DES 13 ET U AOUT
Une fois les ordres des 26 et 27 juillet expédiés, un nouveau vide se remarque dans la correspondance impériale. Pendant huit jours il n'est plus question des escadres. Le 3 août, Napoléon arrive à Boulogne. Le 4 seulement, il reçoit un avis des plus graves.
Cadix, njoiUet 1805(1).
Monseigneur,
La réunion des probabilités sur Centrée de Vescadre de Vamiral Nelson à Gibraltar, il y a trois jours, devient telle, que je crois devoir la transmettre par exprés à Votre Excellence,
Ces probabilités sont : i^ une lettre dudit amiral à M, de Solano, datée à bord du Victory du il juillet, renvoyant quelques lettres à des particuliers; 2* une lettre du i9 juillet que fai reçue de Tariffa, d'où Von me mandait que Von voyait cette escadre; 3* les signaux de la côte d'hier et de ce matin.
On m'avait annoncé que Tamiral Nelson avait ii vaisseaux; mais les signaux en désignent ii et i frégate (2).
Je n'ai rien pu découvrir de plus positif ni de plus détaillé que le résumé ci-après :
On m'avait trompé en me disant que cette escadre était vers Antigoa le 13 juin ; on croit que le jour de cette date elle se trouvait par le 28* de latitude nord et par le 59** de longitude du méridien de Londres.
Un particulier a prétendu que de faux avis avaient donné le change au même Nelson le 6 juin et lui avait fait manquer Tescadre combinée.
Nous ne connaissons ici d'autres vaisseaux ennemis : l<* que les quatre du
(1) Archives des Affaires étrangères, Rspagne, an xiii. (S) c'était absolument exact.
blocus de Cadix, sous les ordres de M. Collingwood (Voici copie de la réponse qu*il a adressée aux consuls neutres) ; 2° les quatre qui bloquent Carthagène; on les suppose aux ordres du contre-amiral Bickerton (1).
Quant aux forces de nos alliés, aussitôt que l'on recevra 200 véritables matelots, on peut regarder comme disponibles :
/ La Santa-Trinidad. . Don Francisco Yriarte, brigadier.
Ln rade, I ^^ Bahama Don Dionicio Galleano, brigadier.
bons vaisseaux. | ^e San-Leandro. ... Don José Quevedo, capitaine.
* . 1 La Caslille Don Juan Topete.
très mauvais. }
A la Carraque, i Le Raya Don Macdonald.
bons vaisseaux. ( Le San-Justo Don Miquel Gaston, capitaine.
Bon vaisseau J
dans le bassin ( La Santa-Anna Don José Gardoqui, capitaine.
pour doubler. )
Toujours du mystère sur le Glorioso qui, à mon avis, a une mission. Veuillez agréer, Monseigneur, rbommage de mes sentiments respectueux.
Le Roy.
P. S' -^ Il existe dit-on, au camp de Saint-Roch :
Infanterie 4,700 hommes.
Artillerie et sapeurs 1 ,000 —
Cavalerie , i ,200 —
Total.. ., 6,900 hommes.
Cadix, le t thermidor an xiii (13 joinet 1805) (S). Monseigneur,
Le 30 du mois dernier, j'ai rendu compte à la hftte (par un exprès de M. le Gouverneur), à M. le général Beurnonville, notre ambassadeur à Madrid, du soupçon qu'une lettre de l'amiral Nelson faisait concevoir de son retour dans les parages voisins d'Andalousie.
Hier, par un courrier français, adressé de même ^ M. l'Ambassadcar, J'ai eu Thonneur de vous rendre compte de la relâche de l'escadre, aux ordres du même Nelson, h Gibraltar.
On dit aujourd'hui que c'est pour y faire de l'eau : on s'accorde à ajouter que son escadre continue à être composée de il vaisseaux de ligne, dont 2 à trois ponts, 2 de 80 et 7 de 7f, et 3 frégates.
(1) N'ayant pu l'avoir qu'en anglais, je l'adresse à Son Excellence M. l'Ambassadour qui vous en fera passer copie, Monseigneur, (î) Archives de la Marine, Espagne, an xm.
La tour de vigie de Cadix a signalé que, hier à cinq heures du matin, ladite escadre a fait voile de Gibraltar, au nombre de i^ vaisseaux et une frégate louvoyant avec des vents d'0,-S.-0., et depuis, les vigies n*ont rien signalé qui y soit relatif; aussitôt que je connaîtrai la route certaine, j'enverrai un autre exprès.
J'aurai l'honneur d'adresser à Votre Excellence, par le prochain ordinaire, les extraits des rapports accoutumés, qui n'ont rien présenté d'intéressant
Daignei agréer. Monseigneur, Passurance de mes sentiments respectueux.
Le Roy.
■P. S. — J*ai attendu, chez M. le général d'Alava, les rapports des vigies au soleil couché. L'escadre Nelson continuait h louvover vers le détroit de Gibraltar avec les vents à l'O.-S.-O.
Madrid, le 7 thermidor an zm (26 juillet 180.5) (I).
Monsieur le Vice-Amiral,
Selon toutes les apparences, l'amiral Nelson est passé avec son escadre dans la MéditeiTanée. On n'a pas encore de certitude à cet égard, mais sur la simple probabilité du fait. Le Roy s'est décidé à m'envoyer un courriel* extraoniinaire, et je m'empresse de vous adresser la dépêche de ce commissaire général.
On commence î\ espérer que l'amiral Nelson aura été leurré par de faux rap« ports et qu'il est revenu en Europe.
Ce qui est sans aucun doute, c'est que si l'amiral Nelson supposait que notre escadre combinée dût revenir «aux atterrages de Cadix, il ne prendrait pas le parti de repasser le détroit et, de la part d'un homme aussi extrême que lui, cette marche me porterait à croire, ou qu*il n'est point utile de chercher notre escadre h sa véritable destination, ou que des ordres du gouvernement anglais l'ont rappelé h sa première station pour protéger les convois et pour observer les ports de Carthagène et Toulon.
Je prie Votre Excellence d'agréer l'hommage de mon respect.
Beurnonville.
Malgré la précision des détails» que révénement devait justifier d'une façon complète, la nouvelle du retour en Europe de Nelson devait être si profondément désagréable à TEmpereur, dont elle ruinait tous les plans, qu'elle fut accueillie avec une extrême méfiance.
(1) Archives de la Marine, BB^r, 234.
Au fioe-amiral Oecrès (1).
Camp de Boulogne, 16 thermidor ao xm (4 ao&t 1805).
Je TOUS renvoie votre lettre de M. BeumonTille. Toutes les nouvelles relatives à Nelson paraissent douteust^ ; que diable aura-t-il été faire dans la Méditerranée ?
Ils y auraient donc 20 vaisseaux de lijniP ? ïls ne savent guère ce qui leur pend à Toreille. Tout est ici en Imju tniin ; et ciM-tes, si nous sommes mattres douze heures de la traversée, CA ngleterre a vécu.
Je ne conçois pas que nous n'ayons pas de nouvelles du Ferrol. Je ne puis pas croire que Mn^on ne soit pas arrivé. Je fais dire, par le télégraphe, à Ganteaume de se tenir en rade de Bertheaume.
Napoléon.
Trois jours plus tard les nouvelles se confirmaient, et Ton apprenait formellement l'arrivée de Nelson à Tétuan, puis son nouveau passage dans FOcéan.
Cadix, le 7 thermidor an xm (26 juillet 1805) (2). Monseigneur,
LVscadre Nelson étant rentrée dans FOcéan, je m'empresse de vous en rendre compte, réunissant ici le résumé de tout ce que j*ai pu apprendre, h travers beaucoup d'incertitudes.
Cet amiral a mouillé à (àibraltar le 'iO messidor (19 juillet) au matin. J'estime que son escadre est composée :
Du Victory, de 110 canons ; Du CanopuSj du Tigre, du Donnegal de 80 canons; Du Lcviathan, du Spencer, du Belleisle, du Conquérant, du Renown, du Superb et du Spartiate, de 74 canons, avec 3 frégates.
Il s'était fait précéder par la frégate la Décade, II demandait pour vingt-cinq à trente jours d'eau et de vivres.
Le 3 courant (^juillet), il a fait voile pour Tétuan; hier^ vers le soir, il avait débouqué le détroit et a été vu, de la tour des vigies de Cadix, ayant le cap à Vouest-nord-ouest.
Voici, Monseigneur, le résumé de son itinéraire, au dire de trois déserteurs, deux Anglais et un Danois, depuis Lagos, qu'il a quitté le il mai :
1«' juinà la Barbade, où il s'est renforcé des vaisseaux le Northxunherland et le Spartiate, commandés par le contre-amiral Cochrane, et où il » embarqué trois régiments évalués à 2,000 hommes. Après avoir pris langue à Tabago, il a mouillé h la Trinité vers le 4 ou le 5.
(1) Correspondance de Napoléon, 9043.
(2) Archives des affaires étrangères, Espagne, an xiii.
Il a fait voile ce dernier jour de grand matin, a seulement touché h la Grenade et est Tenu mouiller à Antigoa vers le 10 juin. C'est ce même jour que, d'après le rapport d'une frégate qu'il avait envoyée à l'entrée de la baie du Fort-de-France, île de la Martinique, il s'est décidé à débarquer les trois régiments à Antigoa, à y laisser l'amiral Cochrane et son Northumberlandy et ^ prendre son point de départ pour l'Europe.
11 parait que vers les 28* degrés de latitude septentrionale et les 59* de longitude du méridien de Londres, M. Nelson croyait être au moment de joindre l'escadre combinée.
Veuillez agréer, Monseigneur, l'hommage de mes sentiments respectueux.
Le Roy.
P, S. — On dit, cîir je ne puis recueillir que des notions incertaines, que M. NelsiJn a traité avec un Maure nommé Achmed, de Tanger, établi k Gibraltar, pour neuf mille quintaux de biscuit à dix piastres fortes le quintal, les moutons à sept piastres fortes, les poules demi-piastre forte.
La frégate la Décade avait, en mouillant à Gibraltar, demandé deux mille barriques d'eau.
M. le général d'Alava a bien voulu. Monseigneur, me dire qu'il avait pris des mesures pour faire surveiller exactement depuis le cap Saint- Vincent jusqu'au cap Spartel.
Nous observerons si ce que l'escadre Nelson recevra de vivres la mettra à
même de s'éloigner ; nous nous informerons si ce qu'elle a reçu lui permet
l'établir déjà sa croisière plus loin.
Madrid, le 10 thermidor an xiii (19 juillet 1805) (1).
Monsieur le Vice-Amiral,
Je suis informé, par M. Le Roy, de la rentrée de V amiral Nelson dans V Océan, C'est le i«' thermidor (îO juillet) qu'il a mouillé à Gibraltar avec son escadre, et c'est le 6 (26 juillet) du même mois qu'il a débouqué avec 11 vaisseaux et .3 frégates.
M. Le Roy me transmet en outre plusieurs rapports, tant sur l'expédition de Nelson en Amérique que sur la marche qu'il va prendre ultérieurement; mais, indépendamment de ce que ces détails ne sont pas précisés, je ne doute que Votre Excellence n'en trouve une communication 8uffis«ante dans la lettre ci-jointe du même commissaire général.
Un fait vrai, c'est que Nelson n'est plus dans la Méditerranée ; un second point important, c'est qu'il parait redoubler d'activité et de vitesse pour réhabiliter sa réputation ; les combinaisons de Sa Majesté Impériale et les mesures d'exécution prises par Votre Excellence tromperont les efforts généraux de l'ennemi et l'espoir particulier de Nelson.
(1) Archives de la Marine, BBir, t34.