‹ 1793-1805 (volume 3)Chapitre 66 sur 81 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Voici ce qui 8*était passé pour la division de Rochefort depuis que, le 17 juillet, elle était partie sans que Ton sût au juste où elle allait.

Rapport du cap/ta/ne Allemand,

A la mer, le td thermidor an ziu (14 août lt05) (1).

Monseigneur,

Je mis sous Toile de la rade de Tlie d'Aix le 38 messidor (17 Juillet), comme J'eus rhonneur de tous en rendre compte par ma lettre du mémo jour, 1i heures du matin. Mes inttructions na prescrivaient^ Monseigneur y de reconnaitre les côtes d'Irlande duiUau 20' (4 au d Juillet), après avoir fait 400 lieues à t Ouest de l*ile d^Aix, et d*y croiser huit ou neuf Jours, (fest-à-dire Jusqu'au 2d du même mois (il Juillet). Sa Majesté Impériale et Royale, en m'honorant de ces ordres et me fixant ces époques, présumait* Je crois, Monseigneur, que son escadre mettrait sous Toile dans les premiers Jours de messidor (SO Juin) ; mais» bloquée très serrée, elle n'a pu appareiller que le jour où elle devait faire son retour d'Irlande. Quoique ce terme fût expiré, je crus, Monseigneur, que, sans manquer à mon premier point de rendex-vous, à 40 lieues du Ferrol, favorisé du vent et abrégeant ma route. Je pourrais encore paraître en Irlande* Je courus donc sous toutes voiles à l'Ouest de Vile d'Aix. Le 30 (iO juillet)» Je pris la corvette anglaise le Ranger, capitaine Coot, de 16 cnnons, 8 caronnades de 24 et 116 hommes d'équipage, en croisière pour prendre des renseignements des neutres sur l'armée combinée. Ce capitaine a Jeté ses canons, canots, ancres à la mer, et a fait scier ses seillets de sabord» plat-bord, épontille, etc. Cette conette était tellement mutilée que J'ai été obligé de la brûler. Le 1^' ther-

(I) Archives de la Marine, BB". «8-88.

760 TROISIÈME PARTIE. ~ CHAPITRE XVn.

midor (20 juillet), à midi, j'éuis, Hooseigoeur, à 147 lieues à f Ouest de Ole (TAix; f écrivis aux capiiames la pièce n* i (I).

Le 2 (21 juillet), à 5 h. 1/2, let Tests passèrent au Ouest-Nord- Ouest; j*ea profitii, Monseigneur, pour dire xaloir la route le 1/4 Nord-Ouest du monde. Je pris un grand bâtiment anglais à trois mâts Tenant de Guemesey. Le capitaine du Syiphe m'envoya des cartes à grand point d'Irlande. Le 3 (22 juillet), les yents passèrent au Nord-Ouest, grand frais, grosse mer. L'encadre prit la cape. Le 4 (23 juillet), les ^eots sautèrent au Nord. Le 5 (24 juillet), les Tcnts, toujours an Nord et absolument contraires, Tboriion clair qui annonçait ce temps fait pour longtemps, je fis route^ Monseigneur^ pour mon point de rendez-vous du 10 au 15 (29 juillet au 3 ooâ/), persuadé que je v^ aurais jamais assez de temps pour occasionner à propos une diversion de force ennemie et que je manquerais encore ma jonction avec Ceseadre combinée. Je renonçai a^ec d'autaot plus de regret à aller en Irlande que c'est, je crois. Monseigneur, ce qui eût frappé le plus l'opioion publique et m*eût fait le plus d'hooneur. Je n'i^vais d'autre difficulté à vaincre que d*attendre patiemment le bon vent, mais je manquais Tépoque de mon rendes- tous, et dans toutes les circonstances. Monseigneur, je sacrifierai toujours ma satisfaction personnelle aux intérêts de Sa Majesté Impériale et Royale. JTarrivai le 9 {^juillet) au soir à 40 lieues du FerroL J'écrivis la pièce 12

Cet ordre, parfaitement clair, et conforme aux instmctions re<;ues, fixant nettement les dates qui furent, on s'en souvient, si fâcheusement confondues, était le suivant :

(1) PiSCB M* 1.

Da l** thermidor aa xm (tO juillet 1805).

Lorsque les drconstances nécessiteront qu'il tous soit ordonné de brûler un bâtiment, s'il est ennemi, l'équipage sera traité sévèrement ; s'il est neutre, tous le traiteres arec égard et assurerez le patron que Sa Majesté payera son bâtiment. Dans aucun cas, même amarinaot un bâtiment de guerre ennemi, tous ne mettres de parillon que lorsque le commandant aura mis la couleur qu'il jugera couTenable. 8i hier un bâtiment neutre est passé à Tue et qu'on n'e&t pu l'arrêter, le pavillon français, qui a été arboré par une frégate, faisait connaître qu'une escadre de cette nation était dans ces parages, ce qu'il est de la plus grande importance, Messieurs, de cacher, dans tous les lieux on elle se trou- Tera, comme tous aTcz dû le juger par les mesures qui ont d^à été prises. Toutes les (bis que TOUS ferez rendre un bâtiment de guerre enn^i, tous ne communiqueres avec lui qu'après y aToir été autorisé par le commandant de l'escadre.

Si vous visitez un bâtiment de guerre neutre, tous ne rarrêtercs pas et tous aures le plus grand !K)in de lui persuader que tous faites partie de l'escadre du contre-amiral Villeneuve. Commandez, Messsieurs, la plus grande circonspection à tos subordonnés. Vous ne relâcherez personne, prisonnier do guerre ou autre, dans quelque circonstance et sons quelque prétexte que ce puisse être. Ce que je tous écris. Messieurs, vous est confié sous le sceau du plus grand secret et ne doit jamais tomber au pouToir de l'ennemi.

Certifié conforme à l'original.

Le commandant de f escadre^

Allbmand.

PlÈCB N« 12.

Do 9 thermidor (t8 JaiUet 1805).

Jt voiu préviens, Messieurs, que mon intention est de croiser jusqu'au i^ de ce mois, par la latitude de 43^32' Nord et 13<^' longitude occidentale {méridien de Paris), à 40 lieues du Ferrol. Il serait possible que fy rencontre l'armée combinée. Pour faciliter mes recherches, vous croiserez dans le Sud^Est (L*Aniiide), dans le Nord-Ouest (La Gloire), sans perdre l'escadre de vue, mais à une très grande distance. Quand je pourrai me passer des corvettes» J*en établirai une intermédiaire entre vous et moi, qui me répétera tos signaux; et si TOUS apprenex quelques nouvelles intéressantes, tous Tiendrex m'en donner connaissance.

Si TOUS rencontrex des forces supérieures à celles de Tescadre, tous ferex en sorte, Messieurs, de les reconnaître aTec toutes les précautions que nécei»site Tétat de guerre où nous sommes. Si tous les reconnaissex ennemies et qu'elles tous chassent, prenex la route qui tous éloignera de Tescadre, pour ne pas la laisser apercoToir, et ralliex-moi ensuite par les latitude et longitude que Je tous ai désignées, pour m*en rendre compte.

N'oubliex pas. Messieurs, que, pour éTÎter toute erreur, tous deTex, dans toutes circonstances, prendre pour point de départ la dernière latitude et longitude signalée par le Toisseau le Majestueux.

Si, par suite d*une chasse, Totre position tous empêchait de me joindre ici pour le 15 de ce mois, tous tous rendrex. Messieurs, par la latitude de 46^,55' Nord et 9^,30' longitude occidentale (méridien de Paris), position où ira se placer t escadre ; vous vous tiendrez alors exactement à ce point, et je ne Tois rien qui puisse tous empêcher de tous y rendre. Si néanmoins, Messieurs, par suite de circonstance impréTue, vous ne m'y aviez pas rencontré au 25 thermidor (13 août), vous ouvrirez votre paquet sous cinq cachets, à décacheter en cas de séparation, et vous vous conformerez aux instructions qu'il contient. Mais je tous le répète. Messieurs, il n'est pas probable qu'une chasse quelconque vous empêche de me joindre avant le 25 précité.

Vous prendrex toutes les mesures possibles pour n*être pas reconnus des neutres; vous les coulerex après en avoir sauvé les équipages, plutôt que de souffrir qu'ils prennent connaissance de l'escadre, et que ce ne soit que dans cette absolue nécessité.

Ce que je vous dis. Messieurs, doit être secret; vous sentex, en conséquence, l'importance que vous devex mettre à le garder, et qu'il n'est pas d'intimité qui puisse vous le faire Tioler.

N'oubliex pas non plus que ces instructions, comme tous les paquets que tous aTex précédemmeot reçus, ne doivent jamais tomber au pouvoir de l'ennemi.

Prenex garde de vous laisser aperceToir par les éclaireurs de l'escadre ennemie, qui est dcTant le Ferrol. Cet aTÎs est pour la route que tous auriex à tenir si tous étiex chassé.

Certifié conforme à l'original.

Le commandant de Pescadre,

Allemand.

Puis, le rapport du capitaine Allemand continue en ces termes :

Le 15 (3 août), la /régate rArmide, en découverte au Sud-Est, rCayani rien appris de Ceseadre combinée^ mais bien la continuation du blocus du Ferrol, d'après la pièce n* 3, conformément à vos instructions ^ Monseigneur^ fai fait route pour mon second point de rendei-vous.

On s'explique qu'arrivé le 29 juillet seulement sur le parallèle du Ferrol, Allemand n'ait rien su de Villeneuve qui, à ce moment, était à Yigo, mais, au contraire, ait connu la présence de Calder qui, alors, était bien devant le Ferrol. Mais le 2 août était précisément la date de l'entrée i la Corogne de l'armée combinée venant du Sud. Or, ce dont on a, et très tardivement, connaissance, ce n'est pas des forces alliées, mais de l'escadre de Calder, restée dans les parages du Gap Finistère depuis le combat du 22 juillet.

Pièce r« 3.

Rapport du CommtLndtLnt do /* « Armidt » du 77 thermidor (5 août) (i).

D'après tos ordres du 9 courant (28 JuRlet), jo me suis placé dans le Sud- £st de Tescadre, à grande distance, pour tous instruire de ce que Je pourrais avoir connaissance (sic). Le 10 (29 juillet) au matin, étant dans le Sud-Est de Tescadre, j*ai eu connaissance d'une galiotte dans le Sud-Sud-Est de moi, à A lieues de distance, que je n'ai pas chassée, tu qu'elle pouvait à peine me voir, encore moins l'escadre. Ce même jour, à midi, j'ai relevé le cap Finistère au S.-E. i/2 S. du compas; distance apparente : 12 lieues.

Le ii (30 juillet), à la pointe du jour, j'ai eu connaissance d'une galiotte dans le Sud et j'ai vu le Sylphe la chasser, qui Ta visitée- et ensuite Ta coulée; j'étnis alors à toute vue de l'escadre. A 4 heures après-midi, j*ai vu une goélette chassée par le Palinure, que j'ai chassée aussi, la croyant armée, d'après le rapport que me fit un capitaine danois que j'ai à mon bord, qu*il y avait dans ces parages deux goélettes armées. Après avoir reconnu ce bâtiment pour marchand, j'ai tenu le vent pour rejoindre mon poste, et le Pa/tnure l'a brûlé. A 7 heures, fai relevé le cap Finistère au S.-E, \/4S„ distance apparente de 11 lieues. Le 12 (31 juillet) au jour, j'ai eu connaissance d'un bâtiment à trois mâts dans le Sud-Sud-Ouest; me trouvant alors dans le Sud-Est de l'escadre, à petite distance, j'ai jugé que ce bâtiment pouvait la voir, je l'ai chassé et, après l'avoir joint, je voyais encore l'escadre, ce qui m'a décidé à le brûler. Ce bâtiment est portugais, du port de 200 tonneaux

(1) Archives de la Marine^ BBi», 228-20.

enyiron, Tenant de Porto chargé de vin et de liège, allant à Saint-Pétersbourg. J'ai, après, forcé de TOiles pour me rapprocher de l'escadre.

Le 13 (1*' août), à 4 heures après-midi, J'ai eu connaissance d'une Toile au Sud-Sud- Ouest, la diyision au Nord-Ouest, en panne tribord amures à la distance de deux lieues. J'ai chassé ce bAtiment, qui courait à contre-bord, et peu après Je l'ai reconnu pour goélette portugaise. Étant le long de son bord, je voyais, do dessus le pont, très distinctement l'escadre, ce qui m'a décidé à le brûler. La cargaison de ce bâtiment. Tenant de Lisbonne et allant à Gaen, consiste en coton, bois d'acajou et cuir, un peu de petit mortil et écailles de tortues ; ce bâtiment, du port de 60 à 70 tonneaux, était à la mer depuis onze Jours et rapporte n'avoir rien rencontré que l'escadre. Le 10 (4 aoâ/)> d 4 A. 1/4, vous nCavei fait le signal de chasser, reconnaître et visiter la voik apparue à CEst-Nord-Est, J'ai de suite forcé de Toiles; à 6 heures, étant le long de son bord, la division n'étant plus à Tue, J'ai envoyé Tisiter ce bâti* ment, reconnu américain, nommé VAurora, capitaine Sotterland, parti de Bordeaux le S5 juillet, allant à la Nouvelle-Orléans. Ce bdliment rapporte que k 31 juillet, à 4 heures du matin, se trouvant à 20 lieues du Ferrol^ il a eu ean» naissance dei4 vaisseaux qu*il suppose être l'escadre anglaise bloquant le Ferrol,

Le i" août, il a été Tisité par un lougre anglais de 8 canons, 30 hommes d'équipage, qui lui a dit appartenir à une escadre. Ce rapport a été confirmé par plusieurs Français passagers sur ce bâtiment.

Certifié conforme h l'original.

Le commandant de Ceseadre,

ÀLLBHAlfD.

Un nouveau renseignement allait être fourni par Tautre éclaireur, la frégate la Gloire,

Rapport du Commandant de la « 6/o/re ».

18 thermidor (6 ao&t 1805) (1).

J'ai l'honneur de tous rendre compte, Monsieur le Commandant, que le 12 (31 juillet) j'ai donné chasse à un bâtiment à trois mâts, aTcc paTillon danois, suiTant l'ordre verbal que tous m'en aTiez donné ; la brise était très faible et a eocore diminué dans l'après-dlner, de manière que je n'ai pu joindre ce bâtiment avant la nuit ; au soleil couchant, je lui ai fait tirer deux coups de canon sans avoir pu réussir à le faire arriver. Je l'ai conservé à vne jusqu'à 10 heures que, le temps étant devenu très brumeux, j'ai cessé de le voir.

Les Tents ayant culé Ters le Sud, j'ai supposé que ce naTire courrait au Nord-Est et j'ai fait gouverner moi-même à cette aire de vent avec sillage tel que je lui en supposai un. Au jour la brume était extrêmement épaisse ; j'ai aperçu une voile dans une éclaircie, restant au Nord-Est ; je l'ai Jointe, mais

(1) Archives de la Marine, BBiv, ttH-t\,

c'était un brick portugais dont j'ayais également eu coonaissaDce la Teille, au soleil couchant; ce brick Tenait de Porto et allait en Russie. Ne voyant point d*autre bâtiment, quoique la brume se fût un peu dissipée, j'ai repris le bord du Sud pour rejoindre l'escadre que j*ai aperçue k 10 heures, au Sud-Ouest. A 3 heures de Taprès-midi, j'en étais dans le Nord-Ouest, à une lieue et demie; j*ai viré comme elle et pris la bordée du Nord. A 4 h. 1/2, au jour, je ne la voyais plus, mais, la supposant au bord du Sud, je Tai pris h 5 heures. Effectivement, j'en ai eu connaissance h 9 heures, restant au Sud-Sud-Ouest. J*ai forcé de voiles et à H h. 1/2 on la voyait à la vergue de misaine, quoique le temps fût brumeux. La brume alors étant devenue des plus fortes, j'ai cessé de la voir; j'ai fait de 7 à 9 nœuds, jusqu'à 3 heures, que je me suis estimé devoir être à peu près dans le Nord-Ouest de l'escadre. Gomme elle avait viré la veille, à 4 h. i/4, j'ai couru jusqu'à 5 heures, après avoir diminué de voiles depuis 3 heureti. La brise a molli et a été faible toute la nuit. J'ai couru le bord du Nord. Au jour, le temps était assex clair; je n'ai eu aucune connaissance de l'escadre. A midi, /e 15 (3 août), étant par la latitude Nord de 43» 22' et la longitude estimée occidentale cie 13" 20^, fai fait gouverner au Nord-Nord- Est, pour atteindre le point de votre dernière station, où fêtais à i A. i/2. A 4 heures, ne vous apercevant pas, j'ai dirigé ma route pour le point que vous m'aviez indiqué dans votre lettre du 9 courant. J'ai passé entre 3 et 4 heures à trois quarts de lieue dans l'Est d'un bâtiment, dans lequel on avait mis le feu, qui brûlait encore et était presque entièrement consumé, ce qui m'a fait connaître que vous aviez passé le quelques heures auparavant. Je n'ai rien vu dans Taprèsdtner. Le lendemain 16 (4 août), au matin, fai vu un brick dans C Est-Nord- Est que fai joint : c'était un suédois vetuint de Stockolm et allant à Porto. Ce bâtiment m'a rapporté 'avoir rencontré /e 14 (2 août) une division de 9 vaisseaux, dont 3 à trois ponts, avec quelques frégates, dont tune C avait visité.

Elle avait, ainsi que la division^ les couleurs anglaises et l'o/ficier qui fut à son bord avait Cuni forme anglais et était Anglais. Le i^, il avait eu connaissance, à 2 heures de Caprès-midi, d'une autre division de 2 vaisseaux et 3 /régâtes, qui n'a point mis de pavillon et qui ne ta point visité. Il estimait que ces deux divisions étaient à 5 ou 6 lieues au plus l'une de l'autre et n'étaient pcLS à plus de ii à M lieues dans le Nord-Nord-Est de lui, quand nous le visitions, ce qui porterait la position de ces escadres à la latitude Nord de 45* 23' et la longitude occidentale de H<*2'. Elles étaient toutes les deux au bord du Sud et sous les huniers seulement, comme bâtiments qui croisent. Le temps était brumeux, et sur cet avis j'ai fait gouverner au Nord pour écarter un peu le passage où j'aurais pu les trouver et j'ai fait toute la voile possible en rondissant du Nord à TEst-Sud-Est, insensiblement pendant la nuit.

Le 17, au jour, j'ai eu connaissance d'un cutter à très petite distance dans le Nord~Est ; pouvant mettre le cap dessus, je l'ai chassé et, à 5 heures, étant à moins d'une portée de 8 de lui, il m'a fait des signaux de reconnaissance auxquels j'ai répondu par un coup de canon. Il a amené son pavillon anglais ; il venait de Piymouth (parti depuis six jours) et allait à Gibraltar. Gomme ce bâtiment (armé seulement de 4 caronades et de 15 hommes d'équipages) était tout neuf et suivant son capitaine marchait bien, j'ai d'abord eu le dessein de vous le conduire et je l'ai fait suivre après l'avoir amariné, mais bientût m'apercevant qu*il me retardait et ayant la plus vive impatience de vous

ALLEMAND. — CALDBR. — NELSON. 76S

rejoindre, je Pai attendu et fait couler. Ce outter rapporte qu'il a tu, passant devant Torbay, entrer deux Taisseaux espagnols entièrement rasés et remorqués par deux frégates. Il ne peut dire où ces vaisseaux ont été pris.

Il a remarqué qu'il y avait à bord de ces bâtiments beaucoup de soldats en sarots {sic).

J'étais bier soir entre 5 et 6 heures au point de station. •

Certifié conforme à l'original.

Allemand.

Ainsi qu'on le verra, c'était encore Calder qui, lentement, remontait au Nord, se rapprochant de Cornwallis, et qu'on signalait à Allemand, une fois au Sud, le 31 juillet, et une autre fois au Nord, le 2 août. Mais, en concluant à Texistence de deux escadres, alors qu'il n'y en avait qu'une. Allemand se crut en sérieux danger. Pourtant, il resta au second rendez'-vous (45^56 de latitude Nord et 9^30 de longitude Ouest), fidèle à ses instructions.

Suite du rapport d'Allemand,

Depuis le 16 (4 août) au matin, j'étais observé par une frégate placée aii Nord-Ouest de Tescadre et au Tent ; elle a fait route le 47 (5 août) vers le Ferrol.

/> 18 (6 août) rendu au second point. Le capitaine de la Gloire m'envoya la pièce n* 4-n» 5.

ly après le rapport du capitaine de TÂrmide, le Ferrol serait toujours bloqué; d'après celui de la Gloire, une escadre de 1 1 vaisseaux croire à 30 lieues de mon point.

Je Vai traversée dans la nuit sans en avoir la connaùsance.

Le 19 (7 août), à 1 beure après-minuit, je fis donner l'ordre à VArmide d*obser?er jusqu'au jour un bâtiment faisant des signaux qui m'étaient inconnus, et je fis serrer le Tent à l'escadre ; au jour, cette Yoile avait pavillon et flamme anglaise et paraissait à portée de voix par le travers de VArmide. J'ai fait arriver l'escadre sous toutes voiles ; signalé à VArmide d'attaquer et combattre, elle l'a aperçu. Mais, Monseigneur, la frégate ennemie ayant toujours prime de manœuvre a laissé arriver. Autant la frégate française a eu l'avantage au plus près, autant, Monseigueur, l'ennemi en a eu en changeant d'allure. Il est malheureux que la frégate VArmide ne se soit pas trouvée sous le vent, ce qui coupait toute retraite. Elles ont échangé quelques coups de canon. Comme le constate la pièce n<* 7, un cutter était à 3 heures au vent de Tescadre ; une autre frégate anglaise sous le vent.

Le 20 (8 août), la division signala i voiles au vent de l'escadre.

Aussitôt qu'elles m'eurent reconnu, je les perdis de vue, ce qui prouva qu'elles marchaient mieux que l'escadre. Le capitaine de la Gloire m'envoya la pièce n<* 6.

766 TBMHÉlffB PARTIS. — CHAPITRB XVII.

Rapport A» O^p/tai/io de la « Gloire ».

tO thermidor (8 août 1805).

J'ai rhoDoeur de tous reodre compte» Mossieur le Commandant, que le bâtiment que J'ai visité hier soir» d'aprèe Totre signal, était un portugais Tenant de Lisbonne, allant à Londres. H avait été visité le 17 (5 août), par é7*96' de latitude Nord et il<»5' de longitude oocidenUle au méridien de Paris, par le vaisseau le Dragon, faisant partie <f u/ie dimsion de 9 vaisseaux, dofU 3 à trois ponts ; cette division, aux ordres de faminU Caldtr, est celle qui a eu un engagement avec les vaisseaux du Ferrol à la suite diêpsil deux espagnols ont été pris : le Saint-Raph.iël ; le deuxième n'est pas comuL L'eseadre anglaise a reçn plusieurs avaries dans sa mâture et son gréement ; eomme il n*est lait aucune mention des Français, je ne sais si la division d« Ferrol serait sortie» aurait été rencontrée et si les deux vaisseaux capturés anraieat été Joints par rinfériorité de leur marche ; ou si Vescadre combinée se serait séparée et si les Espagnols auraient été rencontrés, voulant entrer au Ferrol^ Ce portugais a encore été visité le 18 par la frégate le Phénix, allant au Sud- Ouest et paraissant chercher Vescadre de Camiral Calder, qui tenait également la bordée du Sud-Ouest.

Le lieutenant Anglais que j*ai à bord m*a dit que brd Nelson était arrivé devant la Martinique vingt-quatre lieures après le départ de F armée combinée ; qu*il l*avait fait suivre et observer par le bn'ck le Curieux, qui était arrivé en Angleterre et avait annoncé que Nelson poursuivait notre armée. Ce matin, à la pointe du jour, j'ai eu connaissance d'un bâtiment en apparence sous le vent ; il a viré comme moi, lorsque j'ai pris la bordée du Sud-Ouest. A 4 heures, je l'ai supposé frégate et je marchais mieux que lui. Lorsque j'ai eu connaissance de votre escadre, que sans doute U a vue en même temps, il a laissé arriver au Nord-Est.

Dès que le jour mieux fait m'a permis de distinguer que VArmide donnait chasse à une frégate ennemie, j'ai pris les amures à bâbord et cherché à couper chemin à cette frégate. Je l'aurais nécessairement approchée, mais il eût fallu Li chasser bien loin encore et bien longtemps avant de la joindre à bonne portée.

Lorsque j'ai vu VArmide serrer le vent, je lui ai mis mon numéro et ai tiré un coup de canon pour qu'elle y fit attention. J'ai cru devoir virer de bord quand vous Tavex fait ainsi que l'A rmide.

Certifié conforme à l'original.

Le commandant de Cescadre,

Allemand (1).

Rapport du Capitaine de /' « Armide ».

21 thermidor (9 août 1805).

A 1 heure, ayant aperçu un bAtimeot près de nous par le bossoir de tribord ;

(1) On sait d'ailleurs par une lettre de Cornwallis du 9 tiofïi (Record Office^ Channel

^ i h. 10 DOtti l'aTODs perdu de vue ; à i h. 1/4 nous l'aTons tu de nouTeau ayant des feux. Au même instant, j*ai fait serrer le vent pour vous prévenir de cela ; vous m*avex répondu l*avoir aperçu ; j'ai de suite repris mon poste. A I h. 1/?, le brick le Sylphe est venu me transmettre à la voix votre ordre de reeonnnltre ce bâtiment, en ne compromettant ni la division ni moi ; de ne faire de signaux qu'autant que les siens seraient exacts ; et que lui prenait une position intermédiaire. De suite j'ai laissé arriver au N.-Ë. 1/4 £., sous toutes voiles possibles, ledit bâtiment ne paraissant plus. A 2 h. i/2, je l'ai aperçu devant nous ; à 3 h. 9/4, nous en étions à petite distance.

Il avait des signaux de reconnaissance â son mât d'artimon et de misaine. Je l'ai reconnu alors ft*égate et ennemie ; un Instant après elle a hissé pavillon anglais et â forcé de voile.

Je vous ai signalé que le bâtiment chassé était ennemi ; â 4 h. 1/i, me trouvant très près de lui, j'ai fait arborer pavillon et flamme française, que j'ai assuré d'un coup de canon à boulet. L'équipage anglais a crié aussitôt trois fois : bourrah ! quoique occupé à jeter une intioité de choses à la mer. Le capitaine de cette frégate, reconnaissant son dés^avantage au plus près du vent, a laissé arriver au N.-E. 1/4 E. et a mis dehorii toutes ses voiles d'étai, bonnettes et oaeatois; avons arrivé comme lui et rois tout dehors. 11 a commencé â faire usage de ses canons de retraite, et bientét après nous nous sommet aperçus que la frégate nous éloignait ; ne pouvant lui tirer d'autres canons de chasse que ceux du gaillard d'avant, plus d'autre espoir que de là dégréer de quelques mâts, vergues ou voiles, j'ai donné l'ordre d'arriver vent arrière pour lui envoyer ma volée de bâbord haut et bas, ce que je fis. Ensuite, je suis revenu au vent pour continuer la chasse. J'ai eu le déplaisir de la voir s'éloi* gner de plus en plus, en me tirant toujours de ses canons de retraite, tant de sa batterie que de son gaillard. A 5 heures, un boulet a frappé le grand mât de hune, un peu au-dessus du taccnge et a coupé la poulie d'itague de bâbord et même le galhauban d'arrière ; le galhauban volant de hune et celui de perroquet et la drisse de la grande voile d'étai ont été coupés. Il a en même temps enlevé un morceau de la noix du mât de hune, ce qui nous a empêché de mettre dehors la bonnette de perroquet; plusieurs autres boulets ont passé dans le grand hunier, misaine et autres voiles et ont aussi coupé l'amure do la bonnette de hune du grand hunier, le faux brack du petit hunier, les branches de boulines du petit et grand perroquet et la balancine du petit eaoatois. La frégate nous gageant toujours, l'armée qui se trouvait derrière moi â toutes voiles, se trouvant assez éloignée pour ne plus voir le corps des vaisseaux ni pouvoir distinguer facilement les signaux, nous avons cependant reconnu celui qui demandait si noua avions l'espoir de gagner l'ennemi : j'ai répondu que non. J'ai reconnu à bord du Sylphe le signal de ralliement et celui de serrer le vent, ce que j'ai resignalé à la frégate la Gloire, qui était dans le Sud de nous, distance de % lieues. Nous avons viré de bord, comme l'ordounait le

Fleet) que la Nayade, détachée le 6 août, signala une escadre française que l'on crut être l'escadre de Rocbefort.

Le rapport du capitaine Dundas (par latitud<^ 47» 56' cl longitude 6« 40' du méridien de Greenwich) signale 11 navires do guerre.

768 TROlSlàMB PARTIE. — CHAPITRE XVU.

signal et comme faisait Tarmée ; nous avions alors au Tent à nous un cutter et une galiotte, ainsi qu'un grand bâtiment à trois mâts au Tent à nous, courant tribord amures.

Certifié conforme à l'original.

Le eomniandant de Ceteadre,

Alluano.

Ces rapports, continue Allemand, se rapportent parfaitement avec les n** 4 et 5. Ma position dam le golfe devient inquiétante, Monseigneur. L'escadre qui bloque Brest connaît mon point par la frégate échappée à TArmide ; t escadre qui bloque le Ferrol et celle qui croise par 45* de latitude etW^ de longitude (1 ) en sont instruites par les frégates qui nCont observé. Ma croisière est trop décelée pour quil soit prudent de la garder jusqu'au 25. Il est presque impossible^ Monseigneur, qutm bâtiment envoyé par f amiral Villeneuve me parvienne ; il sera pris par la quantité de bâtiments ennemis qui croisent sur tous les points du golfe. A midi fêtais à deux lieues de mon point de rendez-vous, ce qu'on peut regarder comme extrêmement juste. Le îl (9 août), %me frégate ennemie vint me reconnaître et s'éloigna ensuite avec une marche bien supérieure, à midi j*étais directement sur le point.

Je suis au 23 (1i août), Monseigneur, je n'ai plus que trente heures à passer sur ce point et je suis déterminé à r abandonner. Par les instructions dont m'bonore Votre Eicellence, elle s'exprime ainsi : u Vos instructions vous feront bien connaître C esprit de votre mission et son but; mais Sa Majesté s'en rapporte à votre zèle et à votre discernement sur toutes les modifications que Tùitérét de son service et les circonstances vous conduiront à y aftporter ». Je crois que l'intérêt de Sa Majesté est. Monseigneur, de joindre cette escadre à celle du général Villeneuve, ce qui était praticable tant que j'ai pu la cacher; mais elle sera rencontrée sur ce point avant trente heures par des forces supérieures, puisquelle y a été vue par six frégates et un cutter ennemis qui n'ont qu'à se porter par les 45® pour se trouver. L'intérêt actuel de Sa Majesté est de lui assurer cette escadre et puisqu'elle veut bien s'en rapporter à mon zèle sur toutes les modifications que l'intérêt de son service et la circonstance me conduiraient à y apporter, je ferai route ce soir pour Vigo où j'aurai des nouvelles certaines. Cette démarche, Monseigneur, est nécessitée par des circonstanciés majeures, et je mets en fait que personne n'eût tenu aussi longtemps sur un point bien observé de l'ennemi depuis le 18 (6 août). Si j'étais assez malheureux, Monseigneur, pour que ma manière de Toir ne fût pas celle de Votre Excellence, les considération:! qui nie portent à agir ainsi me mériteront votre indulgence et celle de Sa Majesté Impériale et Royale.

La perte de la Didon, les renseignements reçus par les éclaireurs d'Allemand, s'expliqueront d'eux-mêmes par les mouvements des escadres anglaises.

(1) U n'y en avait qu'une, celle de Calder.

ALLEMAND. — CALDfiR. — NELSON. 769

Nous avons laissé Nelson ancré le 21 juillet dans la baie de Tétuan, occupé à se ravitailler en eau et en ^dvres frais. Le 22, il se disait prêt à passer dans TOcéan au premier vent d'Est (1), mais il n'avait pas « encore un seul mot de nouvelles, ce qui », dit-il, « me brise le cœur ». « Je me placerai, ajoutait-il, de façon à recevoir des renseignements, et si j'apprends que l'ennemi est allé dans le golfe de Gascogne, j'irai devant le Ferrol où à Ouessant, suivant le cas ». Ayant complété ses vivres à quatre mois, sauf en pain, il comptait prendre position entre les caps Spartel et Saint- Vincent. « Je (f n'aurais peut-être pas dû, disait-il (2), entrer dans la Médi- « terranée, mais le besoin d'eau et de rafraîchissements tu'y V a absolument obligé. Je n'aurais pas eu assez d'eau pour (( aller même au Ferrol ». Dans l'après-midi du 23, l'escadre mit à la voile pour se rendre à Ceuta; la Décade^ envoyée par Collingwood, et qui venait de rejoindre, n'apportait aucune nouvelle. Mais, le lendemain, le Termagant apporta un journal de Lisbonne et une lettre de Collingwood, datée du 13 (3), racontant la rencontre du Curieux avec l'armée combinée, le 19 juin. Cette fois, Nelson prit rapidement son parti. « Je vais, écrit-il, me mettre en relation avec Collingwood, puis je ne perdrai pas un moment pour aller au Nord, soit sur le Ferrol, l'Irlande ou Ouessant, suivant les circonstances. Le Tei^magant a la mission de faire rejoindre V Amazon à Spithead si tous les autres rendez-vous nous manquent ».

La contrariété des vents empêcha Nelson de visiter Collingwood à son bord. Dans la lettre qu'il lui laissa à son passage devant Cadix, il le prie de continuer son service devant ce port avec les vaisseaux actuellement stationnés devant Saint- Vincent, et en outre, 2 frégates, 1 brick et 2 bombardes. Le reste est remis à Bickerton chargé de bloquer Carthagène et d'assurer la liberté du commerce dans la Méditerranée.

Le 25, à midi, Nelson était à 17 lieues au Sud-Est du cap Sainte-Marie, la division de Collingwood dans TEst était encore en vue.

(1) A rAminaté.

\t) A r Amirauté.

(3) Brithh Muséum, vol. 34930.

Page 1