, qui a été horriblement brûlé dans le combat du 3, je Tai chargé, dis-je, du soin de l'établissement des malades, de les réunir à son bord jusqu'à leur guérison ; enBn, de toute la police des Français provenant de l'escadre. J'ai pris une partie de son équipage pour le répartir sur V Achille et VAlgésiras qui ont le plus fourni de malades. J'ai encore en ce moment plus de 200 malades à débarquer, presque tous scorbutiques.

Ces trois vaisseaux peuvent prendre à Vigo une position qui les mette à l'abri de toute attaque de l'ennemi en débarquant quelques canons de leurs vaisseaux, mais, du reste, ils sont absolument hors d'état de naviguer en escadres ; sans eux et quelques autres, je n'aurais pas eu un moment de contrariété sur mer.

Je prie Votre Excellence d'agréer l'hommage de mon respect.

VlLLENBtlVB.

Il est essentiel de remarquer que la lettre de Villeneuve porte la trace très nette de la réception de Tordre impérial en date du 16 juillet : « Si, par Teffet de combats votre situation se trouvait considérablement changée, nous n'entendons pas que, dans aucun cas, votre armée entre dans le port du Ferrol. Dans ce cas qui, avec Taide de Dieu, n'arrivera pas, nous désirons qu'après avoir débloqué nos escadres de Rochefort et du Ferrol^ vous mouilliez de préférence dans le port de Cadix, »

En outre, les deux lettres de Decrès, en date des 18 et 20 juillet, sont très clairement visées. Or, la première prévoit? le cas ou Allemand ne pourrait être rallié, et contient une copie des instructions données à ce capitaine le 17, en vertu desquelles, ou bien il attendra à Rochefort, ou bien, ayant appareillé et n'ayant pas trouvé Villeneuve au Ferrol, il aurait toute liberté, après le 13 août (25 thermidor), poitr une croisière indépendante, La seconde annonce le départ de la division de Rochefort le 17 juillet et sa station probable, du 29 juillet au 3 août, à 40 lieues à l'Ouest du Ferrol, puis jusqu'au 13 août par 46<»56 de latitude Nord et 9°30 de longitude Ouest. On se souvient que Decrès a commis la grave

omission de ne pas faire connaître à Villeneuve qu Allemand doit y après le 13 août, se porter à Vigo.

A la date où Ton était arrivé et dans l'état des renseignements qu'il avait reçus, le seul espoir qui pût rester à Villeneuve pour retrouver Allemand était de le faire chercher au second point de rendez-vous, c^est-à-dire à hauteur de Roche fort.

C'est ainsi que fut rédigé, le 4 août, Tordre suivant destiné au commandant de la frégate la Didon.

Ordre à la a Didon ».

IB thermidor an xui (i août 1805), on rado do la Corog^o.

M. Milius, capitaine de frégate commandaut la Didon, appareillera le pluf tôt possible de la rade de la Gorogne et se dirigera sur le poÎDt de croisière de 46^56' Nord et 9^30' Ouest, Sur ce parage, il doit rencontrer Tescadre de Rocherort, commandée par M. Allemand, capitaine de vaisseau et composée de 5 ? aisseaux de ligne, 2 ou 3 frégates et 1 brick.

Le capitaine Milius informera le commandant Allemand de Tarrlyée de Tescadre combinée sur le Ferrol, lui remettra les dépèches ci-jointes et se rangera sous son commandement.

Dans le cas où, après avoir parcouru ce point de croisière pendant vingtquatre heures, il n'aurait pas connaissance de Tescadre du commandant Allemand, M. Milius ferait aussitôt route pour rallier l'escadre sur le Ferrol

Si elle était partie, il trouverait des ordres sur sa destination ultérieure

Si, par l'effet des chasses qu'il pourrait éprouver de la part de l'ennemi, M. Milius ne pouvait pas rejoindre l'escadre soit au Ferrol, soit à la mer, il chercherait k rentrer dans un des ports de France, celui de Lorient devant être préféré à tout autre.

M. Milius est prévenu que le commandant Allemand ne doit tenir la croi* sière qui lui est ordonnée que jusqu'au 25 thermidor (13 août).

La frégate n'était pas prête à mettre immédiatement à la voile, pas plus, d'ailleurs, que l'escadre qui embarquait son eau et ses vivres. Les vents s'opposaient, en outre, à la sortie de la rade. On attendit donc jusqu'au 8 avant de faire partir la Didon.

Dans l'intervalle, l'amiral reçut des communications importantes :

1® La lettre de TEmpereur à l'amiral Gourdon, en date du 27 juillet.

Celle-ci prescrit :

a) De rechercher Allemand daprès ses instructiom (ce qui veut dire les lettres de Decrès du 18 et du 20 juillet).

b) Si Villeneuve n'est pas arrivé le 8 août, d'aller le chercher à Cadix en y envoyant le Béguins une fois que ce vaisseau sera arrivé à Yigo.

c) De laisser au Ferrol l'avis à Villeneuve dé se porter sur Cadix pour y faire sa jonction et poursuivre, ensuite, sa mission, dont le but n'a pas changé ;

2° Un avis, donné par Beurnonville à Jourdan, de Madrid, en date du 29 juillet, reçu probablement le 2 au Ferrol, de l'arrivée de Nelson, avec \ 1 vaisseaux, le 20, à Gibraltar et de sa rentrée dans TOcéan le 26.

Par la première de ces lettres (1), peut-être aussi par Tannonce de l'arrivée à Vigo, le 5, du lieutenant Gauthier, aide de camp du Ministre de la marine, Villeneuve put deviner^ qu'après le 25 thermidor (13 août), et non le 15 (3 août), Allemand viendrait à Vigo. Toutefois, une lettre non retrouvée du Ministre et qui n'est pas mentionnée sur le registre de correspondance (2), explique peut-être la situation et ferait comprendre le post-scriptum qui fut ajouté, le 6 août, à l'ordre donné le 4 au commandant de la Didon.

P.-S, — De nouvelles dépêches (?) de son Excellence le Ministre de l<i Marine m'apprennent que le commandant Allemand, après Pépoque du 25 thermidor (13 août), doit se présenter devant Vigo et y prendre langue. Le capitaine Milius prendrait également celte direction dans Tespérance <lo. le joindre. Le capitaine Milius peut rencontrer à la mer le vaisseau le Réghlus, commandé par le capitaine Lhermite ; il se joindra à lui et lui donnera

(1) Lo 6 août, Villenouve écrit : « Le contre-amiral Gourdon mo fait passer mes dépêches du 28 qui me fixent sur la route que doit tenir l'escadre de Rochefort. J'expédie surle-champ la ftrégate la Didon pour lui donner avis de l'arrivée des escadres combinées au Ferrol, avec ordre de les rallier. Dans le cas où elle me trouverait parti, je lui laisserai des instructions sur la route que je dois tenir »

(2) Voici l'extrait de ce registre :

Envoi simple d'instructions de Sa Majesté en date du 7 thermidor.

Présumant qu'il est à Cadix, il lui est ordonné de n'y rester que quatre jours, de se porter sur le Ferrol, d'y rallier les 15 vaisseaux français et espagnols, ensuite de se diriger sur Brest, d'y rallier l'amiral Qanteaume et do se rendre devant Boulogne ; il lui est recommandé de tâcher de rallier le commandant Allemand.

Zt thermidor (10 août 1805).

L'Kmpereur compte que, malgré le combat du 9 thermidor et sa relâche à Vigo, il aura continué de remplir sa mission, et ce conformément aux ordres du 7 thermidor.

Instructions de V Empereur du 25 thermidor (13 août). Ordre itératif de se rendre devant Boulogne.

communication des préseiitet» iostructioas et Téclairerait dans sa marche pour rallier Tarmée combinée.

Le texte de l'avis que la frégate la Didon dut porter à Ailemand n'a pas été conservé, mais il parait à peu près sûr que la lettre suivante, qui fut le surlendemain adressée à Yigo, au lieutenant Gauthier, avec ordre de la remettre à Tarrivée d'Allemand, en fut la copie à peu près textuelle.

Au capitaine Allemand^ en rade de Vigo.

En rade de la Corogne, le 20 thermidor (8 août) an xiii (1).

Je TOUS ai expédié M. le commandant de la frégate la Didon, pour vous donner avis de l'arrivée sur le Ferrol de Cescadre combinée^ au-devant de laquelle vous avez été détaché. Je vous préviens que je suis au moment de partir pour suivre la destination qu'il a plu à Sa Majesté de donner à toutes ses forces combinées rassemblées sur ce point. Je dois donc vous informer de la route que je dois prendre, mais quê les circonstances, néanmoins, peuvent faire changer. Si votre réunion ne peut se faire devant le Ferrol^ et que vous soyez informé que les forces combinées en sont parties, vous vous dirigerez pour aller à Brest en allant atterrir sur Penmark. Dans le cas où f éprouverais quelques contrariétés pour suivre cette route, ma obstination définitive serait LE PORT DE Cadix, oh vous devez également vous rendre, mais en ayant soin d'éviter le cap Saint- Vincent (2), où probablement Cennemi tient une croisière ; arrivé à Cadix, vous y recevrez de nouvelles instructions, celles-ci annulant, par ordre de Sa Majesté, toutes celles que vous pourriez avoir reçues précédemment.

Villeneuve (3).

Le 6 août, à S h. 15 du soir, la ûido7i mit à la voile par joli frais du Nord-Est.

Voici, d'après le capitaine Milius (4), ce qui se passa pour cette frégate, dont la perte eut de si graves conséquences.

La Didon partit de la Corogne le 18 (6 août), au coucher du soleil par un vent de Nord-Est. L'escadre de l'amiral Calder avait été en vue toute la journée Jo fis route au Nord-Ouest jusqu'au matin que j'aperçus plusieurs

(1) Archives de la Marine, BB»v, 230.

(2) Cette phrase est caractéristique, elle se trouve dans les lettres impériales du Î6 germinal, à Allemand et du 27 à Gourdon.

(3) Cette lettre arriva le 12 à Vigo. I^ettre du lieutenant Gauthier, 14 août. Archives de la Marine, BB«^, 233.

(4) Archives de la Marine, BB>», 232.

bltimenla dan* mn eitui, je pria tttora le fent le onp au Nord et le» perd» de Tue dans peu d'heures.

Le 20 (8 aodt), m'tstimant à environ iO lieues ou Nord-Oueil du eap Fini$tére, je fus obligé de prendre chns^c au Sud-Ouest pour éviter un gros faisseau de guerre qui venait lur moi à loutw voiles. Il ne lett la chasse qu'à In Duit. Le vent étant trËs inégnl et soufRaut loujoun de In partie Nord-Est, je gouvcmni suecesiiremeDl à différentes aires de tent pour cacher ma roule et éloigner l'enDemi. I.e lendemain matin, ne voyant personne k l'horison, je repris les amures k tribord.

JOAoûr

Combat &b]hden

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