‹ 1793-1805 (volume 3)Chapitre 64 sur 81 · IV · texte numérisé non relu

IV

J'ai transmis au con/rf-<imifti/ ChurdoH /« nouvelles qui sont Vobjet de ma dépêche et de celle de M. Le Boy.

Je prie Votre Excellence de vouloir bien ngr^er Thommage de ma haute considération et de mon sincère attachement.

Bbi'rnoxville.

Talleyrand à l'Empereur {i),

t aoAt 1606.

J'ai Thonneur d*adresser à Votre Majesté la correspondance de mon ministère ; elle distinguera une lettre de Cadix du 3 thermidor.

L'arrivée de Nelson avec 10 ou 11 vaisseaux, jointe aux croisières qui existent sur les côtes d'Espagne et de France, donnent une ligne de 54 ou 55 vaisseaux aux Anglais. Ce concours imprévu de forces rend srnis doute tout projet de descente impraticable pour le moment ; mais comme la réalité de ce projet ne peut guêtre extrêmement accrédités par la présence de Votre Majesté à Boulogne y il est bien probable quelte déterminera les Anglais à se réunir sur un point de la Manche, et que cette disposition donnera à Vescadre combinée le temps et la facilité d'entrer dans un port d'Espagne

J'ai l'honneur d'adresser k Votre Majesté l'état des mouvements maritimes au 20 juillet; ils servent i\ établir que la croisière devant les côtes d'Espagne et de France était de 44 vaisseaux avant l'arrivée de l'amiral Nelson

Enfin, le 8 août, arrive la nouvelle de Tcntrée de l'armée combinée à Vigo et du combat du 22 juillet. Il est probable que cette annonce parvient ftimultanément du Ferrol et de Madrid, d'où Beurnonville l'expédie le 29 (2) ; elle coïncide donc avec la grave nouvelle du retour de Nelson en Europe. Or, il est frappant et caractéristique que rien dans la correspondance de l'Empereur, à dater du 8 août, n'ait un rapport quelconque avec le changement si important amené par Tentrée en ligne de Nelson (3).

(1) Lettres ioéditefl de TiOleyrand (Pierre Bortr«nd, 18S9).

(1) Voir ci-dessas. i

(3) Sinon le contre-ordre donné le 8 août à l'envoi, prescrit U veille de faire venir à Boulogne U garde.

Au maréchal Bessières. ^

Camp de Boulogne, 10 thermidor an xm (7 août 1805).

Mon Cousin,

Faites partir pour Boulogne les hommes de ma garde, grenadiers et chasseurs qui sont dans le cas de faire la guerre. Faites partir également le régiment de grenadiers et chasseurs italiens ; depuis le temps, il doit être armé et habillé. S'il n'était pas habillé, qu'il parte toujours ; seulement, veillez à ce qu'il soit parf^têment artné. Faites piriif aussi

A M. Cam(Nioérèf (1).

Camp de Boulogne, 20 thermidor an xni (8 août 1805).

Mon Cousin,

L'escadre combinée a eu un combat devant le Ferrol ; elle a rempli le but de sa mission, qui était sa jonction avec V escadre du Ferrol. Elle a donné chasse à l'escadre ennemie, et elle est restée, pendant quatre jours, m.iîtresse du champ de bataille; mais on craint d'avoir perdu 2 vaisseaux espagnols qui, probablement, se battant extrêmement mal, se sont laissés tourner par l«ennemi dans la brume, qui était affreuse pendant le combat. 1 vaisseau anglais, à c« qu'il parait, a été coulé bas; t Taisieaux anglais à trois ponts ont été démàtét. L'escadre française paratt avoir été peu maltraitée. Je pense qu'on peut considérer cette affaire comme un succès. Vous en verrez les premiers détails dans le Moniteur d'aujourd'hui (i).

♦ Napoléon,

A M. Cambaoérès.

Camp de Boalogne, 21 thermidor an xiii (0 août 1806).

Mon Cousin,

J*ai reçu votre lettre du ÎO thermidor. Vous verrez, dans le Moniteury la notice que les Anglais ont donnée de Taflaire.

tons les soldats du train et tes chevaux d*artillerie qui se trouvent disponibles à Paris. Snivex Tordre que j'ai donn6 en Italie pour la formation des hommes de ma garde que vous m'enverrez. Faites partir les chasseurs sous les ordres du mi^or Gros, et les grenadiers sons les ordres da major des grenadiers à pied.

Quant aux chasseurs et grenadiers à cheval qui étaient à Gènes, faites -moi connaître quand ils viendront. Si vous pouvez accélérer leur marche de deux ou trois jours, faites-le; j'aurais besoin d*un corps de 800 hommes à cheval. Les dépôts des différents corps de la garde que vous laineres à Paris seront sons les ordres des chefs de bataillon et d'escadron. La garde à pied partira sous les ordres du général Seules, de manière à être à Boulogne en dix jours, du moment de son départ. Vous-même vous jroas tiendrez prêt à partir. Faites partir aussi la moitié des gendarmes d'élite à pied» dans le cas de faire |a guerre.

Napoléon.

Ah même.

Camp de Boulogne, 20 thermidor an xut (8 août 1805). Ifoti Cousin,

Je Tons ai écrit hier pour vous ordonner de faire faire différents mouvements à ma garde sur Boulogne. Mon intention est que, s'il y avait quelque chose de parti, vous le laissies eontianer, mais que vous reteniei le resta ; que vous m'envoyiez un état détaillé de la situation de chaque corps et que vous prépariez tout en attendant 4^ nouveaux ordres.

Napolion.

Correspondance de Napoléon , 9056.

(1) CofTCspondance de Napoléon, 9057.

(t) Les notes à Fouché du 9, à Talleyrand du 10, sont du même ton.

Ils sentent eux-mêmes que le but principal des flottes combinées est rempli, et que, en attendant, la moitié de leur escadre se trouve hors de combat. Ils paraissent être dans une grande anxiété.

La princesse Caroline est ici depuis hier. Depuis que je suis arrivé, le temps n'a pas encore permis d'aller en rade.

A M. Barbé-Marbois (1).

Camp de Boulogne, 21 thermidor an xiii (9 ao&t 1805).

Monsieur Biirbé-Marbois,

Vous aurez tu, dans le Moniteur^ la relation du combat qui a eu lieu.

Gela a été assez bien ; cela eût été fort beau, sans la maladresse des Espapagnols. Cependant, nous sommes restés maîtres deux jours du champ de bataille; les Anglais se sont retirés, et nous ayons opéré notre jonction. Vous sayez combien peu on doit compter sur les Espagnols; malheureusement, on les avait mis à Tarrière-garde, et ils ont fait une manœuyre qui les a obligés de se présenter les premiers au feu.

Les Anglais paraissaient assez faibles, non seulement en bâtiments, mais en hommes. Rassurez les hommes à argent; faites-leur entendre qu'il ne sera point hasardé qu'avec sûreté; que mes affaires sont trop belles pour rien hasarder qui puisse mettre à trop de hasards le bonheur et la prospérité de mon peuple. Sans doute que de ma personne, je débarquerai avec une armée, tout le monde doit en sentir la nécessité ; mais tnoi et mon armée ne débarquerons qu*avec toutes les chances convenables. Ce que vous me dites de la Banque mérite des explications : si la réserve est petite, c'est sa faute, c'est qu'on négocie un grand nombre de petits papiers de circulation qui n*ont point de marchandises derrière.

Naik)lêon.

A M. Fouohé (2).

Camp de Boulogne, SI thermidor an xni (9 août 1805).

Le 3 thermidor, à ti*ente lieues du Ferrol, il v a eu un combat entre l'amiral Villeneuve et une escadre anglaise composée de 14 vaisseaux, dont 3 à trois ponts. Il eût été à notre avantage et des plus glorieux, si 2 Taisseaux espagnols à trois ponts ne s'étaient perdus. On craint qu'ils soient dérivés pris ou coulés. Faites connaître et sentir que cette affaire est avantageuse.

Villeneuve a rempli son but : la jonction. L'escadre anglaise a pris chasse et refusé trois jours le combat. L'avantage de 3 vaisseaux à trois ponts, contre une escadre qui n'en avait pas, équivaut à une diff'érence de 8 Taisseaux, tous accoutumés h la mer et parfaitement exercés. Enfin, l'escadre française a peu souffert, elle est toute gréée en état d'aller outre.

(l) Correspondance de Napoléon, 9059.

(t) Correspondance de Napoléon, 9060.

Gomme tout ceci sera assez désagréable pour les Espagnols, faites Téloge de GraTina et faites mille conjectures sur le sort des Espagnols; qu'on ne sait qu'ils sont pris Téritablement. Cependant, en mon particulier, je pense qu'ils se sont fait, pincer.

L'escadre, au reste, a fait à l'ennemi pour une vingtaine de millions de dommages. Trois vaisseaux anglais sont bien certainement démfttés ; un a coulé bas. %

Napoléon.

A M. Fouché (1).

Camp de Boulogne, 21 thermidor an ini (9 août 1805).

J'ai reçu le journal du 'Mj que tous m'avez envoyé. Les Anglais ne parlent pas d'un vaisseau coulé et deux démâtés ; cependant, ils sentent que leur but n'a pas été rempli. Vous verrez, dans le Moniteur, la véritable relation de cette affaire. Les deux vaisseaux espagnols ont été perdus sans raison ; mais ils sont de si pauvres gens, qu'en vérité il vaut mieux peut-être ne pas les avoirs

J'apprends que Vernègue retourne en Italie. Écrivez au maréchal Jourdan, et à Milan, que s'il p.isse dans nos postes, et que, s'il y a possibilité, on l'arrête.

Napoléon.

A rmée des côtes de rOoéan. — Ordre du jour.

Au quartier général à Boulogne, tl thermidor an xiu (0 août 1805).

L'escadre commandée par le vice-amiral Villeneuve, composée de 14 vaisseaux français et 6 vaisseaux espagnols, se rendant au Ferrol pour s'y réunir à une autre escadre combinée française et espagnole qui l'y attendait, a rencontré l'escadre anglaise forte de 14 vaisseaux, dont 4 à trois ponts. Cette dernière ayant cherché à s'opposer à leur jonction, il s'est engagé un combat qui a diu*é depuis 4 heiu^s du soir jusqu'à la nuit, i vaisseau anglais a été coulé bas, 2 autres ont été démfttés, l'escadre ennemie a profité de la nuit pour s'éloigner; elle a été poursuivie pendant deux jour» par l'escadre combinée qui, dans le combat qu'elle a livré, n'n point éprouvé d'avaries majeures.

Le nombre des morts et des blessés y a été peu considérable, malgré la durée et la vivacité du feu, mais la marine française regiettera le capitaine de Péronne, qui, commandant le vaisseau V Intrépide, a été tué dans le combat; . le capitaine Roland, commandant V Atlas, a été grièvement blessé.

1 vaisseau espagnol entièrement démâté et 1 autre désemparé et marchant mal se sont séparés de l'escadre combinée; on n'est pas sans inquiétude sur le sort de ces 2 vaisseaux.

(1) Correspondance deJSapoléon, lOOlO.

L'amiral Gravi aa, qui commandait les forces espagnoles, s'est particulièrement distingué.

Le combat a eu lieu le 3 thermidor, par un temps extrêmement brumeux.

Le Major général^

Signé : Le Maréchal Bbbtbier.

Ponr ampliation : y

Le Colonel du génie y chargé en chef des détails du grand état-major général.

Signé : Vallocne.

Poar copie :

Pour le Général de division, chef de Pétat-major général, L Adjudant comtnandant sous-chef de Vétat-major général^

Le Marois.

A M. Fauché (i).

Camp de Boulogne, 92 thermidor an xm (10 ao6t 1805).

Par les noufelles reçues de Londres, il résulte que les Anglais ont pris les 2 vaisseaux espagnols, mais que les 2 vaisseaux le Mal ta et le Vindsor-Castle ont été démâtés; que, cependant, on dit que les Anglais ont évité le combat le lendemain et étaient restés maîtres du champ de bataille; que Ton ne

savait pas ce qu'étaient devenus les Français

Napoléon.

A M, Tàlleyrànd (2).

Camp de Boalogae, 22 thermidor an aiu (10 août 1806).

Monsieur Talleyrand,

Je vous renvoie votre portefeuille. L'affïiire du 3 thermidor n'a pas été avantageuse aux Anglais; si nous avons eu 2 vaisseaux espagnols de perdus, ils en ont eu 2 tellement maltraités, le Malta et le Windsor-CastlCy qu'ils sont arrivés coulant bas à Plymouth. Les 2 espagnols n'ont été pris que parce qu'ils sont tombés sous le vent.

La dépêche de Washington a fixé mon attention. Je désire que vous passiez une note au ministre américain près de moi, que vous y joigniez une copie du jugement, et que vous lui déclariez qu'il est temps que cela unisse; qu'il est indigne que les Américains approvisionnent des brigands et se livrent à un commerce aussi scandaleux, que je déclarerai de bonne prise tout ce qui entrera ou sortira des ports de Saint-Domingue et que je ne pourrai plus

( 1 ) Correspondance de Napoléon, 1 00 U . (2) Correspondance de Napoléon, 9062.

longtemps Toir ayec indifférence les armements, éyidemment dirigés contre la France, que le gouTemement d'Amérique iaiiie fairo dans ses ports.

La dépêche de Viennet du 8 thermidor, est également digne de mon attention. Il est tetnps, enfin, que Vienne exécute U$ traités et que f accorde une protection efficace aux établissements publics et à ceux de mes sujets qui ont des créances sur la banque de Vienne. Je désire atoir un rapport détaillé pour renvoyer à mon Conseil d'État, et pour faire les instances les plus fortes. Ne perdey point de Tue cet o^jet; les établissements de la Belgique souQ^ent extrêmement de ce manquement de foi de la cour de Vienne.

A M. Schimmelpenninck (i).

Camp de Boulogne, t8 thermidor as xxit (11 août 1806).

Très cher et grand Ami^

J'ai reçu TOtre lettre ; Je tous remercie des détails que tous me donner* Je Tiens de receToir les Journaux anglais jusqu'au 5 août. Je vous prie de m'expédier, par un courrier extraordinaire, tout ce que tous apprendriez de nuUTcau des côtes d'Angleterre, Je Tiens de recoToir un courrier du Ferrolj mon escadre y est entrée. Elle a trouTé eflectiTcment l'escadre de l'amiral Calder et. lui a donné la chasse. Le Tent était ouest, ce qui a empoché l'escadre du Ferrol de sortir; les fanfaronnades des Anglais tomberont bientôt et il sera bien constant que l'escadre anglaise est battue, puisqu'elle a pris chasse trois fois et a laissé l'amiral VilIeneuTC remplir sa mission. J'ai donc dans ce moment au Ferrol 35 Taisseaux réunis. Ces détails ne sont que pour TOUS,

Il peut être utile que vous fassiez connaître à la Bourse d'Amsterdam, par forme de note, que l'amiral VilleneuTe a battu l'amiriil Calder et est entré au Ferrol; que l'amiral anglais a pris chasse une seconde fois sans combattre; que l'événement de la prise des 2 Taisseaux espagnols n'a pas été connu à cause de la grande brume; que ces S vaisseaux ont été affalés sous le Tent pendant le combat; et, qu'ayant soufferts, ils sont tombés au pouToir de l'ennemi; que notre escadre s'est battue de très loin.

Vous trouTerez ci-joint la note des tiiés et blessés.

Si les 2 Taisseaux espagnols ont perdu tant de monde, il faut, qu'étant très

loin de l'armée, ils aient longtemps résisté.

Napoléon,

Enfin, Tordre donné par TEmpereur le 10 août, transmis par Decrès le môme jour, ne fait pas la moindre mention de ce fait capital pour la suite des opérations : la présence de Nelson sur la côte d'Espagne.

(1) Correspondance de Napoléon, 9065.

Au Wce-am/ra/ Decrès (1).

Camp de Boulogne, 22 thermidor an xiu (10 aoAt 1805).

Monsieur Decrè»,

Je TOUS eoToie une lettre que je reçois de La Haye; tous y Terrez que, indépendamment du Windsor-CasUe, le Malta aussi a été obligé de rentrer dans les ports d'Angleterre ; et comme nous saTons que nos escadres sont en état, si YilleneuTe a un nouTel engagement aTec Calder, il ne trouTera plus que 12 Taisseaux. Il parait que le it thermidor, il n'était pas encore arriré au Ferrol. EuToyez dans la journée un courrier extraordinaire au Ferrol. Faites part de ces nouTelles de Londres au Tice-amiral YilleneuTe; dites-lui que j'espère qu'il aura continué sa mission, et qu'il serait trop déshonorant pour les escadres impériales qu'une échauffourée de trois heures et un engagement aTec i Taisseaux fissent manquer de si grands projets; que l'escadre ennemie est affaiblie de 2 Taisseaux, et que, d'après son propre aTCu, il parait qu'elle a beaucoup souffert. ÉcriTez aussi au prince de la Paix, pour lui faire connaître que j'ai appris aTec peine la perte de 2 Taisseaux espagnols, qu'il parait que l'escadre anglaise a beaucoup souffert dans l'action ; que 2 Taisseaux ennemis sont arriTés coulant bas à Plymouth; qu'il ne faut pas se décourager; qu'il faut persister fortement dans ses projets; que je compte sur la ferme résolution du roi d'Espagne, et qu'il donnera des ordres pour que l'escadre du Ferrol étant jointe à mes escadres, elles suiTent aTec actiTité leur destination.

Je TOUS euToie aussi une note sur les bois de la Corse; c'est un objet fort important. Il me semble qu'il faut d'abord faire payer ce qui est dâ, et demander un rapport à Toulon. Je désire beaucoup encourager cette exploitation.

Napoléon.

A l'amiral Villeneuve (2).

Bonlogne, 22 thermidor an xiii (10 août 1805).

Monsieur rAmiruI,

J'ai reçu tos di>erses dépêches expédiées de Vigo, et je me suis empressé de les mettre sous les yeux de l'Empereur. Sa Majesté a naturellement fixé son attention très particulière sur celles du 9 thermidor (28 juillet)^ par lesquelles vous rendez compte de votre relâche à Vigo^ et du combat qui a eu lieu entre les forces sous voire commandement et celles de Vermemi, Sa Majesté a tu aTec peine la perte de 2 \aisseaux espagnols qui paraissent être tombés dans la

(1) Correspondance de Napoléon, 9063.

(2) Archives de la Marine, BB<v, 230.

ligne de Fennemi par une brume épaisse qui tous a empêché de juger ces éfénements. Ce léger succès, que le hasard a procuré à Tennemi, n'a rien de décourageant pour les flottes combinées. L'ennemi lui-même a été très mal* traité et tous Terrez, par le rapport ci-joint, que deux de ses Taissèaux des premiers rangs ont été obligés de rentrer dans les ports d'Angleterre* L'Empereur juge que si tous aTiez eu un nouTel engagement aTec l'ennemi, TOUS 1 auriez trouTé au nombre de 12 Taissèaux.

Vous connaisses Vétat et la force de V escadre combinée du Ferrol; vous avez VM, par une de mes dépêches que vous a remises le contre-amiral Gourdon^ que la division, aux ordres du capitaine Allemand, a été dirigée à quarante lieues à l'ouest du Ferrol dans l'espérance de vous y joindre, et de là sur Vigo {sic), s'il ne vous avait pas rallié; on peut donc présumer qu'il y sera parveniu

Dans cet état de choses, l'Empereur m'ordonne de vous faire connaître qu'il espère que vous auret continué votre mission parce qu'il serait trop humiliant, pour les escadres de Sa Majesté, qu'une échauffourée de trois heures, et un engagemefU avec iÀ vaisseaux fissent manquer les grands projets dont la confiance de Sa Majesté vous a informé.

ReceTez, monsieur l'Amiral, l'expression de mon ancien et constant attachement.

Le Ministre de la marine et des colonies.

Degrés.

Si donc cette lettre était parvenue à temps, et elle n'arriva pas, Villeneuve n'aurait rien appris des forces qu'il devait rencontrer vers Ouessant.

. Le H, arrive la nouvelle de l'entrée de Tannée à la Corogne, et des détails très curieux sur Fétat d'incertitude ou sont les Anglais.

Au Ministre des Aftairea étrangères.

21 thermidor (9 août 1805) (I).

Monseigneur.

11 a été assuré hier soir, par une personne très digne de foi, qu'une lettre de Londres, arrivée à l'instant même, venait d^apporter la nouvelle de la rentrée du contre-amiral Calder à Plymouth, où sa présence aTait excité une telle rumeur que ses amis, pour le soustraire à lu fureur des accusations qui se multipliaient contre lui, demandaient qu'il fût formé un conseil de guerre pour juger sa conduite. On ajoute que l'iTresse est dissipée en Angleterre sur sa prétendue Tictoire, et qu'on y sait aujourd'hui, très positiTement, que son escadre a été horriblement maltraitée dans sa rencontre aTec l'escadre combinée. Je ne suis point assez heureux. Monseigneur, pour pouToir

(1) Archives des Affaires étrangères, Hollande, 1805.

annoncer à Votre Ëxoellenoe cette nouvelle comme certaine, mail elle a un grand earaetère de vérité.

J'ai TU par la même occaiion, les gaietles de Londres du 8 août. On a refusé de me les donner. Je me suis, en conséquence, hâté de les parcourir pour en pouvoir rendre compte à Votre Excellence. Elles ne renfirmeni rien (^important que Vatinonee de Varrivée de Vamiral Nelson au détroit de Gibraltar, où ce fougueux amiral se flatte d'engloutir Vescadre de Sa Majetté à sa rentrée dans la Méditerranée,

Des lettres du Nord, d'assex bonne source, ont apporté ici Tavis que la conduite de M. de Novosiltaof a été blâmée à Pétersbourg«

Je suis, Monseigneur, avec un profond respect, de Votre Excellence, )<> très humble et très obéissant serviteur,

Sbrurier (I).

SI thermidor (9 août 1805).

Monseigneur,

L'impression défavorable produite par la première dépêche du contreamiral Galder sur le combat qu'il annonce avoir livré le 22 juillet aux escadres combinées, à la hauteur du cap Finistère, a été bien affaiblie par la lettre de ce contre-amiral, en date du !26. On y a remarqué qu'il avoue s'être retiré le premier du combat, et l'on en tire la conséquence assez naturelle qu'il n^a pas dû être amené à prendre ce parti sans de fort bonnes raisons, qu'il ne se soucie pas sans doute d'expliquer, et qui font attendre avec la plus extrême impatience les rapports des amiraux espagnol et français. On se flatte d*7 trouver des circonstances qui atténueront, ou compenseront même, la perte des 2 vaisseaux pris. Je n'ai point vu un seul marin qui ne se soit accordé sur cette manière de lire le rapport de l'amiral anglais.

L'article des 3 gros vaisseaux armés en flûte a fait ouvrir de grands yeux au Ministre d'Espagne, M. d'Anduanza, qui trouve que tout n'est pas perdu si les galions arrivent sains et saufs. Je saisis avec plaisir cette occasion pour vous dire, Monseigneur, qu'il est impossible de se montrer plus cordialement dans les sentiments de l'alliance que ne le fait ce Ministre depuis que je suis ici ; je ne saurais, à cet égard, lui rendre trop de justice.

J'avais fait, ces Jours derniers, des représentations très fortes au grand pensionnaire sur l'empressement indécent des gazettiers hollandais à publier le rapport désavantageux de l'amiral Galder sur le combat du 22 Juillet Je lui avaiff fait sentir combien la publication de cette version ennemie était déplacée au moment d'un embarquement, et l'impression qu'elle pouvait produire sur le soldat. J'avais en conséquence engagé Son Excellence à prendre à cet égard une mesure générale, décisive, et telle que l'on n'eût plus à revenir sur cet objet.

J'ai appris ce matin que le procureur général de la province de Hollande vient d'adresser, h tous les rédacteurs de journaux du pays, un ordre positif de s'iibstenir de rien publier sur des matières d'une importance aussi mi^jeuro

(1) Archives des Affaires étrangères, Hollande, 1805,

LS8 NOUVELLES DE LA IfBE. 747

que celle des mouTemenU maritimes, que oe qui »eii^ ofôciellemaat «nnonoé de La Haye ou de Paris, et de ne parler de tout 06 qui M rapporte à TEmpirû français que dans les termes qui oonviennent aux rapports qui lient la République ^ ce puissant État.

La France, est-il dit dans cette circulaire, ne vous demande point de pané** gynques ; elle n'en a pas besoin. On ne désire de tous que du silenoe et de la discrétion.

Le Grand Pensionnaire m'a dit dans notre dernière conférenoe que, depuis un mois, une foule de rentiers bataves avait vendu partie de leurs effets sur TAngleterre. Cette assurance m'a été contirmée par plusieurs autrai per* sonnes également bien instruites. Un tel fait parle seul ; il prouve aux plus incrédules Tascendant chaque jour croissant de la fortune de Sa Majesté, et de la confiance qu'inspirent ses armes.

Je joins ici, Monseigneur, un bulletin où j'ai plac4 beaucoup de détails que j'ai jugés trop longs pour entrer dans une dépèche.

Je suis avec le plus profond respect, Monseigneur, de Votre Excellence, le très humble et très obéissant serviteur,

Serurier (I).

Extrait du compte rendu par un personnage qui a ^té chargé de recueillir en Angleterre de$ détails sur l'affaire du 3 thermidor et l'effet qu'elle a produit (2).

20 thermidor an xm(9 août 1805),

Le récit brillant que l'on avait d'abord répandu à Londres du succès d.u contre-amiral Robert Galder avait beaucoup manqué de son effet après l'arrivée à Plymouth, le 30 juillet, des frégates anglaises VÊgyptienne et le SyriuSy avec les % vaisseaux espagnols qui avaient été pris, k cause que ces frégates étaient accompagnées en même temps par le vaisseau anglais le Windsor-C asile ^ qui avait été tellement maltraité, qu'il se trouvait absolument hors d'état de servir; les 2 vaisseaux espagnols avaient 380 morts et 170 blessés.

L'amiral Galder avait annoncé à l'Amirauté qu'il ne doutait pas qu'un nou* veau combat, qu'il tâcherait d'engager le lendemain, ne lui assurerait une victoire complète. U Amirauté fut cependant bien trompée dans son espérance à cet égardy par tes dépêches dudit amiral du S thermidor (27 juillet), arrivées à Plymouth le i'A thermidor (!«' aoât), par le cutter le Nisle. Le contenu de ces dépêches portait que le 7 thermidor (26 juillet), il avait entièrement perdu de vue les escadres combinées, et que, dans l'état d'incertitude où il se trouvait, il avait résolu d'aller reconnaître les ports du Ferrol et de la Coroyne, jugeant que si Vennemi i était porté vers Cadix ou la Méditerranée, il y avait grande apparence qu'il serait rencontré par Nelson ou par Collingvood*

Le 5 du courant (août probablement), au matin, l'Amirauté reçut des

(1) Archives des Affaires étrangères, Hollande, 1806.

(2) Archives de la Marine^ BBiv^ f30.

748 TKOISliMB PARTIB. — CHAPITRB XVI.

dépêches dudit amiral, apportées par le Malta, qui avait quitté Robert Caider au Ferrol le 12 thermidor (31 juillet).

Il en résulte que la flotte combinée n était entrée ni au Ferrol^ ni à la Corogne, et Von croyait par conséquent, à ne pas en douter, quelle aurait fait voile pour Cadix et que, dans ce cas, elle se rencontrerait avec CoUingvood, comtnandant une escadre de i\ vaisseaux de ligne, ou avec Nels<m qui devait actuellement se trouver dans ces parages,

La personne dont on tient tous ces détails ajoute encore que Vopinion gênéraie avait prévalu a Londres, qu'il aurait été dans les projets de V Empereur de faire paraître la flotte combinée en force devant le Texel, afin de faciliter la sortie de Vescadre batave, et d*opérer sa jonction avec elle.

Degrés.

Au vioe-amiral Deorèa (1).

Camp de Boalogne, 23 tharmklor an zm (11 août 1805).

Monsieur Decrès,

Vous trouverex ci-joint les dépêches qui vous sont arrivées par un courrier que j*ai arrêté en route. Vous verrex que les escadres ont mouillé à la Corogne. Lauriston m'écrit que Von continuera; que les capitaines et les mat^ots sont parfaits; que VilIeneuTe, qui du reste a du talent, met trop de temps à se décider; que, s'il avait fait la manœuvre que vous avez dite, il aurait sauvé les bAtiments espagnols, pris les bâtiments anglais démAtés, et que le sticcès aurait été complet ; que cette béte de Gravina au contraire, n'est que génie et décision au combat. Si Villeneuve avait ces qualités, l'affaire aurait été la plus belle possible. J'ai reçu les journaux anglais; ils disent comme nous, ils louent la manœuvre faite par Villeneuve, qui a viré en gardant le vent. Ils font ensuite des fanfaronnades, et disent que Caider devait attaquer le lendemain. Il a encore renvoyé le Malta en Angleterre; ainsi, il ne lui restait que 13 vaisseaux. Il s'est présenté devant le Ferrol qu'il a bloqué. Les Anglais l'ont su par le Malta, parti de devant le Ferrol le 12 thermidor (3i juillet). Les Anglais croient Villeneuve à Cadix ou même au TexeL Toutefois, Caider proteste que si Vescadre combinée va au Ferrol, il Vattaquera et la détruira. Voilà où nous en sommes.

L'arrivée de Villeneuve à la C^rogne fera tomber ces gasconnades» et, aux

yeux de l'Europe, nous donnera l'air de la victoire. Faites sur-le-champ une

relation et envoyez-la aussitôt à M. Maret.

Napoléon.

Au Camp impérial de Boulogne, le 23 thermidor an xui (11 août 1805).

Monsieur le général Marmont (2), J'ai reçu votre courrier du 20 thermidor. J'ai lu avec intérêt les gaxettes

(1) Correspondance de Napoléon, 9066.

(l) Archiva de ta Guerre, {Correspondance de Napoléon inédite.)

anglaises que tous m'ayez envoyées. Il m'est très utile, dans ce moment, de les ayoir le plus promptement possible; tous ayei dû recevoir Tordre de Tannée sur le combat des escadres.

Un courrier parti du Ferrol le i4 (2 août), m'annonce l'entrée des flottes combinées dans ce port. Elles ont trouvé en effet, Vomirai Calder, qiU a pris chasse devant elles; circonstance qui prouve que Vissue du combat a été toute en leur faveur.

Les Anglais ne peuvent prétexter la crainte qu'ils auraient pu avoir de la sortie de l'escadre du Ferrol, car les vents étant grand frais, il eât été impossible à une chaloupe de sortir; aussi nos escadres n'auraient pu tirer aucun secours des 15 vaisseaux qui y étaient. Faites Vimpossihle pour attirer les Anglais sur vous, faites des sorties, faites les derniers préparatifs de départ; levez V ancre. Enfin, occupez au moins 12 vaisseaux anglais.

Je vous envoie la note des morts et des blessés au combat du 3. Lauriston me mande qu'on s'est battu de très loin; qu'on n'a eu aucune idée de la prise des 2 vaisseaux espagnols, et que ce n'est que le lendemain qu'on s'est aperçu qu'ils manquaient; ayant souffert beaucoup dans leur mâture, ils n'ont pu se gouverner, et affalés sous le vent, ils ont dérivé la nuit et sont tombés dans la ligne anglaise.

Sur ce, je prie Dieu qu'il vous ait en sa sainte garde.

Au camp impérial de Boulogne, le 23 thermidor, an xiii.

Signé : Napoléon.

Enfin, la journée du 13 août va être marquée parles derniers ordres relatifs à la grande opération.

Au vice^amiral Deorô^ (2).

Camp de Boulogne, 25 thermidor an xiii (13 août 1805).

Monsieur,

Expédiez un courrier extraordinaire au Ferrol; témoignez à Garnirai Villeneuve mon mécontentement de ce qu'il perd un temps aussi important ; mandezlui que Allemand, ayant paru sur les côtes d'Irlande, a attiré un détachement de V escadre anglqise sur lui; que les 13 vaisseaux de l'amiral Galder ont été maltraités; que j'espère qu'aussitôt que les vents lui auront permis de sortir, il Vaura fait et manomvrera pour faire sa jonction avec Allemand, soit à Vun, soit à Vautre des points de rendez-vous ? f Avec 18 vaisseaux de guerre français et ta ou au moins 10 vaisseaux de guerre espagnols, se laissera^-il bloquer par 13 et même par 20 vaisseaux anglais? Dans tout état de cause, mon intention est que, s'il a moins de 23 vaisseaux ennemis devant lui, ayant sous ses ordres 18 vaisseaux français et au moins 10 vaisseaux espagnols, il attaque

(1) Correspondance de Napoléon, 9071.

les Anglais; il ne serait d^ailleurs pas impossible qu' AlleniaBd, qui doit enToyer prendre des renseignements à Vigo atantlafin de thermidor, ne s*y fat rendu. Mon intention est aussi que, réunis, ils attaquent Fennemi s*il est inférieur à 19 vaisseaux de ligne ; VilleneuTe terra, dans mon calcul, que je désire qu'il attaque toutes les fois qu^il est supérieur en nombre, ne comptant deux Taisseaux espagnols que pour un, et considérant la différence de quelques Taisseaux à trois ponts qu*a Tennemi de plus que Tescadre française. Ayant été obligé, après le combat, de rentoyer t vaisseaux en Angleterre, Tennerai n*en atait plus que {3.

Atec 1^ siens et les 15 iraisseaux espagnols, Villeneuve devait le chasser de devant le Ferrol. Les Anglais sont menacés partout. Ils ont des vaisseaux au Ferrol, ils en ont h Carthagène, ils en ontauTexel, ils en ont aux Antilles et, Nelson eût-il rejoint C aider y ifs n auraient pas plus de 50 vaisseaux de lipte. Je laisse Tamiral Villeneuve libre d'armer la Guerrière et la Revanche avec les équipa^pes A'^ A* Atlas; enfin, qu^on épargne au pavillon la honte d*être bloqué au Ferrol par une escadre inférieure. Les matelots sont braves, les capitaines animés, les garnisons nombreuses ; il ne faut pas se laisser périr d'inaction et de découragement. Ordonnez qu'on se serve des piastres qu'on a pris^ pour payer les équipages et prenez rengagement de les rembourser ici exactement.

Relativement aux troupes qui sont à bord, qu'on en fasse ce que voudra l'amiral. Il en peut débarquer au Ferrol et n'en donner que ce qu'il trouve convenable sous le point de vue du renfort que cela donne à l'escadre. Il faut tout sacrifier à cette considération.

Nai>oléo.h.

Tout dans cette lettre est fait pour dérouter si Ton s'en tient aux seuls documents qui nous sont parvenus.

L'Empereur a reçu le H août un courrier annonçant l'arrivée de l'armée à la Corogne. Ce courrier serait, ainsi qu'il est écrit à Marmont, parti le 14 thermidor (2 août). Tout ce qui a pu arriver le 13 août, c'est, outre les lettres de Lauriston, celle de Villeneuve datée du 3. 11 n'y a donc pas encore de temps perdu.

Puis l'allusion au retour de Nelson, la première en date, contient un calcul singulier. Si Calder et Nelson sont réunis, ils ont non pas moins de 20 vaisseaux à eux deux, mais 24 ou 23, et 40 au moins, s'ils joignent Gornwallis, sans parler de GoUingwood qui n'est pas loin.

Puis, ce qui est caractéristique, c'est cette impatience d'une bataille, devant le Ferrol, alors que jusqu'alors tout a concordé pour éviter un engagement, même devant Brest.

C'est là, en effet, ce qui doit surtout frapper : les combi-

LES NOUVELLES DB LA MER. 'iM

naisons compliquées ont échoué, la guerre avec TAutriche est imminente (1), il ne reste plus qu'à jouer le toutjpourle tout et à avoir recours à la force. Le combat du 22 juillet a été honorable, une victoire navale peut être espérée et remédierait à tous les déboires subis.

Au Wca-am/ra/ Oecrès (2).

Camp de BoùlogDe,* t5 ibennidor an xm (13 août 1805).

Monsieur,

Je toug renvoie votre courrier du Ferrol. Comme Tamiral Villeneuve ne dit jamais rien dans ses lettres, je vous renvoie celles de Lauriston. Renvoyez-les moi par mon page quand vous en aurez pris connaissance. Elles me confirment ce que j'avais appris par une lettre du général d'Houdetot î gtCon n'a point débarqué dp troupei, que Con n'a exécuté aucune de mes dispositions (sic), et que mes tles de la Martinique et de la Guadeloupe ont été un moment très compromises. Tout cela est Veffet de l'épouvante qu'a eue Villeneuve, Il savait bien que Nelson n^avait que 12 vaisseaux et qu'il avait le temps de débarquer ses troupes. Mes ordres étaient positifs; il ne devait ramener personne (?), Il a ramené même la moitié des hommes de Tescadre de Magon, voilà pourquoi cette escadre a eu tant de malades et si peu dVau. Tout cela me prouve que Villeneuve est un pauvre homme qui voit double et qui a plus de perception que de caractère. Je vols du reste, avec plaisir, qu'un bon esprit anime les escadres. De quoi se plarnt Villeneuve de la part des Espagnols ? Ils se sont battus comme des lions. Ordonne» que les 300,000 francs de Cadix soient versés au

Ferrol.

NapolAon.

(1) AM.Cambacérés,

Camp de Boalogne, 25 thermidor an xm (13 août 1805).

Mon coQtin,

J'ai reçu votre lettre du 24 thermidor. J'ai fait attaquer la eroiiière anglaise. J'ai é\é très satisfait de la flottille ; elle a fait tout ee qae je demandais. J'ai de bonnei nonveltes de mes escadres du Ferrol et de celle de Rochefort, qui a rempli sa mission. Par les nouvelles que Je reçob d'Angleterre, il parait qu'elle a été vue sur les c6tes d^rlande, prenant tout ce qu'elle rencontrait et semant partout l'alarme. Vous verres, dans le Moniteur, des articles pu( vous fèrmii croire à la guerre procMne cmec V Autriche, Le fait est que cettt fuisHMce ahn9;Je veux qu'elle désarme; si elle ne le fait pas» firai avec 200,000 hommes lui faire une bonne visite dont elle se souviendra longtemps. Cependant» si l'on vous consulte» et dans vos discours, dites que vous ne croyes pas à la guerre, par la raison que je me suis éveillé de bonne heure. Il faudrait, en effet, être bien fou pour me fkiré la guerre. Certes, il n*y a pas en Europe une plus belle armée que celle

que j'ai aujourd'hui.

Napoléon .

Correspondance de Napoléon^ QOdQé

(2) Correspondance de Napoléon^ 0072.

752 TROISIÈyE PARTIE. — CHAPITRE XVI.

Au Wce-am/ra/ Villeneu¥e (1).

Camp de Boulogne. 25 thennidor an xiii (13 août 1805).

Monsieur le Vice-Amiral,

J'ai m avec plaisir, par le combat du 3 thermidor, que plusieurs de mes vaisseaux se sont comportés avec la bravoure que je devais eu attendre. Je vous sais gré de la belle manœuvre que vous avez faite au commencement de Faction et qui a dérouté les projets de Tennemi. J'aurais désiré que tous eussiez employé le plus grand nombre de vo« frégates à secourir les vaisseaux espagnols qui, se trouvant les premiers engagés, devaient nécessairement en avoir le plus besoin. J'aurais également désiré que, le lendemain de Taffaire, vous n'eussiez pas donné le temps à Tennemi de mettre en sûreté ses vaisseaux le Windsor et le Malta^ et les deux vaisseaux espagnols qui, étant dégréés, rendaient sa marche embarrassée et lourde. Cela eût donné à mes armes Véclat d'une grande victoire, La lenteur de cette manœuvre a laissé le temps aux Anglais de les envoyer dans leurs ports. Mais je suis fondé à penser que la victoire est restée à mes armes, puisque vous être entré à la Corogne.

J'espère que cette dépêche ne vous y trouvera pas, que vous aurez repoussé la croisière, pour faire jonction avec le capitaine Allemand, balayer tout ce qui se trouvait devant vous et vetiir dans la Manche, où nous vous attendons avec anxiété. Si vous ne Vavei pas fait, faites-le; marchez hardiment à Vennemi,

L'ordre de bataille qui me parait le plus préférable, c'est d'entremêler les vaisseaux espagnols avec les vaisseaux français, et de mettre auprès de chaque vaisseau espagnol des frégates pour le secourir dans le combat et utiliser ainsi le grand nombre de frégates que vous avez. Vous pouvez encore l'accroître au moyen de la Guerrière et de la Revanche, en y employant les équipages de V Atlas, sans cependant que cela retarde vos opérations.

Vous avez dans ce moment, sous Totre commandement, i8 de mes Taisseaux et 10 du roi d'Espagne. Mon intention est que, partout où Vennemi se présentera devant vous avec moins de 24 vaisseaia, vous l'attaquiez.

Par le retour de la frégate le Président, et de plusieurs autres que je vous avais expédiées à la Martinique, j'ai appris qu'au lieu de débarquer des troupes dans mes deux lies de la Martinique et de la Guadeloupe, elles se trouvaient plus faibles qu'auparavant.

Cependant, Nelson n'avait que 9 vaisseaux (2). Les Anglais ne sont pas aussi nombreux que vous le pensez, ils sont partout tenus en haleine. 5t vous paraissez ici trois jours, n'y paraitriez-vous que vingt-quatre heures, votre mâsion sera remplie. Prévenez, par un courrier extraordinaire, l'amiral Ganteaume de votre départ. Enfin jamais, pour un plus grand but, tme escadre naura couru quelques hasards, et jamais mes soldats de terre et de iner n'auront pu répandre leur sang pour un plus grand et plus noble résultat. Pour le grand o^*jet de favoriser une descente chez cette puissance qui, depuis six

(1) Correspondance de Napoléon, 9073.

(2) Il vient d'écrire 12 à Decrès, et ne parle pas de Cochrane.

siècles, opprime la France, nous pourrions tous mourir sans regretter la vie. Tels sont les sentiments qui doivent animer mes soldats. L'Angleterre n'a pas aux Dunes plus de quatre vaisseaux de ligne, que nous harcelons tous les jours avec nos prames et nos flottilles.

Napoléon.

Au général Lauriaton (1).

Camp de Boulogne, 96 thermidor an xiii (14 août 1805).

Monsieur le Général,

J'ai reçu vos deux lettres des 9 et H thermidor (29 et 31 juillet). J'espère que cette dépêche ne vous trouvera plus au Ferrol et que l'escadre aura déjà mis à la voile pour suivre sa destination. Je ne vois point pourquoi vous n'avez pas laissé le 67» et le 46* régiment à la Martinique et à la Guadeloupe ; c'était cependant bien exprimé dans vos instructions. Ainsi après une expédition aussi étendue, je n'ai pas même le plaisir de voir mes lies à l'abri de toute attaque ; il n'y a pas à présent 3,000 hommes, et, après vendémiaire, il n'y en aura pas 2,500.

J'espère que Villeneuve ne se laissera pas bloquer par une escadre inférieure à la sienne. Il doit avoir actuellement 30 vaisseaux de guerre. Je pense qu'avec cette escadre il est dans le cas d'en attaquer une de 24 vaisseaux. Aidez et pousses l'amiral autant qu'il vous sera possible. Concertez-vous avec lui pour les troupes que vous avez à bord, et envoyez-m'en l'état de situation. Vous pouvez les laisser à bord ; si l'amiral le juge convenable, vous pouvez les débarquer et en former une division au Ferrol.

Prenez des mesures pour former un dépôt des hommes que vous avez débarqués à Vigo, et pour que toutes les troupes qui arriveraient du Ferrol puissent s'y rendre et rgoindre après leurs corps.

Le capitaine Allemand s'est fait voir sur les côtes d'Irlande dans les premiers jours de thermidor. Il doit être depuis longtemps au rendez-vous. Il devait prendre des renseignements de l'escadre (s'il n'en avait pas eu connaissance) à Vigo, où un officier s'était rendu, dans la supposition que l'amiral Villeneuve n'eût pas paru au 20 thermidor. Nous sommes prêts partout Une apparition de vingt-quatre heures suffirait.

Napoléon.

Au vice-amiral Decrès (i).

Camp de Boulogne, 26 thermidor an xm (14 août 1805).

Monsieur,

J'ai reçu votre lettre d'hier. Avec 30 vaisseaux mes amiraux ne doivent pas craindre 24 anglais, sans quoi il faudrait renoncer à avoir une marine. Quand

(1) Correspondance de Napoléon, 9075.

(t) Correspondance de Napoléon, 9076.

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